TRADUCTION DE LA LETTRE DU DET DB TRIPOLI A MONSIEUR LE
pés, et, lorsque l'on est obligé de mouiller en ordre, il est difiicile de choisir le fond.
a Cependant, le 22, le temps ayant paru propre pour commencer à tirer des bombes, on ordonna le matin aux galiotes de se préparer, quoique f Aventurier, le Fidèle et les galiotes a rames n'eussent pas encore rejoint le pavillon.
« Et, dans la pensée que les Tripolilains, surpris dans leurs maisons par les débris et l'éclat des bombes, en seraient beaucoup plus épouvantés, on résolut de leur dérober la vue de l'approche des galiotes, en ordonnant de ne commencer à se touer qu à huit heures pour tirer à onze.
« Les deux vaisseaux détachés et les galiotes à rames arrivèrent a soleil couché, et les dernières servirent à soutenir les galiotes à bombes postées plus près du port , d'où les ennemis
Eouvaient sortir. Ils étaient cependant à leur poste, faisaient eaucoup de bruit, à leur ordinaire, tiraient des coups de mousquet sans nécessité; mais ils n'eurent pas plutôt entendu le bruit des mortiers que la nuit et les échos redoublés rendaient encore plus horribles, que nous ouïmes des cris effroyables de toutes sortes de gens, auxquels se mêlaient les hurlements des chiens, que nous vîmes s'éteindre tous les feux des ports qui étaient fort proches; et l'on a su depuis qu'hormis peu de gens qui y demeurent , quasi tous les postes furent abandonnés et ceux qui les devaient garder n'y retournèrent qu'après le lever du soleil.
Le 23 s'étant passé avec un peu de vent, il ne fut pas possible de jeter deux cents bombes l'après-dinée, comme on l'avait résolu; mais le calme de la nuit du 23 au 24 donna moyen de tirer des bombes une heure devant la pointe du jour, èt l'on continua jusqu'à neuf heures, qu'ayant vu le feu i une des maisons de la ville, on résolut de tirer dans le même endroit pour l'empêcher de s'éteindre. m
k Cependant, comme on jugeait de l'étonnement des ennemis .m par les cris qu'on avait entendus, on forma le dessein de s'apavons été p einement n ormes nou n ™" .™" ►procher le lendemain ou le jour d'après avec tous les vaisseaux
ter; c est assez que vous daigniez nous «de d une de ! vos muas. J i £
i£ïï^!Siï$iï^&ï3^^ f-^t; et de tenir les galiot/s drames et.es chaloupes vernement en main. Ayez pitié de nous, agréez cette proposition et donnez les mains à la paix que nous vous demandons; vous mériterez les prières que les pauvres et les vieillards de ce pays font, afin que le Dieu tout-puissant soit votre guide partout où vous irez, qu'il facilite le succès de vos entreprises, qu'il rabaisse la témérité de vos ennemis. Nous remettons le tout à votre bonté et clémence : c'est a vous à d'hui des marques.
I C'est l'illustre et magnifique
t&uîSjoin 1685.
• Très-illustre et très-excellent général de haute renommée, après avoir rendu à Votre Excellence mes très-humbles respects et prié pour votre prospérité, nous vous dirons que votre lettre est arrivée et que nous en avons compris la teneur; nous n'avons rien à dire à tout ce qui nous y est proposé : il n'y a que les effets qui y sont marqués au sujet desquels nous vous remontrerons qu'ils n'ont pas été pris du temps de notre gouvernement, et que ceux qui ont rompu le traité de paix ont extorqué et ramassé tous les biens du trésor de la république, et les ont fait passer par toutes mains en d'autres lieux, après quoi ils s'en sont allés eux-mêmes. Présentement notre Etat se trouvé pauvre , dénué de tout secours et comme abandonné ; ce qui étant aussi vrai que nous connaissons Votre Excellence le plus généreux, le plus clément seigneur du monde. Comme nous
« Adu-Abdalla, dey de Tripoli. « [Aff étr.- Afrique, 1685, t. II.)
« U 30 juin 1085. à la ride de Tripoli.
h Monsieur le maréchal d'Estrées, à M. de Scignelay.
« J'ai mandé par un mémoire précédent l'arrivée des vaisaux du roi à cette rade, et les dispositions de leur mouillage pour jeter des bombes dans la ville de Tripoli ; et comme elle avait tiré la première sur les vaisseaux et les chaloupes, il y avait sujet de croire, suivant l'avis d'un esclave, qu'elle était résolue d'essuyer le feu des bombes sans faire de propositions, à cause de l'absence de la milice, embarquée sur les vaisseaux qui ont joint l'armée du Grand Seigneur, laquelle est fort respectée et appréhendée des principaux officiers du divan.
v Celle opinion, bien loin de nous en faire perdre entièrement l'espérance, redoublait le désir de les y contraindre , et me faisait croire qu'il était nécessaire de faire durer le feu des bombes, au lieu de les tirer en peu de temps, afin de profiter des occasions que le temps fournil quelquefois pour former et tenter quelque entreprise; mais, d'un autre côté, la mauvaise qualité du fond de cette rade me faisait appréhender qu'on ne fût obligé d'y demeurer trop longtemps, car il n'v a pas eu de jour que je n'aie eu quelque plainte de câbles rognés on cou-
leur effet ; et de tenir I toutes prêtes pour entreprendre ce qu on
plus
aurait trouvé pu facile; mais le principal objet était l'attaque d'un fort appelé le Uandry, qui n'est attaché à la ville que par une muraille sèche.
