‹ Jean Bart et Louis XIVChapitre 69 sur 120 · COLDKI1T AD DUC DE VIVONNE · texte numérisé non relu

COLDKI1T AD DUC DE VIVONNE

Monsieur,

< La plainte ayant été ici portée au roi par le sieur Peliss^ry de ce que le sieur Dulignon, son beau-frère, ayant envoyé des blés à Messine à sa sollicitation, et croyant en cela faire chose qui put être agréable à Sa Majesté el avantageuse à >on service, n'a pu parvenir a en recevoir qu'une partie du payement, quelque instance qu'il vous en ait faile et a M. Colberl de Tcrrnn,

Sa Majesté m'ordonne de vous dire qu'odre les ordre* f(y\\i rairx qu'elle vous a donné.* cl même réitérés pour donner une entière liberté aux marchands de vendre l> ••■ blés el antres denrées qu'ils portent à Messine sans passer par les ofli< iers du pécule et sans payer aucun droit d'entrée, elle veul que vous nyei un soin particulier de faire actuellement payer non seul •meut ledit sieur 1 1 u I ig non , mais aussi tous les marchanda qui ont poi l-' îles blés à Messine, et qui se plaignent lous du traitement qu'ils y reçoivent, Sa Majesté étant assurée qu'il est impossible que celte ville puisse subsislcc si vous ne faites en sorte que lous ces marchands soient satisfaits et qu'ils n'aient une entière liberté, et surtout elle désire que ledit sieur Ihtlignon soit payé de ce qui lui esl dû. C'est le seul sujet île la présente, que je finis en vous assurant que je StlÎJ ,

« Monsieur ,

Votre très-humide et très nlvissml serviteur.

« CoLscnr, -

« A S.iinl-G< nuiiii, le là mal? tCOT »

Celle lettre de Louvois. extrêmement opposé à l'occupation de Messine, csl fort sévère, el montre que ils préventions in ternent fondées flétrissaient déjà l'administration de Vivonne. (OUI a l'ail sous l'influence de ses domestiques,

M. DE 1.01. VOIS AU IWC DE VIVOXNK.

•1 Monsieur,

.( J'ai reçu les lettres que vous m'avez l'ait l 'honneur de m'écrire le 28 décembre et 10 du mois passé avec celte pour le roi et les autres papiers qui y étaient joints, auxquelles in répondrai par celle-ci: je commencerai par ce qui regarde les troupes et loirs subsistances.

* Par l'état qui est ci-joint, vous serez informé des troupes que le roi a résolu d'envoyer à Messine; et en attendant qu \ sur les nouvelles que vous devez lui donner. Sa Majesté ait pris sa résolution sur le départ des galères, elle a donne ses ordres pour faire embarquer sur les vaisseaux qui partiraient au premier jour le régiment d'inl'aiilerio de Cbambèry, compose de mille nommes, celui de dragons d'Audijos, composé de quatic compagnies de soixante hommes chacune ; ce dernier corp.s doit être monté en Sicile. L'on fera embarquer avec les drapons des selles, mors et brides, et le surplus des troupes se tiendra prêt a être embarqué sur les galères ; et parce que. comme Sa Majesté serait bien aise de ne point faire de dépenses Inutiles, SOU intention est que, lorsque toutes les troupes seront arrivée., vous rendiez complets les régiments do l.ouvigny, de Crussol el de Schomberg en réformant des cumpagnies, tant des corps qui soiil présentement en Sicile dont les capitaines ne vous satisferont pas, que des troupes que les galères vous porteront, faisant en sorte que Imites les compagnies soient mises sur le pied de soixante hommes chacune, el pour ce qui est des ofliciers. qui par ce moyen se trouveront Mipernaméraires, Sa Majesté souhaite que vous les fassiez repasser en France; pour ceux dont vous serez coûtent, pour avoir bien servi, être replacés dans les premières occasions qui se présenteront ; mais ceux dont vous ne serez pas satisfait, pour avoir mal fait leur devoir, ne rentreront pas assurément dans le service

■ Il n'y a p is de doute qu il serait utile de faire bâlir des casernes dans Messine pour loger les soldats, mais Sa Majesté est surchargée de tant de dépenses a faire, mènn en Sicile, qui sont de la dernière importance, qu'elle ne peut pourvoir ;'i cela présentement, et l'on peut II remettre dans un autre temps, on les choses soient mieux affermies.

