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aller avec eux à travers les faubourgs, et envoyèrent leurs archers pour se livrer à la démolition ordonnée (2 oct.).
Evidemment ce furent des temps terribles pour beaucoup de familles. Au commencement de l'hiver, où se loger ? où mettre ses meubles ? comment se garantir des voleurs?
Des malheureux, ruinés, vinrent demander au Conseil un abri. On logea l'un dans une maison appartenant à la ville, rue des Chaudronniers1; on fit la même grâce à divers autres 2.
Le 18 novembre, Claude Savoye est élu « pour faire abattre les murailles et les maisons nuisibles à la ville3. » Il fallut encore un an et demi d'efforts. Le 10 mai 1 5 3 5 « parce que les murailles des maisons qu'on avait abattues étaient encore en partie debout 4, on résolut qu'on ne cesserait point qu'elles ne fussent toutes égalées à la terre5. » Il y a toujours des récalcitrants. Le 18 mai, on donne au sautier « un rôle de ceux à qui on fera commandement d'abattre leurs maisons6. » Le 4 juin, on ordonne « de faire couper les arbres qui sont dans les jardins près des murailles, depuis le boulevard de Saint-Christofle jusqu'à l'eau verte » (près des Eaux-Vives) 7. Le 11 septembre, ceux qui font la garde dans la tour du côté de Palais s'étant plaints que les tillauts [tilleuls] qui sont au couvent de Palais empêchent qu'ils ne puissent découvrir ces endroits-là, qui en sont entièrements couverts, on ordonne que les deux « tillauts », qui sont en la première place du dit couvent, seront coupés8. Le 29 octobre, il est ordonné « qu'on exécutera ce qui a été souvent arrêté, qu'on abattra les granges et maisons qui sont autour des murailles de la ville du côté de Saint-Victor et du Temple, et tout ce qui empêche9. » Le 9 novembre, les conseillers Ramel et Curtet10, qui ont deux belles maisons en ce lieu-là, intercèdent : on en appelle aux Deux-Cents, qui ordonnent (12 novembre) d'abattre toutes les maisons dans lesquelles l'ennemi se pourrait retirer li.
Enfin, les dernières mesures furent prises le 28 février et le 21 mars 1 536. 28 février : « On parla des faubourgs qui sont presque ruinés, même Saint- Léger et Saint-Victor, n'y ayant plus que quelques obstinés qui ne veulent faire abattre ce qu'ils ont. Sur quoi on résolut que pour ce qui est des faubourgs, où on a commencé de mettre bas les granges et maisons, tout le reste doive être rasé, à la réserve d'une maison qu'on laissera vers le pont d'Arve pour l'habi-
i. 19 septembre. — Flournois, Extraits (Froment). — 2. Galiffe, p. 109, dit: « Quelques protégés seuls. ■> Naturellement son accusation est sans preuve. — 3. Flournois, Extraits (Froment). — 4. Déjà le 23 mars, « on avait fait commandement à ceux à qui elles appartenaient de les abattre entièrement, à peine de soixante sols, et de la perte des pierres et de la place. » Flournois, Extraits (Grenus). — o. Flournois, Extraits (Froment). — 6. Ibid. — Le même jour : « Les arbres autour des murailles de la ville, empêchant qu'on ne voye si les ennemis approchent, on résout de les couper, et on donne charge au sautier de faire commandement de les ôter dans trois jours, à peine de perdre le bois qui sera appliqué aux ouvriers qu'on emploiera. » Flournois, Extraits (Grenus). — 7. Flournois, Extraits (Froment). — 8. Ibid. - 9. Ibid. — 10. Ceci montre que Galiffe, p. 109, est hors de la vérité, quand il dit: « Non seulement ces magistrats ne possédaient rien eux-mêmes dans ces faubourgs condamnés, etc. » — il. Flournois, Extraits (Froment).
LA VILLE
tation de celui qui exigera le péage et pontonnage, laquelle appartiendra au public, et qu'on ferait des cries que, si les dites maisons n'étaient démolies dans trois jours, il sera permis à chacun de les démolir, et de prendre tout ce qui y sera pour sa peine1. » 21 mars : Plusieurs n'ont point encore obéi. « Ordonné qu'on exécutera les cries contre eux2. » Cette fois-ci, c'était la fin.
Mais c'était le cas d'appliquer la parole : i Bien taillé, mon fils : il faut coudre. » La place était nette 3, bien plus, on avait des matériaux : l'œuvre des nouvelles fortifications pouvait recommencer. Elle fut naturellement plus longue que celle de la démolition. Elle ne devait jamais être complètement terminée.
Bonivard le dit en ses distiques latins, dont A. Poupin n'a rendu ni l'élégance, ni la concision : « J'ai détruit ce qui était beau pour garder ce qui était honnête : J'étais belle, je suis devenue forte :
Diripui pulchrum certè ut tutarer honestum, E pulchrâ et fortis facta Geneva vocor. »
Et dans ses Chroniques : « Pour ce qu'il falloit fortifier la ville, et n'eust on pas trouvé des pierres à souffisance, sans les prendre en iceulx faulxbourgs 4, en sorte que, pour ce faire, Ton chercha des pierres jusques aux fondemens des maisons, et cherche-t-on encore de présent [en i55o]; devant vingt ans, ne se trouvera seulement mémoire des anciens édifices, mais de la ruine d'iceulx, comme dit l'aultre, periere ruinœ*. »
La troisième enceinte comprit le faubourg de Saint-Gervais : et même, en un sens, on peut dire qu'elle commença par lui. Nous suivons notre guide éminent, le général Dufour, qui résume, depuis les origines, toute l'histoire des fortifications du faubourg, histoire absolument distincte de celle des fortifications de
Genève :
« Les fortifications de Saint-Gervais s'élevèrent tout d'abord sur le terrain où elles se trouvent aujourd'hui, en sorte que la ville ne reçut par la suite aucun
1. Flournois, Extraits (Froment). — 2. lbid. — .'i. « Des aultres faulxbourgs, il y avoit plusieurs temples, églises, monastères, chapelles, et aussi beaulx et mignons édiffices, vergers, et jardins délectables..., et au lieu des dictes maisons, temples et aultres, on a faict des jardins, et n'y a apparence aulcune de murailles ou cloustures, qui est une mutation merveilleuse. » Bonivard, liv. I, ch. II, édit. Fick, F P- 33. 34- — 4- « Avec les matériaux du faubourg de la Corraterie fut construit, en 1542, le boulevard de l'Oie et ses deux courtines (Place Neuve, Corraterie et rue sous la Treille) ; avec ceux du faubourg Saint-Léger, on construisit, en 1544, le boulevard du même nom et celui du Calabri ou Mirond. Enfin, avec les démolitions de Saint-Victor fut élevé, en 1560, le boulevard Mottet, actuellement promenade de Saint-Antoine.... Du côté de Saint-Gervais, on achevait, en 1534, les boulevards du Temple et du Seujet, et l'on commençait celui de la Monnaie ou de Cornavin avec ses courtines. Ces travaux-là ont été exécutés avec les matériaux de l'église de Notre-Dame de Grâce à Plainpalais. » Magnin, Notice, p. 10. — 5. Chroniques, I, H (Variantes), édit. Fick, I, p. 38.
LES FORTIFICATIONS
Plan des anciennes murailles de la ville de Genève (de l'an 500 à l'an 1564), dressé par le général
Dufour en 1837 (collection Bastard).
x. Porte de la Corraterie. y. Porte Saint-Léger, z. Porte Saint-Antoine. D. Porte de l'Oie. A à B ligne pointillée dans laquelle on ne trouve pas de vestiges de muraille, a. Boulevard de Saint-Antoine, a' . Boulevard de Longemale. b. Boulevard et porte de Saint-Christophe, c. Couvent des Cordeliers de Rive (fondé en 1290). d. Eglise de la Magdeleine. e. Eglise de Saint-Germain. / Eglise de Saint-Pierre, g. Eglise de Saint-Gervais. h. Prieuré de Saint-Victor (démoli en 1535). k. Eglise de Saint-Léger (démolie en 1535). enceinte burgonde. - enceinte épiscopale. enceinte des Réformateurs.
accroissement de ce côté. Mais ces fortifications se réduisirent d'abord à très peu de chose. »
L'évêque François de Mies ordonna qu'on environnât le Bourg de fossés, qu'on y fît quelques autres fortifications de terre, avec deux portes munies de tours1. Pour fournir à cette dépense, on devait employer, en particulier, le revenu du vin venant dans Genève par Saint-Gervais. Mais, d'un côté, ceux de Genève refusaient de payer l'impôt, et, de l'autre côté, ceux de Saint-Gervais s'emparaient des fossés à peine creusés 2. Dans l'une de leurs visites du premier jeudi de chaque mois, dans lesquelles les syndics avaient pour mission de
1. « Certa fossalia terre ad hoc necessaria et utilia, simul cum duabus portis magnis et validis in exitibus dicti Burgi una cum turribus. » Voir la bulle de Félix V. Archives, P. H., N° 555. — 2. On n'a pas la date du premier ordre donné par l'évêque de Mies, qui fut nommé évêque de Genève en 1426, et prit possession de son siège en 1428. M. D. G., VII, p. 56.
