‹ Jean-Baptiste GreuzeChapitre 9 sur 322 · XIV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XIV AVANT-PROPOS

vérité dont la définition nous est inconnaissable. Il n’est si grand artiste qui ne meure en pensant s'être trompé. Comment, dès lors, le critique n’aurait-il pas le devoir de donner au terme d'erreur un sens tout spécial, et nullement péjoratif ?

On peut seulement dire qu'un artiste a préféré l'obtention d'un résultat immédiat au fait de se conformer à celles des règles de son art qui semblent immodifiables, et s'en servir plutôt que les servir. L'amitié de Greuze et de Diderot n’a pas décidé autre chose, d’un consentement délibéré qui suffirait à ôter tout son sens au mot erreur, si nous tenions à le lui garder. Ils ont consciemment voulu créer une œuvre et un mouvement. L'erreur serait sans doute au critique de les juger en soi, et c'est ce que j'ai tenté d'éviter, en adjoignant à cette biographie analytique une série de réflexions sur les raisons qui ont dirigé Greuze et son confirmateur critique. Ces raisons étaient fournies par l’état même de l'École française et les prodromes de la révolution sociale : d’où fus-je entraîné à esquisser le dessin de ce vaste cadre autour de cette légère peinture. Pourquoi vanter avec emphase l’homme dont on s'occupe, et feindre de lui trouver un intérêt primordial pour rehausser son propre travail? Greuze, malgré des dons de grand peintre, a besoin d'être soutenu, présenté, renforcé par l'évocation du temps contre ‘lequel il protesta. De cette protestation, de ses réciprocités à son temps, il tire autant de lustre que de son œuvre elle-même. Mais c'était un artiste, un délicieux artiste, et dans l'étude de tout artiste il y a lieu d’aller au fond des choses sur lesquelles la critique se peut exercer avec profit. Là ont surtout tendu les intentions de cet ouvrage.

Il ne prétend pas à l'érudition. Je n'ai pas voulu entourer Greuze d'un pompeux apparat de documents, et le présenter avec solennité dans ce cortège de remarques, de consignations, de précautions oratoires et exégétiques qui semblent annoncer au monde qu'on va parler d’un génie, et font un sort aux plus minimes des détails qui le touchent. Encore que je n’aie rien négligé d’essentiel, j'eusse vite dû renoncer à l’espoir de découvrir des mystères, et d’en hausser mon ton et mon mérite, dans une vie et une œuvre que l’on connaît fort bien et qui sont fort simples d’ailleurs, à peu près nues d'événements. Après l'étude admirable des Goncourt dans cet Art au xvu- siècle qui présente un modèle inoubliable de critique picturale, après même Charles Blanc, et surtout après Diderot, qui ne raconte pas les vies mais commente les âmes, rien

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