L1EXIL
possible fère, àz laz forme de laz dite missive, cart àz icelle l'on se veult tenyr l. » Pendant que la séance continue, on envoie le sautier demander à Farel et à Calvin s'ils veulent prêcher « àz laz forme à eux proposée abjourduy selon laz missive de Berne » (toujours Berne et sa missive). Ils refusent « totallement. » On décide de s'adresser aux deux prédicants que le bailli (bernois) de Ternier avait présentés 2.
Coraud en avait appelé au Conseil des Deux Cents. En attendant, il se laissa aller à sa fougue, il s'écria que MM. les gouverneurs avaient des pieds de cire, qu'ils s'imaginaient que le royaume des deux était comme le royaume des grenouilles. Il avait même traité les syndics d'ivrognes, et les habitants de Genève de rats parmi la paille3 ? Puis le lendemain samedi, 20 avril, à 6 heures du matin, il monta bravement en chaire.
Immédiatement il est saisi et jeté en prison. Le bruit de cette arrestation vole de bouche en bouche. Le même jour, 20 avril, quatorze citoyens, conduits par « maistre Calvinus '' et Farel, se présentent à l'Hôtel de ville. » Ils trouvent deux syndics. On a fait « mal, méchamment et iniquement, » déclarent Farel et Calvin. Michel Sept crie: « Ils prescheront ! ils prescheront! » Et Farel, indigné, dominant le bruit de sa voix tonnante : « Sans moy, vous ne fussies pas ainsy. »
Les deux syndics maintiennent le droit du Conseil, et profitent de l'occasion pour demander de nouveau aux prédicants, s'ils veulent « optempérer ès dites lettres de Messieurs de Berne. » Naturellement ceux-ci ne peuvent y consentir purement et simplement, et ils offrent caution, pour que Coraud soit mis en liberté. Mais les syndics déclarent qu'il n'est pas « borgoys, » et qu'il est détenu « pour mesprissance de justice 5. »
Cependant les syndics étaient peut-être plus inquiets que ne le laissent voir les procès-verbaux. Ceux-ci nous disent que, le même jour, on envoya encore le sautier chez Farel et Calvin pour leur demander, une fois de plus, s'ils voulaient prêcher et donner la Cène « àz laz forme de laz missive. » Mais Farel et Calvin, dans leur lettre au Conseil de Berne, nous apprennent qu'on leur fit offrir d'attendre le Synode de Zurich, s'ils voulaient « accorder que leur compaignion [Coraud] feust rejecté de l'office de prédication 6. » Pareille offre ne pouvait que
1. Registres du Conseil, vol. 32, f. 3iv et 32v. Annales, p. 224. — A partir d'ici Cornélius passe du côté du Conseil de Genève. Après l'attitude peu soumise des prédicants, et en face de la pression publique, le refus du Conseil lui paraît facile non seulement à expliquer, « mais, nous dirions volontiers, à justifier! » — Désormais Cornélius ne comprend plus la suite des idées de Calvin: « Dans ces jours, l'excitation et l'irritation ont bien visiblement troublé l'équilibre habituel de son esprit, » p. 177. Or, d'après le témoignage de Cornélius lui-même, les Réformateurs s'étaient efforcés d'éviter la catastrophe, et c'est Berne et Genève qui l'avaient précipitée. — 2. Ibid., vol. 32, f. 32v. Herminjard, IV, p. 416, n. 3. Annales, p. 224. Cornélius, p. 175, n. 1 et 2. — 3. Roset, p. 251. Herminjard, IV, p. 423. — 4. Registres du Conseil, vol. 32, f. 32. Annales, p. 224, 225. Calvin est placé ici pour la première fois avant Farel, dans les Registres. (Rilliet, Le Catéc/iisine français p. xci.) Dans la suite du procès-verbal, Farel est replacé avant Calvin. - 5. Ibid., vol. 32, f. 33. Herminjard, IV, p. 423, n. 6. Annales, p. 225. — 6. Farel et Calvin au Conseil de Berne, 27 avril 1538. Herminjard, IV, p. 424. Opéra, Xb, p. 189.
CALVIN A GENÈVE. PREMIER SEJOUR
surexciter l'indignation des prédicants1. Aussi leur refus est immuable, et on leur interdit la chaire pour le lendemain 2.
