CINQUIÈME PARTIE
Les Rues-Basses jusqu'à la porte de Rive.
UATRIEME et dernière section des Rues-Basses : la rue de Rive.
L'inventaire du quinzième siècle nous donne le nom des propriétaires, et il vaut la peine de noter ici ceux des huit dernières maisons, à gauche, en continuant notre visite. — La huitième maison, avec jardin, était celle de l'évêque de Nice (N° g, en 189g); la septième, avec jardin, celle de N. Ant. Bolomier; la sixième, avec jardin, celle de l'héritier de Rolet Pictit, plus tard du syndic Balard ; la cinquième, séparée de la précédente par une ruelle allant au lac 1 et devenue plus tard la rue de la Tour-Maîtresse, celle d'Aymon de Versonnex ; la quatrième, celle de l'hôpital des Vergogneux (pauperum verecundorum) ; la troisième, avec jardin, celle de Bertrand, fils de François Fabri ; la seconde, avec jardin, celle du seigneur d'Escorens; et enfin, séparée de la précédente par une ruelle, avec un jardin, « jouxte les remparts », la première, celle de Jaquetus Legraz.
Au seizième siècle, ce quartier de Rive devint un quartier d'imprimeurs. Nous y trouvons Robert Estienne2, et Badius, au moins dans les premières
1. « Cette ruelle s'appelait rue de la Doye. » — «Le 14 février 1492, on donne charge au charpentier de la ville de fermer toutes les nuits la porte de la Doye, soit de la rue tendant contre le lac, par devant le couvent des Frères Mineurs. » - Mais c'était un nom commun pour ruelle (Doga, doha, id est fossa: douve, fossé (Du Cange). Le 3 mars 1529, on ordonne qu'on grillera les doyes près du couvent de Rive, pour la sûreté de la ville. (M. D. G., VIII, p. 292, 293, et n. 1.) — « Cette ruelle, entre plusieurs jardins et curtils, conduisait à la Tour-Maîtresse. C'est cette ruelle que l'on vient de détruire et qui était bien l'un des coins les plus curieux et les plus singuliers de notre ville.... Il y avait là de véritables trésors de coloration, de murailles gangrenées, de charpentes noircies, et des habitants fort pittoresques, eux aussi. Mais rien de tout cela n'était très ancien. La ruelle était ouverte jadis et de meilleure fréquentation. » La Patrie suisse, 16 août 1899, article signé J. M. — 2. Le 5 septembre 1559, dans « une chambre estant sur la rue publique et boutique » d'un « hostel situé en la rue de Rive », nous aurions pu voir réunis Th. de Bèze, Jean Macard, ministres, Germain Colladon, docteur en droit, Guillaume de Trye, Nicolas Fontaine et quelques autres bourgeois de Genève. C'était la chambre de Robert Estienne, qui, malade, faisait son testament. Il donnait à sa femme la jouissance « des membres du corps de devant de sa maison, ainsi qu'il s'étend sur la boutique et sur la cave, et les quelz on appelle la salle, chambre et cuysine, ensemble des meubles des dictz membres. » — Le testament a été rédigé par le notaire Ragueau. Il a été publié par Ant.-Aug. Renouard, Annales de l'imprimerie des Estienne, 2e édit. , 1843, p. 578-582.
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années de son séjour à Genève1, et Gérard, de 1 5zj 6 à i55i 2, et Jean Michel 3, quand il eut quitté son échoppe de Saint-Pierre, et Michel du Bois'1, et le libraire Du Bosco, dont la maison était contiguë à celle de Robert Estienne, du côté du soleil couchant, car, le 3i janvier 1 553, Robert Estienne lui vendit le droit d'appuyage de quatre toises de hauteur en la muraille et « esponde 5 ».
Notons toutefois qu'ici aussi, à Rive, au bord du lac, près de la Tour Maîtresse, se trouvait la boutique d'Hugonin, le rôtisseur, chez lequel Clément Marot allait boire un verre et jouer une partie avec Bonivard 6.
Après être restée assez identique à elle-même pendant des siècles ', la rue de Rive a été presque complètement démolie et rebâtie. Rappelons ses principaux souvenirs.
Le palais de l'évêque de Nice, qui, dans son ensemble, datait de la seconde moitié du quinzième siècle, avait été non pas bâti, mais agrandi et embelli par Barthélémy Chuet, riche prélat d'origine savoyarde, chanoine de Genève, administrateur apostolique de l'évêché de Lausanne, évêque de Nice en 1462, et mort le 12 juin i5oi. Cet hôtel peut servir de luxueux spécimen des maisons du quartier de Rive, car leur plan est presque toujours le même. Un premier corps de logis s'élevait sur la grande rue. Ces corps de logis ont tous été reconstruits au dix-huitième siècle, du moins leur façade principale. Une allée traversait ce bâtiment, conduisait à la cour, dans l'un des angles de laquelle on trouvait généralement l'escalier principal dans une tourelle8. Celle-ci ne se contentait pas de jouer un rôle utilitaire : elle était encore chargée, en dépassant la maison, en dominant plus ou moins le quartier, de montrer le degré de richesse du possesseur. C'est à cette tourelle que en bas, sur la porte, on fixait ses armoiries, comme par exemple à la maison Favre, clans la rue du Marché. La tour était « sa tour », l'emblème féodal auquel le seigneur tenait fort. [Page 23o.)
De la tourelle on passait, par des galeries plus ou moins ornées, dans un second corps de logis, derrière lequel se trouvait le jardin.
1. Cartier, Arrêts du Conseil de Genève, p. 162. « En la rue de Rive, » dit l'acte de décès de sa fille Anne, du 15 août 1552. — 2. En février 1544, Gérard demeurait « au Bourg-de-Four » ; De 1546 à 1551, son domicile est « vers Rive » ; et à partir de 1552, il est de nouveau au Bourg-de-Four : « en la rue dicte de Sainct Christofîe, prez le Bourg-de-Four -, dit un acte de vente de la maison, en 1569. Th. Dufour (Le catéchisme français de Calvin), p. CLXXXII, n. 5. — '.i. Th. Dufour, Ibid., p. CLXXXiv : « Présent devent Rive », dit un acte du 28 juillet 1546. — 4. Ibid., p. exc, achat du 27 juin 1537. — 0. Cartier, Arrêts du Conseil de Genève, p. 160, n. 2. — 6. Blavignac, Enseignes. Voir plus haut, p. 168. — 7. Dans le même quartier, la rue du Prince « était ainsi nommée, parce qu'elle communiquait aux écuries du prince de Saxe-Gotha, envoyé à Genève pour son éducation, en 1747. » H. Mallet, p. 100 et n. 1. — La rue du Port n'a été ouverte que vers 1860. — H. « A la corniche de la tourelle on remarquait une ornementation en brique, qui se répétait sur la muraille séparant la cour de la maison voisine, motif typique que l'on retrouve plus ou moins développé à la tour Baudet, à Saint-Gervais et ailleurs. La construction en briques rouges fut en effet introduite en pays romand au quinzième siècle, par des ouvriers piémontais, qui ont laissé des traces nombreuses de leur passage dans le canton de Vaud. » J. M.
