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Jean Bourdon et la baie d'Hudson [microforme]

Si j'ouvre Garncau, je lis ce qui suit : “ Jean Bourdon, sur un petit bâtiment de trente tonneaux, osa s’avancer

jusqu'au fond de la baïe, en 1656, pour lier commerce avec les indigènes.” (1)

L'abbé Ferland, de son côté, dit: “ L'on avait pendant longtemps espéré trouver un passage pour y arriver (à la baie d'Hudson), par les terres, soit par la rivière des Outaouais, soit par les grands lacs. Dans l’année 1665, le sieur Jean Bourdon avait essayé de s’y rendre sur une goélette, en faisant le tour du Labrador ; mais à la vue des glaces qui couvraient la mer, et en face des nombreuses difficultés qui se pen il avait cru prudent de rebrousser chemin.”

Je fut sénat dit Harrisse, qui en 1656, prit possession de la baie d'Hudson au nom de Louis XIV.(?)

L'abbé Gosselin, dans sa VIE DE MGR p# Lavai, dit

aussi que Bourdon se rendit à la baie d'Hudson en 1656. (4)

Dans son HISTOIRE DE LA NOUVELLE-FRANCE, Charlevoix écrit : “ Il est certain que les Anglais ne possédaient rien aux environs de la baie d'Hudson, lorsqu’en 1656, le sieur Bourdon y fut envoyé pour en assurer la possession

(1) Histoire du Canada, tome ler, page 243.

(2) Cours d'histoire du Canada, tome 1er, chapitre VI, page 80. Ferland indique l'année 1665, mais c’est une faute d'impression pour 1666, ainsi qu’il est facile de le constater par le texte. La même faute est répétée dans la deuxième édition.

(3) Notes sur la bibliographie de la Nouvelle-France, page 192. (4) Tome ler, page 484.

à la France: cérémonie qui fut renouvelée plusieurs fois dans la suite.” (1)

Enfin, un historien beancoup plus ancien que Charlevoix, puisqu il fit publier son ouvrage dès 1716, Bacqueville de la Potherie dit: ‘“ Alphonse natif de Xaintonge voulut pousser sa découverte plus loin que Cartier, Il courut en 1545, la côte du nord, mais Jean Bourdon pénétra encore plus loin ; car côtoyant en 1656 avec un bâtiment de 30 tonneaux toute la côte du Labrador, il entra dans un détroit, et arriva au fond de la baie après avoir fait un cireuit de sept à huit cents lieues par mer, qui n’est cependant qu’à 130 de Québec, par terre, qui fut nommée dans la suite Baye d'Hudson par les Anglais. Jean Bourdon lia donc commerce avec les sauvages de ce quartier.(2}”

Comme l'on voit, le sentiment des auteurs comme Garneau, Harrisse, Ferland, Charlevoix, la Potherie et Gosselin est unanime. Bourdon est allé à la baie d'Hudson en 1656.

Cependant, si l’on consulte les deux écrivains américains qui ont le mieux connu l’histoire de notre pays: Francis Parkman et Justin Winsor, on voit que le prenier ignore complètement l'expédition de Jean Bourdon et que le second, dans son ouvrage CARTIER TO FRONTENAC, affirme que les Français n’eurent connaissance de la mer du Nord qu'en 1660.

Cette divergence d'opinion sur un point donné a lieu de surprendre et vaut la peine que l’on en cherche la cause.

Si l’on remonte aux sources, aux RELATIONS DES JE- SUITES, on y trouve rien qui vienne corroborer les récits de la Potherie et de Charlevoix. Ce voyage de 1656 est passé sous silence.

Quant au JOURNAL DES JESUITES, qui complète les RELATIONS, il s’y trouve malheureusement une lacune du 5 février 1654 au 25 octobre 1656.

(1) Tome 1er, page 476, (2) Histoire de l'Amérique Septentrionale, tome 1er, page 141.