« Pour déloger ceux qui y étaient en garde, on résolut de poster sur un écueil, qui n'en est qu'à la irès-grande portée du mousquet, les deux petits mortiers que l'on lire sur les chalou-
Ses, dont le feu ayant précédé celui des vaisseaux et l'attaque es chaloupes, on aurait profité de l'élonnement des ennemis, dont on aurait été assez près pour reconnaître les mouvements et la contenance. Dans le dessein de prendre des mesures plus justes, on commanda quatre chaloupe», montées chacune d'un canon, et la galiote que commande le sieur le Motteux, pour soutenir les sieurs de Poinlis et de Mobilières que j'envoyai pour reconnaître l'endroit propre à placer les petits mortiers et à mouiller une galiote oh on avait mis le plus gros de tous, dont les bombes sont de quatre à cinq cents.
i Ils s'acquittèrent bien l'un et l'autre des ordres qu'ils avaient reçus. Les forts et la ville tirèrent plus de quatre-vingts coups de canon, à une distance si proche, sans toucher que deux de nos chaloupes, ou il n'y eut personne de blessé
a La galiote du sieur le Motteux ne fut pas si heureuse : ce capitaine, qui faisait bonne contenance et tirait son canon contre le fort, ainsi qu'avaient fait nos chaloupes, fui blessé d'un éclat qui lui a cassé la cuisse en deux endroits sans faire <\o plaie, et dont on ne doute pas toutefois qu'il ne guérisse. 11 y eut trois hommes blessés du même coup.
« Vers le midi, ou environ, il vint à bord une chaloupe de la ville avec pavillon blanc; elle portail le vieux Tricque, autrefois dey d'Alger, âgé de quatre-vingt-douze ans, un secrétaire du divan et un autre Turc.
Ceux de Tripoli ont cru que son grand âge, le poste où il a été, sa qualité d'étranger, et son nom connu des Français. le rendaient un envové plus agréable. Ce bonhomme me dit qu'il venait me visiter, d'autant plus que les choses étaient bien disposées dans la ville. On lui répondit que, s'il n'avait que cela à
dire, on le remerciait de sa visite, et que l'on allait continuer:'! tirer des bombes, laissant le choix de la guerre ou de la paix a ceux de Tripoli.
c 11 assura pour lors qu'on desirait la paix dans la ville avec passion, et qu il me conjurait qu'on ue tirai point de bombes cette nuit-là; que, si je voulais envoyer quelqu un dans la ville, je connaîtrais qu'il disait la vérité, et qu'un Je ceux qui étaient avec lui demeurerait en otage. Je consentis a l'un cl à l'autre ;
Four les bombes, parce que le temps n'était pas propre et ne a été que trois jours après; et qu'en envoyant le major de la marine a Tripoli, c'était le moyen de reconnaître le dedans du port, et ne me rien laisser a désirer pour former une entreprise, en cas que ces gens-la se rendissent difficiles sur les conditions.
« Le lendemain, le major eut ordre de revenir, après avoir exposé au divan que je ne pouvais entrer dans aucun traité sans trois conditions préalables.
« Savoir : La première, la restitution de tous les esclaves à mon bord.
< La seconde, la restitution de tous les effets et marchandises pris sur les sujets du roi, ou la valeur en argent ; « El, la troisième, que l'on remit dix otages, choisis entre les
Iirincipaux officiers du divan, pour demeurer à Toulon jusqu'à 'entière restitution des esclaves absents et embarqués sur les vaisseaux qui ont joint l'armée du Grand Seigneur.
a Le major revint avec le même Tricque et deux autres députés ; ils m'apportèrent une lettre du divan, respectueuse et soumise, qui me priait d'expliquer mes intentions. La frayeur était peinte sur la figure des dèpulés, et je tachai de ne point la diminuer par mes réponses.
« Ils convinrent d'abord de la restitution des esclaves et des otages. Je leur demandai 200,000 écus en argent comptant, pour la restitution des effets pris sur les sujets du roi. Tricque n'oublia rien pour nous persuader de la misère de la ville, .de sa ruine entière, s'il fallait qu'elle payât une somme si considérable, Il voulut me parler en particulier, pour me mieux persuader : il offrit 100,000 écus et un présent considérable pour le général, afin de le gagner ; mais, n en ayant pu venir à bout, et ayant demandé plusieurs fois si je n'avais plus rien à proposer, je m'aperçus qu'ils appréhendaient encore qu'on ne voulût les frais de la guerre, et, dans cette vue, je leur répondis que le roi, mon maître, ne m'ayant pas laissé fa liberté de me relâcher sur la restitution des effets, je pouvais leur faire plaisir sur l'autre article, tellement qu'on convint pour lors de 500,000 livres, savoir : 125,000 écus, la moitié payable le lendemain, le reste dans le terme de quinze jours, le surplus en marchandises dont on conviendra des termes pour le payement.
« Sur le prétexte des frais de la guerre, je les ai obligés encore à me restituer un petit vaisseau de Jean Carie, de Marseille, que, ne sachant pas être dans le port, je n'avais pu faire comprendre dans l'article de la restitution des effets.
« Car, soit que les marchands de Marseille eussent peu d'espérance du succès de notre voyage, ou qu'ils eussent abandonné ta restitution, je suis parti de Toulon sans aucun mémoire touchant ce fait-là, quoique j'en aie sans cesse demandé. Cependant, vu l'étonnement deces peuples, les ruines que les bombes ont causées, ayant plus de deux cents maisons par terre cl les autres ébranlées, el quarante personnes tuées ou écrasées la première nuit, on eût réduit en poudre et peut-être pris les principaux forts delà capitale d'un grand royaume, de sorte que je ne crois pas que les habitants perdent jamais le souvenir de la frayeur qu'ils ont eue el ont encore, ni qu'ils veuillent rompre la paix et s'exposer à un pareil événement. Il y a, toutefois, douze cents chevaux aui environs de la ville, six cents Turcs pour la garde des forts et beaucoup plus de Maures.
• On commença, dès avant hier, à satisfaire au premier payement, qui a été fait en sequins, en quelque peu de poudre d'or, en ornements de femmes, en bracelets, en colliers d'or cl en ustensiles d'argent, et jusqu'aux lampes de la synagogue des Juifs.
a Cette sorte de payement prouve plus que toute chose l'im- i
pression que la peur avait faite sur les esprits, et qu'il n'était pas possible d'en tirer davantage.
« Les députés qui assistèrent à mon bord à ce premier pavement ne purent le voir faire sans une extrême douleur ; mais" ils reçurent quelque consolation de la vue d'une bombe de cinq cents, que j'avais fait apporter sur le pont, dans la pensée de se voir garantis d'une si dangereuse machine.
« Nous avons reçu le même jour cent quatre-vingts esclaves français ou pris sous le pavillon, et l'on fait chercher le reste.