LA VILLE
« prendre garde si personne n'empiétait sur le public, de faire abattre les murailles et bâtiments qui étaient sur les rues et les places, » ils observèrent, le 25 janvier 1429, que « derrière l'hôpital, qui était vers le pont du Rhône, on pouvait entrer et sortir facilement de la ville, qu'il y avait près de là des maisons sur les murailles de la ville, où il y avait des fenêtres non grillées, et que les fossés {terralia, terreaux) de Saint-Gervais étaient aussi presque tous occupés par ceux qui avaient des maisons auprès »
L'évêque de Mies intervint par un nouvel ordre du 17 juin 1441, lequel ne fut pas plus écouté que le précédent. Le pape Félix V, devenu évêque de Genève, après la mort de François de Mies, visa et renouvela toutes les décisions de son prédécesseur par sa bulle du 7 avril 14442. Et finalement ceux de Saint- Gervais et ceux de Genève se mirent d'accord, grâce à leur transaction du 20 janvier 1445, « pour faire, de là en un an, des fossés larges de sept toises, et profonds, aux lieux nécessaires, de deux 3. » Comme le dit le général Dufour, c'était peu de chose, même comme projet.
Et le projet ne fut pas vite réalisé. Il semble même qu'on ne se soit mis à l'œuvre que le 17 janvier 1475, quand on partagea en huit parties 4 l'ouvrage à faire, et que l'on appela les citoyens à y travailler « incessamment ». En effet, le 24 février, il s'agit de démolir une maison et des granges derrière l'église 5. Puis ceux de Saint-Gervais demandent l'argent de la réception de six bourgeois, qu'ils s'engagent à trouver dans le Bourg, pour se fortifier à l'aide de chaînes et clédals (tornafollia)6. Mais c'est seulement en 1490 qu'il est question de murailles... à bâtir : « On ordonne qu'on nettoiera les fossés, et que, pour le clore de murailles, on emploiera l'argent des bourgeois qu'on recevra dans le dit Bourg, depuis la porte du Pont du Rhône 7. »
Il faut arriver en i5ii. « Le duc de Savoye moderne (Charles III) ababouyna ceulx de Genève à fortiffier le dict faulxbourg et le clore8. » Le 29 janvier, il est question de la visite faite, la veille, au bourg, pour voir « les terreaux, soit fossés, terralia sive fossalia; » donc toujours pas de murailles. — Le seigneur de Viry a conseillé de faire « des fossés et cinq boulevards (belluaria) dans les lieux qu'on marquerait, tant pour la beauté que pour la fortification et défense de la ville9. » On accepta le projet, mais que fit-on? Le procès-verbal du i5 février 1 5 1 6 est significatif : « Fortification de Saint-Gervais : qu'on ne la poursuive point pour maintenant, parce que, la cause cessant, l'effet doit cesser 10. » Des années plus
1. Flournois, Extraits (Grenus). — 2. Citée plus haut. Voir Gautier, I, p. 340, 341, et n. 1. — 3. Transaction, Archives, P. H., N° 565. — 4. « Desquelles ceux de Saint-Gervais en feront une, ceux de Jussy une, ceux de Peney une, ceux de Thy une, ceux du chapitre une, les autres ecclésiastiques une, et la communauté deux, lesquelles deux parties on partagera entre toutes les dizaines, et dans toutes on travaillera incessamment. >- Flournois, Extraits (Grenus). — S. Ibid. — 6. Ibid.,'] mai 1475. — Ibid. — Bonivard parlant de la fuite de l'évêque Compey, le 21 septembre 1483: Il s'en alla « trouver ung nommé Claude Ramel, qui gardoit les clefz du pont du Rosne : si le contraignit ouvrir la porte à la mynuict, et à l'heure l'évêque s'en despartit de Genève.... Et s'en pouvoit bien sortir alors, car à Saint-Gervais n'avoit poinct de muraille. » Chroniques, liv. II, ch. x, édit. Fick, I, p. 267. — M. D. G., V, p. 218, 228. — 8. Chroniques, liv. I, ch. Il, édit. Fick, p. 32. — 9. Flournois, Extraits. — 10. Flournois, Extraits (Grenus).
LES FORTIFICATIONS
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tard, Bonivard ajoute : « Cela fut commencé et non poinct achevé. Et depuis, de nostre temps, après que eusmes pleine liberté (mais belliqueuse toutesfois), la crainte que nous avons de noz ennemis le nous fist fortifier premièrement à la haste, a beaulx gadons [tombereaux] de terre. Mais voians que les pluyes gastoient tout, fusmes contraintz à la fin de le faire de muraille, comme il est maintenant1. »
Le général Dufour poursuit en ces termes : « On exécuta les travaux [projetés en i5ii] par corvées, et sous la conduite de plusieurs citoyens, au nombre desquels était Berthelier 2. On pourvut aux dépenses par des impôts extraordinaires et par un emprunt forcé sur les riches 3. Cependant, on n'exécuta qu'une partie du projet, car il n'y a que le bastion et l'éperon de Saint-Jean qui soient de la date de i5i i. On les appelait Boulevard Saint-Jean et Boulevard des Moulins. Le reste, qui n'était qu'ébauché, dérocha bientôt. » (Page 114 et n. 1.)
Le 19 août 1527, une décision du Conseil nous fait assister au travail agité, ardent des fortifications : « Ordonné d'achever les fortifications, et l'élévation des remparts (rampallium) de la ville, de publier que pendant quatre jours on n'ouvre point les boutiques, que tous les charpentiers, laboureurs et manœuvriers (magnogeparii) ayent à travailler aux dits fossés, et que chaque maison envoyé un homme pour y travailler. L'abbé [capitaine] Bezanson propose que, pour la sûreté de la ville, il fallait abattre l'écorcherie près de Saint-Germain, et tous les jardins, devant le couvent de Palais. En ce mois d'août on travailla aux fortifications avec tant de diligence, principalement à celles de Saint-Gervais, à cause de la crainte qu'on avait du Duc et des fugitifs, qu'elles furent presque achevées, tous ceux de la ville y allant travailler avec un très grand courage. Quatre dizaines par jour y vont travailler. Divers particuliers prêtent de l'argent pour payer les charpentiers et les maçons \ »
Ces travaux, toujours continués ou repris, semblent ne jamais se terminer.
En i52g (i3 juillet) on ordonne la démolition « des maisons et granges voisines de la porte de la Monnaie5. » En i53o (8 mars), « pour faire la muraille de Saint-Gervais, ordonné de prendre les pierres des maisons qui sont hors de la porte en les payant à qui elles appartiennent, et de prier Mr le vicaire de permettre que l'on en prenne au château de l'île 6. » En i53o (g septembre): & Murailles de Saint-Gervais : on y travaille vivement. »
Et cependant, d'après Massé, ce serait seulement en 1 534, (( à ce qu'il paraît, qu'on aurait élevé les deux boulevarts qu'on appela, celui plus près du Rhône, le
1. Chroniques, liv. I, ch. n, p. 32. — 2. « Si on commença a faire beaulx fossés et bellouartz de terre et conduisoient l'affaire Berthelier pour le principal, P. Versonay, etc. » Bonivard, C/ironiques, liv. II, ch. xxvi, éd. Fick, I, p. 335. — 3. « Et ne fut assez de la gabelle du vin, mais furent encores faictz rosles des plus riches pour prendre de eulx argent à emprunt.... » Ibid., p. 336. — 4. Flournois, Extraits. « En cest an, 1527, furent fortifiiez les terreaux de S. Gervaix, aux despens en partie de la ville, et en parties d'aulcuns particuliers, affrontant leur poussession aux d. terreaux. Aussi fust faict le bellouart et pont levys de la porte S. Anthoyne. » Journal du syndic Balard. M. D. G., X, p. 116, 117. — S. Flournois, Extraits. — 6. Ibid.
LA VILLE
Dufour
boulevard des Moulins, et l'autre, plus élevé, le boulevart du Temple, avec une courtine entre deux; de petites tourelles étaient construites aux angles. On construisit aussi une courtine allant du boulevart du Temple au soi-
Bastions des Moulins (B) disant bellouart, ou cavalier, de et de Saint-Jean (A). — Cornavin, qui n'était encore (Dessin inédit du général qu'une masse informe de terre. . .
Plus tard... encore... on construisit... trois tours qui subsistèrent longtemps, savoir : une au-dessus de la porte de Cornavin, une autre assez proche du lac, qu'on appela Tour du Cen-
g -w^L * " — drier ou de Villeneuve, et une
troisième placée entre les deux premières, qu'on appela le Renardier2. »
En 1 536, on travailla de nouveau à fortifier le quartier de Saint-Gervais du côté du lac, et l'on continua ce travail les années suivantes. Mais nous voici à l'enceinte des Réformateurs.
