‹ Jean Bourdon, 1634-1668 [microforme]Chapitre 3 sur 6 · MER · texte numérisé non relu

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hommes, après avoir été unis si intimement durant la vie, le restèrent même dans la mort. car ils moururent la même année (1668) à Québec, et y laissèrent leurs ossements. Quo modo in vita sua dilexerunt se, ita et in morte non sunt separati.

M. de Saint-Sauveur est le premier prêtre séculier qui vint au sanada (1). Comment s’était-il décidé à quitter sa paroisse pour une mission si lointaine? IL y a tout lieu de croire que ce fut par un motif de zèle. C'était un ecclésiastique édifiant, actif et dévoué. « Il servit au Canada, dit une vieille chronique, avec assiduite et bon exemple durant plus de trente ans. »

C'était un homme d'affaires, qui rendit de grands services aux communautés naissantes de Québec, les Ursulines, et surtout l'Hôtel-Dieu. « Le P. Le Jeune (2), écrit quelque part l’annaliste de cet hôpital, nous amena M. de Saint-Sauveur... il nous le donna pour avoir soin de notre temporel. C'était un homme fort entendu. !1 s'était déjà mêlé de nos affaires, ayant fait défricher nos terres de Sainte-Marie. Il voulut aussi être notre chapelain, et veiller sur huit ouvriers qui travaillaient à notre établissement... (3). »

Il convient d'ajouter, pour faire connaître ce bon prêtre, qu'il était un grand amateur de chasse et de pêche (4). Certes, il avait beau à satisfaire ses instincts de pècheur dans les eaux de Québec où le poisson devait abonder à cette époque, ses goûts pour la chasse dans les forêts encore vierges de son ami Robert Giffard, seigneur de Beauport, ainsi que sur la côte Beaupré, où l’appelaient de temps en temps les besoins du saint ministère.

La ville naissante de Québec, fondée en 1608, était encore peu de chose lorsque Bourdon y arriva : à la Basse ville, les murs croulants de l'habitation et de la chapelle de Champlain, incendiés durant le séjour des Anglais (1629-32); le long du rivage, quelques misérables baraques pour loger temporairement Îles nouveaux colons : sur la colline, couronnée encore en grande

(1) M. Gilles Nicolet, un autre Normand, natif de Cherbourg, frère du célèbre Jean Nicolet, passa au Canada l’année suivante (1635). Il retourna en France en 1647,

(2) Supérieur des Jésuites à Québec de 1632 à 1699.

(3) Histoire de l'Hôlel-Divu de Québec, par Sœur Juchereau de Saint-Ignace, Montauban, 1751.

(4) Notes sur les registres de N.-D, de Québec, pa l'abbé Ferland,

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partie par la forêt (1), le port Saint-Louis et la résidence du gouverneur, construits en bois par Champlain en 1620, la vaste maison des Cent-Associés, et la nouvelle chapelle de Notre-Dame-de-la- Recouvrance; un peu plus loin, à l'endroit où s'élèvent aujourd'hui les bâtiments du Séminaire et de l’'Université-Laval, la maison et la ferme de Louis Hébert, le premier colon canadien : puis làbas, dans la vallée de la rivière Saint-Charles, l’humbile monastère de Notre-Dame-des-Anges, où résidaient autrefois les Récollets, et à quelque distance, à deux cents pas de la rivière (2), le couvent des Jésuites, alors les seuls missionnaires de la colonie.

Mais l’on songeait sérieusement à reconstruire en pierre le fort Saint-Louis. La ville des Trois-Rivières venait de se fonder (1634). On allait bientôt commencer à Sillery de vastes bâtiments pour une mission sédentaire de Sauvages. Le marquis de Gamache venait de léguer une somme considérable pour l'Eglise du Canada, et les Jésuites se proposaient d'employer ce don précieux à la fondation d’un collège. Deux communautés religieuses allaient venir se fixer à Québec, les Ursulines pour l'instruction des filles, les Hospitalières de Dieppe pour le soin des malades : il fallait fixer et délimiter les terrains qui leur étaient concédés, ainsi qu’au collège des Jésuites: il fallait préparer les plans des nouvelles constructions : il fallait tracer le plan de la cité de Québec eliemême. Il fallait tailler des seigneuries dans le vaste domaine de la Compagnie du Canada, des propriétés pour les émigrés percherons qui commençaient à s'établir sur la seigneurie de Robert Giffard. De vastes horizons s’ouvraient à l'activité et aux espérances de Jear Bourdon, qui, en sa qualité d’ingénieur-arpenteur, — probablement le seul encore dans la colonie — allait prendre part à tous ces travaux.

En attendant, le jeune homme va choisir lui-même le lieu de sa demeure dans la banlieue de Québec, sur le coteau Sainte- Geneviève, à deux kilomètres environ du fort Saint-Louis. Le coteau est encore revêtu d'une épaisse forêt: mais les arbres séculaires s’inclinent sous la hache de l'intrépide colon. Plus

(4) Le P. Le Jeune, supérieur des Jésuites du Canada, écrivant en France deux ans auparavant, datait sa lettre « du milieu d'un bois de plus de 800 lieues d'étendue, à Kébu, ce 28 d'août 1632, »

(2) Relations des Jésuites, t. 1, 1633, p. 14.