« L'on signa hier le traité, et l'on établit pour consul le nommé Martinet, écrivain sur une des galiotes à rames, jusqu'à ce qu'on v en envoie un autre. C'est une chose que ceux de Tripoli ont demandée avec tant d'instances, qu'il n'a pas été possible" de le refuser. Ils ont cru que le pavillon de France, qu'on verrait sur sa maison, était le moyen de rassurer leurs peuples et les faire rentrer dans la ville, où ils n'ont pas voulu venir depuis l'effet des bombes. Ils ont même allégué, pour l'obtenir, que c'était un moyen pour s'acquitter plus promptement de ce qu'ils doivent.
« Je remets au sieur Robert à rendre compte des sonfmes ue l'on a reçues jusqu'ici, et des difficultés qu'il y a eu sur la ifférence du prix des monnaies de France et de ce royaume-ci; mais on tâchera de les surmonter, afin qu'il n'y ail point de déchet sur les 500,000 livr., ou le moins qu'il se pourra.
« Pour les marchandises, bien loin d'y perdre, il y a près d'un tiers à gagner sur le blé.
» Le sieur Robert s'acquitte avec beaucoup d'adresse el d'exactitude de la commission et des instructions que je lui ai données ; il fit lire hier en plein divan les articlesdu traité, qui fut signé, en suite des serments solennels el extraordinaires que les Turcs firent d'y donner jamais aucune atteinte, el des imprécations contre tous ceux qui le feraient.
« Après cette cérémonie, on mit le pavillon sur la liaison du consul; on le salua de vingt-cinq coups de canon, et de quatre de plus que celui des Anglais n'aurait été en pareille occasion ; ils voulurent même saluer de plus le commandant des vaisseaux de Sa Majesté de pareil nombre de coups de canon ; et, quant au traité, il ne peut être plus avantageux pour le commerce des sujets du roi, ni en termes plus soumis, eu égard aux respects et à la vénération dus au nom de Sa Majesté, puisque le pardon qu'ils demandent est le premier article du traité.
i On ne rend aucun de leurs esclaves, bien qu'ils aient fait quelques instances pour l'obtenir.
« Comme il faut faire trois copies du traité, je ne peux faire partir le Cheval- Marin et le Fidèle que dans quatre ou cinq jours pour le porter avec les esclaves, les otages et la plus grande partie de l'argent ; cependant, dans la pensée que la nouvelle de cet événement ne peut être désagréable, je fais partir une tartane avec un homme dessus pour en informer plus tôt Sa Majesté.
» JraL donné les ordres ce matin aux troisgaliotes à rames de retourner à Toulon, afin de ne pas continuer une dépense inutile.
« Le séjour que nous devons faire ici pour toucher le reste de l'argent ne devant finir que le 11, la plupart des vaisseaux se trouveront assez dépourvus d'eau et de bois, tellement que nous serons obligés d'aller d'abord au golfe de Palme et ensuite à Tunis pour exécuter les ordres que j'ai reçus.
« Je ne dois pas finir ce mémoire sans rendre compte que les officiers généraux et les autres officiers ont témoigné ici toute la bonne volonté qu'on pouvait désirer. Les capitaines des galiotes, el surtout les sieurs de Hoginières et de Pointis, continuent de s'acquitter de leurs fonctions avec tant d'affection el de fermeté, qu'ils méritent qu'on ne les laisse pas ignorer.
« Le maréchal d'Estrées.
« P. S. Je ne dois pas oublier que le dey dit, hier, en confidence à un homme qui m'a suivi de Toulon, que, puisqu'il ; avait la paix avec la France, il allait déclarer la guerre aux Anglais et armer quatre vaisseaux, le priant de m'en informer ; ' mais il lui répondit qu'il n'avait garde de le faire; que, comme
on ne les détournerait pas de ce qui leur serait avantageux, aussi ne voulait-on pas entrer dans les affaires des autres, ni leur procurer des embarras, t
« A bord de TAr4tnl, i U rade de Tripoli, 10 juillet 1685.
« Monsieur,
« Je fais porter le traité par le Cheval-Marin, et m'estimerai heureux s'il mérite votre approbation. Je mets dans un mémoire séparé ce qui ■ été ajouté au projet que l'on m'avait donné pour vous rn faire remarquer plus promptement la différence; j'y joint un état des sommes qu'on a reçues, et que j'envoie par les vaisseaux , lesquelles ayant été acquittées pour la plupart en poudre, lingots et ouvrages d'or et d'argçot, il y a un profil de U.OOO liv. sur l'or et davantage sur l'argent, comme vous verrei par les étals.
» J'ai permis au sieur de Hoginières de retourner a Toulon, ne nous élant plus nécessaire. J'ai accordé même permission à H. le chevalier des Adrets, aux sieurs d'O et de Yergons, lieutenant «t enseigne de galiole a bombes : le premier a été incommodé dès le commencement de la campagne, et le second perd quasi les yeux ; l'autre a beaucoup d'affaires domestiques, son pére étant mort depuis peu.
« J'ai fait partir sur ces vaisseaux trois nouveaux gardes de marine, pour être mis a la grosse tour de Toulon et à celle de j'Eguillèle pendant un an, aux termes de l'ordonnance, pour des soufflets donnés. Comme ce sont des gens bien faits et de taille avantageuse, il est fâcheux qu'ils soient tombés dans cet inconvénient, et je prends U liberté de vous parler touchant leursubsisiance.
0 Je crois, monsieur, vous avoir mandé que j'avais été comme forcé par feux de Tripoli de laisser un consul dans leur ville pour l'assurance et l'entretien de la paix. Comme je l'ai pris du nombre des écrivains des galiotea à rames, riant aussi mal pourvu d'habits qu'il était propre a celle commission, de l'avis de tout le monde, on ne peut se dispenser de lui donner i.Wlfl liv., tant pour sa subsistance que pour s'acheter des bardes, jusqu'à ce que vous l'ayez réglé autrement ; il est obligé de soutenir le personnage de premier consul, et l'Anglais fait ici beaucoup de dépense.
