IX. Christophe Froschauer
Christophe Froschauer est l'un des plus grands imprimeurs protestants du seizième siècle, l'émule et l'égal des Froben, des Oporin, des Estienne. Il vaut la peine de le considérer avec quelque attention.
Christophe Froschauer naquit à Neuburg, près d'Otting, en Bavière, on ne sait pas quand. Seulement comme en 1564, à sa mort, il était très vieux, on peut mettre sa naissance entre 1480 et 1490. On a dit, mais sans preuve, que son père était Jean Froschauer, imprimeur à Augsbourg. Ce qui est certain, d'après l'attestation de l'ancien livre des bourgeois de Zurich, c'est qu'il fut reçu bourgeois de cette ville, gratis, en 151 9 (le mercredi avant la Saint-Martin), et que les premiers livres portant son nom sont de 1 5 2 1 ; ce sont deux traductions allemandes d'Erasme, faites par Léon Jude, l'ami de Zwingle, alors à Einsiedeln.
Après avoir travaillé de 1523 à 1526 avec un autre imprimeur, Froschauer resta seul de son métier de 1526 à 1554. Il imprima les œuvres de Zwingle, de Bullinger, de Léon Jude, de Rod. Gualther, de Bibliander, de C. Pellican, de Pierre Martyr. Son commerce fut de plus en plus florissant. Il imprima les ouvrages scientifiques de Conr. Gessner, les ouvrages historiques de J. Stumpf, les lexiques et les grammaires de J. Fries, de Josué Maler. Il ne négligea pas les classiques latins, les classiques grecs, etc., etc.
Et tout cela cependant ne constitue pas la part la plus importante de son activité. Avant tout, il fut l'imprimeur de la Bible. En 1521 et 1522, il imprima les épîtres de Saint-Paul, traduites en allemand par Léon Jude; en 1524, le Nouveau Testament. De 1524 à 1529, il publie la première édition suisse de la Bible entière, grand in-folio. A partir de ce moment il ne s'écoule pas une année qu'il ne publie une édition complète ou partielle de la Bible en grand in-folio, en in-40, en in-8°, même en in- 12, soit en allemand, soit en latin, soit en anglais. C'est en 1534 qu'il publia, non plus la traduction de Luther, mais une traduction originale, à laquelle il mit une pieuse préface. De 1524 à 1564 paraissent vingt-sept éditions de la Bible complète (vingt en allemand, six en latin, une en anglais), seize éditions du Nouveau Testament (six en allemand, cinq en latin, une en grec, trois en ces deux langues à la fois, une en anglais). La quantité ne nuisait pas à la qualité, car Froschauer n'épargnait ni peine, ni dépense. Il fit fondre des caractères spéciaux, il mit, comme lettres majuscules, de jolies vignettes il orna les pages de beaucoup de bois.... Aussi les éditions de ses Bibles sont-elles encore estimées et recherchées.
Une si belle activité ne pouvait être inspirée que par de beaux principes. Il les a résumés dans ces mots : « Propager par l'imprimerie l'honneur de Dieu et son éternelle vérité... et augmenter le bonheur, la réputation et l'honneur de la ville de Zurich. » En conséquence, il veillait avec un soin jaloux à ce que chez lui rien ne tût imprimé de contraire « à notre vraie et chrétienne religion, à la vérité évangélique, rien de sectaire, de révolutionnaire, d'immoral, de scandaleux ou de nuisible, mais seulement ce qui pouvait être toujours à tous utile, ce qui était honorable, et chrétien. » Quand il céda son commerce à son neveu, celui-ci dut promettre de marcher absolument sur ses traces.
Trait vraiment caractéristique! Lui, l'homme de la Réformation et des Réformateurs, il refusa
i. Nous résumons l'étude classique, à laquelle les auteurs subséquents ont tout emprunté et rien ajouté, celle de S. Vôgelin : Christoph Froschauer, erster beriihiuter Buchdruckcr in Zurich, nach seinem Leben und Wirken, nebst Aufsâtzen und Briefen von ihm und an ihn, 1840.
APPENDICE XIV
d'imprimer les homélies de Bullinger sur l'Apocalypse, parce que la dédicace s'efforçait de montrer que, de temps immémorial, on avait affirmé que le pape est l'antechrist. Il ne voulait pas inutilement exciter les catholiques. On peut dès lors comprendre avec quel sentiment il reçut, en réponse à l'envoi amical d'une Bible, l'incroyable réponse de Luther du 31 août 1543, dont nous avons parlé : « Ne me donnez plus et ne m'envoyez plus ce qu'ils font.... Je veux.... prier et enseigner contre eux jusqu'à ma fin l, »
Quand les Anglais, chassés de leur pays par la persécution, se réfugièrent à Zurich, et nouèrent ces relations dont une volumineuse correspondance nous a gardé le souvenir, il les installa dans une maison qui lui appartenait: ^ur hintern Linde auf Stussis Hofstatt; ils formèrent là une sorte de séminaire, où Bullinger allait, une fois par semaine, tenir une réunion homilétique d'édification. Il mourut le Ier avril 1564.