« C'était en 1 535, année où la Réformation fut proclamée à Genève. » Dès le 12 janvier, les procès-verbaux parlent des grandes menaces contre la ville qui continuent. Le Conseil décide de tendre toutes les chaînes, et recommande de faire ce bon guet et bon surguet, toutes les nuits4. » Naturellement, on se remit à l'œuvre des fortifications.
I. En 1645, le bastion du Temple fut formé par la réunion et l'agrandissement du boulevard des Moulins (B) et du boulevard de Saint-Jean (A). Ces deux boulevards du 16e siècle sont indiqués sur le dessin du général Dufour par la ligne pointillée. Une partie du boulevard des Moulins, celle de gauche, et une partie du boulevard de Saint-Jean, celle de droite, cd, furent conservées dans le nouveau boulevard de 1645; à propos de l'ancienne poterne, et de son couloir en équerre, et, le général Dufour dit: « Cette poterne dont l'entrée est (en 1840) à côté de la fontaine en face de la rue du Temple, était autrefois la porte de Saint-Jean.... La courtine doit remonter environ à 1520. » — 2. Massé, p. 24. — « Les terreaux sont moins des rues de Saint-Gervais que des promenades établies sur les deux principales courtines de son enceinte. Elles ont retenu ce nom du tems où ce fauxbourg, non encore réuni à la ville, n'étoit fermé que de fossés et de levées de terre.... Il y a les terreaux du Temple et les terreaux de Cornevin. » H. Mallet, p. 126. Les terreaux du Temple existent encore. (Page 115.) — 3. Ce bastion (plus tard appelé bastion Royal) a conservé jusqu'à la fin le même saillant m et les mêmes faces. Tout le reste est indiqué par les lignes pointillées. Au point a était le boulevard du Renardier. — Au point c, à l'extrémité de la rue de Cornavin était une route sous laquelle il fallait passer pour arriver au pont. — 4. Flournois, Extraits (Froment).
Bastion de Cornavin (dessin inédit du général Dufour3.)
LES FORTIFICATIONS
« On commença par construire un nouveau boulevard du côté du lac1, ou plutôt une espèce de jetée attenante à la tour qui se trouve à cette place, pour protéger rembarquement et le débarquement. On y fit une porte, qui s'appela Porte d'Yvoire. Peut-être existait-elle antérieurement, conjointement avec celle du Molard. On l'appelait aussi Porte du Lac.
Le nouveau boulevard construit dans l'eau 2, et dont la place est actuellement marquée par le flanc droit du bastion des boucheries, reçut le nom de Boulevard de Longemale. Il était accompagné d'un retour, formant la tenaille avec la face droite. C'est probablement sur cette terrasse que débouchait la porte d'Yvoire. Elle reçut une partie des fondations du magasin à blé actuel 3. »
Ce fut seulement le 22 janvier 1 585 , qu'après avoir décidé de refaire la palissade, hors la Tour Maîtresse, avec des pieux en chêne, on parla aussi de faire une nouvelle île au lac pour la forteresse de la ville du côté de Saint-Gervais. En février, la construction de Vis le aux barques commença 4. Plusieurs marchands des Rues Basses firent une vive opposition : ils craignaient que l'eau ne vînt incommoder leur quartier. Il fut passé outre à ces protestations et la future île Rousseau commença à surgir au-dessus du lac 5.
Puis, en 1540, on mit à exécution le projet d'agrandissement des fortifications de la ville, du côté du couchant, et l'on y procéda partie par partie, comme suit :
« De l'année 1540 à l'année 1542, on fit la partie attenante au Rhône, c'està-dire une grosse tour ronde, à droite [sur l'emplacement du Crédit Lyonnais actuel], qui reçut le nom de Tour de la Monnaie, et une longue courtine, à
1. 28 mai 1535. « Fr. Rosset, capitaine de la porte de Rive, et autres disent qu'ils veulent commencer leur boulevard dans trois jours, et demandent à ce sujet qu'on leur donne l'argent de six bourgeois [ce que payaient six personnes pour acheter le droit de bourgeoisie] et les charivaris de leur quartier. » Flournois, Extraits (Grenus). — Au sujet de ces charivaris, nous lisons : Flournois, Extraits, Ier février 1532 : « Charivari. Ordonné en Conseil des 200 qu'on observe l'arrêt fait ci-devant, que l'argent donné par les veufs et les veuves {compositiones viduorum et viduarum) soit baillé aux capitaines des quartiers, où ils demeureront, pour être appliqué à la réparation des murailles de la ville [c'est-à-dire l'argent que donnaient les veufs et les veuves, qui se remariaient, pour être exemptés du charivari]. — 2. 23 février 1532 : « Chaînes de fer qui sont au puits de Notre-Dame de Grâce, et ailleurs, prises pour les mettre auxpaux [pali, pieux] qui sont près le boulevard de Longemale, pour fortifier la ville. » Flournois, Extraits. — 3. Mémoire du général Dufour. — 4. « Après qu'on eut visité les marques apposées pour la confection de la nouvelle isle qu'on prétend dresser, et les ayant trouvées assez bien.... » 15 février 1585. Registres du Conseil, Vol. 80, f. 19. — 5. Massé, p. 33.
Les terreaux du Temple, (p. 114 et?n. 2.)
LA VILLE
gauche, le long de la rue de la Corraterie [allant de la tour de la Monnaie à la place Neuve]. Cette courtine, sur laquelle ont été construites les façades de la rue de la Corraterie1, n'était d'abord qu'une simple muraille garnie, dans le haut, de quatre petites guérites (Page 117) saillantes sur le parement de l'escarpe. Près de la tour de la Monnaie et en face de l'arcade du même nom, dans la vieille enceinte, on fit une porte qui reçut le nom de porte de la Corraterie, laquelle a subsisté jusqu'en 1564, et dont on a trouvé quelques vestiges lorsqu'on a construit les nouvelles maisons sur cet emplacement2. »
Il faut bien se rendre compte que l'ancienne Corraterie, la Corraterie jusqu'au XVIe siècle, ou, comme l'appelle encore dans son Journal le syndic Balard, le bourg de la Corraterie, différait essentiellement de la Corraterie depuis le XVIe siècle, de la Corraterie actuelle. Autrefois, sa rue principale partait de la porte de la Corraterie et se dirigeait, en prolongation des Rues Basses, jusqu'au couvent des frères prêcheurs : Carreria Corraterie extra portant qua itur versus Conventum fratrum predicatorum. Une autre rue, longeant la tour, allait au Rhône et s'appelait rue des Eluves (ultra portant de Corrateria e contra turrim dicte civitatis). Enfin, deux autres rues du même faubourg portaient le nom, l'une de rue des Granges de Palais, l'autre de rue des Affaitemenis3. Ainsi cette Corraterie primitive était à peu près parallèle au cours du Rhône, tandis que la Corraterie actuelle lui est perpendiculaire.
Quant au nom même de Corraterie, il fournit un bel exemple des discussions étymologiques qu'ont provoquées la plupart des anciennes désignations genevoises Il semble cependant que M. Borel a cité le texte précis et définitif. D'après un compte du 5 mars 1454, Henri de l'Orme, paveur, reçut trois florins comme solde de ce qui lui était dû pour le pavage versus Corrateriant equorum, prope litus Rodani, la Corraterie des chevaux, près du lit du Rhône. Et voici
1. En 1828, d'après Magnin. Notice, p. 5. — 2. Mémoire du général Dufour. — 24 septembre 1540. « Pour le bien, prouffyt, utilité et forteresse [de Genève] az esté résoluz que laz Corratterie soyt mys bas, nul ly contredisant. » Registres du Conseil, vol. 34, f. 455. — Le 27 juillet 1543, on fait le compte des deux maçons qui viennent de « parachever » les murailles de la ville, l'un « dempuys le Rosne, du costé de la Corraterie, jusques aut grand belluard de plainpallex, » et l'autre « dempuys ledict belluard jusques aut petit belluard devers la porte S1 Léger. » Ce sont la courtine de la Corraterie et celle sous la Treille. Registres du Conseil, vol. 37, f. 165. — 3. M. D. G., VIII, p. 300, 301. — 4. Bonivard (Chroniques, I, 11. Variantes) fait venir Corraterie : carriera corrateria? eqnorum, de corroyer : l'endroit où l'on « courratoit » les cuirs. — Chaponnière, et beaucoup d'autres avec lui, acceptent cette étymologie. (M. D. G., III, p. 200 et VIII, p. 300.) — Vuy (Deux notes, etc.) fait venir corraterie de corrata (corvée). Corratier, courratier, est un mot patois qui signifie à peu près manant, coureur, vagabond. Ceux qui habitaient les quartiers situés hors de l'enceinte de la ville, les faubourgs, les bourgs extérieurs, avaient des droits moins étendus que les citoyens, étaient soumis à des prestations, à des corvées spéciales, corratœ. Les habitants de ces quartiers étaient donc des corraterii. — D'après le professeur Haller, de Berne , les anciennes villes suisses avaient une rue, un quartier particulier, collafa, une corraterie. Ce quartier était habité par une population qui n'avait pas encore entièrement secoué le joug féodal : ainsi, à Aarau, à Bâle, à Zurich, à Soleure, à Saint-Gall, à Coire, à Ratisbonne, à Nîmes, etc. Probablement, Genève ne fit pas exception à cette règle très générale. — Les Galiffe (Matériaux , I, p. 190, et Genève archéologique, p. 147 et n. 1) déclarent que courrater signifie, non pas tanner, mais courir, un « courratier » étant une sorte de vagabond.... La corraterie est l'emplacement où l'on fait courir les chevaux,
LES FORTIFICATIONS
l'explication qui suit : ubi soient adaquari equi, où Ton a coutume de faire boire les chevaux. M. Borel conclut : « En conséquence, le bas de la Corraterie actuelle, et c'est de là que lui vient son nom, était remplacement réservé pour la vente des bêtes de somme '. »
C'est ici, tout spécialement qu'on observe la façon dont chaque enceinte postérieure, au lieu de se substituer à l'enceinte précédente, l'enveloppait comme un manteau plus ample que l'on met par dessus un habit plus juste. De là entre la courtine du XVIe siècle et la muraille du XIVe, un emplacement étroit, resté vide, qui favorisa précisément l'entreprise des Savoyards en 1602 (ils s'y cachèrent et se rassemblèrent peu à peu en attendant le moment de l'attaque) et sur lequel S. Goulard donne des détails pittoresques.