« C'est une chose fâcheuse que la désertion du nommé Courville, munitionnaire de la marine, et partisan du blé de Messine ; Ct, s'il pouvait èlre pris, il faudrait le faire punir sévèrement. Mais, quelque besoin que vous ayez d'un homme sûr pour la fourniture du pain de munition. Sa Majesté ne peut vous envoyer le sieur Jacquier; il est munitionnaire général de l'nr-

mée d'Allemagne, où il est d'autant plus nécessaire qu'un autre que lui ne se pourrait pas acquitter d'un emploi aussi difficile que relui dont il est chargé.

i Sur tos instances réitérées, Sa Majesté a ordonné a M. Colbert de faire acheter en France pour '200,000 livres de blés et de vins, les envoyer pour être vendus a Messiue, et l'argent qui en proviendrait être remis entre les mains du commis du trésorier de l'extraordinaire, qui sert près de vous, pour être employé au payement de la solde des troupes. Outre cela, j'ai donné ordre au trésorier général do l'extraordinaire des guerres de vous envoyer en argent comptant 4,260 livres ; ce qui, avec deux lettres de change montant à 24,240 livres, envoyées par M. de Terron, qui ont été acquittées a Paris, font ensemble 278,500 livres, qui est une somme fort considérable, et qui, avec le prix des blés, vous mènera fort loin . particulièrement si elle est bien ménagée, comme Sa Majesté I espère de votre application. Sa Majesté vous envoie encore sur les vaisseaux deux mille justaucorps, pour être distribués a ceux des soldats de votre infanterie qui en auront le plus besoin.

« Et parce que M. Colbert s'est charge de vous faire savoir l'intention du roi sur le libre débit des blés a Messine, je ne vous le répéterai point; je vous dirai seulement, monsieur, que Sa Majesté trouve juste de ne pas révoquer entièrement In gabelle de Messiue, si du fond qui en provient l'on en paye aux habitants de ladite ville les arrérages des rentes qui leur sont dues par la ville; mais comme apparemment beaucoup de ces créanciers la, s'ètanl retirés avec les Espagnols, n'en doivent pas jouir, l'iniention de Sa Majesté serait que l'on eu fit une distraction, et que l'on diminuât la gabelle a proportion du nombre de gens qui doivent avoir part à ce qui en provient, lesquels sont avec les ennemis ; et que si, par exemple, du temps des Espagnols l'on levait un écu par salme de blé, et qu'il servit ù payer 60,000 liv. de rente, et que les créances de ceux qui se sont retirés avec les Espagnols ne montassent à 40,000 livres, l'intention de Sa Majesté serait qu'on ne levât plus que 20 sols par salme de blé, pour être employés a payer ceux qui sont restés dans Messine.

« Les députés du sénat ont fait de si vives instances au roi pour avoir la ratification du serment de fidélité que la ville de Messine a prêté en vos mains, que Sa Majesté n a pu s'empêcher de la leur faire expédier de la manière qu'il s'est pu, n'en ayant point de formulaire, mais non pas tout a fait conforme à ce qu'ils demandaient; elle leur a été remise avec deux dépêches de Sa Majesté pour le sénat de Messine ; et, quoique je ne doute point qu'à leur arrivée ils ne vous les fassent voir, je ne laisse pas de vous en envoyer des copies, afin que vous ne puissiez manquer d'être informé de toutes choses. Celle ratification n'a été expédiée qu'en attendant que, suivant ma lettre du dernier de janvier, il vous ait plu de m'envoyer des copies des ratifications qui ont été faites en pareil cas par les rois d'Espagne, pour en pouvoir faire une de la même teneur de celle-ci.