Froschauer a imprimé le traité de Calvin, Defensio sanœ et orthodoxie doclrina de sacramentis, en 1555.
Il donnait comme étymologie de son nom : Frosch (grenouille) et auf (sur). De là ses marques, où l'on voit tantôt une grenouille sur un arbre, tantôt un enfant sur une grenouille.
De mains en mains son imprimerie a fini par arriver à MM. Orell, Fùssli k O. — Et c'est à F. Fisch-Hagenbuch, alors chef de la maison Orell, Fùssli & Cic, que M. E. Camillo Rudolphi a dédié son opuscule : Die Buchdrucker-Familie Froschauer in Zurich, Verzeichniss der aus ihrer Offizin hervorgegangeneji Druckwerke, 1869.
1. Voir aussi les lettres de Bullinger à Calvin, mai 1544 (Opéra XI, p. 723), et à Mélanchthon, 22 juin 1544. (Ibid., p. 727.)
CORRECTIONS ET ADDITIONS
Page 8. — Dans sa Fera Relatione, etc. (voir p. 721), Cardoino, écrivant environ cinquante ans après la mort de Calvin, et relatant ou inventant certains renseignements genevois, disait, à propos de la visite de Calvin à Ferrare, que le Réformateur y était resté quelques semaines : « Nella casa di lei [de la duchesse] dove alcune settimane dimoro. » Mais Cardoino, il est vrai, est plus que sujet à caution.
Ajoutons ici un renseignement fourni par P. Toussain sur la duchesse :
Le 1 3 mai 1538, Pierre Toussain écrit de Montbéliard à son ami Ambroise Blaurer à Tubingue : « Je le sais certainement (certo scio), l'Evangile a été librement prêché ce dernier carême à Bologne [par Jean Mollio ou Bernardino Ochino] (voir Mac Crée : La Réforme eu Italie, 1834, P- 88-90, 123-125), et la duchesse de Ferrare, quoique son mari résiste encore, confesse Christ audacieusement, intrépidement ; elle protège les hommes pieux et en entretient beaucoup auprès d'elle. » Herminjard, V, p. 12 et n. 5, 6.
Pages 22 et 27, note 6. — Calvin lui-même déclare que les deux Epîtres ont été écrites par lui en 1536. Il écrit, le 29 mars 1540, à Farel : «Léon Jude m'a récemment demandé [voir cette lettre, du 29 février, Herminjard, VI, p. 194] la permission de publier en allemand, en y ajoutant mon nom, la première des deux épîtres que j'ai écrites il y a quatre ans (ante annos quatuor). » Herminjard, VI, p. 200. — M. Herminjard dit, en note 1 1 : « Nicolas des Gallars (Préf. des Calviui opuscula omnia, 1552) et Bèze ( Vie française de Calvin, 1565) affirment que ces deux épîtres furent « écrites d'Italie. » Elles avaient donc été composées pendant le séjour de l'auteur à Ferrare, c'est-à-dire en 1536, et M. Douen s'est trop avancé, quand il a dit (o. c. I, 210) que « le véritable lieu d'origine » de la seconde épître, adressée à Gérard Roussel, « est Genève et non Ferrare. »
Page 81, note 1. — A propos du volume de M. de Ruble, intitulé L'assassinat de François de Lorraine, M.Weiss s'exprime ainsi dans le Bulletin de l'Histoire du protestantisme français, 1900, xlix, p. 653-657 : « J'ai été confondu d'étonnement au fur et à mesure que je lisais ce mémoire. Les comptes rendus des œuvres de M. de Ruble, que le Bulletin a publiés à plusieurs reprises, prouvent que nous le tenions pour un historien bien informé, qui avait son siège fait, mais qui savait être, au besoin, impartial et exact. Ou je me trompe fort, ou cette dernière œuvre, au lieu d'accroître l'estime qu'on avait conçue des premières, contribuera à faire reviser ce jugement. » Il est difficile de ne pas être de l'opinion de M. Weiss.
Page 108. — A propos de Bezanson Hugues, voir article R. [Rilliet] sur: « L'armoria! historique genevois, par J.-B.-G. Galiffe et A. de Mandrot; Bezanson Hugues, libérateur de Genève, par J.-B.-G. G-aliffe, » dans la Bibliothèque universelle, 1859, t. V, p. 313 et ss., et la Réponse de Galiffe : Notices généalogiques, 1857- 1866, p. 175 et ss.