« La muraille tendant » de la tour de la Corraterie au boulevard de l'Oye « est raisonnablement haute et hors d'escalade commune, ayant un fossé bourbeux à cause de quelques eaux et immondices de la ville qui s'y deschargent. » — Il est plusieurs fois question de ces fossés qu'il fallait vider et nettoyer et dont les eaux stagnantes répandaient l'infection2, en même temps qu'elles faisaient la joie des canards, qui s'y ébattaient quelquefois, « pourchassés par des loutres 3. » Les cris et le bruit de ces volatiles étaient tellement habituels que les citoyens ne firent pas attention aux « coups de pierre au pied de la muraille » frappés par les Savoyards, pour voir si les Genevois étaient sur leur garde. C'étaient les canards, pensa-t-on.
« En icelle muraille, poursuit S. Goulard, sont basties deux bonnes guarites de pierre à 140 pas l'une de l'autre.... Entre ceste muraille et plusieurs maisons de citoyens et bourgeoys qui font un costé de la rue de la Cité, depuis la place de la Monnoye jusques à la Tartasse, y a une estendue assez large, et depuis la garite proche du boulevard de l'Oye jusqu'au corps de garde de la Monnoye une levée de terre qui fait dos à icelle muraille, tellement que du dessus d'icelle un homme de haute taille peut voir sur la contrescarpe du fossé, monter aysément de ses mains sur la muraille. Plusieurs maisons de ceste rue de la Cité qui regardent sur le derrière et la muraille et le pays que le Rhosne et l'Arve embellissent, avoyent aussi leurs issues pour aller par derrière vers la porte neuve, fermées de simples portes pour la pluspart, et assez aisées à enfoncer4. »
En face de la nouvelle courtine dans laquelle il nous faut noter une poterne,
1. Les Foires, p. 263 et n. 2. — 2. Registres du Conseil, vol. 59, f. Sy : ier août 1564 : « A cause des grandes chaleurs, arresté de supercedé les dizaines de la besogne des fossés, pour quinze jours, attendant que l'air se refroidisse un peu. » Et Ibid., f. 84, le 3 août: « A esté arresté de fermer la porte de Rive pour huit ou quinze jours et ouvrir celle de S' Antoine, et cependant qu'on fasse nettoier le fossé de Rive qui rend si grande infection, » — 3. S. Goulard, Escalade, p. 16, 22. — 4. Ibid., p. 17.
La guérite et la courtine du boulevard de l'Oie. (Scène de l'Escalade), (p. 116.) Médaillon entourant « la vraye représentation de l'Escalade, etc. »
par François Diodati, vers 1670 (autre gravure que celle reproduite en partie p. 1 19).
LA VILLE
la « porte des pestes1, » et de l'autre côté de la Corraterie, émergeaient du milieu des murailles et des maisons du XIVe et du XVe siècle deux tours carrées. La première, après la porte, était la tour de l'Escalade, si malheureusement démolie (1903), et qui restait seul témoin oculaire des glorieuses scènes de 1602. C'est à côté, au N° 11, que se trouvaient la maison et l'allée de Mme Julien Piaget. Dès la fin du XVIe siècle, cette tour était appelée tour Thellusson, du nom de son propriétaire". — La seconde tour avait appartenu aux altariens de Saint-Germain, de qui la ville l'avait achetée en i53o pour en faire une prison. De là le nom qu'on lui donna plus tard : le petit évêché3. (La grande prison était à l'évêché même.)
La courtine se terminait au boulevard de l'Oie, « construit dans les années 1542 4 et \5^3. C'était un petit bastion à orillons arrondis, dont le saillant se trouvait exactement sous la voûte de la Porte-Neuve actuelle (1840) 5. » {Page 119.)
« Les années et 1 344 ont vu s'élever la courtine sous la Treille6, le boulevard de Saint-Léger, en tout semblable à celui de l'Oie, et le petit ouvrage intermédiaire qui fut d'abord appelé le Mirond, et plus tard le Calabri1. On voit par l'estampe de Vischer, déposée à la biblio-
Tour de l'Escalade.
1. « Il n'est jamais question, au XVIIe siècle, de la porte des pestés; c'était une poterne, située au bas de la Corraterie, qui servait uniquement à la sortie des infects et de leurs effets. Il est probable qu'elle avait été murée en 1589, ou après l'escalade, de crainte qu'elle ne pût servir à quelque surprise. » Léon Gautier, M. D. G., XXIII, p. 59, n. 1. — 2. Galiffe, p. 353. — 3. Ibid.. p. 136, n. 2. — 4. Roset (Chroniques, p. 298, 299) mentionne ce fait: « Le 27 décembre, sus la fin de l'an 1542, le Conseil ordonna de escripre ou graver, sus les portes des murailles r.eufves qu'on édiffioit, le nom de Jésus (J H S.), au-dessus des armoiries, pour ce qu'il estoit gravé sur les portes vieilles de la ville de toute ancienneté. » — Mais il faut lire cet ordre dans les Registres eux-mêmes. On verra la différence de naïveté et de pittoresque qu'il y a entre ces Registres et une Chronique elle-même : « Jésus sur les portes noues de la ville. Ordonné que, jouxte l'ancienneté, soyt mys sur les portes de la ville des Jésus gravés en pierre et pour fère dorrer les armes de la ville estant esdictes portes les Sgrs comys des fortiffications. » Registres du Conseil, vol. 36, f. i99v. Le Registre porte la date du 27 décembre 1543, tandis que Roset dit 27 décembre 1542 : la manière de compter les années avait changé : au lieu de partir du 25 décembre, on partait du Ier janvier suivant. — C'est l'évêque Louis de Savoie qui, par un mandement en date du 27 avril 147 1 , à la prière des syndics et pour la perpétuelle vénération du saint nom de Jésus, avait ordonné que ce nom serait mis désormais sur les portes de la ville (ad portas seu super ipsis portis). Archives, P. H. N° 683. Il s'agit bien du nom, qui au moyen âge s'écrivait Jhesus ou Jehsus, et était figuré en abrégé par les lettres I H S, surmontées d'un trait, et non pas des initiales de la formule, plus moderne, Jésus hominum salvator. (Dans ce cas il y aurait des points entre les lettres et pas de signe abréviatif.) Blavignac, M. D. G., VI, p. 176. — Le sceau de la vénérable compagnie des pasteurs de Genève porte le nom de Jésus rayonnant, ou placé dans un soleil à 16 rais, alternativement étoilés ou flamboyants, avec cette légende : Sol et scutum ecclesiae genevensis. Il faut noter que ce nom de Jésus au milieu d'un soleil ou d'une auréole lumineuse a été pris aussi comme symbole par l'ordre des Jésuites. Ibid, p. 185, 186. — o. « On a retrouvé les fondations de l'orillon de droite, lorsque, en 1825, l'on a construit le Musée des arts (Musée Rath). » Général Dufour. — « Le boulevard de l'Oie était donc entre l'angle de la promenade des Bastions et le Musée Rath. La dernière Porte Neuve était sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la statue du général
LES FORTIFICATIONS I I 9
thèque publique, que ce petit ouvrage, qui subsiste encore entre le jardin des Plantes et celui de M. Eynard, était casematé et avait une embrasure sur chaque face '.
» Le boulevard de Saint-Léger se trouvant devant la porte du même nom, on pratiqua une poterne sous son flanc gauche, laquelle a servi d'issue jusqu'en 1564....