« Le sieur Uumoot m'a dit qu'il avait en I honneur de vous écrire touchant une des places de capitaine de gsliole qu'il eroit vacantes; il est bien gentilhomme, premier lieutenant et bon officier] il va à la mer dès 1671; et, avant été nourri auprès de moi. je ne puis lui refuser ce témoignage,
« Je joins i tous les mémoires et papiers que je suis obligé de vous envoyer l'ordre du Grand Seigneur tu gouvernement de ce royaume, dans la pensée que vous, qui ave* Uni de connaissances cl de curiosité, vous serez bieu aise de le voir, et même (l'en dire la substance au roi si vous le trouves à propos.
« |,a gloire des Ottomans n'y a pas, ce me semble, été bien ménagée. Je l'ai fait traduire par le sieur de la Croix, qui s'est si bien eonduit pendant le traité, qu'il mérite que je vous dise la réflexion qu'il a faite : que voici le quatrième traité de paix qu'on a fait avec les villes et royaumes de Barbarie, ott il a servi sans avoir eu aucune gralihration. l'our le sieur Hubert, j'ai déjà eu l'honneur de vous mauder que j'avais sujet de me louer de ses soins et de son adresse.
« Je ne dois pas oublier que la chapelle des missionnaires, dont j'ai parlé dans le mémoire, ayant été incommodée par les bombes, il n'est pas possible de partir d'ici sans leur laisser (rois cents livres pour la réparer.
« Que, pour faciliter le payement des quarante mille piastres de Tripoli qui restent à pay er, j'ai fait charger la polaire de blé pour la porter i Toulon, sur quoi il y aura quelque chose à gagner; et quej'ai donné le commandement du vaisseau rendu par ceux de Tripoli a un nomme le sieur de Dons, qui m a suivi en qualité de volontaire pour nous aider de ses connaissances ; je lui ai permis aussi de le charger de blé a l'acquit des Juifs, qui sunl taxes S vingt et un mille piastres.
1 Ledit Dons s'est accommodé avec eux, et doit rendre à ses
périls et fortunes l'argent que le blé aura coûlé, à la différence de celui qui est chargé sur la polacre, qui n'est garanti parper-
« Je suis, avec beaucoup de passion et de respect, « Monsieur,
« Votre très-humble et très-obéissant serviteur, s Le maréchal d Estréeb. »
«Du 10 juillet, .Uuflt Tripoli
" Monsieur,
« Le Chaul Mni in et \t Fidèle, que je détache suivant les ordres du roi, seraient partis il y a cinq ou six jours, si les longueurs de ceux de Tripoli pour le payement et leurs difficultés sur l'évaluation des monnaies ne m avaient fait juger que, pour les surmonter, il ne fallait rien diniuuer de la force de celle es» cadre et des objets de leur crainte. Us se sont enfin rendus, lorsqu'ils ont vu qu'ils ne pouvaient nous émouvoir, ni par la pitié, ni par la considération de la bonne foi blessée, à ce qu'ils disent, après la signature d'un traité, par une explication injuste.
« U est vrai que ce payement, qui se fait par tétc sur le peuple, leur est extrêmement sensible, et difficile à recouvrer sur îles particuliers à qui on arrache les ornements des femmes, des selles, des sabres, et toutes sortes d'ustensiles d'or et d'argent ; car nous avons reçu plus de moitié des sommes que j'envoie par ces vaisseaux en pareilles choses. Mais celte rigueur, avec I effet des bombes, assure la paix pour longtemps; et quand la taïffo, embarquée sur les vaisseaux qui ont joint le Grand Seigneur, voudrait réclamer contre le traité, c'est l'opinion commune que tout le pays se soulèverait pour le maintenir. Cependant, comme le dey et le divan ont désiré qu'on leur fit préseul de trois bombes de différentes grosseurs, pour montrer a eette milice les moyens que le roi emploie pour persuader s»«s ennemis de faire la paix, je les lis porter hier à terre.
« Ils ont admiré celle de quatre ou cinq cents, et ont loué Dieu de ce qu'elles n'avaient point été employées. Cotte vue n'a pas diminué leur crainte, et je crois qu'ils en auront beaucoup désormais de déplaire à Sa Majesté. Les officiers a qui j'ai permis d'aller à la ville les uns après les autres et en très-petit nombre, depuis la signature du traité, assurent tous qu'il y a eu plus de deux cents maisons abattues et ruinées, el que 1 on remarque parmi les Turc» et les Maures une certaine déférence pour eux, que l'on ne voit que da-:is les villes conquises.
« Les dix otages furent embarqués avant-hier sur le Cheval- Marin et le Fidèle, et demain, devant leur départ, on embarquera également sur l'un et sur l'autre cent mille piastres de Tripoli.
« (Juanl aux esclaves, on en a rendu deux cent vingt-cinq ou environ, comme on verra par la liste envoyée à M. le marquis de Seignelay par les commissaires, à la réserve de quarante qu'on a retenus pour naviguer le vaisseau rendu S Tripoli, qui ne peut être prêt encore de cinq ou six jours, et de dix hommes des Etals de la république de Venise, que i'ai fail mettre sur un vaisseau vénitien, qui s'est trouvé ici par hasard, pour les reporter en leur pays. Tout le reste est embarqué sur u Cheval-Marin, le Fidèle, la Bombarde et t Ardent, que je fais aussi partir pour Toulon. J'aurais renvoyé les autres galioles en même temps, 6i leur vue ne rendait ces gens-ci plus souples et plus prompts i payer, et si leur présence à la rade de la douletle n'y devait faire le même effet, suivant l'avis du coosul et des Français que j'y ai vus à mon passage. Mais, aussitôt que je verrai ceux de Tunis disposés à recevoir les conditions que Sa Majesté ordonne, je renverrai tous les bâtiments qui me sont inutiles, el ce retardement ne peut aller a plus de quinte jours ou trois semaines.
* Les galioles i rames sont parties dès le 2 de ce mois ; on leur a enseigné une route sûre et aisée le long de la côte de Barbarie, et recommandé une grande diligence; et le temps y a été si propre, que je veux croire que les capitaines en auront | profité suivant leurs ordres.
ET I.OUIS XIV
« Pour nous, ayant encore 40,000 piastres de Tripoli 6 recevoir, et à expliquer quelques artic les du traité, nous ne pouvons mettre à la voile avant le 1 6 ou le 1 7 , avec le reste de l'escadre, terme qu'on leur a accordé pour le dernier payement.