La nuit du 20 au 21 avril dut être une étrange nuit de préparation à la fête de Pâque. Déjà depuis quelques nuits la populace courait la ville avec des arquebuses, « qu'ils débendoient au devant des maisons des ministres 3. » On se moquait de la parole de Dieu, qu'on appelait « la petolle de Dieu, » et on menaçait les ministres de les jeter au Rhône
Le dimanche venu, malgré la défense qui leur avait été faite, Farel et Calvin montent en chaire, Calvin à Saint-Pierre, et Farel à Saint-Gervais. Ils sont entourés de leurs amis, car les adversaires sont là, menaçants. Les épées furent dégainées, dit Roset3. Rien de plus vraisemblable. Etait-il possible de distribuer la Cène du Seigneur en de pareilles circonstances ? Evidemment, non. Les prédicateurs protestent donc publiquement, devant le peuple, que ce n'était point à cause du pain sans levain, « chose indifférente, qu'est en la liberté de l'esglise, » qu'ils ne donnaient pas la communion, mais parce que ce serait « profaner ung sy sainct mystère, sinon que le peuple feust mieulx disposé, allégant les désordres et abominations que régnent aujourd'huy à la ville, tant en blasphèmes exécrables et mocqueries de Dieu et [de] son évangille, que en troubles, sectes et divisions0. »
Et ils descendent de chaire. Malgré la solennité du jour, les syndics se rassemblent aussitôt ; ils convoquent pour le lendemain, lundi, les Deux Cents, et pour le surlendemain, mardi, le Conseil général.
Farel et Calvin se présentent pour se justifier; on refuse de les recevoir, « contre toute équité et ordre de justice 7. » — Au Conseil des Deux Cents les
1. Les prédicants contestaient que Coraud « eust falli en son office. » Ils contestaient aussi qu'en remontant en chaire il eût « riens attenté contre l'ordre de justice; » car, disaient-ils, - il avoit appellé de leur sentence par devant les Deux Cens et protesté qu'il feroit son office jusqu'à ce que l'appellation seroit vuidée. » Enfin, ils reprochaient au Conseil l'extraordinaire rigueur avec laquelle on l'avait mis « en estroicte prison,... et mesme l'on ne souffre son conducteur [il était aveugle], qu'il avoit accoustumé de luy lisre, approucher de luy. » Même lettre. Herminjard, IV, p. 423. Opéra, Xb, p. 188, 189. — 2. Le quatrième pasteur de Genève, Henri de la Mare, eut un instant la faiblesse d'abandonner ses collègues, et de consentir à les remplacer. Mais Farel et Calvin n'hésitèrent pas à le menacer d'excommunication, et Henri de la Mare retira son consentement. (Herminjard, IV, p. 425, n. 12.) Toutefois il les remplaça le dimanche 28 avril. — :s. Ces scènes firent une profonde impression sur Calvin, qui ne les oublia jamais et y pensa toujours avec une sorte d'effroi. Il écrit, de Ratisbonne (31 mai 1 54 1) , aux pasteurs de Zurich: Cela vous paraîtrait incroyable, je le sais, si je vous racontais une petite partie des désagréments, il faut dire des détresses {molestiarum, vel potins miser iarum) , que pendant toute une année il nous a fallu dévorer. » (Herminjard, VIII, p. 138.) Et sur son lit de mort, dans son discours d'adieu aux ministres, il dira encore : « J'ay vescu icy en combats merveilleux; j'ay esté salué par mocquerie, le soir, devant ma porte, de 50 ou 60 coups d'arquebute. Que pensez-vous que cela pouvoit estonner un pauvre escholier timide comme je suis, et comme je l'ai tousjours été, je le confesse ? Puis après je fus chassé de ceste ville. » {Opéra, IX, p. 892.) — 4. Roset, p. 251. — 5. A. Roget (I, p. 91, n. 1) pense bien qu'il dût y avoir une vive agitation « dans les temples, mais il estime que, si on se fut porté aux extrémités dont parle Roset, les procès-verbaux du Conseil, qui relatent habituellement les moindres incidents de ce genre, en eussent fait mention. » Cet argument a silentio, dans l'espèce surtout, ne nous paraît pas déterminant. — 6. Herminjard, IV, p. 425. Opéra, Xh, p. 189. — 7. «Ils ne nous ont jamais voulsus admectre, ajoutent les deux pasteurs dans leur plainte ultérieure, à rendre nous raisons, mais, sans nous avoir ouys, ont contre nous concité tant les Deux Cens que le peuple, nous chargeant de ce que ne se trouvera véritable ne devant Dieu, ne devant les hommes. « Herminjard, IV, p. 425. Opéra, Xb, p. 189.