» En 1546, on construisit, non seulement le boulevard du Pin, mais encore celui de Cornavin, ouvrages beaucoup plus grands que les précédens et qui méritent le nom de « bastions. »
C'est, en effet, à cette époque qu'on voit en Europe des forteresses construites d'après le
système bastionné. Les Italiens passent généralement pour en être les inventeurs et le mot de « bastion », qui est italien, semble l'indiquer. San-Micheli, architecte, en a fait le premier essai à Vérone, en 1 53g. Cependant, les boulevards de Saint-Léger, de l'Oie et surtout celui de Saint-Jean, construit en i5ii, prouvent que le système n'était pas nouveau pour les Genevois; ils montrent tout au moins l'empressement de nos pères à accueillir une invention qui pouvait
Boulevard de l'Oie et porte de la Tertasse. (p. 118.) Fragment de la vraye représentation de l'Escalade, etc., par François Diodati, vers 1670.
Dufour. » I<atio, « Topographie de Genève au temps de l'escalade, » dans Nos anciens et leurs œuvres, 1902.
6. « Le mur, qui supporte la rue sous la Treille, était la courtine qui reliait le boulevard de l'Oie (place Neuve) au boulevard Miron (Calabri). Le fossé qui longeait ce mur fut en partie comblé en 1721, en même temps que celui de la Corraterie; mais cet emplacement fut encore pendant longtemps un lieu marécageux et abandonné, sans destination déterminée. » Magnin, p. 37. — 7. Blavignac cite un document de 1477, portant : « Domus cum curtili rétro fuit dicte Calabri. » Etudes sur Genève, II, p. 88. - « Nom d'une famille de maçons, Calabri, alias de la Place, domiciliée dès le XVe siècle dans les paroisses de Saint-Léger et de Saint-Victor. » Galiffe, p. 145.
i. Le Calabri existe encore {Page 121) et porte, comme sur une terrasse, la maison appelée de ce nom. Le boulevard Saint-Léger (Page 120) existe aussi. Les murailles, plus ou moins recouvertes de feuilles, forment terrasse, après le palais Eynard, à l'extrémité orientale des Bastions.
LA VILLE
contribuer au maintien de leur indépendance, et les sacrifices qu'ils savaient s'imposer pour la réaliser1. (Pages 122 et 123.)
» Le bastion du Pin s'avançait autant que celui de même nom de l'enceinte actuelle, mais il était plus aigu, n'avait qu'un flanc et se jetait plus à droite en longeant les pentes de Champel. L'un et l 'autre étaient à orillons. Les craintes
qu on avait a cette époque sur les intentions du duc de Savoie étaient si vives que les tribunaux furent suspendus pendant quinze jours et qu'on occupa à tour de rôle toutes les dizaines de la ville aux remuemens de terre dans les travaux des fortifications. On fit fondre douze pièces de
canon et l'on envoya à Bâle Claude Roset négocier un emprunt de 4000 écus » Les craintes ayant cessé, il y eut un tems d'arrêt jusqu'en 1 5 5 9 et i56o, époque où l'on éleva un nouveau bastion devant le boulevard de Saint-Antoine, construit 32 ans auparavant2. Tous les bourgeois y travaillèrent, tant on redou-
Boulevard Saint-Léger, (p. 118, 119, n.
1. Roset nous donne des renseignements précieux sur la manière dont on travaillait à ces fortifications: «Environ ce temps [1554] furent mys en œuvre à faire les fosseaux de la ville les pauvres de Mérindol et Cabrières, qu'on avoit logez à l'hospital pestilential en grand nombre. Dieu bénissoit leur labeur, car ils estoient nourrys et si voioit-on croistre l'ouvrage qui leur estoit mys en main, sus lequel ils invocquoient Dieu de soir et de matin et à leur réfection [repas]. Ils introduirent la fasson de payer chascun selon son œuvre, et non à journées, par le moyen de petits morceaulx de plomb, qu'on livroit pour chasque voyage, tellement que celuy qui estoit las du travail se pouvoit retirer à quelle heure qu'il voulloit, et si estoit payé rendant les morceaulx. Ceux du pays s'y sont aussi addonnez, esquels ceste bouticque a servy comme d'ung hospital, car les bourgeois y renvoient tous mendians qui peulvent travailler. » Roset, Chroniques, p. 362, 363. — 2. En 1527, on avait couvert, par deux boulevards, « les deux portes de Saint- Christophe et de Saint-Antoine. La première paraît avoir été condamnée dès cette époque, car on ne la voit plus sur les plans, et les Chroniques n'en parlent plus. Celle de Bonivard est la dernière qui en fait mention : « De la Croix de Saint-Victor, dit-il, tirant droit contre la porte de Saint-Christophe, il y avait » cent pas. » Le boulevard de Saint-Christophe était placé à l'entrée de la rue de ce nom, aujourd'hui [1840] rue des Belles filles [actuellement rue Etienne Dumont]. On a découvert une partie de ses murailles en
LES FORTIFICATIONS
Le Mirond ou le Calabri. (p. 118 et 119, n. 1.
fort caractéristique — de la vie
tait les projets de Henri II, grand ennemi de la religion réformée, qui avait menacé de faire raser cette ville d'où se répandait en France le poison des nouvelles doctrines1. {Page 123.)
» La ville de Genève avait à cette époque sept portes, deux sur la rive droite et cinq sur la rive gauche "2. »
Or ces portes étaient, pour le Conseil, l'objet d'une préoccupation continuelle. Il vaut la peine de relever ce trait de la cité à cette époque.
Ne parlons pas des anciennes fortifications dont on « cancelle » en i52Ô (18 mars) les portes de la Tertasse, de Saint-Christophe et de la Maison de Ville, faisant apporter, toutes les nuits, les clefs à la dite Maison3. Avec les fortifications nouvelles les difficultés sont les mêmes.
Le 17 août i5Ô2, le seigneur Loys Bona, qui est chargé « de faire ouvrir la porte de la Corraterie aux muletiers, les jours de dimenche, » rapporte au Conseil « qu'il y a grande incommodité parce qu'il faut apellé huit portiers pour l'ouvrir. » Il conseille de laisser la petite porte du petit pont fermée, d'ouvrir le grand pont, et de fermer la grande porte « hormis le guichet par lequel on passeroye. » On arrête « que doresnavant on ouvre les jours de dimenche le grand pont et qu'on tienne le petit fermé. Et quant au grand nombre
creusant les fondations de la maison Thellusson, actuellement maison Vernet, au bout de la rue de Beauregard.... Le boulevard Saint-Antoine [très petit, appelé Mottet] formait, à gauche de la porte Saint- Antoine, une espèce de bastion en saillie et capable de prendre de bons revers sur la porte de Rive; à droite, une ligne brisée qui se voit encore dans le mur qui entoure la cour de la Discipline, ancien bâtiment des fous. » Mémoire du général Dufour.
1. « On fonda, dit Roset, le beloard neuf vers la porte des Peyrolliers [porte Saint-Antoine] lequel dempuys a esté achevé et est la meilleure pièce de Genève pour son compris. » {Chroniques, VI, 48, p. 429.) — « Il occupait, à ce qu'il paraîtrait, la plus grande partie de la terrasse actuelle [1846] de Saint-Antoine, à l'extrémité de la promenade. » Massé, p. 31. — 2. Mémoire du général Dufour. Déjà le 2 juillet 1462, des huit portes de la ville, on avait pensé à en fermer quatre. Flournois, Extraits (Grenus). — 3. Flournois, Extraits (Grenus).
JEA\' CALVIN III j6
LA VILLE
de portiers, que le d' Loys Bona, capitaine, en choisisse troys, qui ayent les clefz, seulement les quels il fera venir icy pour prester serment1. » Mais cette décision compliquée ne résout pas la question, qui reparaît quelques semaines
Les murailles des Réformateurs, du boulevard Saint-Léger au boulevard du Pin. (p. 120.)
après, le 27 novembre, et qu'on ne tranche pas davantage : « Pour ce que la porte de la Corraterie est si difficile à fermer, que tous ceux du guaict y peuvent suffire à grand peine, dont pourroye survenir grand danger, arreste qu'on y remédie 2. »
A la même époque, 3 avril 1 562, on s'occupe de la porte Baudet : « Pour ce qu'on a esté adverty que lad. porte demeure ouverte toute la nuyct, et que ceux qui vont toute la nuyt aux privés faschent le guait, a esté arresté qu'on la ferme cy-après à neuf heures 3. »
Puis on s'occupe de la porte Saint-Léger : 10 août i5Ô2 : « Mons1' le syndique Bernard a raporté que combien qu'on aye comandement de tenir la grand porte S1 Léger fermée, néanmoings les jours de mercredy et dimenche, pendant les sermons, il la faut ouvrir aux muletiers, au grand danger de la ville, à quoy il seroye bon de remédier. A esté arresté que par cy après on ne l'ouvre point, ny autre, pendant les sermons, et que les muletiers entrent après le sermon par la porte de la Corraterie 4. » Et encore 10 septembre : « Et quant à la porte S1 Légier qu'elle demeure fermée 5. »
Quelques jours avant, 26 mars, on s'était occupé de la porte Saint-Antoine. On avait constaté qu'elle était « fort subjecte à surprinse, attendu que le corps de garde est hors de la porte et que de là il y a grand distance jusques à la rue des péroliers. » On donne charge au seigneur Roset, capitaine, et autres, d'y pourvoir6.