« Il y a ici des récollets missionnaires dont le supérieur m'est venu voir plusieurs fois. Il est Sicilien, parait peu affectionné aux Espagnols, et assez informé des forces de ce royaume et de l'état du gouvernement. Il m'a conté qu'il était dans le dessein d'aller trouver le roi, pour lui montrer la facilité de l'entreprise de se rendre maître de ce poste-ci et de tout le pays, qui est d'une grande étendue. Il fonde cette pensée sur la haine invincible des Maures pour les Turcs, et le petit nombre de ceux-ci ; que, la ville étant prise, les Turcs n'oseraient se retirer à la campagne et abandonneraient le pays, ayant les Maures pour ennemis déclarés et ceux qui leur sont soumis leur étant aussi contraires ; et que, laissant a ces Maures l'usage de la religion mahométane. on s'en servirait plus utilement que le9 Turcs, et nous seraient plus affectionnés si on les traitait doucement 11 croit que l'utilité de cette conquête consisterait dans le commerce qui se fait le long des côtes de ce royaume, qui s'étend quasi jusqu'à Alexandrie, et en la possession de celui qui se fait au Fisan ; c'est une contrée que ce gouvernement a rendue tributaire depuis peu de temps, par le moyen des Maures, où l'on troque quantité de poudre d'or et de lingots avec des grains de verre et du fer.
• J'ai conseillé le bon pére de ne poiul quitter sa mission, et l'ai assuré de la protection du roi pour lui et les missionnaires, par la déclaration que je ferai qu'il est compris dans le traité par l'article qui porte l'exercice de la religion chrétienne dans la maison du consul pour tous les chrétiens, et que le service divin ne se peut faire que par ces religieux, u'y en ayant pas d'autres ici.
« Le même pére m'a conté que le dey et le caienadar avaient résolu de souffrir l'effet des bombes salis faire de propositions; mais, outre que l'épouvante était générale, la milice se voulait soulever et les forcer à faire la paix, s'ils ne s'y fussent portés d'eux-mêmes.
t Quoiqu'il ne soit rien couché dans le traité touchant la restitution des esclaves de ce royaume qui sont sur les galères du roi, et que j'en aie toujours éloigné la proposition, ils ne laissent pas de se flatter que Sa Majesté pourrait leur en accorder quelques-uns, si elle était a l'avenir satisfaite de leur conduite.
i Le dey a aussi témoigné qu'il tiendrait à grand honneur que quelques-uns de ceux qui partent maintenant sur les vaisseaux pussent aller baiser les pieds de Sa Majesté; on leur a répondu que, tandis qu'ils seraient otages, ils ne pourraient avoir cet honneur.
« Cependant, on aura le temps de savoir si le roi agréerait une ambassade de ces gens-ci après la restitution entière des esclaves qui ne peut être faite de quatre mois.
f On vient d'apprendre que la caravane de la Mecque arrivera dans deux ou trois jours; ils ont fait paraître beaucoup de désir de présenter des chevaux à Sa Majesté lorsqu'elle sera arrivée, et l'on dit qu'il en vient de plus beaux avec elle que tous ceux que l'on trouve ici.
• Les otages que l'on envoie sont des premiers du divan ; il y en a deux secrétaires pour le payement de la milice et .pour le partage des prises.
« l e dey se lève pour eux quand ils entrent, et on les estime du second rang; les autres sont quatre capitaines d'infanterie et quatre lieutenants qui sont bien plus considérés qu'en France, et il e*t aisé de le juger, puisque tout le gouvernement de ce royaume e»t un gouvernement populaire de la milice.
« Le maréchal d'Estbées. »
kltaOlRES DB U. IE NARKCHAI. n'tSTRÈE».
c Dettnt Tripoli , I 11 juillet 161%.
i Je ne laisse pas, monsieur, de vous écrire et de vous adresser les otages, les esclaves et l'argent que nous avons reçus,
consistant en cent et mille piastres tripolioc», quoique tout le monde veuille croire que voua éies allé faire un tour a Pari». Je remets i M. Robert a voua dire les détails de notre négociation, dans laquelle mon opiniâtreté a la suisse l'a, enfin emporté sur la subtilité des Africains.
« Les espèces que nousenvoyonssont extraordinaires, comme vous verret par l'état que vous recevrai des payements que l'on a faits. Mais, bien que rien ne marque tant la peur el la misère de ces gens-ei, cette sorte de payement nous est d'autant plut avantageuse, qu'il y a environ quatorze mille livres de profit sur les ouvrages el poudre d'or el monnaies que nous avons reçus par la différence qu'il y a du earat des louis avec ici or-ci, et qu'il y a beaucoup » gagner aussi sur les ouvrages d'argent que l'on a reçus. J'ai cru, monsieur, vous devoir informer de ceci, comme j'ai fait M. le marquis de Scignclay en lui adressant l'étal des sommes et les espèces que j'ai fait recevoir en exécution du traité.
h Je laisse à nos commissaires et A nos écrivains principaux à vous informer du nombre et de la qualité des esclaves rendus.
« Quant aux otages, vous saurez mieux que personne ajouter le tempérament; et comme il ne faut pis, ce me semble, les traiter avec profusion, il ne serait pas à propos de tomber dans une autre extrémité et les maltraiter.
• Je renvoie deux galiotes a bombes avec les vaisseaux, pour diminuer la dépense, et parce que trois suffiront pour donner les premières impressions de crainte a ceux de Tunis t après quoi j'enverrai tout le reste de l'attirail. J'ai consenti que l'on chargeai la polaere de blé pour faciliter les payements, et voua la renverrai lorsqu'elle sera chargée. J'ai permit aussi que l'on mit du blé sur le vaisseau rendu par ceux de Tripoli, pour le compte et a l'acquit des Juifs, qui se sont accommodés avec le sieur de Dons, a qui j'en ai donné le commandement. Pour leur donner moyen de payer plus promplemenl les vingt et un mille piastres A quoi ils oni été taxés, ils ont offert d'abord des lettres de change sur Marseille et sur Livauroe ; mais on n'a pas trouvé de sûretés.
< Je vous prie, monsieur, d'être persuadé que personne ne vous est plus acquis que moi, et ne désire avec plus de passinn de vous rendre ses humbles services.