l'exil
syndics lisent les trois lettres de Berne1 (encore!), répètent qu'ils veulent s'y « tenir, » et, « voyant la dite mesprisance du magistral, » agitent la question si « on les [les prédicants] mectraz en prison, aut non. » Le Conseil décide finalement de leur « donner congié ; » ils pourront toutefois demeurer jusqu'à ce que « Ton en aye trover d'aultres"2. » - — Mais, le mardi 23, le Conseil général est plus logique, il vote l'exil immédiat : « Az esté totallement résoluz par plus grand voys qu'il volloyent vivre selon les cérémonies accordés àz Lausanne [celles de Berne].... Az esté proposé ausy, touchant de Faret, de Calvinus et aultre prédican, que n'on poien volsu obéyr aut commandement du magistral, et voyr si l'on leur donnery congé aut non, comment le Petit et Grand Conseyl àz ainsy résoluz. Laz plus grand voys a arresté, qu'il doyjen vuyder laz ville clans troys jour prochain3.... »
Le même jour (les deux procès-verbaux se confondent et on ne sait où finit l'un et où l'autre commence) il est conclu : « Az esté résoluz que Ton fasse cryes de bien vyvre, et selon Dieu, à\ la\ discrétion du Petit Conseil''. » Les syndics envoient immédiatement le sautier porter aux prédicants les décisions prises, et dans le procès-verbal de cette même journée, sont encore couchées les célèbres réponses.
« Sur quoy on respondus les ditz prédicant : « Est bien, àz laz bonne heure; si nous heuss[i]ons servy les hommes nous fussions mal récompenser, mes nous servons ung grand maystre que nous récompenseraz. » C'est Calvin (on le devinerait, quand le procès-verbal n'en ferait pas l'observation) qui tint ce langage. A quoi Farel ajouta : « Az laz bonne heure, et bien, de par Dieu '. » — Et sans profiter même du délai de trois jours, le jour même sans doute, sinon le lendemain, au plus tard, Farel et Calvin6 partirent pour l'exil7.
Le même jour (24), le Conseil de Genève se hâtait de faire retirer par ses « procureurs » « les mobles appartenant àz laz ville, lesqueulx l'on avoyt presté àz Faret et Calvinus 8. » Encore le même jour, il écrivait à Jean Morand, de Cully, pour le prier de venir prêcher, le dimanche 28, l'assurant que « ferons tam envers vous, que aurés cause de vous contenté de nous 9. » Mais Morand était à Neuchâtel ou à Bevaix, occupé à faire « ses nopces 10. » Ce furent Jacques Bernard et Henri de la Mare qui administrèrent la Cène le dimanche 28 avril H.
1. 5 et 20 mars, 15 avril. — -1. Registres dit Conseil, vol. 32, f. 35v, 36. Herminjard, IV, p. 426, n. Annales, p. 226. — 3. Registres du Conseil, vol. 32, f. 35v. — i. Ibid., f. 36. — .*>. Ibid-, f. 36. — 6. « Cornélius voit ici les conséquences de leurs propres fautes, de leur manque de charité, d'humilité, de leur refus de toute concession. Je ne vois pas comment ils auraient pu repousser par la charité et par l'humilité les violentes attaques contre l'indépendance de l'Eglise. Il fallait de la virilité, et pas seulement de la charité et de l'humilité. Calvin dans son zèle est allé trop loin, et nous ne pouvons ni ne voulons contester ses actes incorrects. Mais il marchait là sur un chemin où ses adversaires le précédaient. Et il défendait un principe dont il faut reconnaître la légitimité. » (Heiz, Article cite.) — 7. Calvin laissait la plus grande partie de ses effets, même « ce qui lui était d'un usage journalier, » entre les mains de son frère Antoine, qui les lui expédia plus tard. (Calvin à Th, Grynée, 20 juillet 1538. Herminjard, V, p. 56, n. 1 et 2.) — 8. Registres du Conseil, vol. 32, f. 36". Herminjard, IV, p. 427, n. 2. Annales, p. 227. — 9. Herminjard, IV, p. 421. — 10. Ibid., p. 422. — 11. Ibid., p. 430.
CALVIN A GENÈVE. PREMIER SEJOUR
Après la vie invraisemblable d'agitation, de fatigues, d'émotions, qu'ils menaient depuis des mois, ce qui s'échappa d'abord de la poitrine de nos deux exilés, ce fut un soupir de soulagement. Calvin l'a raconté plus tard : « Combien que je me recognoy estre timide, mol et pusillanime de ma nature, il me falut toutesfois dès les premiers commencemens soustenir ces flots tant impétueux : ausquels jà soit que je ne succombasse pas, si est-ce que je ne me trouvay point garni d'une si grande magnanimité, que, quand par le moyen de certains troubles, on me chassa, je ne m'en resjouisse plus qu'il ne faloit l. »
Mais Calvin et Farel n'étaient pas seuls en cause, personnellement. Il y avait le ministère pastoral et son honneur; il y avait Genève et le protestantisme. Tout était compromis.
Donc les deux exilés, s'étant immédiatement ressaisis, se rendirent, en toute hâte, à Berne pour rétablir, si possible, la vérité et sauver la situation. Partis le 23 ou le 24, ils se présentent, le 27, devant le Conseil. Ils exposent qu'ils n'ont pas été rebelles au commandement de Genève et qu'ils n'ont pas « simplement rejecté ycelle conformité, » mais au contraire protesté qu'ils voulaient « regarder en quelle manière, elle se pourroit bien traicter pour l'édification de l'Esglise2. » Ils fournissent leurs explications, ils formulent leurs plaintes.