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C'est dans ce second corps de logis que le propriétaire, séparé du bruit de la rue, devant la verdure des jardins (comme les propriétaires des somptueux hôtels de nos grandes villes modernes), faisait sa résidence habituelle.
Il y avait au premier étage une vaste salle de réception, avec un beau plafond 1 à poutrelles moulurées et à caissons, que connaissaient bien de nombreux Genevois de la fin du quinzième siècle, et surtout ceux qui s'étaient faits les créatures de la maison de Savoie : car l'évêque de Nice était un protégé de la duchesse Yolande. La majeure partie de la construction était en briques rouges, avec encadrement des portes et des fenêtres et chaînages en molasse 2.
Les jardins de l'évêque de Nice, comme ceux des maisons voisines, finissaient aux remparts. Le rempart une fois démoli, chacun chercha à gagner du terrain sur la grève et sur le lac. On construisit d'autres corps de logis, qui se succédaient à la suite les uns des autres, occupant un espace très resserré en largeur, et c'est ainsi que le quartier devint vulgaire, populaire a.
Le nom de Bolomier est célèbre à Genève, comme celui de Versonnex, par une fondation pieuse, celle de l'hôpital Bolomier, que nous retrouverons un peu plus tard. Pour le moment, il nous suffit de noter que les Bolomier n'étaient pas la moins riche, ni la moins noble des familles qui habitaient Rive.
Guillaume Bolomier, chevalier, seigneur de trois ou quatre seigneuries, était de plus premier maître des requêtes et grand chancelier de Savoie. Il fut reçu gratis bourgeois de Genève en 1 43g, et mourut en 1446. Gomment? La plupart des historiens admettent qu'il fut jeté tout vivant dans le lac, à Thonon, une pierre au cou. « On lui en voulait, dit-on, pour avoir dissuadé Félix V (Amédée VIII de Savoie) de renoncer au pontificat, et plus encore peut-être pour les richesses qu'il avait amassées. Le caractère turbulent et factieux de son
I. Il a été donné à la Société auxiliaire du Musée. — 2. Les anciennes maisons de Genève, 2e série, pl. 13-29. — 3. Ces renseignements sont le résumé des articles signés J. M., dans la Patrie suisse du 16 août 1899, et le Journal de Genève, 28 et 31 mai 1901.
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principal ennemi, François de Varembon, qu'il avait accusé de trahison, nous permet de croire, avec notre collègue Chaponnière, que l'infortuné chancelier fut victime d'une intrigue de cour, et de la jalousie qu'inspirait son crédit et son opulence !. »
Le syndic Jean Balard, qui au seizième siècle habitait entre la maison Bolomier et la maison Versonnex, est connu par le journal qu'il nous a laissé et par son attachement consciencieux à la foi catholique.
Il était marchand de fer, comme son père avant lui et son fils après lui. Sa maison de Rive était encore, en 1^70, entre les mains de ses petits-enfants, et il l'habitait en i53j, lorsqu'il fut soupçonné d'être complice d'un serrurier, qui paya de sa vie le crime d'avoir voulu ouvrir, au moyen de fausses clefs, la porte de Rive aux ennemis. Le coupable accusa sans doute Balard pour essayer de faire peser sa terrible responsabilité sur de plus fortes épaules à. — C'est dans cette maison que Balard mourut, le 11 février i555 3.
A cette place, où vécut Jean Balard, il faut nous arrêter un moment et réfléchir. Jean Balard revendiqua avec modération les droits de la liberté de conscience (et à cette époque le fait est singulièrement rare). Nous avons vu sa réponse au Conseil telle que le secrétaire l'a reprodute : « Nos non posse cogère euni ad eundum ad sermonem contra suam conscientiam »
Mais ni les prédécesseurs, ni les adversaires de Calvin ne comprirent cette revendication : ils l'étouffèrent. C'est ce qu'un auteur américain a noté en signalant nettement l'importance historique de cet événement : « Le tableau est tristement significatif : un magistrat honorable et intelligent et pas fanatique plaide noblement en faveur d'une large tolérance; mais il est forcé de soumettre ses convictions religieuses aux apparentes nécessités de la politique du jour. Aussi patriote que tolérant l'homme d'état sacrifia sa théologie à son patriotisme [peut-être y aurait-il ici lieu d'exprimer quelques réserves dans l'approbation] et resia au service du gouvernement. L'histoire de Balard, instructive en elle-même, est encore plus significative à cause des dates. La première « inquisition » [le premier examen de la foi de Balard], en juillet 1 536 - a lieu avant le séjour de Calvin à Genève, et la dernière, 22-24 décembre 1 53g, a lieu durant Fexil de Calvin, alors que ses adversaires anti-cléricaux étaient au pouvoir. Calvin trouva — et ne fit pas — Genève et l'Europe intolérantes5. »
1. Galiffe, Notices généalogiques, IV, p. 449-450. M. D. G., III, p. 212. — 2. Journal du syndic Jean Balard, avec une introduction historique et biographique, par le Dr J.-J. Chaponnière. M. D. G., X, p. LXIX, et n. 1, Lxx, xcn. — 3. Registre mortuaire: « Lungdy nme febvrier [mort]. En la rue de Rive hon. Jehan Baillard, marchant. » Registres mortuaires. Ibid., p. XCI, n. 2. — 4. Voir Jean Calvin, II, p. 245. — 5. Nous empruntons cette citation à un très remarquable article de M. Herbert Darling Foster : Gcueva before Calvin {ijSj-ijjô). The antécédents of a Puritan State , dans Y American Historical Review, Vol. VIII, 1903, P- 233.