« Etant fort nécessaire que le roi soit informé du nom et de la fonction des tribunaux et des charges et dignités qu'il y a dans Messine et dans la Sicile, de leurs fonctions et prérogatives, de leurs revenus et de tous les autres privilèges et avantages dont ceux qui en sont pourvus jouissent, de la manière dont leurs provisions s' expédient, et si Sa Majesté y pourvoit directement, ou si c'est sur la présentation du vice-rôi ou de quelque autre, Sa Majesté m'a commandé de vous faire savoir qu'elle désire que, de concert avec vous, M. Colbert de Terron fasse d'amples mémoires sur tout ce que dessus, et qu'il les lui envoie avec des copies des provisions de chaque officier, en telle sorte que quand vous aurez occasion de lui parler, soit de la cour slradigozialle ou de quelque autre tribunal, soit de quelque officier, Sa Majesté sache précisément ce dont on lui voudra parler, ou ce que l'on désirera d'elle; et lorsqu'il sera question de pourvoir dorénavant quelque officier, il sera bon d'envoyer toujours le projet d'expédition, pour s'attacher aux formes, qui sont très-utiles à garder en tous lieux. Après que Sa Majesté sera informée de toutes ces particularités, elle sera en état, quand les particuliers de Messine lui demanderont des charges, de ne leur accorder que celles qui leur conviendront, sans leur donner des espérances

inutiles pour des grâces que Sa Majesté ne leur pourrait accorder; â cause du peu de rapport qu'il y aurait entre les charges et le mérite de ceux qui les demanderaient, et ainsi leur ôter toute matière de chagrin. Cela n'empêchera pas que Sa Majesté ne prenne toujours vos avis sur les charges et dignités qui viendront â vaquer en Sicile, et qu'on lui demandera avant que d'en disposer.

• Lorsque le roi a fait expédier i M. de Vallavoire une commission pour commander dans Messine, Sa Majesté a considéré que, dans le temps que vous étiez obligé de vous en absenter, il était nécessaire qu'il y eût daus cette importante ville une personne d'autorité pour y commander, et qui, pendant que vous seriez présent, pût avoir autorité sur les troupes pour les faire agir suivant les ordres que vous lui en donneriez, et rien davantage : aussi la commission ne porte rien autre chose, et si vous voulez prendre la peine de la lire, vous en serez persuadé.

• Sa Majesté n'a pas voulu donner audit sieur de Vallavoire la ualité de slradico, étant bien aise, auparavant que de disposer e semblable titre, de voir les affaires de Messine plus affermies

qu'elles ne sont, et sur ce fondement il ne sera pas nécessaire d'établir la cour du vice-roi.

a Le roi a approuvé la disposition que vous avez faite, en faveur d'Antonio Moletti, de la charge decrédencier de la douane de Messiue, et de toutes les autres mentionnées en vos lettres, et veut bien que vous accordiez de sa part au sieur Caffaro la charge de conservateur du royal patrimoine. Sa Majesté étant bien aise de lui témoigner par une gratification aussi considérable le gré qu'elle lui sait du zèle qu'il fait paraître pour son service ; et de plus Sa Majesté a ordonné à M. Colbert de vous adresser pour le lui remettre un présent pareil à ceux qui oui été faits aux députés du sénat qui étaient ici. Sa Majesté trouve bon aussi que vous donniez la charge de maître rational de la royale députation du royaume au sieur Crispo, et, quoique Sa Majesté ne la lui accorde' qu'en considération de l'abbé Zappa, néanmoins Sa Majesté ne juge pas à propos de disposer de l'abbaye de Sainte-Lucie, ne croyant pas pouvoir donner en conscience ces deux bénéfices, à" cause qu'ils sont situés dans des lieux qu'elle ne possède pas encore.

« Vous pouvez mettre en possession des charges de la cour slradigozialle les docteurs que vous proposez, Sa Majesté s'en remettant entièrement à vous; mais, â cause que nous n'avons pas les formulaires des expéditions qu'il leur faut faire, non plus que pour toutes les autres charges dont vous avez disposé jusqu'ici, et que Sa Majesté accorde aux sieurs Caffaro et Crispo, je ne les ai pu expédier, et je différerai i le faire jusqu'à ce que vous ayez pris la peine de me les envoyer. Par la même raison Sa Majesté n'a pas désiré qu'il fût écrit en son nom à la cour slradigozialle, étant bien aise de savoir auparavant comment elle doit la traiter.

. J'ai vu ce que vous avez écrit à M. Dufresnoy touchant vos appointements à prendre sur l'extraordinaire de la guerre, et j'en ai rendu compte au roi ; Sa Majesté n'ayant pas jugé â propos de faire, quant à présent, aucun établissement sur ce piedla, el voulant néanmoins avoir égard aux grandes dépenses auxquelles le poste que vous tenez vous oblige, elle vous a accordé une gratification de 24,000 livres, dont j'ai expédié l'ordoniiance.