Les Bernois sont étonnés, presque épouvantés. Ils ne s'attendaient pas à une si subite catastrophe. Prêtant une oreille bienveillante aux « doléances » des prédicants, le même jour (27) ils font encore part à Genève « du grand troublement de leurs cueurs. » Ils cherchent même à se disculper, expliquant qu'on avait mal compris leur lettre, la fameuse « missive. » Ce qu'on avait écrit, pour la conformité des cérémonies, était « procédé de bonne affection, et par mode de requeste, et non pas pour vous, ne eulx, constraindre à ces choses que sont indifférentes en l'Esglise. » On avait outrepassé leurs vues. Et maintenant ils s'effrayaient en voyant le « grand scandale, » « l'offension, » le « déshonneur de la religion. » Ils étaient si effrayés qu'ils ne le pouvaient « souffîsamment exprimer. » En conséquence, « instantement, très acertes, et en fraternelle affection, ils prient, admonestent et requérent » qu'on « mette en liberté « le pouvre aveugle Coraux 3, » et qu'on « admodère » la rigueur qu'on tient aux dits Farel et Calvin''.
C'était trop tard. Le Conseil de Genève répondit (3o avril) que Farel et Calvin avaient informé leurs Excellences « contre vérité, » et que, pour lui, il voulait « totallement vyvre selon vous cérémonies 5. » A Bernois, Bernois et demi !
I. Préface du Commentaire sur les Psaumes. Opéra, XXXI, p. 26. — On ne voit pas trop pourquoi Kampschulte (I, p. 313) semble douter de la véracité de ce sentiment si naturel. « Avec grande tranquillité et possession de soi-même, en apparence, » dit-il. Et, après avoir cité la déclaration de Calvin, il ajoute : « Mais tel ne devait pas être tout à fait l'état d'âme des condamnés. » — 2. Herminjard, IV, p. 424. — 3. Coraud, fut mis en liberté « incontinent, » dit le Conseil de Genève. II n'en était pas moins resté cinq jours en prison : après quoi on lui avait ordonné « de vuyder laz ville dans troys jour prochaien. » Herminjard, IV, p. 430, n. 8. — 4. 27 avril 1538. Opéra, X'1, p. 187, 188. Herminjard, IV, p. 428. — î>. Herminjard, IV, p. 43°-
l'exil
Il n'y avait plus d'espoir que dans ce Synode de Zurich, dont il avait été si souvent question, et qui, du 28 avril au 4 mai, réunit les représentants de Zurich, de Berne, de Bâle, de Schaffhouse, de Saint-Gall, de Mulhouse et de Bienne1. C'était une de ces assemblées générales, dont Calvin se plaisait à reconnaître l'autorité sur les Eglises particulières. Aussi son attitude, ainsi que celle de Farel, fut des plus déférentes. Ils avouèrent avec modestie qu'ils avaient peut-être été « trop sévères. » Ils étaient prêts à se laisser « instruire 2. »
Le Synode décida d'écrire très amicalement au Conseil de Genève, lui « demandant d'avoir patience avec les prédicants et de les laisser revenir. » Il chargea Berne de poursuivre l'affaire auprès de Genève. Enfin, il délégua quelques-uns de ses membres pour avoir une conférence avec Calvin et Farel, les induire à modérer sur quelques points leur sévérité déplacée et à user » d'une débonnaireté chrétienne envers ce peuple indiscipliné :i. »
Un peu trop de raideur ! Voilà donc ce qu'on leur reprocha et ce qu'ils ne contestèrent pas. « Ils ont trop de zèle, écrivait le même jour Bullinger à Nicolas de Watteville, à Berne, mais ce sont des hommes saints et savants 4. »
A ce moment sans doute, en commission ou en Synode, Calvin et Farel présentèrent le Mémoire qui résumait, en quatorze articles, leurs concessions3 et leurs idées. — Le baptême : Ils se sont déjà déclarés prêts (antehac testati sumus) à admettre les baptistères (art. I). — ■ La Cène : Ils sont prêts à favoriser l'introduction du pain azime ; ils désirent seulement que Berne accepte, en retour, la fraction du pain, pour couper court à toute discussion ultérieure (art. II). — Les fêtes : Ils acceptent les fêtes, à la condition qu'après le sermon chacun soit libre d'aller, s'il le veut, à son travail (art. III).
