Herminjard, IX, p
JEAN CALVIN Ul
Appendice N° V.
WHITINGHAM », LE PRÉTENDU BEAU FRÈRE DE CALVIN
i. Une biographie anglaise. — 2. Sa correspondance avec Calvin. — 3. La tradition. — 4. L'origine de la tradition.
1 . Une notice sur Whitingham, rédigée par un ami -, se trouvait dans la Bodleienne d'Oxford, parmi les papiers de Antony A. Wood, l'auteur des A théine oxonienses. Elle fut publiée en 1875 3j par Peter Lorimer, comme appendice à son ouvrage, John Knox and the Church of England, (P- 3°3'3I7)- En voici le résumé plus ou moins complété.
William Whitingham naquit à West Chester *. Il devint scolar, à l'âge de seize ans, environ en 1540 5, et felloiv en 1545. Peu d'années après (a few yectr) [mettons en 1547], il traversa la France, voulant aller en Italie, mais il tomba malade à Lyon, rebroussa chemin et vint passer quelques années (divers y cars) à Orléans. Il séjourna ensuite quelque temps (some limes) à Paris, fréquentant les étudiants de cette seconde université, comme il avait fréquenté ceux de la première. Après quoi il se rendit dans les universités d'Allemagne, et puis à Genève. Il avait ainsi vécu les six années du règne d'Edouard VI (1 547-1 553) dans ces écoles étrangères. Il ne retourna 6 en Angleterre que tout à fait à la fin de la vie de ce prince (mort le 6 juillet 1553). Mais la reine Marie étant montée sur le trône, et ayant vite fait connaître ses sentiments, Whitingham s'enfuit. [Il s'occupa d'abord de mettre en sûreté P. Martyr, alla à Londres présenter une pétition en sa faveur, pétition qui eut plein succès.... Puis, en septembre, sans doute]7, arrivé à Douvres, il n'échappa que grâce à sa présence d'esprit à une comparution devant le magistrat. Il arriva en France, et après avoir un peu attendu les autres fugitifs, il alla avec eux à Francfort (juin 1554).
Ce n'est pas le lieu de parler des tristes événements qui amenèrent vite la désunion, la rupture entre les membres de l'église anglaise de Francfort 8. Whitingham partit pour Genève, où il finit par devenir ministre de la communauté anglaise.
1. Il signe Whilinghamus, et son contrat de mariage, que nous citerons plus loin, porte Whitingham; le Livre des Anglais (Archives de Genève), rédigé en anglais par un membre de l'église anglaise, évidemment, écrit aussi : Whitingham. Nous adoptons donc cette orthographe, plutôt que celle du Dictionary . Whittingham. — La principale étude sur Whitingham est due à M. A. F. P. (A. F. Pollard), dans le Dictionary of national biography. Vol. LXI, 1900, p. 150-153.
— 2. D'après le Dictionary cette notice a été écrite vers 1603. — 3. D'après le Dictionary elle avait d'abord été publiée par Everett Grenn dans le vol. VI: Cambden socicty's miscellany, 1871. — 4. La ville de Chester, dit le contrat de mariage.
— 5. C'est le Dictionary qui donne cette date de 1540. Whitingham serait donc né vers 1524. — t». Définitivement. Voir p. 670, n. 2-7. — 7. Ce qui est entre crochets est emprunte à une lettre de Julius Terentianus, du 20 nov. 1553, Original letters relative to the english Reformation, 1846, I, p. 369 et ss. — H. Voir Jean Calvin, II, p. 531.
Ce fut, ajoute la notice publiée par Lorimer, tout à fait malgré lui. Il résista longtemps aux instances de Calvin, disant que dans ses voyages il s'était préparé pour un emploi dans l'Etat et non dans l'Eglise, qu'il n'avait ni les connaissances ni les dons nécessaires. Mais Calvin persista et le décida, plutôt en le conjurant qu'en le persuadant. Elu ancien le 16 décembre 1555 et le 16 décembre 15561, il fut élu diacre le 16 décembre 1 5 5 8 2 ; et en 1559, il succéda à Knox comme pasteur 3.
