‹ Jean-Baptiste GreuzeChapitre 24 sur 322 · GALERIE DE L'ERMITAGE · texte numérisé non relu

GALERIE DE L'ERMITAGE

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ÆæYyREUZE s'était marié, comme nous l'avons dit, après son | retour de Rome, à la fille du libraire Babuti. Et c’est 4 tout de suite à Diderot que nous emprunterons, tout : : comme Charles Blanc et les Goncourt, ce si joli croquis At /» | pour la présenter; dans son Salon de 1765, Diderot Gr s'occupe d’un portrait de M" Greuze, et il débute,

avec sa rondeur accoutumée :

Ce peintre est certainement amoureux de sa femme; et il n’a pas tort. Je l'ai bien aimée, moi, quand j'étais jeune, et qu’elle s'appelait Mie Babuti. Elle occupait une petite boutique de libraire sur le quai des Augustins; poupine, blanche et droite comme le lis, vermeille comme la rose. J'entrais avec cet air vif, ardent et fou que j'avais et je lui disais : « Mademoiselle, les Contes de La Fontaine, un Pétrone, s’il vous plait? — Monsieur, les voilà ; ne vous faut-il point d’autres livres? — Pardonnez-moi, Mademoiselle, mais... — Dites toujours. — La Religieuse en chemise. — Fi donc!

Monsieur; est-ce qu'on a, est-ce qu’on lit ces vilenies-là? — Ah! ah! ce sont des vilenies, Mademoiselle; moi, je n’en savais rien... » Et puis, un autre jour, quand je repassais, elle souriait et moi aussi.

C’est cette jeune personne que Greuze avait épousée; c’est de cette figurine de Boucher que le «chérubin amoureux», à peine guéri de son grand chagrin de Rome, s'était épris : vraie petite bourgeoise française et parisienne, que les quelques lignes alertes de Diderot nous évoquent avec tant de force, et qui eût sans doute fait meilleur ménage avec l’éloquent et fougueux essayiste qu'avec le peintre soucieux de morale. Cette union devait se terminer par une séparation, dans des conditions très douloureuses; mais il n’en est pas moins vrai que Greuze fut très amoureux de sa jolie femme, la peignit avec attachement, à plusieurs reprises, soit expressément, soit par allusion, ne s’en sépara qu'après des années de souffrance, et se conduisit fort libéralement avec elle‘.

Les Salons: de Diderot, on le sait, ne sont que des lettres et notes envoyées à son ami Grimm, directeur de la Correspondance littéraire, concernant les années 1759, 1761, 1763, 1765, 1767, 1769, 1771, 1775 et 1781. (Les expositions, d’abord annuelles, étaient devenues biennales à partir de 1751). Ces Salons furent publiés par Naigeon en compagnie de l’Essai sur la peinture (publié en 1795). Naigeon commenta, réunit cet Essai aux Salons de 1765 et 1767, en 1798. Le reste fut publie par Belin (supplément aux Œuvres de Diderot, Salons de 1761 et 1769, Paris 1819); puis par Walferdin, l’érudit amateur, le collectionneur passionné des Fragonard, qui donna les Salons manquants dans la Revue de Paris en 1857, empruntant divers documents à la bibliothèque de l’Ermitage, de Saint-Pétersbourg. Il appert de cette série que si Diderot s’occupa longuement, au préalable, de la technique picturale (Essai sur le Beau, article de l'Encyclopédie, Histoire de la peinture en cire, 1755, etc.), s’il se forma un goût et une compétence, il ne se risqua à écrire, ou du moins à divulguer ses opinions sur les peintres que pour céder au désir de Grimm en 1759, et toujours sous la forme familière et libre de lettres personnelles et peu connues, ce qui explique son ton spécial de critique. Nous savons qu'il s'était empressé, en 1755, d'aller voir le Père de famille chez M. de la Live de Jully, et s'en était enthousiasmé. Mais la première rencontre que nous fassions, quatre ans plus

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