« Il ne me reste plus à répondre qu'au point contenu dans « votre lettre du 10 du mois passé, qui regarde votre juslificah tion sur la conduite que vous avez lenue depuis que vous êtes

• à Messine ; el, à cet effet, je vous dirai que je n'ai point su que « l'on vous eût imputé d'avoir eu aucun intérêt particulier dans « la distribution des charges dont vous avez disposé. Il est vrai v que l'on n'en a pas tout â fait parlé de même d'aucun de vos « domestiques; el, comme j'ai connaissance que quelqu'un de « vos proches doit vous eu écrire, je me remettrai, s il vous plall, i à ce que vous en apprendrez par cette voie-là, et me conten-

• terai de vous assurer qu'on ne peut être avec plus de sincérité < ni de passion que je suis,

« Monsieur, votre très-humble et obéissant serviteur,

h Locvois.

< Suint -Genwiin-en-Uyc, 23 mars 1076. •

La famine menaçai toujours, le roi fit demander à Vivonne son avis et celui du conseil de marine sur le parti le plus ezpédieut pous assurer le passage d'un convoi de blé destiné à Messine et devant partir de Toulon. Le conseil était composé de MM. de Vivonne, de Valbelle, d'Àlmeras, de Preullv d'Humières, de Colbert de Terron, de du Quesne, et de Desclouseaux. Les «vit furent partagés et envoyés an roi dans la forme suivante :

conseil oo 5 aua>

1676, k MESSINE.

t Mon avis est d'aller chercher le coovoi a Toulon. Le chevalier de Tourville ferait partir incessamment les galères avec autant de vivres qu'elles pourront et un peu de troupes.

« Pour le convoi, ilfautlui raar-

Îiuer la route et le aire partir, s'il

ne l'est pas, puisque je ne pourrais pas sortir assuré de Messiue.

« Valseur. »

( Mon avis est que les troupes et le convoi ne parient pas «le Toulon que toute l'armée ne l'aille quérir.

< Pbeollv. »

« Comme c'est une saison avancée et les nuits courtes et favorables pour passer en coovoi dans les endroits où les galères peuvent être avec les vaisseaux des ennemis, mon avis est que le convoi qui est a Toulon parte in plus vite, d'autant même que les vaisseaux ne peuvent quitter le port de Messine que les galères ne soient arrivées, et que le temps de leur voyage est incertain ; le convoi no peut, par ces raisons, partir trop lot.

• Gabxrmt. •

< Mon avis est que le convoi parte iucessammenl en lui marquant sa roule.

« Colbkht m Tsaaoa. »

« Mon avis est que les galères partent incessamment, et

Louroii.

qu'elles mènent, en farine et en biscuit, autant de vivres qu'elles pourront sans trop retarder leur route ; et que le convoi parte aussi incessamment en prenant la route du sud, afin que, sachant leur roule et les galères étant arrivées ici, nous puissions aller au-devant du convoi sur la rouie, s'il n'est pas arrivé auparavant, t n'Aurais, s

« Mod avis est que les galères parlent au plus tôt de Toulon , qu'elles em- * barquentquarante

soldats d infanterie chacune , et qu'elles amènent avec elles des vivres dans des barques , j'entends une partie de biscuit et l'autre de farine, pour deux ou trois mois, s'il se peut, en plus que ce qu'elles auront dans leurs bords, et que, aussitôt qu'elles seront arrivées à Messine, les vaisseaux en partent i ucessamm en t pour aller aux Iles d'îlyères joindre le convoi des troupes et vivres que Sa Majesté a lait «réparer , pour escorter et le conduire à Messine avec le plus de diligence qu'il se pourra, et, pour cet effet, il y faut <|iie les vivres destinés pour les vaisseaux de guerre soient embarqués par avance sur

îles haïques. afin

qu'a l'arrivée dos vaisseaux aux lies ■ i I ï y» r.-s, les vaisseaux de guerre et autres qui sont armés a Toulon \ iennentincessamment joindre Parmi e, estimantque, sileditcouvoin est escorté sûrement, iltomberaentretes m Tins des ennemis, ce qui sera la perte de Messine « os Quesne, »

i Tous les expédients que l'on peut prendre se rèduiseut a trois, qui sont ou d'aller à Toulon avec tous les vaisseaux, ou d'aller au-devant du convoi, on de l'attendre i un rendez-vous que l'on lui aurait donné quand les galères seront arrivées.