Toutefois l'archiviste Th. Heyer, dans sa notice sur Whitingham, dit qu'il n'a trouvé nulle part trace ni de son premier séjour à Genève, ni de sa consécration au saint ministère, et que le Livre des Anglais le cite, dans chaque élection, parmi les anciens ou parmi les diacres. — Il tut reçu à l'habitation le 24 octobre 1555 et à la bourgeoisie le Ier juillet 1557 *■.
C'est lui qui fut le principal traducteur de la célèbre Bible île Genève5; pour l'achever, il laissa partir tous ses autres compatriotes, et ne rentra qu'un an et demi après que la reine Elisabeth fut montée sur le trône, 17 novembre 1558. C'était donc vers le milieu de 1560". — Il avait aussi traduit en vers quelques psaumes7. — Presque tout de suite il accompagna le comte de Bedford, envoyé par la reine Elisabeth à la cour de France pour porter ses condoléances à propos de la mort du roi8. Puis, quand la guerre éclata entre la France et l'Angleterre, Whitingham repartit encore et accompagna le lieutenant d'Elisabeth, le comte de Warwick, au Havre, comme prédicateur.
L'auteur de la notice ne peut rapporter tous les éloges que Whitingham mérita alors de la part de tous les plus grands personnages, prêchant, découvrant les stratagèmes des assaillants pour
1. « To be senior, » Livre des Anglais. — 2. « To be diaconus, » lbid. — 3. Dans le procès qui, plus tard, fut intenté contre Whitingham, ses adversaires lui reprochèrent surtout, à part son zèle iconoclaste, l'invalidité de son ordination. « On admettait qu'il n'avait pas été ordonné selon les rites de l'Eglise d'Angleterre. Mais le parlement avait passé un vote, reconnaissant la validité de l'ordination des ministres soit selon les rites catholiques, soit selon les rites des églises réformées du continent. Sandys (l'archevêque d'York et l'accusateur de Whitingham) maintenait que Whitingham n'avait pas même été ordonné validement d'après le rite genevois, et qu'il avait été seulement prêcheur, sans l'imposition des mains. Huntingdom (l'un des membres de la commission, partisan de Whitingham) écrivait cependant : « Il ne peut qu'être pris en mauvaise part, par tous les hommes savants et pieux en Angleterre et dans toutes les églises réformées du continent, que nous admettions dans notre clergé les prêtres de la messe papale, et que nous en repoussions les minisires faits (made) dans une église réformée. » — 4. M. D. G., IX, p. 345, 353, 354. Notice sur la colonie anglaise établie à Genève, de 1555 à 1560 (lue à la Société d'histoire et d'archéologie, le 24 mars 1853). — Covelle, Le livre des bourgeois, 1897, p. 256. — A la page 354, Th. Heyer indique par erreur la date du 31 mai 1558, comme étant celle de la réception à la bourgeoisie de W. Whitingham. C'est Bot'ley qui fut reçu B. G. ce jour-là. Mais à la page 345, Th. Heyer donne pour W Whitingham la vraie date : 1" juillet 1557. — 5. Il faut indiquer le rôle, si considérable, que cette Bible de Genève a joué en Ecosse et en Angleterre. « La Bible de Genève est souvent appelée Breeches-Biblc (Breeches est l'expression qui, dans cette Bible, remplace l'expression usuelle aprons, Genèse IV, 7). Whitingham avait déjà publié une version du Nouveau Testament, in-i2, achevée d'imprimer à Genève, par Conrad Badius, le 10 juin 1557. Cette version diffère de celle suivie dans la Bible de Gen'cv:. Néanmoins de celle-ci et de sa préface, Whitingham est regardé aussi comme le principal auteur. Il prit part également à la revision de l'Ancien Testament, et le fait qu'il resta pour veiller à l'achèvement de l'œuvre, tandis que la plupart des traducteurs rentraient en Angleterre, montre assez qu'il peut revendiquer dans cet ouvrage la part la plus importante. Cette version de la Bible est, à différents points de vue, remarquable; les anciennes lettres gothiques sont remplacées par les caractères romains; les chapitres sont, pour la première fois, divisés en versets, et le volume est un in-quarto, au lieu d'être un in-folio. Ce fut un manifeste des Calvinistes. Pour la première fois les apocryphes sont supprimés; supprimés aussi, dans le calendrier mis en tète, les noms et les jours des saints ; et les notes critiques et explicatives ont un caractère calviniste prononcé. Le volume fut imprimé à Genève par Rowland Hall, en 1560, et ce fut bientôt la version de la Bible .la plus répandue en Angleterre. Environ soixante éditions furent publiées avant l'apparition de la version autorisée de 161 1, quatre fois le nombre des éditions de la Bible des ive'qites, publiée en 1568, précisément pour contrecarrer les tendances puritaines de la version de Genève. Même après 161 1 la vogue de celle-ci ne fut pas épuisée et dix éditions parurent de 16 1 1 a 1640. Ce fut la Bible qui servit à l'éducation de la plupart des Anglais de l'Angleterre d'Elisabeth, et, après l'apparition de la version autorisée, elle resta la Bible favorite des familles puritaines. » Dicttonary. — 6. C'est le 30 mai 1560 qu'il prit congé du Conseil de Genève. — 7. « L'influence de Whitingham sur le Psautier s'exerça d'abord par une revision savante, grâce à sa connaissance de l'hébreu, de l'œuvre de Sternhold et des sept anciens psaumes de Hopkins; et en second lieu par une imitation des mètres français. » Dictionary. — 8. Janvier 1560.