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François de Versonnex, célèbre comme fondateur de l'école publique en 142g, ne mérite pas de l'être moins comme fondateur d'hôpitaux. Il en fonda
deux. Il avait acheté deux petites maisons, en face de l'église des Frères Mineurs. Par acte du 20 décembre 1434, il en donna une avec toutes ses dépendances, et de plus l'étuve et la cuisine de l'autre pour l'établissement d'un hôpital, dit de l'Eucharistie, des Pauvres Vergogneux [honteux] 1 ou du Saint- Esprit2. Il le confia à la riche corporation (confrérie de T Eucharistie) des marchands de Genève. L'évêque François de Mies donna son approbation. En 1436, la chapelle, placée dans l'hôpital, fut transportée au couvent vis-à-vis, et c'est dans le réfectoire du couvent qu'avait lieu l'élection du procureur de la confrérie 3.
Inscription de l'hôpital des Pauvres Vergogneux, à Rive. (Musée épigraphique.)
De l'autre côté de la rue, en face des maisons Versonnex, était le couvent de Rive, limité à l'Est par les remparts, au Nord, devant, par la place, à l'Ouest par la rue Verdaine, et derrière (dit De La Corbière en iy53), par un clos qui confinait à la maison des régents Prévost et Marignac \ — Ce couvent des Frères Mineurs, ou Cordeliers de la Grande- Manche, avait été fondé entre
1. On peut voir, dit Chaponnière en 1844, dans l'arrière-cour de 'a maison qui porte le N° 4, rue de Rive, l'inscription qui surmontait probablement l'entrée principale de l'hôpital : IHS XPS IHS / lopital des povre / vgonieux fondé / a lonour de la feste /dieu, lan mille / CCCC et XXXÏÏII. — M. D. G., III, p. 248, n. 1. L'inscription était encore au même endroit, en 1854. Ibid., X, p. XCII. — « Nous avons tous connu cet hôpital, dont la démolition n'est achevée que depuis quelques semaines, rue de Rive, N° 17. » La Patrie suisse, 16 août 1899. — 2. Ce nom apparaît dès 1468. — :i. Voir M. D. G., III, p. 247-264. — 4. De La Corbière (copie Bourrit).
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1264 et 1266, et c'est à cette seconde date qu'il est mentionné pour la première fois
Le couvent2 était entouré d'un mur d'enceinte et le mur était percé d'un portail à voitures, avec neuf statues de saints, dont l'un était saint Antoine de Padoue. Dans l'enceinte se trouvaient plusieurs corps de bâtiments irréguliers, qui contenaient les cellules, une bibliothèque composée uniquement de manuscrits sur vélin, un réfectoire, une étuve pour les bains, un cellier, une écurie pour le cheval que le couvent possédait quelquefois, une fenière et un grenier. Un inventaire, fait après le décès d'un Frère, nous montre dans sa cellule une table de chêne, un lit avec son ciel, une table à laver et un pot, un habit, et un autre habit blanc. Autour du couvent s'étendaient les petits jardins des Frères, un verger entouré de murs, un grand jardin avec une fontaine 3. Enfin, le cloître, pavé, blanchi et peint à l'intérieur et à l'extérieur, communiquait par une porte avec l'église, laquelle était chauffée en hiver '*.
Une des peintures dont nous venons de parler a une histoire, celle « d'ung Dieu de pitié », que l'on nommait Ecce homo. En i5o3, la chaleur fit fondre le vermillon des plaies, toutes rouges, et la peinture se mit à produire comme des gouttes de sang. Aussitôt le peuple de crier: Miracle! miracle! Miséricorde! miséricorde.... Il sue le sang! « Et se faloit prosterner devant ceste idole luy criant merci, lui présentant offrande, de quoy les moynes n'estoyent pas marris 5 ». Le peintre éclaircit le mystère.
Voici qui n'est pas moins significatif, si l'on en croit Bonivard. C'était la même année, i5o3. Il y avait à Thonon une assemblée ecclésiastique qui s'occupait de réformer l'extrême licence du couvent. Le 20 juin, syndics et Conseil envoyèrent une ambassade pour qu'il plût au synode « les laisser ainsi qu'ilz estoyent, joueurz, ribbleurs, paillardtz et enrichis de semblables nobles conditions 6 » .
C'est invraisemblable, mais peut-être vrai. Ce n'est pas Bonivard, en effet, ce sont les Registres eux-mêmes qui nous content, outre toutes celles dont nous avons déjà fait mention, les deux histoires suivantes. En mars 1429, « un Allemand (alamamts) fit sortir par séduction, dit -on, de l'église des Frères Prêcheurs, une certaine fille, peut-être sa maîtresse (amasiam), et lorsqu'ils furent dans la rue, sous le crêt de Palais, il tua la dite fille d'un coup de couteau. Après quoi il s'enfuit dans le couvent des Frères Mineurs. Car ces Frères ont des petites portes (postellas) par lesquelles ils peuvent entrer et sortir, {intendere et ejicere). Cet homicide fut vu par ceux qui le poursuivaient, buvant
1. Albert Choisy, Noies. — M. A. Choisy a bien voulu nous communiquer un travail inédit, extrêmement complet et documenté, sur le couvent de Rive, travail qu'il a lu à la Société d'histoire. Nous le remercions encore, et nous indiquons les emprunts que nous avons faits à cette riche étude. — 2. Tout près d'une tour de la ville: « turrem ville subtus domum Fratrum minorum ». Registres dit Conseil. 4 août 1429, I, p. 106. — 3. Il y en avait une devant le couvent: «.... pro tribus lapidibus existentibus in fonte ante Fratrum minorum.» 6 juin 1413. Ibid., p. 53. — 4. Albert Choisy, Notes. — 5. Jean Savyon, Annales de la cité de Genève (éd. Fick), p. 39, 40. — 6. Bonivard, Chroniques, Liv. II, ch. XVII, Vol. I, p. 301.
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et mangeant dans le couvent. Puis, par la faveur des dits Frères qui s'administraient (sibi mi ni sir ab an f) eux-mêmes, il se retira impuni 1 ». — Et voici l'historiette non moins suggestive du 4 mars 1 534. Une femme, Jaquemette, se trouvait ici, près du couvent. Voyant une autre femme qui se rendait chez les moines, elle lui dit qu'elle ferait mieux de demeurer avec son mari que d'aller ainsi se débaucher. Deux moines, dont l'un était Jacques Bernard, témoins de la scène, frappèrent Jaquemette jusqu'au sang. Cette fois-ci le Conseil montra des dispositions convenables. Il demanda que les deux moines fussent mis en prison, et de la prison il garda les clefs2.