« Le maréchal p'Estrém, i
Dans la lettre suivante, Louis VIV félicite M. d'Estrées sui l'heureux résultai de ses entreprises contre Tripoli, et lui recommande d'agir promptement contre Ttwia.
du koi ad maréchal D'esrftiSS.
« Mon cousin,
« J'ai appris, par votre relation du 50 juin dernier les nouvelles de la guerre et de la paix glorieuse que vous venez de faire avec ceux de Tripoli; je ne puis vous marquer assei.la satisfaction que j'ai de voire conduite, et de la manière dont vous vous éles acquitté des ordres que vous avez reçus de ma part ; je ne doute pas que vous n'exécutiez avec la même exactitude et le même avantage ceux que vous avez reçus sur ce qui regarde votre voyage de Tunis, et que vous ne trouviez moyen de faire restituer à ceux de celle ville ce qu'ils ont pris sur mes sujets, et de les obliger a rendre ce oui v sera resté d'esclaves français ; je vous recommande aussi Je faire réussir autant que vous pourrez l'affaire du cap Nègre, et de faire en sorte que mes sujets s'y établissent a 1 exclusion des Anglais.
• J'ai fort approuvé que vous ayez renvoyé les galiotes i rames aussitôt après que vous aves eu conclu le traité de paix avec Tripoli; il est bon que vous ayez gardé celles a bombes pour les faire voir le long de la cote d'Afrique, et faire connaître i cedx de Tunis ce qu'ils ont A craindre s'ils ne satisfont pas a la réparation des contraventions qui ont été faites audit traité, et | s ils ne règlent A l'avenir li-ur conduite de manière qu'il ne
puisse rien arriver au préjudice de la bonne foi des traités et contre le respect qu'ils doivent a l'étendard de France.
« Aussitôt que vous aurez conclu avec ceux de Tunis, je désire que vous renvoyiez les galiolcsà bombes à Toulon, et avant d'y retourner vous-même avec les vaisseaux que vous commandez, vous alliez faire un tour a Alger pour faire voir à ces corsaires les vaisseaux qui viennent de soumettre Tripoli, et leur faire connaître qu'on est toujours en état de les forcer de maintenir la paix s'ils étaient jamais assez mal conseillés pour l'enfreindre.
« Après que vous aurez fait cette course jusqu'à Alger, il est de mon service que vous reveniez à Toulon pour désarmer mes vaisseaux, et je serai bien aise que vous restiez jusqu'à leur entier désarmement, afin de tenir la main à ce qu il soit fait avec l'ordre porté par mes règlements de marine.
« Sur ce. je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde.
« Ecrit à Versailles, le 50 juillet 1685.
« Signé : LOUIS.
Et, plus bas :
• Colbert. »
[Aff. êtr.— Afrique, 1685, t. II.)
Après l'expédition de Tripoli, celle que M. d'Estrées tenta sur Tunis fut non moins fructueuse, ainsi qu'on va le voir par la lettre de Louis XIV, qui complimenta le maréchal sur le payement de 60,000 écus qu il en a tirés.
no ROI AO MARÉCHAL D'ESTRÉES.
« Mon cousin,
« J'ai reçu, avec votre lettre du premier de ce mois les nouvelles de ce qui s'est passé à Tunis, et de la manière dont vous avez conduit la négociation que vous avez à faire avec le dev et le divan de cette ville ; il ne se peut rien ajouter à la satisfaction que j'ai reçue de tout ce qui s'est fait sous vos ordres pendant cette campagne. J'ai entièrement approuvé tous les articles contenus dans le traité que vous avez lait, et l'expédient que vous avez pris pour faciliter le payement de 60,000 écus, 1 quoi le divan et ladite ville s'est obligé, étant certain qu'outre I assurance du payement de cette somme, qui est suffisante par l'obligation dans laquelle une compagnie puissante de marchands de Marseille est entrée, le commerce de mes sujets retirera un grand avantage à l'avenir d'un poste aussi considérable que celui du cap Nègre.
« Je ne doute point que vous continuiez a cet égard aussi bien que vous avez commencé, et que vous ne trouviez moyen de tirer aes sommes considérables des deux frères beys dans le voyage que vous devez faire à Sousse, et j'approuve fort le parti que vous avez pris de vous tenir neutre entre le divan et lesdits beys, et d'obliger par ce moyen les uns et les autres de vous ménager rt de vous accorder re que vous aviez à me demander.
t Vous avez bien fait de ne laisser rien espérer sur la restitution des esclaves de Tuuis qui sont sur mes galères, ne voulant en aucune manière y entrer.
« J'ai vu, par une lettre, la résolution que vous avez prise d'envoyer le chevalier de Tourville à Alger avec le vaisseau le li'uarre; je ne doute point que vous ne lui ayez donné les instructions nécessaires sur la réparation des contraventions faites au dernier traité par quelques corsaires d'Alger, et vous en trouverez ci-Joint un nouveau mémoire, que vous lui remettrez entre les mains, en cas que vous ne l'ayez point détaché, et duquel il lui sera envoyé une copie à droiture à Alger.
« Après que vous aurez achevé la négociation que vous avez commencée avec les deux frères beys, mon intention est que vous partiez de Tunis avec tous les vaisseaux et autres bâtiments
Îui sont sous votre commandement pour venir désarmer à oulon.
BART
« Et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde.
« Ecrit a Versailles, le 31 septembre 1685.
a Signé : LOUIS Et, plus bas :
■ Colbert. » {Aff. élr. - Afrique, 1685, t. H.)
M. DE SHGHBLAT AU MARÉCHAL DESTREES.
« Monsieur,
• Je crois que vous jugez bien, par l'intérêt que je dois prendre a la gloire du roi, de la joie que j'ai reçue par la lecture de vos lettres des 1" et 2 de ce mois, et je puis vous assurer avec vérité que cette joie est encore augmentée par le plaisir que j'ai de voir les succès de ce qui se passe par les mains d'un homme pour qui j'ai une si grande estime, et, si je l'ose dire, une amitié aussi sincère.
n Si Majesté a été fort touchée de tout ce que vous avez fait, et plût à Dieu que l'affaire d'Alger eût été commise à vos soins, et que vous eussiez été en état de profiter de la terreur de ceux de cette ville, lorsqu'on leur tira des bombes pour la première fois.
