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dire que cette déclaration de Bourdon du 26 août 1656 est une pièce apocryphe, fabriquée après coup.
Nous ne sommes pas prêt cependant à en rendre Bourdon responsable,
Comment expliquer pareille fabrication de pièce ? Dans quel but ce faux aurait-il été commis?
On sait les contestations qui s'élevèrent entre l'Angleterre et la France lors des négociations des traités de paix de Bréda, de Ryswick et d'Utrecht, au sujet de la sg de lu baie d'Hudson. Les Français réclamaient
a priorité do prise de possession de cette mer du nord. Les Anglais ‘le leur côté, en décernaient l'honneur au marin qui Jui a laissé son nom.
Afn d'appuyer ses réclamations la métropole s'adressa au. «autorités de !, colonie, Il s'agissait de trouver des pièces probar 'e5 qui manquaient totalement aux archives de France
C'est olurs que l’on commença à fouiller les archives et à interroger les anciens habitants. Après la paix de Bréda, l'intendant Talon fit faire une enquête, Les pièces de cette enquête apportées pur lui en France ne purent être retrouvées. (1) Denonville entreprit de refaire le dossier disparu et adressa à lu cour un long mémoire dans lequel il est facile de constater que la tradition et l’imagina-
‘ tion eurent une large part. De simples congés de traite très
vagues y sont transformés en ordres formels du roi de se rendre à la baie du nord. Les noms sont cités de mémoire. Les personnages sont confondus de la façon la plus bizarre. Pour ne citer qu'un exemple entre cent autres, Guillaume Couture y est qualifié de juge sénéchal de la côte de Beauport, quand il n’a jamais été que juge de la côte de Lauzon.
Ce dut être à cette époque que fut fabriqué le document retrouvé depuis par M. Marcel aux archives des affaires étrangères. Le simple fait de voir cette déclaration fléposée aux archives étrangères, quand elle devrait être aux
(1) Voir le mémoire de Denonville en 1685,
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archives des colonies, prouve que l’on s'en servit pour des fins diplomatiques.
La Potherie arriva à Québec l’année même où fut signée la paix de Ryswick. C’est lui, vraisemblablement, qui apporta au printemps la nouvelle de ce traité. Il avait fait la campagne de la mer d'Hudson, et il s’empressa de recueillir à Québec les mémoires qu’il y trouva.
Il parait que les diplomates de cette lointaine époque, tant en Angleterre qu’en France, n'étaient pas fort scrupuleux, du reste, sur l'emploi des pièces controversées. On en cite de nombreux exemples.
Le savant russe qui prépara, il y a quelques années, le dossier des Etats-Unis dans l'affaire de la ner de Behring, connaissait ses auteurs, et c’est ce qui peut expliquer son audacieuse manipulation. Il suivait les précédents. Seulement, en ces sortes d’affaires, le succès appartient à. ceux qui savent ne point se faire prendre.
D'après nous, Bourdon n’est point allé à la baie. d'Hudson en 1656.
Nous admettons cependant qu'il tenta l'aventure en
Voici nos preuves :
Sous la date du 2 mai 1657, on lit dans le Journal des Jésuites : (1)
“ M. Bourdon leva l'ancre de Québec pour le voyage du Nord.”
Au moyen des actes ronservés au greffe de Québec, on pout suivre, comme si on y était, les préparatifs de ce voyage.
Le 15 avril 1657, Jean Bourdon, seigneur de Saint- François, nomme pour sa procuratrice Anne Gasnier, sa femme, pour régir et administrer ses biens et le représenter partout où besoin sera, sauf le différend entre le sieur de Lespinay dont le sieur Bissot est porteur de procuration, duquel différend le constituant ne donne aucun pouvoir à sa procuratrice d'agir pendant son absence remettant le tout à son retour pour être décidé. Et outre plus le
(1) Page 209, 1ère édition.
nan: les
greffier du conseil "et que Peuvret n'entra en fonctions qu’en octobre 1664 ?
Etudions maintenant les divers épisodes de ce prétendu voyage.
1. Départ de Tadoussac, en plein hiver, à la fin du mois de février, sur un vaisseau de deux cents tonneaux de port.
Mais le fleuve, à cette époque de l’année, est tout couvert de glaces. Quel navigateur voudrait se hasarder dans ces parages en semblable saison? Et que l’on remarque que Bourdon dit avoir parcouru toute la côte jusqu’au 63ème degré.
2. Arrivé au 63ème degré, Bourdon trouve le détroit, y pénètre, s'avance dans la bai: et mouille dans plusieurs ports et havres de cette baie. Le 26 août il est de retour à Québec.
On ne peut trop s'étonner de la rapidité de ce voyage, au milieu des glaces, en pleine saison hibernale, en butte à des vents contraires, à travers des parages inconnus, sur un navire à voile de faible tonnage. IL y a là quelque chose qui dépasse l'ordinaire.
Nous avons la preuve sous les yeux que le 19 février 1656, Jean Bourdon était dans Québec. En effet, il assistait ce jour là au mariage de Nicolas Gendron et de Marthe Hubert (1).
En supposant que, ce jour-là, le “Saint-François” fut à l’ancre dans la rade, est-il vraisemblable de croire que Jean Bourdon laissa précipitamment la noce pour s’embarquer pour son lointain voyage ? Il ne dut pas partir, non plus, le lendemain, 20 février 1656, qui se trouvait un dimanche.
Admettons que Bourdon soit parti de la capitale le 21 février pour gagner Tadoussac. Etant donné l'état du fleuve Saint-Laurent en février, il n’est pas possible de croire qu'il ait mis moins de trois jours à se rendre à Tadoussac, Ceci nous mène à la fin de février, date défini-
(1) Registres de Notre-Dame de Québec.