Mais, conformément à leur conduite précédente, ce qui préoccupe les pasteurs de Genève, plus que ces cérémonies, indifférentes en elles-mêmes, c'est la manière dont elles doivent être introduites, autrement dit, c'est la dignité de l'Eglise et des pasteurs. Voici donc leurs désirs. Les délégués bernois reconnaîtront qu'ils n'ont pas condamné en elles-mêmes les cérémonies usitées jusque-là à Genève ; qu'ils demandent leur changement, non pas parce qu'elles sont contraires à l'Evangile, mais pour fortifier l'accord, l'unité des Eglises, par la
1. Auszug aus den Protocollen des Zûricher Convcnts vom 28 April 1538... Sontags Ouasimodo. Opéra, Xb, p. 192, 193. — 2. Ob si biszhar jener inn gefelt oder zu strenng gefaren werind (als si vilicht wol erkennen môchtent) wôltenn si sich fùrer gern wyszen Iassen. Opéra, Xb, p. 193. — •'!. Sich etlicher ungeschigkter sherpffe zemaassen. Ibid-, p. 193. — i. « Zelum habent nimium, sed viri sancti et docti sunt, quibus permultum censeo donandum esse. » 4 mai 1538. Herminjard, V, p. 9. Opéra, Xb, p. 195. — Les trois premiers tomes d'Herminjard ont paru avant le tome Xb des Opéra, qui ont pu en tenir compte. — Le tome IV d'Herminjard et le tome Xb des Opéra ont paru tous deux en 1872. Les textes communs ont donc été publiés d'une manière indépendante. — Enfin, les tomes ultérieurs d'Herminjard ont revisé les textes des Opéra, qu'ils indiquent toujours, ceux du moins communs aux deux publications. Pour abréger, nous ne nous astreindrons pas à citer toujours Herminjard et les Opéra. — 5. C'étaient à peu près celles qu'ils avaient déjà faites à Lausanne.
CALVIN A GENÈVE. PREMIER SÉJOUR
similitude des rites. Les pasteurs genevois monteront en chaire et prononceront un sermon sur la liberté cérémonielle (de cœremoniarum libertate). Ils exhorteront ensuite les fidèles à accepter la conformité, et l'Eglise, librement consultée, décidera1 (art. IV). — Quant à leurs personnes, si on veut les réintégrer, les pasteurs demandent d'abord à pouvoir se défendre contre les calomnies (art. V). — Enfin quant à l'Eglise de Genève elle-même, le programme des Réformateurs ne change pas : soin donné à l'établissement de la discipline (art. VI) ; division de la ville en paroisses pour rapprocher pasteurs et troupeau (art. VII); augmentation du nombre des pasteurs (art. VIII) ; usage vrai de l'excommunication, tel qu'il avait déjà été réclamé (art. IX) ; consécration régulière des pasteurs, sans que l'imposition des mains soit supprimée par la puissance civile (art. X) ; « usage plus fréquent de la Cène, sinon d'après la coutume de l'ancienne Eglise, au moins une fois par mois » (art. XII) ; chant des Psaumes (art. XIII)2.
Le mémoire acceptait donc les cérémonies bernoises, mais revendiquait une fois de plus les droits et la dignité de l'Eglise de Genève, maintenant en son entier le programme calviniste, lequel du reste n'avait pas été contesté par Berne. A. Roget trouve que « Calvin ne lâchait d'une main que pour serrer plus fortement de l'autre3; » et Kampschulte s'écrie : « Ce que Calvin exigeait après sa défaite, c'était plus qu'aucune autorité ecclésiastique n'avait encore réussi à obtenir dans aucune Eglise de la Suisse 4. »
Ces honorables historiens ne comprennent pas que Calvin combattait non pas pour lui, mais pour des idées grandes et nécessaires. Il pouvait s'humilier de ses fautes, il ne pouvait pas transiger sur ses idées ; et son honneur est précisément de n'avoir jamais douté ni de leur vérité, ni de leur triomphe.
Les propositions de Farel et de Calvin furent du reste approuvées par le Synode de Zurich, à l'unanimité 5, et, partant le 4 mai e, nos deux pasteurs arrivèrent à Berne, le 6, sans doute pleins d'espérance.
Des déceptions les attendaient. Les délégués bernois avaient été chargés de remplir, en rentrant de Zurich, une autre mission, en Argovie. Il fallut les attendre une quinzaine de jours7; jours « pleins d'ennuis, » dit Calvin.