La porte de Rive nous montre qu'il était aussi difficile, à cette époque, de tenir une porte fermée que de la tenir ouverte. On avait commandé « de tenir la porte fermée, hormis le guichet. » Il y a des protestations. « Cela incommode plusieurs gens à cause de la grande multitude des charretz qui passent journellement. » On donne ordre au portier d'ouvrir « quand il passera quelque charret »
1. Registres du Conseil, vol. 57, f. i02v. — i. Ibid., f. 159. — .'î. lbid. , f. 33v. — i. Ibid., f. 97v. - 5. Ibid., f. 117. — 6. Ibid., f. 29.
LES FORTIFICATIONS
et de refermer « incontinent » 1 ; preuve que la porte était plus facile à manier que celle de la Corraterie. Mais la nouvelle décision ne plaît pas davantage, et « par ce qu'il y a grand incommodité à la tenir fermée à cause des granclz passages, a
esté arresté que dores en avant on la ____/ L- ""/j^
tienne ouverte , comme les autres , et qu'on y fasse bon guait 2. » Quelques jours après on se décide à augmenter le L/ guet : « D'autant qu'il n'y a que cinq P hommes pour le guaict de jour à la porte
de Rive, arresté qu'on l'accroisse encore d'un nomme » . Y~ . J)
On comprend qu'à ce jeu, ou à ces ennuis, ait fini par se lasser ; il résolut de simplifie tion 4.
En r 555 , on décida de supprimer une des deux Bastions du Pin (A) et de
. . , . Saint-Léger (B) (dessin inédit
portes de Saint-Gervais : « pour le bien de la rortihca- , , , , ^ , 6W >
r r du général Dulour ''). (p. 120.)
tion5. » 11 ne resta plus que Cornavin. Puis, en 1 564, le
sieur de Feuquières procéda à une sorte de revision des fortifications 1 . Il proposa de fermer les trois portes de la Corraterie, Baudet et Saint-Léger, et de les remplacer par une nouvelle porte unique, celle de l'Oie ou porte Neuve 8. Il y eut dès lors une porte sur la Rive droite, celle de Cornavin, et deux sur la Rive gauche : la porte Neuve et celle de Rive 9.
Enfin, « lorsque de fréquens avis firent craindre qu'il se méditât un nouveau coup [comme celui de 1602], on se mit en mesure de fortifier la porte de Rive, où il n'y avait point m' 0 encore de bastion, mais un simple
Bastion de Saint-Antoine (dessin inédit du général terre-plein, peu élevé, que SOUte-
Dufour ,n). (p. 121.) naient des palissades. On construisit
donc, sur le saillant oriental de l'enceinte, un bastion qui enveloppait la Tour Maîtresse. Son flanc droit était dans le même système que les précédens, mais
i. 20 mars 1562. Registres dit Conseil, vol. 57, f. 27. — 2. 10 août 1562. Ibid., f. 97v. — Le 10 septembre : « A cause des prochaines vendenges a esté arresté qu'elle soye ouverte et qu'on y fasse bon guait, et que la porte de le tornefoz [de tornafollium, clédal ?] soyent tousjours fermés, hormis quand il passera des charrets. » Ibid., f. 117. — 3. 27 novembre. Ibid., f. 159. — 4. Déjà en 1536, il avait été question d'une mesure semblable. Le seigneur de Verey « demande qu'on ferme les portes de la Corraterie et de Saint- Antoine [on avait déjà fermé celle de Saint-Léger] et qu'il n'y ait qu'une seule entrée dans la ville par la porte Baudet. » Louis Dufour, La Promenade de la Treille, p. 4. — S. 12 août 1555. « De la porte de S1 Gervaix. Sur ce qu'on avoit par cy devant parlé de ne faire qu'une porte à Saint-Gervaix, ce que seroit bon pour forteresse et épargneroit la garde, et ne seroient pas ceux de S1 Gervais tant chargé de gued ; estant semblablement considéré que cela costera et mesmes fâchera beaucoup de pauvres gens auxquelz
La villë
le gauche était sans orillon et très court, comme moins important puisqu'il n'avait à défendre qu'une partie de l'enceinte baignée par les eaux. Ce bastion, commencé en 1606, fut achevé l'année suivante. On y employa une somme de dix mille écus que le landgrave de Hesse-Cassel, par zèle de religion, envoya à Genève, qui était alors le chef-lieu du protestantisme. C'est pour reconnaître ce bienfait que l'on donna à ce bastion le nom de bastion de Hessel{. » (Page 125.)
A partir de ce moment, l'enceinte des Réformateurs était terminée. Mais le travail ne fut pas arrêté. On continua à faire et à refaire les fortifications de Genève, avec une constance et un patriotisme inlassables, jusqu'à ce qu'on les démolit, au XIXe siècle.
Ce serait le moment d'armer ces murailles et de les munir de leurs soldats avec leurs armes et leur artillerie. Malheureusement, il ne reste presque rien, ici encore, des choses, des objets du XVIe siècle. Le regretté M. Bron, conser-
on gastera les possessions et maisons pour faire les chemins; arresté que pour adviser que le tout soit bien et utilement faict, au moins mal possible, que à deux heures on demande le Conseil et qu'on se transporte jusques là pour visiter le totaige [totalité de l'emplacement], et s'il est trouvé bon, que avant qu'on le face on le mette en Deux Cents. » Registres du Conseil, vol. 49, f. 1 56v- La décision fut prise le 10 septembre 1555, et maintenue le 24 du même mois: il n'y eut plus qu'une porte. — 6. Il faut considérer seulement les lignes pointillées. « Le bastion du Pin (A) n'avait qu'un seul flanc à deux étages et à orillons, du côté de Saint-Antoine. Sa face droite qui se prolongeait jusqu'à Saint-Léger devait être très élevée, puisqu'elle tombait dans les pentes. Son aspect était imposant. Ce bastion, ou du moins ce demi-bastion, couvrait les anciens boulevards de Saint-Léger (B) et de Saint-Christophe (C). L'enceinte m n op en fermait la gorge.... L'ancienne porte de Saint-Léger débouchait entre l'orillon du boulevard Saint-Léger et la face droite du bastion du Pin, on l'a prolongée en lui faisant faire un coude jusqu'en a... (D) représente l'ancienne église de Saint-Léger, démolie en 1534, avec le faubourg. » — 7. 13 juin 1564 : « Feuquières, d'autant que le dl seigneur de Feuquières est venu, lequel est après pour visiter les forteresses; arresté qu'on attende sa relation. » Registres du Conseil, vol. 59, f. 35v. — 8. 7 août 1564 : « Messieurs s'estans transportés vers le boulevard de l'Oye où les ingénieurs voudroient faire une porte pour servir à S» Légier et la Corraterie, et ayant là dessus ouys les dts seigneurs, arresté qu'on y advise encore entrecy et Jeudy. » (Vol. 59, f. 86v.) — 10 août 1564 : « A esté proposé qu'on a derechef communiqué avec monsr de Feuquières et maistre Jaques touchant lad. porte qu'on prétend faire au delà du boulevard de l'Oye et qu'ilz ont monstré, par plusieurs raisons urgentes, qu'il est très nécesaire d'avoir là une porte, qui servira aux trois de la Corraterie, S1 Légier et S1 Antoine, et sera de moindre garde que nulle autre. Arresté qu'on la fasse et qu'on y mette la main le plus tost qu'il sera possible. » (Ibid., f. 871.) — « Cette Porte-Neuve, dit Goulard, était bien forte. Elle ha entre ça, en dedans ses ponts levis, barrières, boulevards et défenses, une deuxiesme coulice entre les deux ponts levis, faicts d'exquis artifice et de bon usage en soudain péril » [Escalade, p. 17). — Elle devait subsister jusqu'en 1740, « date de la construction de la porte actuelle, » dit Senebier. Cette seconde porte fut, à son tour, démolie en 1854. — 9. 26 octobre 1565 : « Se sont résolus maintenant de retenir les trois portes de Rive, l'Oye et Cornavin, et caneeler les autres.... >- On décide en outre de faire ratifier par les Deux-Cents, « pour l'importance de la chose », et afin de « prévenir des murmures. » Registres du Conseil, vol. 60, f. ii2v.
