Maupoint, p
Comme on continuait à chansonner le dernier traité, Louis résolut d'en rejeter la faute entière sur le cardinal Balue\ Quelques courtisans, sentant ce détournement de faveur, y excitaient plus encore leur maître en se plaignant de la perfidie de l'évèque : « Il a fait un accord secret avec le « duc, disait-on, il est par conséquent responsable du traité « honteux et onéreux du 14 octobre ^ » Tous étaient d'accord pour Taccuser. De la sorte, les choses marchèrent vite ; Balue, naguère « premier du grant conseil du roy '^ » se vit bientôt exclus de cette assemblée : on n'écoutait plus ses avis ; le prince s'éloignait de sa personne. Toutefois Louis n'osait pas encore se séparer complètement de lui: l'esprit ingénieux du cardinal, la connaissance qu'il avait des secrets d'État \ peut-être aussi sa nouvelle dignité, et l'impossibilité enfin de l'accuser d'un crime dont il le savait innocent, autant de causes qui empêchèrent un brusque dénouement.
Balue se chargea d'ailleurs lui-même de hâter cette solution. Très irrité de l'abandon royal, il résolut de reconquérir la faveur de Louis par tous les moyens. Le meilleur procédé pour y parvenir lui parut être de se rendre nécessaire ; et, son ambition l'aveuglant, il ne s'aperçut peut-être pas que ses intrigues le conduiraient infailliblement à la trahison ^
Il sentait que le roi trop puissant l'abandonnerait ; il fallait donc amoindrir le pouvoir de celui-ci, et, dans ce but, prêter la main aux seigneurs, toujours disposés à se révolter. Tout d'abord, il chercha à se ménager les faveurs de Charles le Téméraire. Les écus qu'il avait distribués pour la délivrance du roi lui avaient fait des partisans à la cour de Bourgogne : il voulut en profiter et, au cas où l'orage éclaterait, pouvoir en toute sûreté se retirer auprès du Téméraire. Plusieurs messages furent sans doute échangés, et quand Balue vit