< Le premier serait si long, que je croîs le remède pire que le mal; le second est incertain et peut être fort préjudiciable, puisque ou il faudrait lut donner le rendez-vous a Toulon, on l'on expose le convoi depuis Toulon jusqu'au rendez-vous; ainsi mon avis est que le convoi vienne incessamment par la route

JEAN RAIVT

que l'on lui enverra, la saison même lui donnant vraisrmhlablement plus <le sûretés que les autres précautions, les galères de France n'osant abandonner Messine pendant l'absence des Taisseaux, et les galères ennemies se trouvant dans la saison des calmes. Sans être embarrassés des notres.il est certain que nos vaisseaux, quelque braves et en quelque nombre qu'ils soient, ne sauraient garantir noire convoi des galères des ennemis, étant commandés par M. Ituyter, comme elles seront infailliblement dans ce temps-là.

'i VlVOSSF.. »

<i Mon avis est qu'il soit écrit que l'on fasse partir incessamment les galères avec quelques troupes et autant qu'il se pourra de vivres pour leur substance ; que l'on fasse la même chose pour le convoi, en lui donnant la route, afin que, étant ici de bonne heure, les vaisseaux aient des vivres et soient en étal d'aller chercher les ennemis.

« DrscLoiisE.vrx. »

• [Itibl. roi/., nist.)

Le résultat de ces délibérations fut un onlie de Versailles qui portait que le convoi de vivres viendrait à Messine par le sud, résolution quî amena, ainsi qu'on le verra plus tard, le combat du 24 avril.

Depuis le combat du 13 février, tes troupes espagnoles ne tentèrent rien de considérable jusqu'au 25 mars, qu elles lirent de grands efforts pour surprendre le fort que M. de Yivonne avait fait élever hors la ville, sur une esplanade, devant le couvent des capucins.

Le comte de Rorghia, commandant cette expédition pour l'Espagne, (il avancer quinte cents hommes sur une hauteur, et ses troupes, commençant l'attaque A miijbit, attachèrent des échelles à une redoute qui est entre la porte des Capucins et la porte Rovale ; M. de ViUedieu, à la tête de quelques soldats des vaisseaux, alla soutenir la garnison qui se défendait bien, et les ennemis, repoussés rudement, tentèrent de se retrancher dans le couvent des carmes ; mais, voyant qu'on se disposait à les attaquer l'epee à la main, ils abandonnèrent ce poste avec une perte de quarante à soixante soldats.

Après le combat du 8 janvier, Ruyter ayant croisé Quelque temps sur les cotes de Sicile, retourna se ravitailler a Naptes ; de la il partit pour Palcrme, où il arriva le 23 février ; son vaisseau ayant besoin d'être caréné, il resta quelque temps dans ce port a attendre le marquis de Rayonne; le 14 mars, sa flotte étant augmentée de quatre vaisseaux et d'un brûlot espagnols, Ruyter sortit de Palerrae, et, le 20 mars, il jeta l'ancre i Mêlante

Le 21 le conseil de guerre, composé d'officiers hollandais cl espagnols, fut convoqué a bord du marquis de Rayonne, général des galères, pour délibérer sur les prochaines opérations des armées jointes ensemble On fut unanimement d'avis d'aller attaquer Messine par terre et par mer, et de faire communiquer celle résolution au vice-roi pour l'Espagne, et par le même général des galères. Le même jour, Ruyter reçut, par une felouque envoyée de Naples, des dépêches du prince d'Orange et du grand pensionnaire Fagel qui l'autorisait à prolonger le séjour de son escadre dans la Méditerranée si le service du roi d'Espagne l'exigeait.