]. Daman liberum ecclesiae judicium permittatur . Art. IV. — 2. L'article XIV et dernier ajoute: «En ce qui concerne les chansons et les rondes (toujours appropriées à leurs mesures), lascives et obscènes, comme les nôtres prétextent l'exemple des Bernois, nous prions les Bernois d'éliminer de leur pays ces saletés, pour que leur exemple ne fournisse pas aux nôtres une occasion de les réclamer de nouveau. Opéra, Xb, p. 190-192, et Herminjard, V, p. 3-6. — .'!. Ro«et, I, p. 101. — i. Kampschulte, I, p. 316. — .*>. « Ouae Tiguri magno omnium consensu nobis concessa fuerant, » ainsi s'exprime Calvin, le 20 mai (Herminjard, V, p. 17], dans une lettre à Bullingcr. Et un peu plus tard (entre le 6 et le 10 juin), toujours au même correspondant, Calvin rappellera le caractère absolu de cette approbation : articuli qui conventui prupositi a nobis fuerant et sic placuerant, ut nihil prorsus denegatum esset. (Ibid., p. 22.) Bullinger avait été témoin oculaire et auriculaire. Comment avoir un doute sur la réalité de cette approbation, ainsi invoquée? — 6. Herminjard, V, p. 16, n. 1. — 7. Ibid., V, p. 16, n. 1, et p. 21, n. 4. Il ne semble pas y avoir eu mauvaise volonté, comme étaient portés à le croire Calvin et Farel, un peu énervés.
l'exil
Enfin ils revinrent, et Kuntz, justifiant toutes les accusations de Calvin, fit échouer l'œuvre de Zurich. Très peu de temps après (fin mai, à Nidau, clans un colloque), il dévoila ses sentiments intimes, en s'écriant : « Le Sénat voulait m'envoyer à Genève, pour ramener ces expulsés (istos expulsos)...; mais je renoncerai à mon ministère, je quitterai ma patrie, plutôt que de les aider, eux qui, je le sais, m'ont si inhumainement traité1. » Voici ce qui se passa.
Calvin et Farel allèrent trouver Kuntz chez lui. Ils furent reçus avec des reproches et des injures. Les deux collègues de Kuntz, présents à l'entretien, furent obligés de le calmer {juverunt nos in eo compescendo) 2.
Le lendemain nos Réformateurs se rendent à l'Hôtel de ville, où siégeait le Consistoire. Ils attendent deux heures. Les pasteurs leur font savoir qu'ils sont trop occupés pour les recevoir. Après le repas, les Réformateurs reviennent, et on procède à un nouvel examen des articles de Zurich. Chaque syllabe est l'objet d'une discussion. A propos du pain de la communion, Kuntz ne peut se contenir. Il se répand en injures. Sans écouter aucune explication, il tempête de plus en plus fort [crudelius semper debacchari). Le Consistoire l'interrompt en passant à l'article suivant. Alors, non content de crier, Kuntz se jette de son fauteuil {ex abaco) en bas ; il se démène si bien (toto corpore sic ebulliebat) que ses collègues ont beaucoup de peine à le retenir, en le saisissant avec leurs mains.
Finalement il déclare qu'il ne se souvient pas que ces articles aient été rédigés par les pasteurs genevois ! Un moment après, ne pouvant plus résister aux preuves matérielles, il refait à sa façon l'histoire de l'ancien Synode de Lausanne (3i mars 1 538). Il inflige un démenti aux faits les plus certains. Son collègue, Erasme Ritter, intervient, et prend parti pour Calvin et Farel. A son tour intervient le président bernois du Synode de Lausanne. Il offre de convaincre Kuntz de mensonge, en pleine assemblée des Deux Cents. Rien n'y fait, et nos Réformateurs quittent la place3.
Quelques jours plus tard (18 mai), les Réformateurs retournent devant le Conseil. On leur demande de ne pas exiger de nouvelles décisions pour introduire la conformité, et de la considérer comme introduite. C'était, en apparence au moins, reconnaître la légitimité des mesures prises par le Conseil de Genève. Farel et Calvin acceptent même ces conditions.
Le 18 et le 19, l'accord étant complet, Berne constitue une ambassade. Farel et Calvin seront accompagnés à Genève par deux conseillers et deux pasteurs (Erasme Ritter et Viret), et on demandera qu'ils puissent, tout de suite, fournir leurs explications. Le 20, Calvin écrit en grande hâte à Bullinger qu'il part4.
Mais à peine l'ambassade fut-elle arrivée à Nyon, qu'un message du Conseil de Genève vint interdire aux prédicateurs « pour évister esclandre ', » l'entrée de la ville. Ils furent obligés de s'arrêter1'.
I. Herminjard, V, p. 27 et n. 26. — y2. Voir lettre de Farel et de Calvin à Bullinger, entre le 6 et le 10 juin 1538. Herminjard, V, p. 22. — :î. Sébastien Meyer avait été du côté des Réformateurs. Dans la rue il leur déclare qu'il abandonne leur parti, parce qu'ils se sont mal exprimés au sujet des pasteurs qui ont chassé Megander. Erasme Ritter soutient seul les pasteurs genevois. — 4. Herminjard, V, p. 17. - "i. 22 mai 1538. Registres du Conseil, vol. 32, f. 60. Annales, p. 229. — 0. D'après un rapport (que
CALVIN A GENÈVE. PREMIER SEJOUR
Que s'était-il passé ?
