TROISIÈME PARTIE
Désintéressement de Calvin.
IEN vieilles sont les accusations et insinuations: pour nous servir d'un mot assez familier à Calvin, il y a toujours eu des chiens prêts à aboyer après les grands hommes. Ils aboient même d'autant plus que ces hommes sont plus grands.
i. Le 21 janvier 1546, Calvin raconte à Farel sa discussion avec un anabaptiste, en séance du Conseil : « Ensuite il me traita d'avare. Tous éclatèrent de rire {risérunt omîtes), car ils savaient combien, cette année même, j'avais refusé d'accepter, et cela si sérieusement que je l'avais affirmé par serment : je ne prêcherai jamais plus s'ils ne cessaient d'insister. Ils savaient que non seulement j'avais refusé leur munificence extraordinaire, mais que j'avais renoncé à une partie de mon juste traitement, pas à moins de 20 couronnes.... J'ai répondu avec modestie que s'il était à ma place lui serait riche. Mais cela ne prouvait pas mon avarice, si j'étais pauvre, ayant la faculté de m'enrichir l. »
Il faut bien noter que Calvin parle ainsi en face des gens qui connaissaient le mieux sa situation financière. Même s'il eût voulu mentir, le mensonge lui aurait été impossible : il a donc dit l'exacte vérité.
2. L'année suivante, 1547, on courir le bruit que Calvin a acheté une propriété. Le Réformateur écrit : « Quant au fond de terre que j'ai, dit-on, acheté, au prix de tant de mille, certes je serais niais, si je me donnais la peine de réfuter avec beaucoup de paroles de si grossiers mensonges. Ici, ou dans tout le voisinage, il n'y a personne qui ignore que je ne possède pas un pied de terre. Tous ceux qui me connaissent savent que je n'ai jamais eu assez d'argent pour acheter un arpent, sauf quand on me paye mon trimestre. Je n'en suis certainement pas encore arrivé là, moi qui me sers encore de meubles étrangers. Ni la table sur laquelle nous mangeons, ni le lit dans lequel nous dormons ne sont à