Le même jour, un citoyen donnait plusieurs coups de pique dans les yeux de l'image de saint Antoine de Padoue. La fin approchait, dans les deux couvents. — Jeanne de Jussie raconte : Un vénérable religieux d'Auxerre prêchait au couvent de Plainpalais. Subitement « un levraut tout vif fut jetté parmi le peuple, dont toute la compagnie fut troublée. Car aucuns crièrent, tout à haute voix : Fermez les portes! fermez les portes! De cette exclamation le peuple fut tout espouvanté, craignant quelque trahison. Les hommes commencèrent à desgainer leurs épées et poignards pour se défendre. Le pauvre prescheur cuidant que ces Luthériens le voulussent mettre à mort avec tout le peuple tomba de la chaire à terre tout pasmé. Néantmoins n'y eust autre chose3.... » — On peut dire que c'étaient les derniers craquements annonçant la ruine complète.
Le couvent de Rive avait eu une histoire dont nous pouvons noter quelques faits.
Le 5 octobre 1304, c'est ici qu'eut lieu un grand banquet à propos de la consécration de l'évêque Aimon du Quart 4.
Ici arriva le pape Martin V, le 1 1 juin 1418, revenant du concile de Constance, qu'il avait clos le 22 avril. Il était accompagné de quinze cardinaux, du duc de Savoie et d'une suite très nombreuse, si bien que l'évêque de Genève, de Bertrandis, en ce moment à Thonon, écrivit aux syndics que « les gens du pape et les autres personnes formant sa cour, se plaignaient hautement du manque de vivres, particulièrement de pain5. » Il en repartit après un séjour de trois mois, le 3 septembre.
C'est ici que logeait le duc Louis, en 1462. — Il s'y était réfugié avec sa femme Anne et ses Cypriotes, le 14 juillet, pour échapper aux violences de son fils Philippe, comte de Bresse. Mais celui-ci entra dans la ville, le 1 1 octobre, avec une suite nombreuse, et si le récit des annalistes, faisant arriver de nuit le fils clans la chambre de son père, est inexact, il n'en est pas moins vrai que Philippe se hâta de mettre la main sur le vidomne, puis sur l'un des favoris de la duchesse, et que le duc effrayé, et furieux de ce que les syndics eussent,
1. Registres du Conseil, I, p. 102. — Le même procès-verbal parle d'un autre Allemand (alanianus) qui se retira du couvent de Plainpalais après avoir blessé un nommé Florimont. Ibid. — "2. Flournois, Extraits (Froment). — 3. Levain du calvinisme, p. 59. — 4. M. D. G., IX, p. 97 et p. 300. — 5. Ibid., II, p. 162.
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malgré lui, laissé pénétrer son fils dans Genève, quitta la ville, alla à Chambéry et finalement se réfugia à Lyon, auprès de son gendre, le roi Louis XI. Là, accomplissant une de ses menaces, il persuada le roi (ce ne dut pas être difficile) d'établir les foires de Lyon au même moment que celles de Genève. (Edit du 20 oct. 1452.) Ainsi c'est au couvent des Cordeliers que se passa l'un des événements qui influèrent le plus sur la richesse de Genève. — Toutefois, le 11 novembre 1462, la duchesse était à Genève, où elle mourait. Elle fut inhumée avec l'habit de saint François, dans le couvent des Cordeliers, dans la chapelle de Notre-Dame de Bethléem, qu'elle avait fondée *.
C'est ici que logeait le cordelier Christophe Bocquet. Il prêcha l'Avent de 1 532, et, nous est-il dit, « presque tous ont agréable et entendent très volontiers ». Alors le Conseil, voulant interdire toute prédication dans les « maisons particulières, » et cependant satisfaire ceux qui demandaient la parole de Dieu, » décida (2 janvier 1 533) de retenir un prédicateur aussi rare « jusques au Carême prochain, aux dépens des sept curés de la ville 2. » — C'est ce Bocquet, dont les auditeurs, « son sermon parachevé, » couraient « derechief ouyr prescher Fromment en la salle qu'il avoit louée » à la Croix-d'Or3. Naturellement, les moines furent peu contents d'un prédicateur trop « cougnoyssant la vérité 4 » évangélique, et ils déclarèrent au Conseil qu'il n'y avait point de cellule pour lui en leur couvent; mais, le 3i janvier, le Conseil envoya les syndics au dit couvent et en fit sortir les religieux étrangers pour faire place à Christophe Bocquet 5.
Alors se déroulent des faits racontés par de fort curieux documents. Le lendemain du jour où le Conseil avait ainsi dompté les résistances des Frères Mineurs, quelques partisans de la Réformation, passant le soir, vers huit heures (ier fév.), devant le couvent, y entendirent du bruit. Ils crurent qu'on maltraitait leur prédicateur préféré. Aussitôt, Ami Perrin, Jean Goule, Claude Salomon, Darloz, Etienne et Besançon Dadaz se précipitent ; ils envahissent le dortoir. « Il les trouva (dit un des Frères dans sa plainte du 2 fév. i532) clans le dit dortoir, et un religieux étranger du dit ordre, qu'ils brutalisaient en le frappant avec leurs épées dégainées; ce que voyant, et saisi de crainte, il ferma la porte de sa chambre. Les prénommés lui demandèrent de la leur ouvrir, et dirent : « Allons vers cestuy, car il se saulve ». Et comme ils poussaient ainsi contre la porte, le dit plaignant les interrogea sur ce qu'ils demandaient. A quoi lui fut répondu par l'un d'eux : « Rufien, nous te cherchons. » Et comme il ne voulait pas ouvrir la porte, ils s'efforçaient de la briser. Entendant cela, le dit plaignant, craignant qu'il ne pût lui arriver quelque chose de plus fâcheux, ouvrit cette
1. Voir pour les textes et les preuves de ces événements, Borel, p. 15-22, et Gautier, I, p. 383-392. - Ici trouve place la curieuse anecdote racontée par Bonivard, sur les procédés dont usait la duchesse Anne pour faire parvenir de l'argent à son fils, le roi de Chypre: « Pour mieux à la couverte le faire, elle avoit achapté la charge de trois ou quatre mulets de fromaiges tendres fort exquis, que l'on appelle en Savoye frommaiges de Chantemerîe, avait osté tout le dedans, mis au lieu de l'or, des pierres précieuses, etc., et les envoyoit en Chypres, feignant y envoyer un présent de fromaiges. » Chroniques, II, V. — 2. Flournois, Extraits (Froment). — 3. Froment, p. 21. — 4. Ibid. — 5. Flournois, Extraits (Froment).
