SCÈNE II
BRUEL, Ai\DRÉE.
BRUEL
Eh bien! qu'est-ce qu'on me dit? que ta tante estvenue! Par où donc?
ANDRÉE
Par Caen
BRUEL
Et elle m'a fait aller au bateau d'Honfleur ! Elle doit être furieuse contre moi. Où est-elle?
ANDRÉE
Dans sa chambre. Mais n'y allez pas, elle s'est enfermée.
BRUEL
Quand je te le disais! Eh bien, puisqu'elle ne veut pas me voir, je vais me sécher dans mon lit. Bonsoir, Andrée. Bonsoir, mademoiselle.
ANDRÉE
Bonsoir, mon père.
Méchante fille, tu vas donc quitter le nom de ton père! Tiens, je suis très content. Bonsoir, mademoiselle. Bonjour, madame. Madame Baudry ! N'importe, tu seras toujours ma fille, n'est-ce pas?
ANDRÉE
Mon pèrel
BRDEL.
Tu ne te repens pas d'avoir consenti?
ANDRÉE
Pourquoi me demandez-vous cela?
BRUEL
C'est vrai, je suis absurde! c'est Baudry qui tout à l'heure m'a mis dans la tête je ne sais quelle inquiétude ; et alors je me tourmente pour des choses auxquelles je n'avais pas fait attention. Ainsi, depuis quelques jours, tu es sérieuse. Il est naturel qu'au moment de te marier tu sois plus grave, mais c'est plus que de la gravité. Tu es, par instants, comme si tu avais quelque chose sur le cœur que tu ne dis pas, comme si tu nous reprochais ta bouté. Tiens, tu vas dire que c'est de la puérilité, mais autrefois tu me tutoyais. Même, à Paris, quand tu m'as appris la mauvaise nouvelle, tu as eu un mouvement touchant, tu t'es refaite enfant comme pour m'appartenir davantage, tu m'as appelé : papa! Et depuis le jour où, pour me sauver, tu as accepté d'être la femme de Baudry, je ne sais pas si tu t'aperçois que tu ne me tutoies plus.
ANDRÉE
Mais si l je vous tutoie, mon père.
BRDEL.
Tu vois! Tu ne t'en aperçois pas. Et tu me dis solennellement: mon père! Auparavant tu médisais: père! Je ne sais pas si c'est parce que c'est plus court.