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d'obstacles aux rayons du soleil, qui viennent désormais caresser amoureusement ce sol vierge, fraîchement remué, et vivifier Îles { semences qui lui sont confiées. Un modeste et confortable logement h surgit au milieu de cette clairière; et, le 9 septembre 1635, Bourdon peut y conduire la future compagne de sa vie, Jacqueline Potel (1), qu'il vient d’épouser (2) à Notre-Dame-de-la-Recouvrance. L’habitation de Bourdon occupe une position élevée et superbe, qui commande toute la vallée de la rivière Saint-Charles. L’œil y | distingue parfaitement, sur la colline de Beauport, le nouvel établissement de Robert Giffard, arrivé lui-même tout récemment (juin 163%) de Mortagne, avec ses censitaires Jean Guyon et Zacharie Cloutier.

C’est quelque chose, pour un jeune colon, de ne pas se sentir trop isolé, et de pouvoir de temps en temps reposer sa vue sur un gai paysage, sur un village ami.

Bientôt quelques vaillants pionniers viennent se grouper autour de Bourdon; et pour en attirer encore davantage sur ce fief Saint- Jean, dont le nouveau gouverneur, M. de Montmagny (3), vient de lui assurer la possession, il construit d'abord un moulin, puis une chapelle, près de son habitation, à l’usage de sa famille et de ses censitaires. M. de Saint-Sauveur sera le desservant de ce modeste sanctuaire, où tant d’âmes affligées viendront chercher secours et consolation.

On représente à Jean Bourdon les dangers auxquels lui et sa petite colonie sont exposés de la part des Iroquois, à la distance | où ils sont du fort Saint-Louis. « Eh bien, si je suis attaqué, je

me défendrai, s’écrie-t-il. Qu'on me permette de construire une

redoute, de ce côté-là. Québec, placé entre deux forts, sera plus

e | en sûreté contre l'ennemi. » Le gouverneur lui concéda un nouveau fief, dans la banlieue : Bourdon lui donne le nom de fief Saint-

(4) Je n'ai pu trouver aucun détail sur Jacqueline Potel. Ne serait-elle pas une des deux filles qui vinrent au Canada en 1633, en même temps que Champlain et les PP. Masse et de Brébœuf?

| (2) Le mariage fut béni par le P. Le Jeune, faisant à Québec les fonctions de | curé. Les témoins du mariage étaient Noël Juchereau, commis-général de la Compagnie des Cent-Associés, et Guillaume Hubou, « honorable homme, demeurant à la côte Sainte-Geneviève », dit l’abbé Tanguay.

(3) Champlain, le premier gouverneur du Canada, mourut à Québec, le 25 décembre 1635,

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François; et il y élève à ses frais un fort en bois, mais très solide, et vraiment redoutable, qui fut une grande protrction pour les habitants de Québec (1).

On le voit, ni le savoir-faire, ni l'esprit d'entreprise, ni le courage ne faisaient défaut à ce brave Normand.

Il serait long et fastidieux de raconter tous les détails de sa vie ordinaire; car l’on peut assurer, d’après les vieilles chroniques du temps, que c’est lui qui présida à la plupart des principales constructions, comme aux arpentages, en général : et l’on voit que les contestations au sujet des terrains ne se décidaient pas ordinairement sans lui; s’il était absent, on attendait son retour (2).

« C’est lui, dit l'abbé Tanguay, qui traça la première carte du Canada-français (3). » C’est la carte du pays depuis Québec jusqu’au cap Tourmente seulement, y compris l'île d'Orléans. Elle montre que Jean Bourdon connaissait parfaitement dans tous leurs replis ces localités qu’il avait dù parcourir bien des fois en tous sens.

S’agissait-il de prêter son concours à quelque entreprise, ou à quelque solennité publique? ni sa bonne volonté, ni son habileté n'étaient jamais en défaut. Les Jésuites, dans leur : ‘2 pour le bien du Canada, ont mis de nouveau la colonie sous la protection de saint Joseph, que les premiers missionnaires, les Récollets, ont déjà, dès 162%, proclamé le premier patron de la Nouvelle-France; ils veulent à cette occasion, célébrer sa fête avec beaucoup d'éclat. On s'adresse à Bourdon : il accourt aussitôt; et, de concert avec son ami Jacques Gourdeau de Beaulieu (4), il organise un magnifique feu d'artifice pour la veille de la Saint-Joseph. Le P. Le | Jeune nous assure qu’il n’en avait jamais vu de plus beau en

France; puis il ajoute, dans son style à la fois naïf et charmant : ù « D'un côté on avait dressé un pan, sur lequel paraissait le { nom de Saint Joseph en lumières; au-dessus de ce nom sacré, | brillaient quantité de chandelles à feu, d’où partirent dix-huit ou | vingt petits serpenteaux, qui firent merveille. On avait mis derrière |

cette première invention quatorze grosses fusées, qu’on fit enlever |

(1) Notes sur les registres de N.-D. de Québec.

(2) Journal des Jésuites, p. 54.

(3) Dictionnaire généalogique des Familles canadiennes, t. 1, p. 78. 4 (4) Originaire du Poitou.

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