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porte, et les inculpés entrèrent dans sa chambre, et après plusieurs paroles injurieuses les nommés Jean Goule et Ami Perrin le frappèrent et blessèrent violemment avec leurs épées dégainées, soit avec les pommeaux, de plusieurs coups à la tète jusqu'à amener une très grande effusion de sang, ainsi qu'il apparaît des blessures et du sang répandu. Et entre autres paroles, en le frappant ainsi, ils lui disaient : « Tu nous empesches de fère ce que nous voulons » fère, Caffars, abuseurs de gens ; mès ce n'est pas toi principalement que nous » cherchons ; tu auras ce, pour le temps passé. » Et comme ces faits se passaient survint Rd Sgr Me Barthélemi Ferrât, docteur en théologie et gardien, qui les » reprit, en disant : « Messieurs, que feictes-vous ? le couvent est vôtre ; il ne » faut pas que vous tués ainsi les religieux »
C'est par cette brutale révolution — les excès provoquant les excès — que le vieux foyer d'ignorance et de superstition, devint le berceau officiel de la Réforme.
En 1 534 — c'était de nouveau aux Franciscains à prêcher le Carême — le gardien du couvent de Chambéry, Coutelier, remplaça Bocquet. Il se montra beaucoup plus intransigeant en matière dogmatique. Or, les temps avaient marché. Et le 1e1 mars, après sa prédication, Baudichon annonça tout simplement au peuple que, tout à l'heure, on ferait sonner la cloche, et que là, dans la chaire, Farel monterait et prêcherait. C'est ce qui eut lieu, avec l'autorisation tacite, indirecte du Conseil 2.
Ce n'était pas assez d'avoir prêché dans le couvent ; les Réformateurs vinrent y habiter.
Le 2 avril i535, les Registres portent : « G. Farel et P. Viret, prédicateurs de l' Evangile. On parle de leur donner une demeure, et, parce qu'on ne trouve point de lieu plus commode que le couvent de Rive, on résout que Messieurs les syndics visiteront le dit couvent et leur y donneront une demeure honnête, là où ils trouveront de la place 3. » Et Jeanne de Jussie : Ee « chétif prédicant » G. Farel, et P. Viret prirent « possession et résidence au couvent de Saint- François en la chambre du révérend père suffragant 4 ».
Enfin et surtout « au grand auditoyre du couvent 5 » eut lieu, du 3o mai au 24 juin i535, la fameuse dispute qui eut « pour conséquence immédiate les événements d'août i535, la destruction des « images », l'abolition de la messe par le Conseil, le départ des chanoines, des prêtres, des religieux et des Clarisses 0 ».
C'est sans doute en 1 534, aPrès le Carême, que les moines, qui ne voulaient pas abjurer, quittèrent le couvent ; et, au chapitre provincial tenu à Grenoble,
I. Albert Choisy, Notes, — 2. Voir Jean Calvin, II, p. 128. — Dam la nuit du 23 au 24 mars 1534, les neuf statues de saints, placées sur la façade, furent mutilées. — Le 29 septembre, une autre statue, sur la porte de Rive, fut mutilée à son tour, et le Conseil la fit ôter, « cela étant plus honnête que de la laisser ainsi sans tête. » — Flournois, Extraits (Grenus). — 4. Le levain du calvinisme (édit. 1626), p. 106. — Froment, p. 137. — 6. Th. Dufour: « Un opuscule inédit de Farel. Le résumé des actes de la dispute de Rive, 1535. » M. D. G., XXII, p. 201.
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le 23 avril 1 535 , ils tirent déposer de leur office les Frères restés à Genève. Ceux-ci, par acte du 8 juillet 1 53 5 , donnèrent tous les biens du couvent aux syndics et à la communauté de Genève pour sustenter et alimenter l'hôpital. En compensation on leur assurait de quoi vivre1.
Le couvent (comme nous le verrons plus loin) abrita l'école, ou collège, jusqu'en i559- Mais dès le 12 août 042 il est ordonné d'y établir une charpenterie publique, charpenterie ou « chappoterie, soit lieu où on dresse les bâtimens du public et où travaillent les charpentiers2. » Le 10 avril 1548, il est décidé d'abattre le temple de Rive, et d'aberger la place à des particuliers pour y bâtir des maisons. Le couvent devint le grenier à blé en 1625 3, et fut partiellement démoli. Mais les greniers construits à la place s'effondrèrent partiellement aussi, la même année. Tous tombaient de vétusté lorsqu'on les abattit en 1769. La reconstruction fut terminée en 1774 La démolition de la porte de Rive, en i85o, donna occasion de transporter l'horloge qui s'y trouvait sur la façade du grenier à blé. Et enfin le dernier de ces bâtiments successifs a disparu complètement en 1898.
Il en restait deux objets : le bénitier que De La Corbière dit « être encore dans la charpenterie. » Mais une note, à côté, postérieure, dit : « a été mis à Saint-Germain en 1806 pour le service de l'église catholique. » Nous verrons que ce bénitier semble avoir disparu; — et la cloche, la Bellerive que nous retrouverons à Saint-Pierre.
4. Albert Choisy, Notes. — 2. M. D. G., XXII, p. 273. — :!. Ibid., VI, p. 5. — 4. Voir Cahorn: « Le grenier à blé de Rive. » {Journal de Genève, 9 mai 1897.)
SIXIÈME PARTIE De la porte de Rive à la porte de la Cité par la Madeleine, etc.
E Rive et de son couvent revenons à la place Notre-Damedu-Pont, en traversant ce qui est aujourd'hui la ville moyenne, mais ce qui fut la première ville basse, à l'époque où le lac et le Rhône venaient au Molard et n'avaient pas encore fait place à la rue du Rhône.