Le 23 mars, on essuya un violent coup de vent d'est-sud-est,

Sui se fit sentir dans la baie de Melaizo et mit quelques navires a i côte ; le temps étant plus calme le 24, on célébra à bord du navire de Ruyter l'anniversaire de la naissance de cet amiral, qui entrait le même jour dans sa soixante-dixième année (étant né le 23 mars 1601!); enfin, un nouveau conseil ayant été (enu le 24 à bord de la galère du marquis de Rayonne, on décida qu'il faillit que la flotte fit aussitôt voile vers le l'hare, parce que les troupes espagnoles étaient en marche sur Ihisso. alin de prendre poste devant les ouvrages extérieurs de Messine, pendant que l'armée navale l'attaquerait par mer. Ruyter se prépara donc a mettre à la voile ; mais, un grand calme étant survenu, il fui obligé de se servir des galères pour remorquer les

vaisseaux dehors de la baie. Son armée, composée de cinquante voiles, tant vaisseaux que galères et brûlots, l'élevant de la sorte, arriva, le. 27 au point du jour, en vie du phare de Messine, et mouilla, du côté de la Calabre. vis-à-vi* du château de Salvador, for! qui ferme l'entrée du port d'un côté: niais la violence des courants lit dériver les vaisseaux hollandais jusqu'à portée de canon de ces forts, qui canonnèrent vigoureusement.

Le lendemain 27. six cents Espagnols et Allemands, auxquels s'étaient jointes toutes les milices de Sicile et une grande partie de la noblesse, allèrent se poster, avec huit pièces de canon, sur des hauteurs au-dessus des Capucins, et en même temps leurs galères s'ètanl avancées, mirent à terre huit cents hommes qui se joignirent aux autres troupes vers l'église de Saint-Basile du Salvador-des-Crecs, dont ils s'emparèrenl après quelques escarmouches, et où ils se retranchèrent ensuite. Ce poste, qui n'est qu'A deux milles de cette ville, entre la grotte et le Paradiso," menait à découvert leur aimée navale et rendait plus difficile la sortie du port. M. de Yivonne, qui avait fait assembler les troupes de terre et commandait en même temps la marine, donna l'ordre "aux vaisseaux places tout près de la passe du port, et commandés par MM. de la Moite, de Reaulieu et d'Amfreville, de chasser sur les ga'ères d'Espagne, qui abandonnèrent le poste qu'elles avaient pris sous le Salvador. En ce même moment, le marquis de Vallavoire fit donner les Messinois sur le quartier du comte de Buquoy, colonel allemand, qui soutînt leur feu avec assez de fermeté: mais l'infanterie cl la cavalerie françaises, commandées par M. de Yilledieu, ayanl été a l'ennemi*, le tirent plier; il abandonna ses retranchements, et bientôt la mort du comte de Ruquov acheva sa déroute. La perle des assiégeants fut si considérable, que le régiment allemand, qui formait leur principale force, et les compagnies de Siciliens,

{furent entièrement ruinés: leur canon, leurs munitions, leurs agages abandonnés ; en un mot, les Espagnols, qui avaient assemblé toutes leurs forces dans celte dernière tentative, laissèrent la campagne libre, avantage dont M. de Yivonne ne sut ou ne voulut pas profiter, malgré de nombreuses députations des habitants du plat pays, qui viurent lui faire leurs soumissions.

Le 18 avril et le 20, M. de Yivonne reçnt ces deux lettres de M. le chevalier de (lélhuue, qui lui annonçaient que la flotte hollandaise était en vue d'Agosia, et qu'elle se préparait a attaquer cette ville par mer

DE I, DK ■éTMH A M. DE VIV0KNE.

• Ce 18 avril 1G78, par le travers de Syrjcuw et d'Asonli.

« J'élais parti pour aller escorter notre tartane, sur les neul heures du matin. A quatre heures du soir, la poiule de Ronagie. celle qui est le plus au nord de Svracuse. restant au nord-ouestquarl-nord, deux lieues et demie, et Moro di Porco au Slldouest-quarl-sud. à quatre à cinq lieues, les vents étant est-sudest, et portant le cap au sud, j'ai découvert la flotte ennemie, et j'ai été la reconnaître a une demi-lieue. Lorsque je les ai aperçus, ils n'avaient rien que leur petit hunier, d'autres point de voiles, soit qu'ils eussent dessein de se trouver au jour demain vers Agosla et ne se point faire voir A la côte, ou bien de forcer de voiles celte nuit pour se trouver demain au jour au Phare. Il se peut pourtant laire, en mon sens, que ce soit le méchant temps qui les ait fait sorlir, n'ayant commencé a se remettre au beau que ce matin ; celui qui portait le pavillon au grand mât faisait l'avant- garde, et nous a suivi à toules voiles pendant une heure, puis a revirè et ensuite attendu les autres. J'ai rangé Syracuse, et les galères y sont encore. Je ne sais pour quel sujet ils ont tiré, contre leur coutume, dix coups de canon lorsqu'ils m'ont vu avoir dépassé la ville et faire roule pour doubler Moro di Porco, à moins que la galère et les deux galiotes qui mouillèrent hier ne fussent sorties dehors et par delà la pointe, n'étant plus à l'entrée du port. Il y a dans le port un fort grosnaviie, autant que j'en ai pu juger par l'espace des niàts que j'ai vus par-dessus les remparts; il n'y avait qu'un màt de hune haut, et n'y était point hier.

