ACTE PREMIER
MADAME GERVAIS, à Andrée.
Voyons, parle-lui donc, toi! Tu ne m'aides pas. Tu es muette. Et ce matin tu bavardais comme une pie.
ANDRÉE
Je ne disais rien qui vaille d'être répété.
OLIVIER
Ou je ne vaux pas qu'on répète rien pour moi.
MADAME GERVAIS
Mais votre projet n'est pas sérieux ! Lorsque la réputation vous arrive! lorsque vous avez l'avenir!
OLIVIER
Oui, l'avenir. J^ serai riche dans vingt ans.
C'est donc pour être riche que vous renoncez à la médecine?
OLIVIER
Peut-être.
MADAME GERVAIS
C'est singulier! vous voulez être riche, et tout à l'heure Andrée voulait être pauvre.
OLIVIER
Mademoiselle voulait. .. ?
ANDRÉE
Je plaisantais.
OLIVIER
Je le crois. Être pauvre, mieux vaudrait ne pas être
2a JEAK BAUDRY.
MADAME GERVAIS
Vous aimez donc bien l'argent?
OLIVIER
Je le hais!
MADAME GERVAIS
Alors, pourquoi en voulez-vous?
OLIVIER
Parce que l'argent, c'est tout! Parce que le travail, l'intelligence, le courage, le dévouement doivent être contrôlés à la Monnaie ; parce qu'on n'est regardé, parce qu'on n'est aimé qu'en payant. Et de toutes les femmes, des plus riches, surtout des plus riches. Voilà une jeune fille à marier. Qui en veut? qui en donne le prix? L'enchère est publique. Cent mille francs, deux cent mille; allons, messieurs, elle vaut plus que cela, deux cent cinquante, c'est pour rien; trois cents, cinq cents, à la bonne heure ! un million, adjugé! Le million est peut-être vieux, vil, fait de banqueroutes, fils des revers publics, et il y a peutêtre dans un coin un jeune homme qui n'a pas d'argent, mais qui a de l'amour. A bas l'amour pauvre, et vive le million taré! Ne dites pas non, c'est ainsi, le bonheur est au plus offrant. Le bonheur n'est pas fier; à sa place, j'aimerais mieux me donner que de me vendre, mais je le prends tel qu'il est, et puisqu'il a assez peu d'orgueil pour se vendre, je lui ferai l'affront de l'acheter. Je le traiterai comme il se traite lui-même. Je ferai fortune, n'importe par quel moyen. Je me mépriserai peut-être, mais tout le monde m'es-