APPENDICE V
s'emparer de la ville, etc., aussi digne « de Mars que de Mercure. » Envoyé par le comte de Warwick auprès du Rhingrave, qui commandait les troupes ennemies, il voit tout à coup celui-ci piquer des deux son cheval, accourir ventre à terre, et tirer son épée ou sa rapière, comme pour le pourfendre. Whitingham saisit, à l'arçon de sa selle, un pistolet et le braque sur le Rhingrave, qui, étonné, s'arrête et entre en conversation, du reste charmé de l'aventure. Il emmène le négociateur dîner avec lui. Pendant le repas, un convive parle mal de l'Angleterre. Whitingham réplique, et si vivement qu'un Français furieux se lève, son poignard à la main. On l'arrête. Le Rhingrave, de plus en plus charmé, fait apporter une coupe pleine de vin et offre à son hôte le vin et la coupe. Whitingham refuse celle-ci. Le Rhingrave la lui fait porter au Havre.
Le comte de Warwick, non moins enthousiaste (cela se comprend) que le Rhingrave, employa tout son crédit pour faire nommer Whitingham doyen de Durham. Là où le frère du comte et le secrétaire même de la reine avaient échoué — car la reine avait déjà promis le doyenné — le comte réussit, comme nous l'apprend une lettre de son frère (24 juillet 1563)
Ce n'est pas que Whitingham eût dissimulé ses sympathies calvinistes. Il s'était même attiré une lettre de Cecil, le célèbre secrétaire, lui rappelant qu'il devait, au Havre, observer les cérémonies du culte anglican (9 décembre 1562). Il avait respectueusement mais nettement répondu, et parmi les raisons de sa conduite, il avait donné celle-ci : « J'ai toujours trouvé cet ordre [calviniste] le meilleur, comme s'accordant le mieux avec la parole de Dieu, se rapprochant le plus de l'exemple de l'église primitive et le plus approuvé par les hommes savants et pieux. »
Néanmoins, quand il fut doyen, il accepta les cérémonies anglicanes, fidèle au principe qu'il avait appris, disait-il, de saint Augustin, qu'il fallait se conformer aux habitudes du pays où l'on était. Et quand un ancien compagnon d'exil à Genève lui reprocha cette conduite, il répondit : « Nous avons entendu Calvin dire que, pour ces choses extérieures, nous ne devons pas négliger notre ministère, car ce serait prendre la dîme de la menthe, et négliger les grands commandements de la loi. »
Cecil étant devenu lord trésorier, on voulut nommer Whitingham à sa place de secrétaire 2. Il refusa, comme cinq ou six ans plus tard il refusa de se laisser nommer évêque de Durham ou archevêque de York3. Mais sa modestie laissait intacte sa fermeté habituelle, et l'archevêque de York ayant voulu violer la liberté de l'église de Durham, Whitingham lui ferma littéralement la porte au nez 4. De là un conflit, qui abrégea peut-être les jours de notre héros. Après neuf semaines de maladie, il mourut le 10 juin 1579.
Et ce que nous remarquons, c'est que ce récit si vivant, fait par un historien au courant des détails intimes de la vie de Whitingham, ne dit pas un mot du mariage de celui-ci avec une sœur de Calvin.