Après être remonté quelques pas dans la rue Verdaine, prenons, au N° 24, presque en face de la ruelle de la Vallée, l'allée pittoresque avec ses montées et ses descentes qui nous conduit sombrement à la rue du Boule (aujourd'hui rue de la Fontaine). Nous sortons au N° 23, presque en face de la rue de Toutes-Ames; et cette disposition nous prouve que ce passage, cette communication continue, doit exister de toute antiquité. — Aujourd'hui, nous retrouvons là air et lumière. Mais il n'y a pas un demi-siècle nous aurions encore débouché en face d'une porte et d'une ruelle, qui, plus anciennement, nous aurait mené au cimetière, autour de la Madeleine
Les noms de Limbes, de Purgatoire, de Toutes-Ames n'existaient pas alors2: ces noms et ces ruelles n'ont apparu qu'au fur et à mesure que le cimetière luimême a disparu. Ici encore nous constatons que la fin du seizième siècle et le dix-septième siècle ont restreint les espaces libres. Que devinrent, par exemple, les jardins mentionnés en 1473 au haut de la rue Verdaine, tout près de la sortie du passage de Muret ?
Le cimetière avait des portes 3 {Page 23q), et, dans son enceinte, contenait sans doute la cure. C'est donc ici qu'il faut placer la scène de la fin de l'année i532.
i. « Supra cimisterium Béate Marie Magdalenes, ex oriente; supra cimisterium a parte occidentali », dit l'inventaire de 1475. M. D. G., VIII, p. 335. « Dans la rue du Paradis, au jambage de l'église le plus rapproché de l'arcade qui va à la rue d'Enfer, il y a une pierre ronde, autour de laquelle sont écrits ces mots : « Hic est sepultura Pétri Batrie. » Et au milieu sont les lettres JHS. Enfin, Jeanne de Jussie rapporte que, dans la nuit du dimanche au lundi de Pentecôte de l'année 1534, on arracha deux beaux anges du cimetière de la Madeleine. » Archinard, Les édifices religieux de la vieille Genève, 1864, p. 186. — 2. Galiffe, p. 161, 162. — 3. Selon De La Corbière, on voyait ces portes à la rue du Boule et à la rue d'Enfer. Archinard, p. 186.
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C'était le moment des prédications de Froment. Un vicaire de la Madeleine, Claude Pellin, et quelques amis du prédicant, Ami Perrin, Claude Bernard, Salomon dit Pasta, parlaient des discours auxquels la foule accourait. Le vicaire s'engagea à soutenir par les saintes Ecritures que le dit Froment avait erré. Toutefois il ne voulait pas de dispute publique. Il leur « montrerait un livre. »
Le 3i décembre, il y a réunion à la cure de la Madeleine.
Selon les mœurs du temps, les honorables citoyens envoyent quérir du vin. En arrivant ils jettent leurs épées sur le lit et commencent à boire avec plusieurs prêtres, et la discussion commence. Mais voici que le prêtre a devant lui un gros infolio de Nicolas de Lyra 1 : c'est l'autorité qu'il entend invoquer. Les citoyens ne l'avaient pas compris ainsi et se récrient :
« Vous deviez réfuter ce qui a été dit par Antoine Froment par les paroles et les écritures de Dieu. » La dispute s'échauffe; une troupe de prêtres entrent dans la maison, conduits par un certain pédagogue,
nommé de la Roche, lequel tient son épée dégainée. Les citoyens se lèvent. « Nous sommes venus à la bonne foy, s'écrie Claude Bernard ; nous avons envoyé quérir à boire ; nous avons jeté nos épées sur le lit et nous ne sommes venus que quatre dans votre maison pour disputer; et cependant vous avez fait venir séditieusement une troupe de prêtres en armes. Que veut dire cela ? » En même temps il saisit son épée de dessus le lit. Ses trois compagnons l'imitent. Alors les prêtres effrayés font sonner le tocsin par des gens apostés dans le clocher.
Arcade à la rue des Limbes, (p. 238.)
i. Il y a à la Bibliothèque publique un gros in-folio manuscrit, dont les feuilles sont en parchemin, et qui commence par cette note : « Ce livre a baillé Jaques Bernhard au lieu d'ung tel à l'impression appartenant à ceste ville de Genève. » 11 n'est pas sûr que la note soit de la main de J. Bernard lui-même. Le début du volume, en lettres gothiques, est celui-ci : « Incipit postilla magistri Nicholaï de lira de ordine fratrum minorum super novum testamentum çollatio, » — Serait-ce le Nicolas de Lyre dont se servit le vicaire }
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C'était midi. Au dehors la foule accourt, les uns pour soutenir les citoyens, les autres pour soutenir les prêtres, et le sang va couler, quand, heureusement, le
Lieutenant de la justice arrive :
M. de Châteauneuf impose silence.
Les citoyens obéissent avec humilité. Mais le chapelain de Saint- Germain, avec son frère, malgré tout, court avec emportement et furie, tout armé, vers la Madeleine, se rebelle et veut même frapper le Lieutenant de son arquebuse....
Cependant tout finit par s'apaiser !.
L'église de la Madeleine ressemble aux autres églises de Genève, dont les façades n'offrent pas grande différence entre elles :
Saint- Gervais, Saint-Germain, l'Auditoire : un portail, et au-dessus une fenêtre. {Page 241.)
ce Après les cryptes de Saint- Gervais, dit Blavignac, le clocher de l'église de la Madeleine est le plus ancien monument sacré que
possède Genève Carrée à la
base,... octogonale dans la partie supérieure, la tour se terminait autrefois par une pyramide en pierre "1. »
C'est en 1 1 10 qu'il est pour la première fois fait mention de l'église : « près du lac 3 », est-il dit. (Nous avons expliqué qu'il ne fallait pas prendre l'expression tout à fait à la lettre). Mais l'édifice fut plusieurs fois incendié : en 1 32 1
Passage des Barrières, (p. 243.)
1. Flournois, Extraits. — -2. Blavignac, Histoire de l'architecture sacrée (1853), p. 198. — Pictet de Sergy {Genève, I, p. 77, n. 1) rapporte la tradition suivante: « Quand on bâtit l'église, une pauvre ouvrière, nommée Marie Madeleine, légua tout ce qu'elle possédait.... On sculpta à la naissance des arceaux et à la clef de la voûte du chœur des rouets — son outil. — Une fête populaire a conservé cette tradition jusqu'à nos jours [1845]. Cette fête a encore été spécialement célébrée en 1835. » En réalité, ces sculptures représentent les armoiries de la famille de Rolle, qui reconstruisit l'abside de l'église. Voir J. M., Bulletin de la Société d'histoire, I, p. 67. — .'!. Guy, évêque de Genève, donne au monastère de Saint-Oyen de Joux (Saint-Claude)... ecclesiam ctiaiii saiictœ Mariœ Magdalcinv , inj'ra ipsam civitatem gebennensem , juxta lacum sitam, R. G., N° 248.