Kuntz, trahissant le secret des délibérations, avait livré à Pierre Vandel, un des chefs hostiles aux prédicateurs, la copie des articles de Zurich, afin que celui-ci pût les exploiter à sa guise, et prévenir les esprits contre les tentatives de conciliation qui allaient être faites. En effet, Vandel se vanta immédiatement, dans la rue, d'avoir en main « le poison mortel » contre les prédicateurs1.
Les députés bernois arrivèrent à Genève le jeudi 23 mai ; le 26, il y eut Conseil général. Viret parut produire une véritable impression. Mais à peine était-il sorti, qu'on se mit à lire les Articles avec les plus fâcheuses interprétations. C'était là précisément ce qu'on avait voulu éviter, en décidant que les Articles seraient lus en présence des Réformateurs, qui donneraient toutes les explications nécessaires. La trahison de Kuntz et l'intervention de Vandel déjouèrent cette sage précaution2.
Toujours plus bernois que les Bernois eux-mêmes, les Genevois crièrent que les Articles n'étaient pas assez respectueux pour Berne ; que les prédicants appelaient Genève « notre Eglise» ; que l'excommunication, c'était la tyrannie. Et le Conseil général ratifia, presque à l'unanimité, les anciennes décisions, déjà confirmées l'avant-veille par le Conseil des Deux Cents. Seuls. « quelques-uns levèrent la main, signiffians vouloir ouyr les Ministres ; mais la rage fut telle contre eux que les deux premiers furent contraincts de s'enfuyr poursuyvis de ceste voix: Tue! Tue ! 3 » — C'était fini.
Cet épisode, conclut Cornélius, fait naître « une impression défavorable à Calvin *. »
Il faudrait une peine, en somme inutile, pour rectifier toutes les petites
M. Herminjard a évidemment raison d'estimer faux), les Réformateurs apprirent plus tard qu'une embûche leur avait été tendue. Herminjard, V, p. 25, n. 21.
1. Herminjard, V, p. 27. — 3. A. Roget prétend, au contraire, « que les articles en question ont été portés régulièrement à la connaissance du Petit Conseil de Genève » (I, p. 105, n. 1). Mais M. Herminjard montre que la lecture attentive des Instructions du 19 mai n'infirme nullement le dire de Calvin. A. Roget a confondu deux documents distincts. (Herminjard, V, p. 27, n. 24). Voici du reste le passage important de ces Instructions : « En après, mettrés peine et toute diligence que cest affaire soyt vuydé amiablement et pacificement, comme entre frères crestiens il convient, tiellement que les dietz Farellus, Calvinus et Coraux soyent retournés et restitués dedans leur estât et office, auquel par avant ilz ont servi l'église de Genèfe, veu que eulx, et sus tout Farellus, ont enduré grosse tribulation, travaulx et peines ès affaires de la ville et en leur afflictions et misères du temps passé, — affin que la joye des ennemis de l'Evangile, que prendriont quant ilz saurions [seraient] déchassés, leur soyt diminuée. Et, pour oster à Messieurs de Genèfe les raisons pour lesquelles ilz ont baillé congié ès dietz leur prédicans, [vous] leur mettrés devant les articles lcsquelz les dietz prédicans ont proposé à la journée de Zurich, les leur déclairant. Et [vous] leur aussi dirés que les dietz Farellus et Calvinus se soyent résolus, en plain Conseil de Berne, d'accepter et observer les cérémonies de leur Eglise, tenir et garder les mandamens de leur Réformation. » Herminjard, V, p. 15. — .'!. Roset, p. 254. — « Il est permis de conjecturer, dit A. Roget, que le gouvernement bernois ne fut pas très désolé de l'issue d'une démarche à laquelle il ne s'était pas porté très spontanément. Il n'avait pas en effet l'habitude de prendre son parti si philosophiquement, lorsque le peuple genevois opposait un refus net à ses demandes. » Roget, I, p. 106, 107. — 4. Cornélius, p. 190.
l'exil
erreurs de détails, tous les jugements légèrement erronés par lesquels Cornélius, Kampschulte, A. Roget, sont arrivés peu à peu à leurs conclusions. Au fond ils ont méconnu la grande conception ecclésiastique de Calvin. Voilà leur erreur principale. 11 est vrai qu'ils invoquent des témoignages contemporains.