2. Quatre lettres de Whitingham à Calvin, publiées par les Opéra, vont nous permettre d'ajouter quelques détails à ceux de la notice anglaise.
Une lettre du 1 1 mars (le millésime manque) nous dit que Whitingham est depuis dix jours à Strasbourg, attendant une occasion de s'embarquer Qiavigandi opportitnitateni). Il a appris (intellex'i) les désastres causés par la peste de 1552; les hommes dont il avait autrefois tant entendu parler ne sont plus: Hédion, Christophore Soell, mari de la fille d'Oecolampade, devenue la bellefille de Bucer, etc., et aussi le Français Dryander (mort le 30 décembre 1552) 5, à qui Calvin avait récemment envoyé des lettres pour les faire parvenir à Mélanchthon. Il a trouvé ces lettres, ouvertes, aux mains des tuteurs des enfants de Dryander. Il va s'occuper de les faire parvenir à
1. La nomination est du 19 juillet 1563. — 2. En 1572. — 3. En 1577. — 4. Même année. — 5. Opéra, XIV, p. 435, n. 11.
WHITINGHAM, LE PRETENDU BEAU-FRERE DE CALVIN
leur adresse. Et il se livre aux protestations les plus hyperboliques de son dévouement au Réformateur. Il parle de son « affection merveilleuse (mirificà), » et il déclare que Calvin ne peut rien faire qui ne soit très digne d'être approuvé par le jugement non pas uniquement d'un seul homme, mais de tous les hommes {omnium œtatum atque hominum judicio comprobatum iri meritissimo debeai) 1 .
Cette lettre est placée par Th. Heyer en 1555, et par les Opéra en 1554 : les deux dates nous paraissent également impossibles. Comment Whitingham apprendrait-il, et aurait-il presque l'air d'annoncer à Calvin, plus de deux ans, ou même plus d'un an après les événements, les ravages de la peste, la mort d'Hédion, etc. ? Comment les lettres de Calvin seraient-elles restées plus de deux ans, au moins plus d'un an, ouvertes, entre les mains des tuteurs des enfants de Dryander, sans que personne s'en occupât? Si la lettre de Whitingham est du 11 mars 1553, alors tout est naturel. J'ajoute que les éloges dithyrambiques de Whitingham, si l'on s'en rapporte aux mœurs du temps, conviennent fort bien à la première lettre, par laquelle on entrait en relations épistolaires avec un homme célèbre. Whitingham, qui a connu Calvin à Genève, lui écrit pour la première fois.
C'était le moment où il se rendait en Angleterre; il attendait l'occasion de s'embarquer, sans doute pour descendre le Rhin, et traverser la mer en partant d'Anvers. C'est précisément cette route, en sens inverse, qu'allaient suivre P. Martyr et un de ses amis, quelques mois plus tard 2.
Une seconde lettre est du 27 mai (sans millésime). Elle est écrite de Londres. Whitingham parle à Calvin des difficultés à surmonter pour devenir pasteur. « Personne ne peut être créé ministre de la parole, s'il n'a d'abord revêtu le diaconat... rite superstitieux et pleinement papistique.... Je ne puis parvenir au ministère sans ce moyen, et je ne pense pas qu'il me soit permis de le devenir par ce moyen.... J'ai résolu, repoussant ces niaiseries, d'en appeler aux évêques, comme à de justes seigneurs auprès du roi, pour qu'il me soit au moins permis de prêcher (concionari). Je ne demande aucune récompense, aucun gain. Il me suffit qu'il me soit permis d'accomplir mon devoir, la conscience libre 3. »
Ces efforts ne devaient pas aboutir à ce moment, car le roi Edouard VI allait mourir (6 juillet 1553). Mais ils réussirent après l'exil, en 1561, lorsque Whitingham était sur le point de revenir en France avec le comte de Bedford. C'est ce que nous dit la lettre de Des Gallars à Calvin, datée de Londres, 25 janvier 1561 4, et ce que confirme la lettre de Goodman à Calvin, datée de S. Andrew en Ecosse, le 13 février 1561. « On a délié la langue à notre Whitingham, à qui on avait imposé silence, et cela sans condition, car il n'a voulu en accepter aucune 5. »
Il ne s'agit, en 1553, et en 1561, que de la liberté de prêcher (concionandt). Et nous observons que le doyenné de Durham, confié quelques années après (1563) à Whitingham, était une église sine cura animarum 6, sans cure d'âmes 7.