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tive du départ tel qu’indiqué au procès-verbal reproduit par M. Marcel.
Du 19 février au 25 juillet 1656, nous perdons toute trace des agissements de Bourdon. Nous avons la preuve que le 25 juillet 1656, il était à Québec. En effet, il signait, ce jour-là, le contrat de mariage de Thomas Douaire, sieur de Bondy et de Marguerite de Chavigny. () Il n’y a pas moyeu de se tromper sur l'identité de la personne. L'acte dit : en présence de Jean Bourdon, ingénieur et arpenteur général de la Nouvelle-France.
Nous avons encore la preuve que Bourdon fut à Qué-
bec pendant tout le mois d’août de l’année 1656. Le 2.
août 1656, il est témoin au mariage de Charles Gautier et de Catherine Le Camus. (?) Le 7 août 1656, il est parrain de Jean-Francois Ruette d'Auteuil. (5)
Si Jean Bourdon a fait le voyage à la baie d'Hudson eu 1656, il faut placer ce voyage entre le 24 février et le 25 juillet de cette année, soit cinq mois.
Quel est l’homme sensé qui voudrait croire à la possibilité d’une semblable expédition, dans un si court espace de temps, étant données les circonstances de lieu et de saison et les moyens à la disposition du voyageur ?
D'où vient que Bourdon, de retour à Québec, dès le 25 juillet 1656, ait attendu au 26 août pour comparaître au greffe et faire la déclaration d’un voyage aussi important ?
La Potherie parle d’une barque de trente tonneaux, la déclaration dit: wn vaisseau du port d'environ deux cents tonneaux. Enfin, à noter que cette même déclaration parle d’abord d’un vaisseau monté de vingt hommes d'équipage et qu'elle finit en disant que Bourdon n'eut pendant tout le cours de son voyage que cing hommes d'équipage.
jomment expliquer ces invraisemblances, ces contradictions, ces impossibilités physiques ?
Que conclure de tout eela? Nous n’hésitons pas à
(1) Greffe Audouart,.
(2) Registres de Notre-Dame de Québec, (3) Mêmes registres.
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sieur constituant fait déclaration qu'en cas qu'il arrive faute de sa personne pendant le voyage qu'il entreprend de faire, ce que Dieu ne plaise, il fait en ce cas la dite procuratrice, son épouse administratrice et gouvernante de ses enfants du bien qu’il leur pourra laisser. (1)
Le même jour, Jean Bourdon et sa femme Anne Gasnier, voulant seconder la dévotion qu'a Marguerite Bourdon, sa fille née de Jacqueline Potel, sa première femme, de se donner à Dieu et passer ses jours dans un monastère, comme hospitalière de la miséricorde de Jésus à Québec, promet payer 3,000 francs le jour de sa profession et sa pension pendant le noviciat sur le taux de 150 francs par an. Etaient présents à cet acte : Jean de Quen, supérieur des missions de la Nouvelle. France, Barthélemy Vimont, Pierre Chastelain, Paul Ragueneau, Jean Le Sueur, escuyer, prêtre et curé de St-Sauveur, Guillaume Vignal, prêtre, chapelain des Ursulines, Jean Le Bé, prêtre, chapelain des Hospitalières.
Enfin le 29 avril 1657, Jean Bourdon rédigait son testament, dans lequel il fait allusion, à plusieurs reprises, au voyage qu'il va entreprendre.
Ces simples documents ne démontrent-ils pas le soin que prenait Jean Bourdon de régler ses affaires avant son départ pour ce long voyage ?
Et ne doit-on pas croire qu'il en eut fait autant s’il eut entrepris cette expédition en 1656 ? Pourtant le greffe de 1656 ne mentionne aucun acte de cette nature.
Bourdon partit donc le 2 mai 1657 pour la mer du Nord. Se rendit-il à sa destination ? Nous ne le croyons pas.
Voici ce que dit le Journal des Jésuites sous la date du 11 août 1657 : @)
“ A dix heures du soir, arriva devant Québec M. Bourdon de son voyage du Nord. Deux hurons qu'il
avait mené furent tués par les sauvages et un français blessé.”
(1) Greffe Audouart, (2) Première édition, page 218.
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La Relation de la même année donne un peu plus de détails :
“ Le 11 (août 1657), parut la barque de M. Bourdon, lequel étant descendu sur le grand fleuve du coté du nord vogua jusqu’au 55e dégré, où il rencontra un grand banc de glaces, qui le fit remonter, aïant perdu deux hurons qu’il avait pris pour guide. Les esquimaux sauvages du nord les massacrèrent, et blessèren un français de trois coups de flèches et d’un coup de couteau.”
En lisant le Journal, on pourrait croire que Bourdon s’est rendu à la mer du Nord. C'est une note écrite évidemment le jour même de l’arrivée à Québec. Mais la Relation, écrite avec plus de soin et après plus amples renseignements, dit expressément qu'il ne se rendit qu’au 55e dégré, soit à Kibokok, non loin de l'embouchure de la rivière Ashwanipi. Il aurait fallu franchir cinq degrés encore pour atteindre le détroit.
Voilà donc un point de réglé.
Dans ce dernier voyage de 1657, nous devons ajouter que Jean Bourdon fut accompagné de son ami M. Jean LeSueur, curé de St-Sauveur, ainsi qu’en fait foi son testament.
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Nous constatons que M. l'abbé Gosselin, dans l’étude particulière qu'il a publiée sur Jean Bourdon en 1892, ne parle plus du voyage de 1656. Le savant auteur en est venu sans doute à la même conclusion que nous sur l'authenticité de ce voyage.
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