- 10. Bas/ion de Saint- Antoine. — mnop indiquent l'enceinte des évêques. En avant on construisit, en 1527, le boulevard BP/ « dont on retrouve encore la face et le flanc gauche dans les murs de soutènement
c la descente de Saint-Antoine. — Puis en 1560 on remplaça le petit boulevard [BB'] par le bastion A, qui le couvrait en entier. » A' est le bastion de 1720. — « B y avait dans le boulevard de Saint-Antoine BB', près du flanc droit, un magasin à poudre, x, qui subsiste encore [1840] au bout de la promenade et qui après
LES FORTIFICATIONS 125
vateur de la Salle des Armures, et dont l'autorité était si reconnue en ces matières, avait bien voulu nous indiquer quelques pièces que nous reproduisons, une hallebarde, un morion, une cuirasse, une épée. {Page 127.) C'est à peu près tout. On trouvera quelques renseignements intéressants dans les fragments de dessin que nous empruntons aux gravures de Martin Baum : la Prise du Fort d'Arve ou bataille de Pinchat et le combat du Fort de l'Ecluse. {Pages 12g et i55.) Mais ce sont des événements de la fin du XVIe siècle.
Quant à l'organisation militaire, ce qu'on en sait remonte au XIIIe siècle. En 1292 un corps de guet est organisé, dont les fonctions ne doivent s'exercer que pendant la nuit, selon l'article 22 des Franchises'1. Il est armé par la Ville et renouvelé tous les trois ans. Il porte les couleurs de Genève, robe ou manteau et bonnet, gris et noir. Chaque homme reçoit 20 florins par an et 18 sols d'étrennes a. — Mais à côté du guet soldé s'organise la première milice nationale, dont tous les bourgeois font partie. Elle est divisée, comme la ville, par quartiers (au nombre de quatre), et chaque quartier en dizaines. Elle est commandée par des dizainiers, quatre capitaines
Bastion de Hesse (dessin inédit du général Dufour'). (p. 124.)
avoir servi longtemps de corps de garde, a été employé à une école primaire. La partie B' enveloppait la cour de la discipline; les murs de cette cour ont été élevés sur les fondations du boulevard; ils en indiquent la forme.... Près du flanc droit de l'ancien bastion A était la porte de Saint-Antoine. I! semblerait d'après un ancien plan, qu'il n'y avait pas de pont, mais seulement une rampe qui descendait dans le fossé.... Le célèbre prieuré de Saint-Victor existait à la place marquée C... On en a trouvé les fondements en creusant dans ce fossé. » — IL Mémoire du général Dufour.
1. Bastion de Hesse. — La ligne e d 11 p, indique la muraille des évêques. La ligne e d i c a, et la ligne pointillée qui va joindre la ligne n p, indiquent le premier bastion de Hesse (1606). En m était l'ancienne tour de Rive « remplacée par la porte actuelle [en 1840], qui date de 1694, et a été remaniée en 1836. » — « La Tour Maîtresse n, qui faisait l'angle des deux lignes n e et n p, de l'enceinte des évêques, quoique enterrée en partie dans le terre-plein du bastion, est encore un point remarquable depuis le lac; elle est parfaitement conservée, avec ses mâchicoulis et sert de cellule ténébreuse à la prison pénitentiaire, à laquelle elle est maintenant réunie par le chemin de ronde. Son diamètre n'a pas plus de 8m6o. » - 2. « Que la garde de la ville et cité de Genève, et des biens des délinquans à devoir garder par la court, appartient et doit appartenir entièrement de nuyt, depuis le soleil couchant jusques au soleil levant, aux dessus ditz citoyens et non à aultres, et que nous, ne aultres à nostres noms, ne puissent et ne doivent exercer aulcune juridiction a celles heures.... » M. D. G., II, p. 329. — 3. Le 7 janvier 1546, le Petit Conseil considérant « comment la ville est grandement en regard, et pour obvier à toutes entreprises et pour ce que le guet soyt mieulx faict, » ordonne « que soyent députés cent compagnons, les quieulx auront commission de velluer et fère le guet tant de nuyct que de jour », et leur donne « gages, moys par moys, les queulx gages ce devront recouvré par la ville sur ceulx qui ne sont pas tant [suffisant] à fère tel guet tant pour leur velliesse, maladie que aultrement. » {Registres dit Conseil, vol. 40, f. 342.) Le 25 janvier 1546, il n'est question que de cinquante hommes, et le 13 août 1 5 5 1 , nous voyons choisir « trente et six hommes bien en ordre » auxquels on donne six sols par jour pour faire le guet « le jour, aux trois portes overtes.... > « Çeulx esquelz le gued devroit sans cela estre commandé, debvront poyer ès mains du dizenier pour assembler l'argent des trente et six, à sçavoir les riches trois solz et les pauvres deux solz. » Ibid., vol. 46, f. 35.
LA VILLE
Porte Saint-Antoine, intérieur (d'après un dessin à la mine de plomb de M. Albert Hentsch). (p. 120.)
XVe siècle, la ville posséda déjà un certain nombre de bouches à feu, et que des membres du Conseil étaient spécialement commis pour les faire tenir toujours en bon état.
A diverses reprises on fit venir des maîtres canonniers de l'étranger, et, déjà en i5i 1, on voit sur les Registres que les canonniers de Saint-
1. « Les piques étaient encore l'arme de l'infanterie (il n'y avait que des formations tout à fait temporaires de cavalerie, soit pour des escortes ou garde d'honneur, soit pour des expéditions extérieures), et les armes à feu commençaient à être en usage dans les rangs. En effet, en Suisse, ce fut en 1540 qu'on commença à prescrire aux milices l'acquisition des arquebuses; en 1589, le mélange des armes dans l'infanterie était de deux tiers de piquiers et de hallebardiers, et d'un tiers seulement d'arquebusiers. » Massé, p. 11-19. — t. Voir Massé, colonel d'artillerie, Essai historique et notes manuscrites sur les milices genevoises. Bibliothèque de Genève.
de la ville et un capitaine général.
Son arme est la pique 1 ou la hallebarde. {Page 127.)
Lorsque le 21 novembre 1 541 , après le retour définitif de Calvin, une commission fut nommée pour reviser toutes les lois de la ville et marquer ainsi l'ère nouvelle qui s'ouvrait, on revisa aussi les Ordonnances militaires. Elles furent approuvées le 28 janvier 1 549, mais elles n'apportaient aucune modification essentielle à ce qui existait.
Elles transformaient surtout en droit écrit ce qui était jusque-là tradition, us et coutume. Le changement principal eut lieu en 1 5 5 5 (i5 sept.), quand on supprima la charge de capitaine général2.
« Les inventaires anciens prouvent que, dès la première moitié du
Porte Saint- Antoine, extérieur (d'après un dessin à la mine de plomb de M. Albert Hentsch). (p. 1 20.)
LES FORTIFICATIONS
Cuirasse, épée et hallebarde
du XVIe siècle.
(Salle des Armures.) (p. 125.)
Gervais étaient exercés à l'ordonnance du maréchal de Savoie.... En 1 5 59, un citoyen, nommé Pierre Simon, avait dédié au Conseil un traité d'artillerie pour les bourgeois, contenant beaucoup de prescriptions et beaucoup de dessins extraordinaires pour l'époque *. »
Il nous faut noter à propos de défense et de fortification de la ville, à côté des dizaïniers, les commis aux chaînes. En effet, les chaînes jouaient un rôle important dans l'intérieur de la ville; on
les tendait toutes les fois qu'il y avait des séditions ou des tumultes, et il était expressément défendu de passer dessous lorsqu'elles étaient tendues.... Ces chaînes {Page 129) qui servaient en cas d'émeute intérieure aussi bien qu'en cas d'attaque extérieure, étaient fixées d'un côté à un gros anneau en fer et accrochées de l'autre à un gros crochet, où elles étaient retenues au moyen d'un cadenas. Les clés2 de ces cadenas étaient gardées par des citoyens commis à cette charge.
Encore3 en 1869, on voyait des restes des chaînes, ou du moins de leurs attaches, au bas et au haut de la Pélisserie, au bas de la Cité, au bas de la rue de la Fontaine (ci-devant du Boule), au bas du Perron, et à la rue des Granges.
Mais l'organisation particulière la plus importante était évidemment celle « de l'abbaye
Morion du XVIe siècle.
(Salle des Armures.) (p. 125
1. « Cet ouvrage était, en 1825, dans la Bibliothèque de la Société de Lecture, où nous l avons vu et lu. » Massé, Ibid., p. 8. — « Il est difficile de préciser exactement l'époque de la transition des antiques vête-
LA VILLE
de Saint-Pierre, plus connue ensuite sous le nom de les Enfants de Genève, et dont le chef prenait officiellement le titre « d'abbé, » aussi « abbé de la ville, abbas civitatis, » ou « abbé des compagnons, abbas sociorum, » lesquels compagnons
Porte de Rive, 1670-1680, d'après un dessin inédit de la collection Rigaud, vol. II, f. nv. (p. 122.)
