‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 69 sur 187 · Commines, t. I, p · texte numérisé non relu

Commines, t. I, p

2. Interrogatoires de Pierre Durand et de Macé de Brée, pièces justif. n«^ IV et VI.

3. Interrogatoires de Pierre Durand et de Macé de Brée, pièces justif. n^s IV et VI.

ROLE DE BALUE DANS LES AFFAIRES POLITIQUES (Ii65-14(î9). G3

Mais son avidité n'était pas moins insatiable que son ambition. La somme lui parut forte ; aussi en fit-il deux parts : la première servirait à acheter les gens du duc, à assurer le salut du roi et par contre le sien propre ; quant à l'autre, il la garderait. Balue va donc trouver trois hommes influents auprès du Téméraire : à Guillaume Biche, il remet 500 écus ; il en donne 1 ,000 à l'archidiacre de Cluni et autant au grand bâtard de Bourgogne ^ Le roi a dès lors des défenseurs au conseil de Charles : un homme acheté trouve d'excellents arguments ! Se débarrasser de Louis XI, fort bien ! mais qu'en adviendrait-il? A cette nouvelle, l'armée, qui est là, à Meaux, à Senlis et à Compiègne, nommera un « chief et régent^ » : ce sera Charles de France, un roi breton, alors que François II a trahi l'alliance de Bourgogne ! On tâchait de détourner ainsi la colère du Téméraire sur un autre objet. Toutefois, ce fut, semble-t-il, le grand bâtard (précisément l'un de ceux qui avaient reçu des mains du cardinal l'or de Louis XI) qui triompha de l'irritation de son frère. « Il conseilla au duc, » dit un chroniqueur, « qu'il ne pourroit acquérir un plus grand « deshonneur que de retenir le roy, veu qu'il estoit venu (( parler a luy jusque en ses païs, a sa fiance, et remonstra (( aussi audit duc qu'il estoit sorti de la maison de France, « et... qu'il ne pourroit gueres gaigner à la mort du roj, « pour ce que monseigneur de Guyenne tenoit tous les cueurs (( des plus grans hommes du royaulme en sa main^ w

Robert Gaguin rend le même témoignage; parlant des projets violents de Charles, il ajoute « sed ab Anthonio, « fratre ejus notho, dissuasum abstinuisse*. »

1. « Dit aussi sur ce interrogué, que des quinze mille escuz, qui « furent baillez audit cardinal pour despartir lui-même,... il en fut « baillé deux mille escuz au bastard de Bourgogne, a l'arcedyacre de « Cluny, cinq cens escuz a messire Guillaume de Biche » {Interrogatoire de Pierre Durand; pièce justif. n" IV).

2. Chronique de Gaston IV, comte de Foix (Bibl. Nat., fs. fr. 4992, fol. 147 V" et 148 r°).

3. Chron. Scand. interpolée {^\\À. Nat., Coll. Clairambault, yo\. iSl, fol. 191 vo-192 r").

4. Il ne faudrait pas, sur ce fait, croire que le grand bâtard fut un homme vénal et méprisable. C'était un caractère qui ne manquait pas de grandeur. Dès avant le traité de Péronne, il était en très bons rapports avec le roi, qui l'estimait beaucoup. Les princes de cette époque dépensaient énormément; ils avaient, en conséquence, grand besoin

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Le cardinal avait réussi dans son double projet ; il avait sauvé la vie du roi et augmenté sa fortune personnelle de quelques milliers d'écus. Le 14 octobre, le roi, averti par un sien ami\ consentait à tous les articles du traité, il jurait « paix, finale « sur la vraye croix » entre les mains de Balue", et le 15, il quittait Péronne pour aller peu après crier : « Aave Bour- « gogne! » sur les ruines fumantes de Liège ^

Tel fut le rôle de Balue à Péronne. 11 s'y montra ce qu'il avait toujours été, parfait courtisan, habile, ambitieux et avide : il approuve le projet de Louis qui lui semblait funeste ; et, faisant taire ses répugnances, il va demander le saufconduit; le roi arrive, sa vie est bientôt en danger; Balue achète, en son nom, l'entourage du Téméraire, et c'est ainsi qu'il sauve son maître, tout en faisant pour lui une bonne affaire.

