ACTE PREMIER
OLIVIER
Qu'importe î
MADAME GERVAIS
Pardonnez-moi de vous parler si familièrement, mais je vous ai connu si jeune, monsieur le docteur! Au moins, ne faites pas ce coup de tête sans consulter ceux qui vous aiment.
OLIVIER
Est-ce qu'il y a personne qui m'aime?
MADAME GERVAIS
Et nous? Moi d'abord, qui vous dois la vie.
OLIVIE R.
La reconnaissance du malade pour le médecin. Je commence à connaître cela. Ça fait partie de la maladie. Ça se déclare avec la fièvre, ça se calme dans la convalescence, la santé en guérit.
MADAME GERVAIS
Qu'avez -VOUS donc ce matin? Est-ce que vous voulez donner raison à monsieur Bruel?
OLIVIER
A monsieur Bruel?
MADAME GERVAIS
Et Andrée, dont vous n'êtes pas le médecin, son amitié pour vous est-elle aussi une maladie?
OLIVIER
.MademoiseHe Andrée est venue à Paris il y a six semaines: nous nous sommes donc rencontrés tous
les jours. Elle a été gracieuse pour le médecin de sa tante. Et puis elle me connaissait un peu du Havre, où j'allais passer mes vacances. Son père est arrivé hier; bientôt, demain peut-'^tre, il l'emmènera; moi, je resterai ici, et dans un mois, mademoiselle André'? pensera à votre médecin comme vous à votre maladie.
MADAME GERVAIS
Doutez de nous, méchant guérisseur; mais il y a quelqu'un dont je vous défie bien de nier l'affection: monsieur Baudry!
OLIVIER
Monsieur Baudry?
Vous n'osez pas nier son amitié, à celui-là. L'avezvous consulté? (siience d'Olivier.) Aiusi, il iguorc VOS projets; vous les lui cachez; c'est donc que vous êtes sur qu'il les désapprouverait. Vous les désapprouvez vousmême, car vous êtes amer, et quand on est mécontent de tout, c'est qu'on est mécontent de soi. Vous allez vous jeter dans quelque hasard. Réfléchissez. La médecine est une si belle chose! Quel dommage que vous n'ayez pas été dans ma chambre, ce matin, pour entendre ce que m'en disait Andrée! Elle me disait que la médecine était la plus généreuse des professions, et que, si elle était homme, elle n'en voudrait pas d'autre.
OLIVIER
Mademoiselle disait cela?