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(18 mars) toute la rue, est-il dit, du côté du lac et toute la ville neuve jusqu'au marché1 ; en 1 334, avec les deux tiers de la ville ; en 1430 avec tout le flanc de la colline. L'église fut complètement restaurée en 14462, réparée en 161 1, refaite — pour la façade, — en 1846 3.
Intérieur du temple de la Madeleine (gravure de P. Escuyer, vers 1825).
« Une des chapelles est encore décorée d'écussons représentant sur fond d'azur une mule harnachée, ayant pour cimier un ange à la robe de pourpre, tenant un flacon d'or4. » — Sans doute cette chapelle avait été fondée par l'hôte d'une auberge fameuse, qui se trouvait précisément en face de la chapelle, et s'appelait la Mule '. C'était, dit-on, la plus ancienne auberge de la ville. Placée au-dessous de l'évêché, elle avait dû être originairement destinée à loger, avec leurs mules, les étrangers qui avaient affaire avec l'évêque ou son administration. « Une enseigne, souvent renouvelée, mais gardant toujours sa date primitive de l'an 1000, a été suspendue à cette maison, jusqu'à nos jours», dit Pictet de Sergy, en 1845 °.
1 . M. D. G., IX, p. 305. — 2. La chaire en pierre date de 1539. H. Mallet, p. 152. — Cette chaire n'existe plus. — 3. Magnin. — 4. Blavignac, Enseignes, p. 8. — 5. Ibid., p. 7. — « Sur le sol de la maison qui fait l'angle de la petite Madeleine, vers les barrières (rebâtie il y a vingt ans, par M. Junod, son propriétaire actuel). » Pictet de Sergy. Genève, I, p. 77. — ti. Ibid,, II, p. 226, et I, p. 77. — D'après le même auteur, au milieu du quinzième siècle, < la population ecclésiastique... était logée dans les rues alentour de la Madeleine, presque toutes à noms théologiques (de Tontes- Ames, Purgatoire, Paradis, des Limbes, d'Enfer), et s'étendait par la rue Du Boule, jusqu'au golfe de Longemale, où l'évêque avait une maison de campagne. Ibid,, II, p. 224.
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D'ici, le passage des Barrières {Page 240 et 247), croisant à droite le passage de Monetier et à gauche le passage du Muret, montait, et monte encore, en pente raide, à la place de Saint-Pierre.
La Réformation nous rappelle d'autres souvenirs. C'est ici que Farel prêcha sans attendre le résultat de la Dispute. Le 23 juillet 1 535, « on ordonne de lu1 dire qu'il cesse de prêcher. Le dit Farel, accompagné des autres prédicateurs, fait le rapport de la Dispute. On interjette qu'ils prêchent à la Madeleine, et on résout de leur dire qu'ils cessent jusqu'à ce qu'il en ait été connu en la journée qui se doit tenir devant Mrs les Suisses1. » 3o juillet 1 535 : « G. Farel, appelé en Conseil. On lui remontre qu'il devait obéir à nos commandements et n'y pas contrevenir en prêchant à l'église de la Madeleine. Après avoir fait de longues remontrances par l'Ecriture, il dit : « Messrs, je vous prie de faire des commandements justes auxquels on puisse obéir, de peur que je ne sois contraint de dire ce qui est vrai, qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes2. »
{Page 242.)
En i 555 (10 juin), les cultes étant de plus en plus fréquentés, le Conseil décida qu'on ferait «encores ung presche après diner, la dimenche, à la Magdeleine et aussi ung le mercredy 3. » C'était en été; la chaleur était forte; on étouffa.... Et Calvin fait observer (24 juin) « qu'il est dangereux que la senteur ne cause quelque infection ; par quoy seroit bon de faire ouvrir les fenestres, et y mettre des treillis de fil archant pour peur des arondelles. » En effet, on y pourvut au plus vite 4.
Bas de la montée du Perron
1. Flournois, Extraits. — 2. Ibid. — 3. Registres du Conseil, Vol. 49, f. 102. Annales, p. 609. — 4. Ibid., f. 114. Annales, p. 609. — Un vitrail ancien, provenant de l'église de la Madeleine, est actuellement au Musée archéologique. Séance de la Société d'histoire, du 24 juin 1841. Ed. Favre, Mémorial, p. 45-
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Sur la place de la Madeleine, nous trouvons, tout près de l'église (c'est la troisième maison), le second hôpital de Versonnex, et puis beaucoup d'auberges. Au N° 17 pend encore l'enseigne: « Aux Chamois. Bon logis 1602»: l'année de l'Escalade. Un chamois est peint, et dans l'angle droit, en haut, se voient les armoiries de Genève.
De l'église jusqu'à la Cité va la rue dont les sections se succèdent, chacune avec son nom, comme dans les Rues-Basses :
i° La place et la rue de la Madeleine jusqu'au Perron *, à gauche {Page 2q3), et à l'arcade du Fort-del1 Ecluse {Page 97), à droite. (Voir le plan Page 245.) En 1678 plusieurs maisons tombèrent en ruines, et
le 29 mars le Conseil délibéra
et décida de traiter avec les propriétaires, soit pour «les obliger de les réédifier promptement, » soit plutôt « pour réduire cet endroit en place publique, pour ornement et décoration de la ville 2. » Les « commis pour examiner les moyens de construire une place, au bas du Perron, proche de la Magdeleine, où est arrivé la ruine de quelques maisons », présentèrent leur rapport le 8 mai. Ce rapport, lu et approuvé, fut « renvoyé par devant les dits Seigneurs commis, pour tenir main à l'establissement de la dite place3. » — Avant cette percée, au seizième siècle, ce quartier devait être singulièrement étroit, resserré.