* Je suis bien mît, monsieur, que le passage est libre pour Messine; mais les vents sont si changeants, que l'on n'oser.iit rien entreprendre, outre que je n'ai point d'ordre ; mais j'appréhende tort pour les navires qui y sont, si Agosta est assiégée et que la ville soit prise.

« Les ennemis ont reviré à une lieue et demie de Syracuse et tiennent le cap au sud ; je me retire a Agosta, si le vent le permet.

t L'on voit deux galères qui vont trouver l'ennemi, et. du moment que la tartane pourra partir et qu'il y aura du vent, elle partira. Comme la Vilaine m a dit que le convoi n'attendait que le vent, je crois qu'il serait très-important qu'ils eussent par 11 des nouvelles de ceci.

« Votre très-humble serviteur,

•r l'ÉTHUHE.

* J'ai écrit à M. de Seignelay et lui mande tout ce que j'ai pu connaître de la manœuvre des'ennerais que nous n'avons point vus. »

• A Agosta, ce SO mil 1676, i dix heum Hu malin

« Hier, 20 du mois, la (lotie ennemie ayant paru à la pointe du jour a trois lieues est et ouest d'Agosta, et ayant demeuré en calme jusque sur les trois heures du soir, les vents Vêtant mis au sud-est, ils arrivèrent vent arrière et vinrent mouiller à l'aiguade, tous sur une ligne le long de la terre, et les huit galères a la droile de tous.

i Ils passèrent fort au large du fanal qui ne leur tira que très-peu, obligeant pourtant l'amiral espagnol d'arriver encore davantage; il tenait l'avant garde de tout avec sept vaisseaux qui faisaient sou escadre, un espagnol, un hollandais entremêlés.

* Ensuite le pavillon hollandais au grand mit.

» Puis le vice-amiral d'Espague et son escadre, puis le viceamiral hollandais, jusqu'au nombre de six pavillons. Je mis aussitôt a la voile, et j'eus toutes les peines du monde à gagner les grands forts, le vent ayant changé bout pour bout; trois galères me vinrent eanonner pendant que je louvoyais, mais ne m'approchèrent que du très-loin.

« Ils n'ont encore rien entrepris, je me défendrai très-bien, en attendant notre secours, a l'abri du fort cl l'aide de mon canon : j'ai ma chaloupe bien armée et un brigantin que j'ai encore armé pour me garantir des brûlots J'ai couvert la flûte par le feu de mon navire, car elle est presque échouée; mais comme elle est chargée de bien de la poudre, je lui en fais décharger une partie et la mettre au château; on y travaille encore, cette poudre étant capable, en cas de malheur, de me brûler et tout ébouler les forteresses ; aussi ai-je donné ordre, en cas qu'on ne puisse sauver la flûte, de la couler. Pour moi, monsieur, je ferai de tout mon mieux. Les ennemis sont en tout vingt-huit navires, tant de guerre que brûlots, et huit galères; ils descendent a force du monde, et il eu est arrive plusieurs felouques, tant deCatania que de Syracuse. Je vous avais déjà écrit une lettre du 18, que j'avais donnée à M. de Moruas.

a Je suis avec respect votre très humble et obéissant serviteur.

'( BtTItDNl.

« Ils sont mouillés sur le même ordre qu'ils sont entres.

« Les vents, présentement, depuis ce matin, sont ouest-nordouest, et ne peuvent venir à nous tant qu'ils dureront. »

Au reçu de ces lettres de M. de L'élhune, M. de Vivonne assembla le conseil de marine, et l'ordre de rendet-vous et de manœuvre fut arrêté ainsi qu'il suit.

rendez.- vocs MMBti a l'armée «avale u 18 avril 1676.

