‹ Jean-Baptiste GreuzeChapitre 1 sur 322 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

1N dépit de la théorie de Taine, le génie n’est pas | invariablement une résultante. Si certains artistes sont | vraiment l'expression fidèle de cette raison composée | où l'illustre philosophe amalgame la race, le milieu et | le moment, d’aucuns échappent à telle ou telle de ces | | causes, sinon à leur ensemble, et on les dirait tombés du ciel, ou plutôt charriés, comme certaines graines exotiques, par les pluies et les vents, jusqu'au terroir où ils s’enracinent. Notre École de peinture compte au moins deux de ceux-là, avec Watteau et Prudhon, dont l'essentiel du génie se dérobe aux prises du système; un certain nombre, au contraire, sont éminemment représentatifs du temps et de la socièté où ils vécurent. Les premiers ont, sans conteste, en eux, de par le mystère même de leur origine, quelque chose de plus attirant, et la mens divinior, comme on a défini le génie, y apparaît plus spontanée, plus fatidique, plus imposante, comme tout phénomène dont la source nous échappe; mais, bien que ne portant point cette marque sacrée, les autres ont néanmoins leur prix. S'il ne leur appartient pas d'inspirer ces ferveurs mystiques dont l'inconnu est toujours le meilleur aliment, nous nous les assimilons du moins plus complètement, car ils sont mieux à la mesure de notre esprit, dont ils respectent les habitudes et confirment les expériences, et le sentiment qu'ils nous inspirent, pour comporter quelque familiarité, n’en est souvent ni moins vif ni moins fidèle.

C'est ainsi que plus la critique de nos jours s'est dégagée des inconsciences de l'instinct et attachée à décomposer ses impressions, à en classer les éléments, plus elle est devenue indulgente et même

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