Comment se fait-il que la RELATION de 1656 ignore la découverte de Bourdon? 11 semble pourtant qu'un fait aussi important, à une époque ou l’on tentait par tous les moyens de trouver un passage par le nord pour se rendre à la Chine ou au Japon, eût dû être signalé par les missionnaires jésuites dans un recueil où l'on prenait si grand soin d'insérer tout le mouvement géographique.

La correspondance que les gouverneurs entretenaient avec la métropole et qui est conservée dans les archives de France étant aussi disparue pour cette année 1656, il ne nous reste plus qu'à étudier le témoignage de la Potherie, le plus ancien auteur qui relate ce voyage de Bourdon et dont Charlevoix, Garneau et Ferland ont apparemment suivi la version.

De qui donc la Potherie tenait-il son renseignement ? Comme cet écrivain ne vint au Canada qu'en 1698, soit plus de quarante ans après le voyage de Bourdon, a-t-il recueilli son récit de la bouche de quelques vieux habitants ou a-t-il eu communication de quelques pièces manuscrites ?

Une étude que M. Gabriel Marcel a publiée dans la REVUE DE GEOGRAPHIE, en 1885, vient jeter quelque lumière sur ce voyage de Jean Bourdon.

Ce savant auteur y reproduit en effet la copie d’une déclaration faite au greffe du Conseil Souverain de Québec par le capitaine Jean Bourdon, commandant le vaisseau nommé le“ Saint-Francois-Xavier,” extraite des registres du Conseil Souverain de la Nouvelle-France établie à Québec.

M. Marcel dit avoir trouvé cette pièce parmi les manuscrits déposés aux archives du ministère des affaires étrangères à Paris. (1) Nous l’avons cherchée en vain à la source indiquée. Quoiqu'il en soit nous donnons ici le texte tel que publié par M. Marcel :

“ Aujourd'hui vingt-sixième du mois d’août de l’année 1656 est comparu au greffe du Conseil, Jean Bourdon,

(1) Volume Anwrique, tome ler, page 458.

capitaine du vaisseau nommé le “Saint-François-Xavier” du port d'environ deux cents tonneaux, monté Ge vingt hommes d'équipage, lequel a dit et déclaré que dès le mois de janvier de la présente année ayant reçu l'ordre des directeurs de la compagnie du Canada, ses maîtres, d’équipper son bâtiment pour courir toute la coste du l’Abrador et autres lieux dépendant de la concession de la dite Compagnie du costé du nord, il serait parti de Tadousac, au mois de février dernier, aurait parcouru toute la coste de l'Abrador et ayant trouvé par le soixante-troisième degré un passage ou destroit il y serait entré et aurait trouvé par delà le d. passage une grande baye avec plusieurs ports et havres en plusieurs desquels il a mouillé prenant possession au nom de la dite compagnie du Canada de tous les lieux où il touchait, qu’il est ensuite revenu par le même passage n'ayant pendant tout le cours de son voyage que cinq hommes de son équipage. Desquels dires et déclarations le dit Jean Bourdon a demandé acte qui luy a été accordé pour luy servir et valoir ce que de raison. Signé: PEUVRET, greffier.”

A première vue, il semble que ce document devrait faire disparaître toutes ambiguités. Pourtant si on l’examine dans ses détails on s'aperçoit bien vite qu’il manque du caractère d'authenticité. Nous donnons nos commentaires dans l’ordre qu’ils nous viennent à l'esprit :

Comment se fait-il que ce document qui relate une comparution faite au greffe en 1656, “aujourd'hui vingtsixième du mois d'août 1656,” soit donné comme un extrait des registres du Conseil Souverain de la Nouvelle-France quand ce même Conseil Souverain ne fut crée qu’en 1663, et que ses séances ne commencèrent qu'au mois d'octobre 1664. Il est vrai qu'avant le Conseil Souverain, il existait dans la colonie un conseil dont les archives ont été perdus, mais ce n’était point le Conseil Souverain. Comment se fait-il encore que cette pièce soit reçue en 1656 par le greffier Peuvret ? N'est-il pas en fait qu'en 1656, c'était Guilläume Audouart qui exerçait la charge de

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