ACTE DEUXIÈME
Comptez, (il lui tend des billets de banque.) BRUEL.
Merci, Baudry. Mais gardez vos billets. Je refuse de payer monsieur.
GAGNEUX.
Ah! VOUS voyez que, si vous ne payez pas, c'est par mauvaise volonté !
BRUEL
Croj^ez ce qu'il vous plaira. Mes autres créanciers, que je ne pourrai pas rembourser intégralement, auraient droit de se plaindre si je faisais une exception. Le peu qui me reste ne m'appartient plus, je dois le partager entre tous.
Tous seront payés intégralement.
BRUEL
Si tous sont payés intégralement, monsieur le sera aussi. Sinon, il touchera, comme les autres, en proportion de sa créance. Je ne lui ferai pas un privilège de son insolence.
GAGNEUX, étant son chapeau.
Entendons-nous. S'il m'est échappé...
BRUEL
Oui, vous n'êtes pas insolent envers l'argent. Je le sais. Avec les autres. Pion avant.
5g JEAN BAUDRY.
GAGNEUX.
Eh bien! dans votre intérêt, vous avez tort. Je ne sais pas si je suis insolent, mais je sais que je suis rageur. Je vous conseille de vous entendre avec moi. Je ne dirai à personne que vous m'avez remboursé. Je jurerai que je n'ai pas reçu un sou. Vous apprivoiserez les autres avec des phrases. Il y en a là que j'ai amenés, je leur parlerai. Employez-moi. Nous les travaillerons.
BRU EL
Vous m'aideriez à voler?
Il n'est pas question de payer l'un au détriment des autres. Je vous répète que tout le monde sera payé.
BRUEL
Avec quoi?
Eh! vous avez plus d'argent qu'il ne vous en faut.
BRUEL
Tout compté, il me manque — oh! je peux parler même devant monsieur, je n'ai rien à cacher. — il me manque trois cent mille francs, (cagneux remet son
chapeau.)
Vous avez mal compté. '
BRUEL
Nous avons passé la nuit, Andrée et moi, à faire la note.