‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 71 sur 187 · Maupoint, Journal, p · texte numérisé non relu

Maupoint, Journal, p

2. M. Fierville juge ce discours avec trop d'indulgence. Il oublie quelle était alors la situation des deux cardinaux à la cour, et ne voit pas assez la méchanceté des attaques de Jouiîroy. Il n'y a pas là « une « légère pointe d'ironie » mais bien le désir marqué de travailler à la chute d'un rival, trop puissant à son gré (Voir Fierville, Le cardinal Jean Jouffroij et son temps, p. 141 et suiv.).

3. « S'il y a des envieux qui croient que ce R. P. n'est arrivé à cette « extrême dignité que par les prières du roi, je montrerai... » (Fierville, op. cit., p. 144.)

a t-ilpas au plus haut degré le mérite de la prudence, lui qui, « toujours de plus en plus agréable au roi, non seulement a « conservé, mais a augmenté son crédit dans les affaires si « multiples dont il a été chargé ^ ? » Tel fut le ton général de la harangue et pis encore ; quelques mois auparavant, il eût été sans doute différent. Enfin la cérémonie se termina après que le cardinal d'Avignon eut remis le chapeau à notre évêque.

Le soir, Balue offrit unu grand et somptueux disner » en l'hôtel de Piquet ^ Tous ceux qui avaient assisté à la cérémonie y furent invités, « et pour resjoïr les assistens audit disner, « y estoient en grant nombre et bien joliez dames, demoiselles « et jeunes bourgeoises, compaignons chantans de bouche, « trompettes, clairons, menestrez tant à cordes et orguez (( comme aultres, danseurs de morisques et joueurs de « farces. »

Le parisien Maupoint, qui y prit probablement part, déclare que les mets étaient exquis. Il y avait une profusion de plats de toutes sortes, « viandes tant domestiquez que « sauvaiges, tant de bestes que de oiseaulx, tant de bouilliez, (( de rôtisserie que de pâtisserie, de espicez en grant quantité « et de diverses saveurs ». La même abondance régnait pour les vins « vins de osoie, vins bastardz, vins de rosette, (( vins blancs, vins claretz, vins rouges de divers païz et de « divers goutz... » Le nouveau cardinal avait bien fait les choses et se croyait sans doute sûr de l'avenir, si on en juge par ce fait : « Il y avoit ung personnaige feingnant le dit « Balue cardinal, qui.... disoittelz motz : « Jefay feu, je fay (c rage, je fay bruit, je fay tout, il ne est nouvelle que de (c moj'\ »

Ce soir-là encore, il n'était bruit que de lui, mais peu de temps après, les choses étaient bien changées. Le roi s'était en effet décidé à le sacrifier.

1. Voirie texte de ce discours: Spicilegium, t. III, p. 825-830; M. Fierville en a traduit de nombreux passages, p. 142-146.

2. « Près de l'église des religieux dits les Blancs-Manteaux. » Cet hôtel a donné son nom au passage Pecquai (Fagniez, dans son édition de Jean Maupoint, p. 113). Cet hôtel appartenait au frère du cardinal, Nicolas Balue (Voir plus loin, ch. IX.)

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