CORRECTIONS ET ADDITIONS
Pages 139 et 140. — M. Cartier indique deux textes intéressants à propos de la devise genevoise : Post tenebras lucein, devenue Post tenebras lux. 11 juillet 1543. « Le Sr Franc. Bonivard. A sa requeste luy a esté permys de fère imprimer une balade à la loyange de Genève !, tant sus la ancienne que novelle devise de Genève. » (Registres du Conseil, vol. 37, f. ijrj. — 21 janvier 1556. « Sp. Loys Enoc d'Issodun, en Berry, lequel estant entré a exposé comme ainsin soit que de longtemps Genève soit cité ancienne, laquelle après plusieurs ténèbres ayant receu grande lumière, qu'est bien figuré par les armoiries tant de l'aigle que de la clefz, aussi par la devise post tenebras lux, d'aultant que l'aigle est celle qui regarde le soleil et la clefz signifie ouverture de cbose désirable comme nous est advenu.... » (Ibid., vol. 50, f. 107'.) M. Cartier ajoute: « Ce texte indique clairement, on le voit, le sens précis que les Genevois du XVIe siècle attachaient au Post tenebras lux.... L'arrêt de 1556 nous montre aussi que la nouvelle devise était devenue officielle dès cette époque. L'ancienne ne disparut toutefois pas complètement, car elle se retrouve encore au XVIIe siècle. » (Cartier, p. 57, 58.)
Page 150. — Dans le Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes (1899, p. 218, 219), M. J. Roman a publié des Notes sur la commune d'Ancelle. Il y parle de Jean-Jacques Farel (frère du Réformateur) et de son mariage avec Jeanne de Montorcier, nièce d'Antoine Rambaud, seigneur d'Ancelle. Les Rambaud suivirent l'impulsion des Farel et embrassèrent le protestantisme.
Page 156. — Voir: H. Vuilleumier, L'Eglise du Pays de Vaud au temps de la Ré formation, Essai d'un abrégé chronologique, 1902. (Extrait de la Revue de théologie et de philosophie.)
Page 190. — Voir: M. B. Dumur « Le vieux Lausanne, » dans la Revue historique vaudoise, 1901.
Page 435, ligne 14, en descendant, au lieu de : 1540, lire : 1541, et voir page 615, note 4.
Page 521. — Les orgues. « Vers la grande porte de la cathédrale on voyait de belles orgues, qui furent otées dans le tems de la Réformation. Il semble qu'un faux zèle craignit alors de rendre le service divin plus propre à fixer l'attention en l'accompagnant de ce qui pouvait y intéresser les sens. Peut-être aussi que ces orgues se gâtèrent, que l'on craignit les dépenses qu'elles exigeraient, soit pour les jouer, soit pour les entretenir. Quoi qu'il en soit, le Conseil ordonna, le 27 (sic) août 1562, que la partie de ces orgues faite en étain, fut fondue; il accorda à l'hôpital général une partie de cette matière pour faire la vaisselle qui lui était nécessaire ; il fit fabriquer avec le reste les cruches dans lesquelles on met le vin de la communion et les vases destinés à porter le vin d'honneur aux étrangers qui arrivoient dans nos murs. » Senebier, Essai sur Genève, dans le Journal de Genève du 17 juillet 1790. (Une copie autographiée a été faite vers 1840.)
Voici les textes que nous avons trouvés dans les Registres du Conseil : Mardi 7 juillet 1562. « Estant remonstré que les orgues de la seigneurie se gastent, dont on pourroye avoir beaucoup d'argent en les fondant pour vendre l'estain qui y est en grand quantité et est arresté que les procureurs de l'hospital les vendent et en prennent ce qui leur fera besoin. » Registres du Conseil, vol. 57, f. 8r. — Lundi 17 d'aoust 1562. « Icy on a fait difficulté de fondre les orgues, pour en vendre une partie et l'autre employer àz vaisselle pour l'hospital suyvant l'arrest qu'en a esté fait à cause qu'on en pourroyt avoir affaire à l'advenir. Sur quoy a esté arresté quelles soyent fondues et qu'on prenne pour l'hospital ce qui y fera besoin et le reste soye gardé en billon. » Ibid., f. I02v. Au sujet des orgues, voir encore les décisions du Conseil : 12 janvier 1549, les orgues de Rive seront visitées en vue d'une vente (Annales, p. 347); 12 août 1546, vente des orgues de Rive à la criée (Ibid., p. 386); 23 août, les orgues de Rive sont remises en état (Ibid., p. 386); 10 septembre, les orgues de Rive sont raccoustrées et seront vendues (Ibid., p. 388).
Page 524. — La liturgie calviniste et les Psaumes en Espagne. Sous ce titre : « Calvin's Cate-