1. « L'arcade du Perron, » ou du « Fort de l'Ecluse, » ouvrait et fermait à la fois la rue du Perron et celle de la Madeleine. Galiffe, p. 120. — Blavignac dérive ce mot Perron de Prétoire. (Etudes sur Genève, II, p. 25, 26. Enseignes, p. 28.) — Il y avait en effet un Prétoire à Genève. « Ubi solebat esse Pretorium. ■■ M. D. G., IVb, p. 68, etn. 145 (p. 110). « Il est remarquable, dit Mallet, de voir ce mot tout romain, encore en usage à Genève au milieu du treizième siècle. » — « Le texte de l'acte, dit Galiffe, me permet de placer ce Prétoire près ou au-dessus des Barrières. » Galiffe, p. 116, n. 2. — L'arcade du Fort-de-l'Ecluse a été démolie la dernière. L'arcade de la Cité a été démolie en 1825, celle de la Monnaie en 183 1 , celle du Bourg-de-Four en 1840, celle du Fort-de-l'Ecluse en 1842. Rigaud, M. D. G., VI, p. 437, n, 1. — "2. Registres du Conseil, Vol. 178, p. 127. — 3. Ibid., p. 169.
Descente de la Pélisserie. (p. 245.)
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2° La rue de Villeneuve (puis Punaise, auj. Traversière remplie d'étables en 1475, jusqu'à la rue de la Pélisserie {Pelliparia), à gauche, et la rue du Terraillet, à droite. {Page 244.)
3° La rue de la Rôtisserie (la Rutisserie) jusqu'aux rues de la Tour-de-Boël et de Bonmont (auj. Bémont), à gauche, et à la rue des Allemands, à droite 2. (Voir Page
Nous n'avons pas beaucoup de détails à signaler. Nous ne pouvons pas cependant passer sous silence le résultat des fouilles pratiquées en 1901 et 1902, à l'angle de la place du Fort-de-l'Ecluse (côté Est) et de la rue de la Croix-d'Or, ainsi que sous les maisons qui bordaient le côté Nord de la rue de la Madeleine. On a constaté que le sol primitif était plus bas que le sol actuel. Les caves des maisons démolies reposaient sur ce sol primitif, lequel avait été remblayé, sans doute dans le courant du quinzième siècle, pour constituer le niveau de la rue de la Madeleine. — De plus, au dit angle de la place, on a découvert un gros mur, parallèle aux Rues- Basses, traversant la place du Fort-de-l'Ecluse de l'Est à l'Ouest et mesurant au moins deux mètres d'épaisseur. A ce massif se rattachait (d'après les fondations retrouvées) un mur d'enceinte d'environ un mètre d'épaisseur et paraissant se diriger à peu près vers le milieu de la rue d'Enfer.
Nous avons donc ici la preuve du fait indiqué plus haut, à savoir que, entre l'époque du mur burgonde et celle du mur épiscopal, d'autres murs se sont dressés, nécessités par le développement du quartier de la Madeleine, par exemple, et qu'à ce mur appartenait la massive arcade du Fort-de-l'Ecluse. A l'Est se trouvait le mur qui allait jusqu'à la porte d'Yvoire, au bas de la rue d'Enfer. Dans l'axe de la rue de la Croix-d'Or, le mur devait déjà exister en 1258 et remonter à une époque plus ancienne3.
Quant à ce qui se voit encore aujourd'hui, le plus intéressant c'est l'ensemble. Il se trouve en effet que la rue, le long du flanc de la colline, est coupée par les rues transversales très rapides, très raides. Sans cloute, autrefois, on pouvait
i. « Le nom de rue Punaise vient detre changé en celui de rue Traversière, à la demande des habitans de ce quartier. » Note au MS. de De la Corbière. Bibliothèque publique. — 2. M. D. G., IX, p. 305. - 3. Camille Favre, Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie, II, p. 328 et ss.
Rue du Perron, rue Punaise, Fort-de-l'Ecluse, rue couverte du Terraillet. Archives, Anciens plans, (p. 244.)
Passage de Monetier. (p. 247.
presque partout aller avec un cheval : preuve en soit le grand nombre d'hôtelleries, d'écuries, qui sont signalées à des endroits où aujourd'hui il y a des marches d'escaliers. Escaliers, rampes, barrières, murs de soutènement sont donc de date relativement récente. Mais on peut dire que ces obstacles n'ont pas seulement servi à éviter aux passants de trop dangereuses glissades. En rendant les communications directes à char et à cheval impossibles, en rendant le transit presque nul, ils ont repoussé le commerce, l'industrie, l'envahissement moderne : ils ont préservé le passé. Aussi nulle part ne trouve- 1- on autant que dans ces quartiers les maisons du quinzième siècle. A tel endroit il suffit d'enlever les devantures plus ou moins modernes de quelques boutiques pour revoir tout un long morceau de rue ancienne, avec ses arceaux, ses portes en ogive ou à plein cintre, ses fenêtres et leurs arcs en accolades, ses contreforts, presque ses trappons. - - C'est ainsi que l'archéologie a ses compensations.
mm
Passage de Monetier. (p. 247.)
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Pour achever de donner à ces impressions toute leur vivacité, il n'est malheureusement plus possible d'aller toucher ou voir les fameux anneaux accrochés aux grands murs burgondes, soutenant les jardins de la rue des Chanoines. De La Corbière 1 les mentionne un peu vaguement, mais déjà H. Mallet écrivait en 1807: « Sans nier l'existence de certains anneaux, qu'on prétend avoir servi à attacher les bateaux au pied de ces murs,... mes recherches pour les voir ont été inutiles 2. » Il n'est plus possible de passer — autrement qu'en imagination sous l'arcade du Fort-de-l'Ecluse, démolie en 1843 3....
Mais on a le droit de soutenir qu'il reste encore mieux que tout cela; il reste ce que l'imagination peut rêver de plus burgonde et de plus épiscopal, et de plus Vieux-Genève, le passage de Monetier. {Page 246.) D'abord il fait suite, à travers la montée des Barrières, au passage du Muret, et puis il est parfaitement conservé et très facile à parcourir jusqu'au Perron. D'un côté, on voit, on touche le rempart primitif, de l'autre (à 1 mètre, im5o de largeur), ce sont des murailles noires, percées d'ouvertures insuffisantes, qui s'élèvent à une hauteur de 10, de i5 mètres. Et on peut errer là, sous les arceaux qui traversent d'un mur à l'autre, dans un silence moyenâgeux, à peine troublé par un gros chat tapis dans l'angle et l'ombre, et dont les yeux brillent.... Ici est le vrai paradis de l'archéologue. {Page 246.)
i. De La Corbière (copie Bourrit) : « On y a trouvé.... » — 2. H. Mallet, p. 103. — 3. Voir plus haut, p. 244, n. 1. — M. D. G., II, p. 237.
Passage des Barrières, (p. 243.)