La lettre du 27 mai est placée naturellement par les Opéra en 1553, peu de temps avant la mort du roi, dont elle parle encore comme vivant, et cette détermination s'accorde bien avec notre détermination précédente. Parti en mars, Whitingham est en Angleterre en mai.
1. Opéra, XV, p. 76, 77 et n. 1. — Lettre déjà publiée par Th. Heyer, p. 375, ce que les Opéra ont oublié d'indiquer. — Voici comment cet ami, Julius Terentianus, parle de ce voyage, dans une lettre à John [ab Ulmis], datée de Strasbourg, le 20 novembre 1553 : « Je ne veux pas mentionner les périls auxquels nous avons échappé : la peste, les troupes, le Rhin. Et comme nous avons eu un temps doux dans notre voyage jusqu'à Strasbourg, chacun peut en conclure que Dieu nous a certainement fait revenir ici. Mais précisément, comme nous entrions dans la ville, Jacques Sturm, qui n'attendait plus que l'arrivée de Pierre Martyr, mourut (30 octobre 1553), et nous fûmes ainsi trompés dans notre espoir. » (Original letters relative to the english Reformation, I, p. 372.) — 3. Opéra, XX, p. 4'5- — 'l- Ibid., XVIII, p. 341- — S. Ibid., p. 365. — 0. Lorimer, p. 310. — 7. Ces doyennés sine cura aniniarimt étaient en général regardés comme des bénéfices semi-séculiers. Mais Whitingham prit très au sérieux tous ses devoirs religieux. Dictionary, etc.
6yo
APPENDICE V
Les deux autres lettres (toujours sans millésime) de Whitingham à Calvin n'offrent aucune difficulté quant à la date. La première est datée « de Francfort, le 25 mars ', » et ne contient aucun détail pouvant ici nous intéresser; l'autre est datée « de Francfort, le 21 septembre. » Whitingham annonce à Calvin que son mobilier est parti pour Genève, et qu'ils vont se hâter de venir eux-mêmes Qpsi quantis possumus maximis itïneribus ad vos contendimus1^).
Et ici encore nous le remarquons : il n'y a pas dans toute cette correspondance une seule expression, qui permette de supposer que Whitingham est le beau-frère de Calvin. Aucune allu-
1. Opéra, XV, p. 523. — 2. Th. Heyer, p. 377. Opéra, p. 786. Notre système chronologique est-il confirmé ou renversé par une lettre de Hubert à P. Martyr, que les Opéra publient à la date de janvier 1553, et où nous lisons ce détail sur Whitingham : « Valde his diebus quatuordecim nos colloquium Guilielmi Witingami exhilaravit. Hic enim tibi ante triennium familiarissimus de rébus tuis multa nobis narravit exoptatissima, ita ut nunquam fere cibum una sumeremus quin in mentionem tui et tuorum honorificam incideremus. Et certe felicitatis alicujus loco istud reputandum nobis duxi, postquam tuo conspectu frui non datur. » {Opéra, XIV, p. 466.) — A Strasbourg, Hubert et ses amis ont eu un grand plaisir à posséder Whitingham pendant une quinzaine de jours, ce Whitingham qui trois ans avant vivait si familièrement avec P. Martyr. — Whitingham peut-il avoir passé à Strasbourg quatorze jours en janvier et dix jours en mars? En soi, ce n'est évidemment pas impossible. Il aurait pu aller à Strasbourg pour préparer son départ, et puis être revenu pour partir, au moment fixé, moment qui aurait été, malgré lui, de jour en jour retardé. — Mais en fait, si Whitingham avait passé quatorze jours à Strasbourg en janvier, comment peut-il être étonné de ce qu'il voit, moins de deux mois après, des ravages de la peste qu'il a déjà eu tout le temps de constater? Comment ne s'est-il pas préoccupé des lettres de Calvin restées en souffrance, dès sa première visite, mais seulement à sa seconde? Evidemment les deux voyages ne s'accordent pas. — Seulement nous remarquons que la lettre, mise par les Opéra en janvier 1553, ne porte ni jour, ni mois, ni année, et qu'il faut la dater d'après son contenu. Examinons-le donc de près. Il indique évidemment tout de suite un terminus ad qiiein, après lequel la lettre ne peut être reculée. P. Martyr avait quitté l'Angleterre et était rentré à Strasbourg, le 30 octobre 1553- A partir de ce moment