étaient en conséquence souvent aussi qualifiés de « moines, monachi . . . . » Quelques auteurs, induits en erreur par cette appellation d'Enfants de Genève, ainsi que par les pétulantes escapades auxquelles ces singuliers moines se livraient de temps à autre, se sont imaginé qu'il s'agissait d'enfants mineurs, ou tout au plus d'un corps de cadets, dans le genre de ceux qui existent depuis longtemps dans certains cantons suisses; mais il n'en était rien: l'abbaye des Compagnons ou des Enfants de Genève était la réunion en corps de milice, sous l'invocation du patron de la ville, de tous les jeunes gens non mariés en état de porter les armes; c'était en quelque sorte le « contingent » de l'époque. Toujours armés lorsqu'ils se réunissaient, même en dehors de toute nécessité militaire, ils marchaient au son du tambour, auquel ils furent les premiers, à Genève, à marier les notes aiguës et joyeuses de ces fifres helvétiques qui déplaisaient tant au duc de Savoie. Mais ils échangeaient volontiers aussi cette musique guerrière contre celle plus sociable des violons, qui se prêtait mieux aux danses et aux mascarades qu'ils aimaient à organiser sur les places publiques pendant le carnaval et aux jours de fête. Ils avaient aussi le privilège de complimenter les nouveaux mariés et de donner des
ments aux habits plus modernes.... Dans les premiers temps, à Genève, on porta des casaques d'un gris brun foncé. En 1705, la mode prussienne prévalut. » Massé, Ibid., p. 12. — 2. Le rôle des personnes à qui les clés étaient confiées, en 1480, a été publié, M. D. G., VIII, p. 415, 416: « Subinscribuntur nomina illorum quibus claves cathenarum civitatis fuerunt commisse et in custodiam date per sindicos.... » Il y a environ 45 indications, dont voici la première : N. Girard de Vando, de cathena, ante domum Dni Pet. Çonodi quond- — ;t- Galiffe, p. 333.
LES FORTIFICATIONS
charivaris aux veufs et aux veuves qui convolaient en secondes noces, ou d'en exiger le rachat au profit de leur société. Cette étrange coutume, reste de superstitions antiques, était sans doute au fond plutôt tolérée qu'autorisée. Mais on songeait si peu à l'abolir que la somme, due éventuellement par les intéressés pour s'éviter cette désagréable cérémonie, avait, même aux yeux des magistrats, toute la valeur d'une créance régulière. (L'institution du charivari et les compositions auxquelles il donnait lieu furent abolies le 14 décembre i53j.) L'argent que la société recevait à cet effet ou lors du mariage d'un de ses membres entrait dans une caisse qui était fermée à deux clefs, dont Tune restait entre les mains de l'abbé, l'autre entre celles des syndics, à qui d'ailleurs il appartenait de sanctionner l'admission de chaque nouveau « compagnon » élu et inscrit par l'abbé et son Conseil *. »
Bezanson Hugues réunit la charge d'abbé de Saint- Pierre et de capitaine général de la ville. On comprend qu'une pareille autorité ait pu devenir dangereuse avec des hommes comme Jean Philippe, Ami Perrin,... et qu'elle ait été abolie2.
Scène et costumes militaires. (Fragment de l'estampe de Martin Baum, de 1590. « Prinse du Fort de la Cluse ».) (p. 125.)
Ces remparts du XVIQ siècle, des Ré) les appelle, Calvin a-t-il contribué à les
Les chaînes 3.
Derniers restes au haut de la Pélisserie.
L Galiffe, p. 328, 329, et n. 2. — i. 8 septembre
Armateurs, de la Réformation , comme on bâtir ? Certes, c'est bien incontestable : la passion qui animait ce gouvernement et ces ouvriers, c'était la passion de Calvin; elle excitait et entretenait tout. Mais faut-il aller plus loin ? Est-il vrai qu'un jour Calvin mit la main à la pelle et remua cette terre pour la défense de cette ville, qui était à tel point sa ville? La tradition le dit. Est-ce une vérité, ou une légende presque inévitable ?
En i559, nous savons que tout le monde travailla aux remparts. C'est un document contemporain qui l'affirme,
1555, Galiffe, p. 328-332. — 3. Voici quelques textes
LA VILLE
une lettre de Haller à Bullinger, du 22 juin \55g : « Les Genevois se préparent à la guerre : ils fortifient admirablement leur ville. Tous y travaillent, magis-
Scène et costumes militaires. (Fragment de l'estampe de Martin Bau'm, de 1590.) (p. 125.)
trats, pasteurs (ministri), nobles, peuple1. » La plus ancienne Chronique, celle de Roset2, qui avait été témoin oculaire, s'exprime en ces termes: « Ainsin résolvirent ceux de Genève de se fier en Dieu, puys mirent la main à leurs rempars, tellement que dans le moys de may, par le travail voluntaire du peuple qui alloit à l'œuvre, Tung des mestiers après l'autre, fut couppé ung monticule qui faisoit grande couverture à l'ennemy au devant du belovard du Pin, sans que personne s'en exemptast, non pas les gens de lettres ny autres gens d'apparence, et sans nul chagrin 3. »
Il s'agit bien d'une de ces entreprises nationales, auxquelles tout le monde sans exception prend part, et doit prendre part, chefs en tête, magistrats, pasteurs, nobles, ouvriers.
Il est impossible que Calvin ait été absent, seul de tous les principaux de la cité, seul de tous ses collègues. Au contraire, quand il y a un incendie, une
se rapportant à ces chaînes: 1409. La veuve de B. garde une clef des chaînes^ {imam clavem cattinarum) devant sa maison. {Registres du Conseil, 1. 1, éd. E. Rivoire, p. 1.) — 7 août 1414 : Payé à J., qui a mis deux jours a poser des crochets {crochonios)... et une chaîne {imam chenam)... {Ibid., p. 67.) — 31 août 1428 : Ordonné de payer au serrurier {serralliono) pour des nouvelles serrures et chaînes à la porte du pont du Rhône.... {Ibid., p. 98).
1. Opéra, XVII, p. 564, 565. — 2. « Le manuscrit en fut présenté au Conseil le 2 juin 1562. » (Roset, Avant-propos, p. iv.) — 3. Roset, liv. VI, 48, année 1559, p. 428.
LES FORTIFICATIONS I 3 I
émeute, un mouvement populaire quelconque, l'homme principal de la ville, quel que soit le nom qu'on lui donne, ne peut pas ne pas être là.
Sans doute notre Réformateur n'a pas dû soulever beaucoup de terre.
Mais il a fait acte de présence, de volonté ; il a donné l'exemple, et a, au moins, remué quelques pelletées de la terre libératrice.
Nous ne sommes pas étonné que le nom même de Calvin se soit tout de suite introduit dans les récits euxmêmes. C'est ainsi que nous le rencontrons dans un Projet d'histoire de Genève, composé de 1 6 1 6 à 1625, sans nom d'auteur, et dont le manuscrit est déposé aux
Archives. « Dans le mois de may, est-il dit, par le travail vollontaire du peuple, qui allait à l'œuvre, ceux d'ung mestier après ceux d'un autre, fut couppé ung monticule au devant du boulevard du Pin, où les gens de lettres, ministres et autres d'apparence s'employoient au â1 travail fort allègrement, et Calvin luymême y monstrant bon exemple*-. »
Banneret i. (p. 126.)
I. Archives. Manuscrits historiques, N° 62. Copie, du i6me siècle, des Franchises de Genève, et divers documents du i5me et du commencement du i6me siècle. A la fin se trouve ce dessin colorié, sur parchemin. — 2. Archives. M. H., N° 145. — Gautier (IV, p. 276) s'exprime ainsi : « L'on prit le parti de fortifier les endroits qui étaient encore faibles, et, pour le faire avec plus de promptitude, l'on fit travailler aux fortifications non seulement tous les sujets, mais aussi tous les corps de métiers ; les personnes même de distinction et les gens de lettres n'en furent pas dispensés, jusque-là que Calvin et les autres ministres mirent la main à l'œuvre, ce que chacun faisait de si bon cœur et avec tant de zèle que, dans l'espace d'un mois, l'on eut coupé un monticule devant le boulevard du Pin, qui portait un grand préjudice à la fortification, l'on posa les fondements de celui de S'-Antoine, tel qu'il est aujourd'hui, et l'on en éleva la meilleure partie. » — Les éditeurs mettent en note : « Nous n'avons trouvé que clans les Annales manuscrites (M. H., N° 145), dont le texte a de grandes analogies avec celui de Roset, la mention de Calvin travaillant aux fortifications. » — Et les lignes de ces Annales manuscrites ont passé dans l'Histoire de Genève et des
LA VILLE
Nous ne faisons aucune difficulté de reconnaître que, dans cette même année i559, Calvin travailla plus effectivement à construire un boulevard plus sûr encore que celui du Pin, un ouvrage plus avancé, puisqu'il allait s'avancer dans tous les pays de l'Europe, nous voulons parler de l'Académie. Voilà quel fut le grand, l'invincible boulevard du calvinisme pendant des siècles : et l'Académie, c'est presque uniquement l'œuvre de Calvin.
pais circonvoisins, attribuée au syndic Savyon. Bibliothèque de Genève, Mhg., 1 39ac, copie manuscrite datée de 1654 (fol. 22^). Voir Ch. Borgeaud, Histoire de ï Université de Genève, 1900, p. 82 et n. 1.
Porte de ia Monnaie.
(Scène de l'Escalade. La mère Royaume. Médai!
lion Diodati.)