Du Tillet, qu'ils citent avec complaisance, était en effet un ami de Calvin ; mais un ex-ami, qui venait de le quitter pour rentrer en France et dans le sein de l'Eglise catholique, et qui s'efforçait de trouver dans l'insuccès de Calvin une suffisante condamnation de la Réforme. — Or du Tillet lui-même n'a pas un mot de blâme pour Calvin. Il met en doute « sa vocation, » mais il déclare les événements de Genève « advenus par mauvaise affection de personnes qui tendent plus aux fins de ce monde qu'ilz n'ont considération de Dieu i. »
Et le témoignage de Capiton ? Cornélius le montre, dans sa lettre du 2 août, au lieu de se joindre aux plaintes de Farel, se proposant plutôt lui-même comme exemple : « Quand, clans ma charge, un trouble se produit, je sais que j'ai toujours une partie de la faute ; et j'y remédie en me préparant avec soin, par la prière, à mes actes ecclésiastiques2. » Voilà, dit-on, une « amicale correction. » Est-ce bien sûr ? En tout cas Cornélius oublie de citer, dans la lettre écrite quelques jours auparavant (fin juillet), précisément le passage où ce même Capiton, s'adressant à ce même Farel, juge les affaires de Genève. Or ici pas un blâme contre les Réformateurs, mais des plaintes contre ces nouveaux protestants qui ont renversé la papauté, pour secouer tous les jougs, et qui s'écrient : « J'ai assez de l'évangile ; je sais le lire. » Capiton déclare qu'au fond il s'agissait de la discipline. « Nous étonnerions-nous qu'à vous deux seuls, vous n'ayez pu réformer une si grande cité ? » Et enfin : « Votre exil n'est point ignominieux. Car même ceux qui passent pour vos ennemis ne disent rien de plus contre vous, sinon que vous avez eu trop de zèle (jelum ferventiorem) ;j. » — Pourquoi substituer de douteuses allusions à des déclarations précises ?
Et Bucer enfin ? Ecrivant à Calvin (vers le Ier août) pour le décider à venir à Strasbourg, il lui dit : « A supposer que la situation de Genève ait été ruinée par ta seule et très grande faute (tua unius gravissima culpa), ce ne serait pas une pieuse pénitence que de répudier, dans cette disette de bons pasteurs, le ministère qui t'est offert ; les dons avec lesquels Dieu t'a orné sont non pour toi, mais pour les Eglises. » Et l'on conclut : vous le voyez bien, Bucer ne supposerait pas que Calvin a commis une très grande faute, qu'il a ruiné, à lui tout seul, l'Eglise de Genève, s'il était persuadé du contraire ! Evidemment il n'y a rien de tout cela dans la pensée de Bucer, qui blâme si fort le crime (atrocia) commis par les Genevois, et la perversité avec laquelle on a séparé les pasteurs de leurs troupeaux4. Il a seulement voulu user d'une forme oratoire commune. Mettant les choses au pire, supposant même l'impossible, il déclare à Calvin, que, même dans ce cas, il serait inexcusable de ne pas venir à Strasbourg. Avec le raison-
i. Herminjard, V, p. 103. — 2. Cornélius, p. 191. Herminjard, V, p. 67. — .3. Ibid., p. 59-61. — i. Ibid., P- 65, 63.
CALVIN A GENÈVE. PREMIER SEJOUR
nement des critiques de Calvin, on pourrait aussi bien soutenir que Bucer ayant vu Calvin ruiner l'Eglise de Genève, et l'appelant immédiatement à Strasbourg, désirait la ruine de F Eglise de Strasbourg.
Ainsi il ne reste contre Calvin que ce que Calvin lui-même a tout de suite confessé à Zurich et à ses amis : un excès de zèle. « Devant Dieu et son peuple, écrit-il à Farel, nous avouons que, en partie, c'est à cause de notre maladresse, de notre imprudence, de notre négligence, de notre erreur, que l'Eglise confiée à nos soins a été si misérablement ruinée. Cependant, il est de notre devoir de soutenir notre innocence et notre pureté d'intention, contre ceux qui attribuent cette ruine à la fraude, à la malignité, à l'improbité, à la perversité. Volontiers j'avouerais donc devant Dieu et devant ses fidèles (pios omnes) que notre ignorance et notre maladresse ont été dignes d'être châtiées par un tel exemple : mais je n'accorderai jamais que, par notre faute, cette pauvre Eglise a été renversée. En présence de Dieu, notre conscience nous rend un témoignage différent. Aucun homme ne saurait faire retomber sur nous même une petite partie de la faute1. » Donc, des erreurs de conduite, soit; mais une parfaite pureté d'intention, tendant au but vrai, l'indépendance et la sainteté de l'Eglise.
Traversant Lausanne, Calvin et Farel rentrèrent à Berne (ier juin). Ils en repartirent le 3 pour Baie, où ils arrivèrent, le 5 ou le 62, trempés par la pluie (bene madidi), extrêmement fatigués (lassiîudine prorsus confecti) : l'un d'eux avait failli être emporté en traversant une rivière démesurément grossie 3.
1. « Neque enim quisquam hominum est, qui nobis ullam culpae portiunculam transcribere queat. » Opéra, Xb, p. 246, 247. Herminjard, V, p. m, vers le 11 septembre 1538. — 2. Dates indiquées par Herminjard, V, p. 19, n. 1. — 3. Ibid., V, p. 19. Opéra, Xb, p. 201-202.
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