Hubert ne pouvait se plaindre de ne pas le voir. — Il y a une autre indication. Hubert émet le vœu d'apprendre, bientôt, que la femme de P. Martyr est délivrée de sa fièvre. Or la malade mourut le 15 février 1553 (Schmidt, Peter Martyr Vermiqli, 1858, p. 129). Et c'est évidemment la raison pour laquelle les Opéra parlent non seulement de 1553, mais encore de janvier. Seulement, si l'année est incontestable, le mois l'est-il autant? Tout ce que la phrase sur la maladie de la femme de P. Martyr réclame, c'est d'avoir été écrite, non pas avant la mort, mais uniquement avant que la nouvelle de la mort fût parvenue à Hubert. Or, combien de temps l'événement, arrivé à Oxford le 15 février, mit-il pour être connu à Strasbourg? Est-ce trop de dire un mois? — La correspondance même de P. Martyr nous fournit une indication non pas précise, mais suggestive. Bucer était mort en Angleterre le 28 février i55r. Ecrivant le 25 avril à Bullinger (donc deux mois après),P. Martyr ne lui dit pas: « Vous avez appris, il y alongtemps la mort de maître Bucer, » mais: « vous avez appris, il y a longtemps, /(? pense » ; il n'en est pas sûr. (Original letters, II, p. 465.) — Or, un mois après le 15 février, c'est le 15 mars; et ainsi la lettre de Hubert serait à peu près de la même date que celle de Whitingham, et toutes deux parleraient du même séjour de celui-ci à Strasbourg. D'autant plus que Whitingham, quand il dit : dix jours, n'est pas encore parti, et que, dans les deux cas, nous sommes en présence d'un séjour identique de quatorze jours, c'est-à-dire d'une quinzaine (les Allemands disent encore « vierzehn Tage », quand nous disons quinze). Dès lors les deux lettres se confirment et s'éclairent. 11 est bien naturel que, venant à Strasbourg pour la première fois depuis la peste de 1552, Whitingham ait vu, comme le dit sa lettre, les ravages avec surprise, ait recueilli les lettres de Calvin en souffrance à cause de la mort de Dryander. Et il est très naturel que, partant pour l'Angleterre où il allait trouver Pierre Martyr (où il allait même, ce qu'il ne pouvait savoir, il est vrai, lui sauver la vie par sa protection courageuse), il ait tant parlé de P. Martyr avec tous les amis de celui-ci, comme le dit la lettre de Hubert. — Il ne reste qu'une difficulté. C'est l'affirmation d'Hubert, que trois ans avant, c'est-à-dire en 1550, Whitingham vivait dans la plus grande familiarité avec P. Martyr. Où ? Dans la notice anglaise nous trouvons l'affirmation suivante : « Having spent ail king Edward the 6's reign in those transmarine universities, returned into England in the very latter end of the same king Edward his reign. » (Lorimer, p. 304.) — Parti en 1547, Whitingham rentre en Angleterre en 1553. Or, c'est précisément de 1547 à 1553 que P. Martyr resta en Angleterre, à Oxford. Il y était en 1550. Nous avons des lettres de lui datées d'Oxford du 27 janvier 1550, et du 1" juin 1550. De plus, cette année-là il fut malade. — Il est vrai que nous trouvons dans A. Wood (Athcnœ oxonienses, Vol. I, 2"" éd., p. 57) une indication importante : « Le 17 mai 1550, ayant obtenu la permission (leave) de voyager pour trois ans, Whitingham passa ce temps surtout dans l'université d'Orléans... » Et l'article du Diclionary ne parle que d'un séjour de trois ans fait par lui sur la continent, de 1550 à 1553. Alors il n'y a pas de difficulté. — Mais si l'on doit penser que Wood n'a pas inventé la date du 17 mai 1550, il est difficile de penser que l'ami de Whitingham, si au courant de ses faits et gestes, ait inventé le chiffre de six ans, pour la durée du séjour de Whitingham hors de l'Angleterre, durée, remarque-t-il, exactement égale à celle du règne d'Edouard VI. — Il faut admettre, semble-t-il, que Whitingham interrompit son séjour sur le continent par une visite plus ou moins prolongée à sa patrie, en 1550- Des deux façons, il a pu voir intimement P. Martyr, en 1550, à Oxford.
