‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 74 sur 187 · Basin, t. II, p · texte numérisé non relu

Basin, t. II, p

Se croyant sûr désormais du succès de son entreprise, Louis XI voulut, afin d'éviter à l'avenir de nouvelles difficultés, que cette question de l'apanage fût réglée en présence des députés bourguignons ; aussi demanda-t-il à Charles le Téméraire de lui envoyer ses ambassadeurs. Il chargea Balue de chercher à presser le départ des envoyés du duc. Le cardinal, qui se trouvait alors à Paris \ donna immédiatement à Pierre Durand, son neveu-, la mission d'aller « devers Monseigneur de Rour- « gogne pour faire haster l'ambaxade de Bourgogne a venir « par deçà et que le Roy lui avoit escript qu'il le fist ainsy ^ ». Durand était porteur de quatre autres lettres : une pour le chancelier, une autre pour le grand bâtard, une troisième pour Guillaume Riche, la dernière enfin pour l'archidiacre de Cluni. Nous ignorons ce qu'elles contenaient, mais il esta supposer que l'évoque d'Angers se recommandait aux bonnes grâces de ces personnages et leur promettait peut-être en retour de faire respecter le traité dans son intégrité \ Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, nous sommes mieux renseignés sur la missive adressée au Téméraire et elle nous montre une fois de plus que Ralue, tout en secondant les projets de son souverain, n'oubliait pas son intérêt personnel. Après avoir dit en eff'et que « le Roy avoit grant amour et grant fiance a « mondit seigneur de Bourgogne et qu'il désiroit fort que ses « ambaxadeurs vinsissent », le messager devait ajouter que « iceluy cardinal luy supplioit qu'il le voulsist tousjours « avoir en sa bonne grâce et que se Tabahye de Cluny vac- « quoit, il voulsist avoir pour recommandé, et tint la main (( envers nostre dit seigneur pour qu'il l'eust et qu'il ferait « envers le roij ce que le dit seigneur semhlablement lui (( tiendrait de sa part ». C'était là une offre de service formelle ; si Charles consentait à seconder son ambition.

1. Projet d'interrogatoire de P. Durand, pièces justif., n" XIV.

2. C'est du moins l'opinion de Jean de Roye (Chron. Scand., t. I, p. 237).

3. Interrogatoire de Pierre Durand, pièce justif. n° IV, Navarrot, ambassadeur de France à la cour de Bourgogne, faisait en même temps la même demande.

4. Remarquons que trois de ces lettres sont précisément adressées aux seigneurs bourguignons auquel Balue avait remis des écus, lors de l'entrevue de Péronne: le grand bâtard, Guillaume Biche et l'archidiacre de Cluni.

Balue s'engageait à prendre en main les intérêts du duc ; voilà le premier pas dans la trahison. Le cardinal fit-il dire au Téméraire « qu'il le voulsist ayder, ou autrement qu'il « estoit homme perdu » ? C'est ce que nous ne pouvons affirmer ^ La réponse de Charles fut des plus satisfaisantes : « Il estoit bien son amy, et au regart de l'ambaxade, il avoit l'intencion de l'envoyer brief ^ )>.

Les Bourguignons arrivèrent à Paris au mois de février. Aucun historien n'a donné de détails sur cette ambassade, parce que les chroniqueurs sont muets à ce sujet ^. Nous pouvons heureusement combler cette lacune.

Le roi se montra comme toujours politique habile, mais dépourvu de scrupules. Que voulait-il? Obtenir de son frère une renonciation à la Champagne ; or, les conseillers du jeune duc travaillaient eux-mêmes à obtenir ce résultat : le caractère faible de Charles ne tarderait pas à céder. Il s'agissait donc simplement d'une aff'aire de temps. Un seul danger restait à craindre : que les députés du Téméraire se rendissent auprès de Charles avant que celui-ci eût accepté la Guyenne, c'en était fait des projets de Louis.

Il fallait donc gagner quelques jours et retenir les sieurs de Charny, de Clichy et le protonotaire \ Comme il s'agissait tout d'abord de ratifier le traité, on fit traîner les choses en longueur, et pour disposer favorablement les Bourguignons, Louis XI (c escrivit et chargea bien expressément au prevost (( des marchans et eschevins et tous autres officiers et gens « notables de la ditte ville que de tout leur povoir ils « festoyassent fort et honorablement les dits ambassadeurs '^ » , ce qui eut lieu. Le cardinal d'Angers fut le premier à les

1. D'après le Projet cV interrogatoire de P. Durand, pièce justif. n° XIV, Balue aurait fait cet aveu. Durand prétend, au contraire, que son maître ne l'a jamais chargé de dire telles paroles. Il n'importe; ce fait, s'il était prouvé, ne servirait qu'à confirmer l'intention où était Balue de seconder le duc, si celui-ci l'aidait de son côté.

2. Tout ce récit est tiré du Projet d'interrogatoire et de V Interrogatoire de P. Durand, pièce justif. n» XIV^

'3. Seule, la Chron. Scand. parle des dîners qui leur furent offerts, t. I, p. 224.

4. Pierre de Bauffremont, sire de Charny (Vaesen, t. II, p. 324 note 2). C'est l'Interrogatoire de Jean Luret, pièce justif. n^ Xîl, qui nous a conservé le nom de ces ambassadeurs Bourguignons.

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