Bibl. Nat., fs. fr. 3884, fol
aux rois de France, Paul II prenait rengagement, pour lui et ses successeurs, de le leur donner toujours désormais ^
Les dispositions de la cour romaine ne paraissaient donc pas hostiles et les Français espéraient une heureuse issue de leur négociation. Enfin, le Souverain Pontife manda aux cardinaux de se réunir en consistoire et y fit venir les ambassadeurs (5 décembre). Ceux-ci présentèrent leurs lettres de créance, et Guillaume Cousinot prononça un habile discours qui mérite certainement une analyse. L'envoyé du roi y fait preuve d'une très grande finesse. Il commence par « remons- « trer l'amour et l'affection » de Louis pour le Saint-Siège, puis il aborde l'affaire qui les amène. Il raconte sommairement la vie de Balue, montre tous les honneurs dont le cardinal a été comblé, les pensions, les faveurs, les dignités de toutes sortes, « et c'est lui, s'écrie-t-il, quia trahi le roi, semé « la division entre le prince et les grands, excité la nation « contre la nation, le peuple contre le peuple, Tami contre « son ami, les parents contre les enfants ! De là ces guerres, (( ces morts, ces destructions d'églises; de là ces vols, ces « violences; plus de sécurité, plus de foi, plus d'amour; par- (( tout la guerre et ses horreurs ! Voilà le fruit de l'ambition « aveugle et insatiable de Balue : il a même avoué, le traître, (( qu'il a convoité jusqu'à la dignité papale ^ )>
Il passe ensuite à la narration détaillée des crimes du cardinal, parlant d'abord d'un prétendu serment de fidélité prêté par Balue au duc de Bourgogne, et dont nous n'avons aucune preuve ^ n'accusant pas l'évêque d'Angers — nous de-
1. Mabillon, De re diplomatica (liv. VI, p. 620, art. 210), conclut que Paul II avait conféré ce titre en 1469. Le P. Daniel adopta cette opinion. Bonamy (Acad. Inscript, et Belles-Lettres, t. XXIX, p. 268 et suiv.) soutint, au contraire, que cet usage remontait à Louis le Gros. Nous admettons les sages conclusions de M. Gaillard, op. cit., p. 17-19. Cf. Giry, Manuel de Diplomatique, p. 323.
2. 5 déc. 1469, publié en partie par d'Achery, Spicilegium, t. III, p. 840-842. L'auteur du Spicilegium date à tort ce discours « anno circa 1471 » ; les relations de l'ambassade nous permettent de rectifier cette erreur. Dora L. d'Achéry n'a connu probablement qu'un texte incomplet ; il n'imprime que le commencement et la fin de la harangue. Aussi le ms. lat. 5414 a de la Bibl. Nat. qui nous a conservé l'intégrité de ce document (p. 128-148) sert-il de base à notre analyse.
3. C'est le serment du Quesnoy, dont mention est faite dans les questions de deux interrogatoires cités, mais chaque témoin déclare qu'« il ne scet » et cette accusation peut fort bien être une calomnie
vons le remarquer, — d'avoir mené le roi à Péronne, mais mentionnant simplement la grande somme d'argent qu'il a prise à Louis XI en cette occasion. Il parle aussi des malversations dont la dime aurait été la cause selon lui, et arrive enfin à la trahison même. Il montre l'alliance des deux prélats contre le roi et produit le mémoire de Simon Bellée avec son interprétation ; il y joint la déposition de ce dernier et raconte son arrestation : « C'est là, ajoute-t-il, ce qu'ont « avoué les accusés et plusieurs témoins. » Et après avoir apprécié la conduite de Guillaume de Harancourt, le sire de Montreuil s'écrie en terminant : « 0 egregium facinus ! 0 im- « perscrutabilis nequitia! 0 scelus sceleratissimum ! 0 intentio (( perversa! 0 damnata malitia! 0 detestatum propositum! (( 0 ingratitudo ! » « Les grands, continue-t-il, demandaient (( une prompte punition, mais le roi très chrétien a fait jusce qu'au jugement mettre les coupables sous bonne garde et (( les traite avec les égards qui leur sont dus\ » Louis désire seulement qu'on respecte les prérogatives, prééminences et dignités des droits du roi, et il attend la punition, fruit d'un esprit pieux et non d'un cœur cruel : « non est crudelitas (( punire, sed pietas. )>
Paul II répondit qu'il était « fort desplaisant » de tout cela ; il fallait, ajouta-t-il, s'occuper longuement de cette affaire, et il commit à cet effet les cardinaux de Teano^ et de Spo- Iète^ ainsi que le vice-chancelier des Ursins\ Ceux-ci devaient examiner l'affaire et s'entendre avec les ambassadeurs''.
Quelques jours après, le 9 décembre, ces cardniaux firent venir Cousinot et lui demandèrent des détails sur la tra-
de ces nombreux ennemis de Balue, dont parle l'auteur de l'interpolation de la Chronique Scandaleuse.