SAUT
son ambition un pays nouveau, où tout était à créer, le jeune | homme s’était décidé à aller tenter fortune sur les bords du Saint- | Laurent, dans cette Nouvelle-France qui venait d’être rendue à | l’ancienne par le traité de Saint-Germain-en-Laye (1632). IL était
arpenteur et ingénieur; il avait de l'instruction et était apte à | remplir n'importe quel emploi. Tout porte à croire qu’il était
envoyé au Canada par la Compagnie des Cent-Associés (1) ou
quelqu'un de ses membres, car il est appelé dans les Relations « ingénieur de M. le gouverneur (2). »
« Le retour des Français au Canada, dit l’abbé Ferland, avait produit quelque mouvement dans les provinces maritimes de l’ouest de la France, et particulièrement dans la Normandie. De plusieurs côtés l’on faisait des offres de service... Des familles chrétiennes, désirant chercher la paix dans les solitudes du Nouveau-Monde, demandaient des renseignements sur les avantages que pouvait leur offrir le Canada. Cet intérêt fut excité par les relations que les Jésuites envoyèrent en 1632 et 1633... De Dieppe, de Rouen, de Honfleur et de Cherbourg partirent quelques jeunes gens pour tenter fortune sur les bords du Saint-Sacrement; plusieurs pères de famille les suivirent, et bientôt le mouvement s’étendit au Perche, à la Beauce et à l'Ile de France (3). »
En même temps que Jean Bourdon, passa au Canada M. Jean Le Sueur, curé de St-Sauveur-de-Thury, en Normandie. Ces deux hommes s’étaient-ils connus auparavant? Avaient-ils concerté ensemble le projet d'émigrer dans la Nouvelle-France ? Ou plutôt, leur rencontre fut-elle toute fortuite? Ce qui est certain, c’est qu'ils contractèrent dès lors l’un pour l’autre une amitié inviolable, une amitié telle que leur sort fut désormais enchaîné l’un à l’autre, et que leur existence devint inséparable. M. de Saint-Sauveur — c’est ainsi qu'on l’appelait du nom de sa paroisse (4) — fut à Québec le commensal de Jean Bourdon; il devint plus tard le précepteur de ses enfants; il fut le compagnon de sa vie, de ses travaux, de ses voyages; il fut son appui et son guide : et ces deux
(1) Fondée par Richelieu en 1627,
(2) Relations des Jésuites, édition de Québec, t. 11, 1647, p. 96. | (3) Histoire du Canada, t, 1, p. 266, | (4) Il n'est pas impossible que, tout e senant an Canada, il ait gardé, | suivant l'usage de l’époque, le bénéfice qu'il avait en France,
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