Voilà les faits. Comment donc expliquer les accusations de tant de chroniqueurs et de tant d'historiens? Rien ne nous paraît plus simple.

Louis XI revient dans ses Etats, humilié, avec la responsabilité d'une lourde faute, tout disposé à en charger un

d'argent et Louis XI ne négligeait pas d'en donner. En un mot, Antoine de Bourgogne, vu son caractère droit et chevaleresque, devait défendre Louis, et l'argent ne fut sans doute pour lui que l'accessoire. — On sait que le grand bâtard de Bourgogne, né en 1421 mourut en 1504. Il était seigneur de Beveren en Flandre et comte de la Rocheen-Ardenne; Charles le Téméraire lui donna le titre de premier chambellan (xVnselme, I, 254).

Quant à Guillaume Biche et à l'archidiacre, l'absence de textes ne nous permet pas d'établir leur rôle.

1. O « sien ami » est, d'après la Chronique du comte de Faix, messire Philippe de Commines. Comme les interrogatoires ne justifient que de 13 à 14,000 écus, il n'est peut-être pas impossible que le sire d'Argenton ait été acheté à Péronne. M. Kervyn de Lettenhove, Commines. Lettres et négociations, semble assez disposé à admettre cette opinion. On comprendrait dès lors le sentiment qui l'a poussé à ne pas divulguer le nom de celui qui corrompit l'entourage du Téméraire. Il y a donc, contre Commines, de fortes présomptions ; mais, comme ce n'est là après tout qu'une supposition, nous n'avons pas voulu en parler dans notre récit.

2. Vaesen, t. III, p. 289, lettre de Louis XI au grand maître.

3. L'auteur de la Chron. Scand. interpolée accuse Balue d'avoir engagé le roi à aller à Liège ; toutefois, la plupart des chroniqueurs nous disent que le Téméraire n'accorda la paix qu'à ce prix ; il n'y eut donc pas de conseil à donner. — (Cf. Olivier de la Marche, t. III, p. 83 ; et Jacques de Pavie, fol. 372 r° et v°.) C'est ce que prouve aussi la lettre publiée par M-^'' Dupont. Cf. également Jean de Wawrin, t. H, p. 382-383.

autre pour paraître moins coupable. Son entourage lui désigne une victime, le cardinal d'Angers. « Ne sait-on pas qu'il a i< conseillé l'entrevue ? Ignore-t-on que lui seul a obtenu le (( sauf-conduit? En vérité, il a bien mal servi Sa Majesté! » Et la foule des envieux répète chaque jour ces mots à Louis, car Balue a de nombreux ennemis \ Les seigneurs se défient de lui et le haïssent à cause de sa faveur; l'Université et le Parlement ne lui ont pas pardonné la révocation de la Pragmatique ; les dignitaires ecclésiastiques le jalousent aussi, témoin le discours mordant de Jean Jouffroy, lors de la remise du chapeau de cardinal. Le roi profite de l'occasion; il paraît croire à tous ces bruits, éloigne peu à peu Balue de sa cour, lui enlève ses faveurs une à une.

L'évêque d'Angers, voyant son crédit diminuer, se jette dans l'intrigue, et, comme nous allons le constater bientôt, trahit Louis XL On l'arrête, on le juge, on l'emprisonne; on tait les véritables raisons de sa détention, et chacun croit que l'entrevue de Péronne en est la principale cause ; on le répète de bouche en bouche " et les chroniqueurs, se faisant l'écho de la rumeur publique, parlent de la trahison de Balue à Péronne; un seul, bien placé pour être renseigné, garde le silence, c'est Commines; la foule des historiens arrive, et, sans contrôle, ou faute de trouver des documents, accepte le dire des contemporains, et c'est ce Balue, sauveur de son roi à Péronne, qu'on accuse précisément de l'y avoir trahi !

1. « Et ne révoquez point en doubte que ledit Balue avoit plusieurs « grans ennemis, qui injustement purent estre cause de sa prison. » {Chron. Scand. interpolée, Bibl. Nat., Coll. Clairambault, vol. 481 ; imprimé par Quicherat, Bibl. Ec. des Chartes, 1855, p. 427.)

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