VIII PRÉFACE
OÙ moi-même j'hésitai, où je sentis que ma conviction manquait de base. Dès lors, je n'avais qu'un parti à prendre, celui de l'examen le plus sérieux et le plus détaillé. Quel qu'en fût le résultat, j'aurais cru devoir publier les lettres de la sœur Anne-Julie, comme un exemple édifiant de tolérance et d'impartialité, comme une œuvre touchante et digne d'être conservée. Déplus, il y avait, en tout cas, à signaler l'extrême ignorance des juges de Toulouse, imaginant de bonne foi que le meurtre des enfants par leurs pères, pour cause de conversion au catholicisme, était recommandé et pratiqué parmi les protestants. Quant aux Galas, pour peu que leur innocence m'eût paru douteuse, le rôle de leur défenseur ne me convenait en rien.
Il fallut donc essayer celui de juge d'instruction, ou plutôt de simple narrateur, et je ne l'eus pas longtemps entrepris que je vis clairement combien les modernes accusateurs avaient méconnu ou altéré les faits les mieux prouvés. D'un autre côté, il faut bien le reconnaître, les défenseurs de Galas ont souvent mal servi sa mémoire; la plupart des écrits qui le réhabilitent sont entachés de partialité; ceux de Voltaire pèchent quelquefois par la légèreté, et les Mémoires des trois avocats de Paris par la déclamation; les livres de Gourt de Gebelin, de d'Aldeguier et autres sont rarement exempts de passion, et l'on regrette chez presque tous le manque de précision, d'exactitude et de critique.
Au milieu de ce chaos, où se choquaient pêle-mêle une centaine d'écrits pour ou contre, il y avait un seul parti à prendre: ne consulter les auteurs modernes, les avocats et Voltaire le premier, qu'à titre de renseignements, lire les pièces originales et ne juger que sur des témoignages contemporains, solidement établis.
Dès lors, c'est aux Archives Impériales qu'il fallut surtoùjf^ recourir. Il s'y trouve des documents de trois