« L'armée navale de Sa Majesté, sortant des racles de Messine pour aller observer et combattre les ennemis, afin d'assurer la jonction des convois que l'on attend de Provence et d'ailleurs, qui aborderont la Sicile par les cotea du sud, aura pour rendezvous les côtes d'Agosta et du cap Passa ro; en cas de séparation.

ce qu'il faut éviter, par toutes sortes de soins, comme la chose directement contraire au service du roi. et en cas de combat, s'il arrivait que quelque vaisseau fût tellement désemparé qu'il ne pût, en aucuue manière, tenir la mer, il aura pour rendezvous le port d'Agosta ou de Messine, en cas qu'il se trouve plus près de ce dernier. L'on présume tant de la fermeté des capitaines, qu'on espère qu'ils ne se retireront dans aucun desdits ports sans la dernière nécessité, mais plutôt qu'ils feront leurs efforts pour se maintenir dans le corps d'armée, alin d'avoir leur part de toutes les occasions; mais si un coup de vent, ou quelque autre accident, obligeait quelqu'un des vaisseaux du roi, l'armée étant par le travers d'Agosta, à ne pouvoir absolument tenir la mer, il se retirera a Messine, et «'étant raccommodé en toute diligence, s'en ira audit Agosta, où il trouvera de nos ordres pour savoir ce qu'il aura à faire.

* Que si les ennemis prenaient le devant, et s'en allaient vers le cap Passaro ou vers Palcrme, pour attendre les convois cidessus, l'armée navale s'avancera jusque vers le cap Bon, pour favoriser le passage desdils convois; elle, s'avancera même jusque vers Cagliari pour le même effet, si l'on apprenait que les ennemis se fussent avancés vers la Sardaigne, et dans l'un et l'autre cas, s'il arrivait quelque accident a des vaisseaux du roi, par combat ou autrement, qui les missent absolument hors d'état de tenir la mer, ils se retireront à Tunis, où ils se raccommoderont dans la plus grande diligence qu'ils pourront (observant d'envoyer audit Tunis savoir du consul s'il n'aurait point de nos ordres), puis se rendront aussitôt à Agosta, oû ils trouveront l'armée, ou de nos ordres, qui leur diront ce qu'ils auront a faire.

( VlVOSNE. I>

< F lit i Sk'«ii>c, le 18 avril 1676. »

{Itibl. rotj. m«. Suppl. Fr. 887, n. 45.)

En effet, depuis le 1* avril, Ruyter croisait dans les parages d'Agosta, et le 20, l'amiral général ayant mouillé dans ladite baie, assembla un conseil le lendemain à la pointe du jour où il fut d'abord résolu de tenir des chaloupes prêles pour opérer une descente à terre ; mais on abandonna bientôt ce projet quand on sut que la ville qu'on espérait surprendre était commandée par M. de Montas, et parfaitement mr ses gardes; on tenta alors d'aller brûler, sous le feu du château où il s'était mis à couvert, le vaisseau du chevalier de Béthune , mais ce fort lit une telle défense, que les chaloupes incendaires furent criblées et obligées de rallier l'escadre. Sur le minuit du même jour, Kuylcr reçut un billet du marquis de Uayonne, qui lui donnait avis que l'armée navale du roi, commandée par du (Juesne, était sortie le 20 de Messine, et qu'elle avait passé en vue de Catania. Aussitôt Ruyter lit faire branle-bas général de combat, car, au point du jour, il s'attendait à être attaqué. Néanmoins, l'armée française ne parut pas ce jour-là, et le soir, le conseil de guerre, composé des olliciers des deux nations, fut d'avis de lever l'ancre et de sortir de la baie dès que le vent de terre commencerait à souffler, ou bien, si le vcnl se calmait, de remorquer les vaisseaux avec les galères, ab'n de prendre le large pour faire tête à l'ennemi. Selon ce projet, on mit donc a la voile sur les neuf du soir par un vent de terre, et tous les vaisseaux sortirent de la baie cette nuit-là.

Le jour suivant, 22 avril, Ruyter, étant déjà avant le lever du soleil à trois lieues au nord d'Agosta, découvrit l'armée navale, commaudée par du (juesne.

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