‹ Jean BaudryChapitre 18 sur 72 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

OLIVIER

Mon bienfaiteur! (ll se jette dans ses bras.) JEA>- BAUDRY.

Enfin! A présent, causons. Tu as un chagrin.

OLIVIER

On vous a dit... ?

On m'a dit que tu doutais de tout le monde, que tu n'étais plus médecin, que tu voulais devenir riche, que tu étais très méchant. Or, il y a deux espèces de méchanceté : celle des méchants, qui est de la méchanceté, et celle des bons, qui est de la souffrancB. Où as-tu mal?

OLIVIER

Nulle part.

C'est-à-dire partout. Le cas est sérieux. — Pourquoi veux-tu être riche?

OLIVIER

Quand ce ne serait que pour m'acquitter envers vous.

Ingrat !

Oh! je ne veux pas dire que je pourrais m'acquitter avec de l'argent. Ce que vous avez été pour moi, rien ne le payerait. Vous avez été un frère aîné, — non.

Dion plus, car un frère est obligé par le sang, et moi, vous pouviez me laisser sur le pavé de la rue. S'il y a jamais une action de ma vie ou une pensée de mon esprit qui oublie ce que je vous dois, que cette action ou cette pensée soit maudite ! Oui, je serais le plus misérable des ingrats si je vous disais : Vous m'avez secouru, vous m'avez élevé, vous m'avez aimé, c'est tant; votre bonté, c'est tant; votre cœur, c'est tant; voilà le total, nous sommes quittes. Mais mon éducation ne vous a pas dépensé seulement de l'affection. Maintenant que, grâce à vous, j'ai les moyens de gagner plus que ma vie, vous ne pouvez trouver mauvais que je désire m'acquitter envers vous des deux manières, et vous rendre l'affection en dévouement et l'argent en argent.

Tu ne me dois rien; mais ce ne sera jamais moi qui te reprocherai un excès de scrupule. Je n'attache pas assez d'importance à l'argent pour t'empêcher de me rembourser. Soit; tu veux que je sois ton créancier, je le suis ; mais un créancier a le droit de donner du temps. Je t'en donne. J'ai confiance en toi. Tu as bien débuté, continue. Tu me solderas sur tes économies. J'ai mis onze ans à t'obliger, mets onze ans à te libérer. Bonne chance. Je repasserai dans onze ans.

OLIVIER

Je ne peux pas attendre.

Alors tu as une autre raison. Laquelle?

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