« Elle a bien voulu vous accorder la somme de 30,000 livres de gratification, et je ferai payer cette somme à qui il vous plaira l'ordonner.
« Je lui ai rendu comote de votre sentiment sur l'interdiction du sieur de UoulainvilHers par le sieur de Pointis ; Sa Majesté a estimé qu'il fallait statuer par une ordonnance ce que vous jugez à propos d'être observé à l'avenir en pareille occasion, et vous en trouverez ci-joint une expédition. J'avais prévu, par les ordres que j'ai donnés au sieur de Vauvré, ce que vous m'écrivez sur le sujet des blés que le sieur de Dons a rapportés de Tripoli, et je lui avais déjà écrit que cette affaire devait être remise à votre retour pour être réglée suivant ce que vous estimerez plus à propos.
t 11 est très-certain que, pour le bon ordre de la marine, il est à propos de tenir souvent des conseils de guerre dans les- quels chaque officier dise son avis, ainsi que vous l'avez fait pratiquer dans l'affaire dudit sieur de Boulainvilliers, et il y a lieu d'espérer que, sous un chef aussi capable et aussi autorisé, les petites cabales qui ont été jusqu'à ce point parmi les officiers finiront, et que tout se réunira pour contribuer avec le chef a ce qui peut être de la gloire et du succès des entreprises qui seront tentées dans la suite.
« Je suis, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
t Seimcelat. »
(Aff. étr. - Afrique, 1685, t. IL)
L'escadre française ayant ainsi rempli les vues de Louis XIV, revint à Toulon, où elle mouilla le 25 septembre.
Le maréchal d'Estrées avait laissé le chevalier de Tourville dans la Méditerranée pour croiser devant Alger, car déjà quelques corsaires barbaresques avaient rompu le traité conclu pour cent an* en 1683; après avoir obtenu satisfaction de ces infractions, M. de Tourville ayant eu la même mission que M. le duc de Mortemart au sujet du salut, mais sans doute plus explicite, rencontra par le travers d'Alicante le vice-amiral espagnol Papachin, qui revenait de Naples avec deux vaisseaux de guerre de soixante-dix canons. Tourville montait un bâtiment de cinquante canons, et avait deux petites frégates sous ses ordres. Il envoya sommer le vice-amiral espagnol de saluer le papillon du roi de neuf coups de canon; et, sur le refus de Papachin, Tourville l'aborda, pendant que les deux frégates accostaieut l'autre vaisseau, et après une heure de combat, le pavillon espagnol s'abaissa devant le pavillon de France.
Cette action brillante et hardie fit le plus grand honneur au
chevalier de Tourville, mais causa beaucoup de mécontentement en Europe. C'était une hostilité flagrante commise contre ÎDspagne, avec laquelle Louis XIV était alors en paix. Celte orgueilleuse prétention rappela le souvenir de la guerre de Gènes, et le prince d'Orange profila de celle nouvelle agression pour donner encore plus de solidité aux raisons qu'il alléguait, afin de liguer l'Europe contre Louis XIV.
Enfin, le 28 octobre de cette même année 1685, l'édit de Nantes fui révoqué.
Voici le texte de cette révocation fameuse :
•• Sont supprimés, a compter de ce jour, 28 octobre 1685, i tous les privilèges accordés aux prétendus réformés par i Louis XII et Henri IV.
des calvinistes sont tellement connues, qu'il est inutile de parler ici des suites de cette grande calamité, qui, dépeuplant la Frauce d'un vingtième de sa population, ruinant son industrie et tarissant la source de la rienesse publique, fut plus fatale et plus désastreuse au pays que ne l'eussent été trente ans de guerre.
Mais les causes premières de cette mesure ne sont pas sans intérêt à connaître.
Louis XIV ne songeait pas à cette révocation , qui fut d'abord délibérée, approfondie, puis décidée dans le plus impénétrable secret entre M. de Louvois, madame de Hainlenon, el le père Lachaise, confesseur du roi.
Les motifs qui dirigérentees trois volontés si toutes-puissantes sur Louis XIV sont faciles à pénétrer.
M. de LoutoU, MM de Mainlenon et le fit* Lachaiie préparant eu «ecret la révocation de l'édit de NtnK*.
« Défense aux pasteurs de s'intituler ministres de la parole « de Dieu, d'appeler leur religion réformée sans y ajouter le « mot prétendue, el d'exercer leur religion par tout le royaume, « sans exception.
< Ordonne a tous les ministres de sortir de France sous quin- • zaine.
« Défense aux ministres de tenir des écoles, de pratiquer la « médecine, la chirurgie, ni même d'exercer aucune fonction « lucrative.
a Enjoint aux pères, mères, tuteurs, de faire élever leurs en- « fants et leurs pupilles dans la religion ratltolique.
a Les peines affliclives appliquées aux relaps {les galèret) h seront applicables a tous ceux qui feraient le prêche, portea raient l'habit ecclésiastique, célébreraient les baptêmes, ma- « liages, enterrements, etc. »
Les elirovables conséquences de celte révocation des droits que Henri IV avait renouvelés par son éditde Nantes en faveur
On était en pleine paix, et. malgré les facilités et les expédients que lui donnaient sa charge de surintendant des bâti ments pour se rendre utile et conserver son crédit, M. de Lou vois s'apercevait avec une jalouse amertume que Seigoelay com mençait a plaire extrêmement au maître el à madame de Maintenon. Les ambassades soumises et repentantes d'Alger, de Gènes, et récemment encore l'expédition si lucrative contre Tripoli, ainsi que le brillant combat de Tourville contre Papachin, ensuite auquel le pavillou d'Espagne amena devant le pavillon de France, avaient fort flatté l'orgueil de Louis XIV, plus que jamais épris de fausse el vaine gloire, de sorte que Louvois se mourait de rage el de crainte de voir Seignelay le remplacer dans l'esprit du roi, qui, d'ailleurs, commençait déjà à supporter moins patiemment le joug de fer et les brutalités du fais de Letellier. Enfin, Louvois avait peu ou point de chances de rom-
Iire le trêve qui tenait l'Europe en paix, tant on semblait las de a guerre, sur le continent, tandis que Seignelay, par ses expéditions incessantes contre les Uarbaresques, se pouvait rendre continuellement nécessaire ; aussi toutes ces raisons déci-
JEAN BAUT
dèrcnl Louvois â appuyer de toute» ses forces le projet de la révocation.
Si les instructions de Louvois aux gouverneurs militaires dos provinces n'existaient pas au dépôt de la guerre, si les incroyables cruautés des dragons, ces missionnaires bottés, ces convertisseurs i coups de sabre que Louvois dirigeait sur tous les points soupçonnés de protestantisme, n'avaient pas laissé d'irrécusables traces, on serait â se demander quel intérêt de guerre avait pu pousser Louvois i se montrer si ardent partisan d'une question qui semblait toute religieuse dés l'abord, mais dont l'impitoyable ambition de ce ministre fît une question toute militaire, parce qu'il fallait absolument que M. de Imuvou rendit aON vhmm. indispensable, et conséquemmeiil indispensable aussi celui qui la gouvernait dcspoliquemenl.
Kn un mot. Louvois voulut la révocation de l'édit de Nantes, parce qu'il avait la certitude d'être chargé de la conversion des récalcitrants, et de pouvoir faire sa cour au maître, de toutes les âmes hérétiques que ses dragons devaient ramener au giron de la sainte Eglise.
Le pére de Lachaise, jésuite et confesseur du roi, voulut la révocation de l'édit de Nantes, parce que, malgré sa mesure, sa réserve et sa modestie habituelle, il était trop de sa compagnie, et naturellement aussi trop de sa propre cabale catholique, pour ne pas ruiner autant que possible la cabale prolestante, rivale de la sienne. Dès longtemps d'ailleurs, abusant de la complète
et profonde ignorance de Louis XIV sur ces matières, il lui avait peint (avec cette rancune de prêtre que les meilleurs ne peuvent dépouiller) tout ce qui n'était pas jésuite ou de l'école de ces pères, comme radicalement opposé à l'autorité royale et infecté d'un effroyable esprit de révolte et de libertinage. Or on a vu dans son lieu que la persécution des jansénistes fut le premier fruit de ces fausses et malheureuses notions; on a vu quel éloignement, pour ne pas dire quelle haine, les jésuites avaient su inspirer a Louis XlV contre les solilsires de Port-Royal, ces hommes si pieux, si graves et si éclairés ; on laisse â penser quels monstres chimériques les sens de la même compagnie de Jésus surent inventer lorsqu'il s agit du protestantisme , cette abominable hérésie, frappée de tant et de si éclatants anathèmesl
égoisme et la vanité
Pour madame de Mainlenon, elle était peut-êlre la plus intéressée des trois à la révocation, parce que, grâce â cette mesure, elle savait flatter puissamment incurables de Louis XIV.
L'égolsme de Louis XIV en lui persuadant, aidée du père Lachnise, qu'elle lui mettait en main, par cette révocation, un moyen commode, facile et sur de racheter, pour ainsi dire, sans y mettre du sien, et sans s'imposer aucune privation ni pénitence pour cela, le scandale de sa vie passée, et d'échapper au diable, dont il avait une peur horrible, en extirpant I hérésie de son royaume et en faisant sa cour au Très-Haut qui ne pouvait manquer de se montrer extrêmement sensible à cette extirpation et de la reconnaître par la faveur d'un salut su moins éternel.
La vanité de Louis XIV, en lui prouvant qu'il osait faire, lui, ce que Henri IV , Louis XIII et Richelieu avaient toujours redouté d'accomplir, même alors que le parti protestant semblait pour toujours abattu ; i savoir : de forcer la conversion des calvinistes ou de les chasser de France, ainsi qu'avait fuit pour les Maures d'Espagne le malheureux et faible Philippe III, qui, en exilant un million i'infideles de son catholique royaume, exila avec eux les arts, l'industrie et la richesse que ces hérétiques y faisaient fleurir.
En un mot, Louis XlV voulut révoquer l'édit de Nantes, et le révoqua, parce que Louvois, madame de Mainlenon et le P. Lachaise le voulurent.
En effet, comment penser qu'égolsle, faible et vaniteux, que iléjA affaibli par l'âge et par son effroi de l'enfer et de ses flammes, que défendu de toute saine et juste réflexion par son ignorance et par cette barrière infranchissable que sa superbe et l'habileté de ses ministres et de madame de Mainlenon avaient éternellement élevée entre lui et tout sage conseiller; comment
penser, enfin, que Louis XIV, dominé de la sorte, ait pu résister â ces trois fatales influences, et que, même au contraire, il ne se soit pas applaudi plus tard de cette irréparable faute, lorsque, après la révocation, depuis Louvois jusqu'aux évéquos, aux intendants et aux officier*, tous lui montraient les protestants convertis par millions, et baissant le grand roi qui, non content de s'intéresser a la conservation de la vie de ses sujets, songeait encore et travaillait si elflcacement â leur salut éternel
La révocation de l'édit de Nantes suivit son cours ; mais il est juste de dire que Seignelav, et par respect et conviction des vues de son père, et par sa jaiousic contre Louvois, se montra peu partisan de cette mesure.
Il fit de sévères reproches, ainsi qu'on le voit dans ses dépêches, â l'intendant ac Brest, qui, dans son zèle aveugle et sa haine catholique contre les protestants, avait fait fouetter et raser sur une place publique, un homme, sa femme et ses deux filles âgées de seize et dix-huit ans, tous de la religion prétendue réformée, qui, pour échapper aux dragonnades, avaient tenté de s'exiler, et que ledit intendant avait fait reprendre sur un navire anglais, d après des instructions qu'on lira plus bas.
Seignelay s'opposa encore, autant qu'il le put, à une effroyable mesure, qui était de fumer les navires en faisant brûler dans la cale et les entre-ponts des matières infecles et délétères, afin d'en chasser les relitflonnaires qui y seraient demeurés cachés.
Mais il lui fut impossible d'éluder les ordres exprès de Louis XlV, au sujet des protestants qui voulaient quitter la France. Voici plusieurs des instructions, données par ordre du roi, â quelques capitaines de vaisseaux, pour leur enjoindre do s'opposer â l'émigration des protestants