WHITINGHAM, LE PRÉTENDU BEAU-FRÈRE DE CALVIN
sion, même la plus indirecte, à cette parenté! Et, au contraire, les adresses, les souscriptions de toutes ces lettres ne se comprendraient pas de beau-frère à beau-frère : Illustrissimo ac optimo ecclesiae orthodoxe doctori D. Joanni Calvino... tuus humillimus demissimusque scholasticus, - Clarissimo viro D. Joanni Calvino Genevensi pastori vigilantissimo. — Ornatissimo viro D. Calvino theologo illustrissimo; tibi deditissimus. — Ornatissimo viro D. Joanni Calvino theologo integerrimo ; discipulus tuus. — Doctissime atque optime vir; ornatissime et optime vir.
C'est un élève, un disciple, qui écrit, ce n'est pas un beau-frère. Au moins jusqu'à son arrivée à Genève Whitingham n'avait pas épousé la sœur de Calvin. — Ht nous verrons plus tard, par un document authentique, qu'il ne l'épousa pas davantage étant à Genève; le sage archiviste Th. Heyer a eu ses raisons pour ne rien dire du prétendu mariage de Whitingham avec une sœur de Calvin.
3. Et cependant la tradition qui fait de Whitingham le beau -frère de Calvin est aussi répandue qu'incontestée, sauf une exception, capitale, il est vrai, celle de l'article du Dictionary, en 1900 '.
Mac Crie, l'historien classique de Knox écrit: « Whitingham... alla d'abord à Francfort, et ensuite à Genève, où il épousa Catherine, la sœur de Jean Calvin » — Et l'on peut dire que tous les historiens anglais ont copié Mac Crie. Je me borne à citer un livre justement populaire, celui de Ch. }. Guthrie, John Knox and John Knox' s Honsc, 1898, p. 16 : « Mai 1557, naissance de son fils Nathanael à Genève. William Whitingham, beau-frère de Jean Calvin (f>rother-in-law), plus tard doyen de Durham, fut parrain ;!. » — On peut dire qu'il s'agit ici non pas seulement d'un fait, mais d'un axiome.
C'est sur l'autorité de Mac Crie que les éditeurs des Opéra, à leur tour, malgré toute leur prudence et leur science critique, ont accepté l'affirmation. Opéra, XIV, p. 466, n. 8, nous lisons à* propos de Whitingham: Duxit Calharinam Calvini sororem, il épousa Catherine, sœur de Calvin; et XV, p. 76, n. 1, Calvini sororem Calharinam duxit uxorem. Ici les Opéra donnent leurs références : Mac Crie, Life of Knox, I, 418 (sans doute une autre édition que la nôtre), et Zurich leilers, II, 764. Mais les Original letters (et non les Zurich letters) à la page indiquée, si elles parlent de Whitingham, dont elles reproduisent les lettres du 25 mars et du 21 septembre, ne disent rien de son mariage. Donc sur ce point les Opéra ne s'appuient que sur Mac Crie.
Et à son tour, sur la foi évidemment des Opéra, un calvinien aussi exact que M. Lang, de Halle, a écrit dans la Reformierle Kirchen-Zeilung, 20me année, 14 mars 1897, p. 85 : « Whitingham, mari de la sœur de Calvin, Catherine. »
Nous pouvons borner là nos citations.
Seulement, cette tradition, d'apparence solide comme le roc d'un axiome, si nous en recherchons l'origine, nous allons la trouver en réalité friable comme un tas de sable qui se répand par terre, dès qu'on y touche.
Tous les auteurs sont d'accord que Whitingham a épousé Catherine. Mais ils ne savent si c'est Catherine Calvin, ou Catherine Jaquemayne, l'une ou l'autre, ou bien l'une et l'autre successivement. Et dans ce cas, ils ne savent pas dans quel ordre. Ils ne savent pas davantage si Catherine
1. L'article du Dictionary, n'admet pas que Whitingham ait épousé la sœur de Calvin, i° parce que nous ne connaissons pas à Calvin une sœur de ce nom; 20 parce qu'il n'y a aucune allusion à ce mariage dans les écrits de Calvin ni de Whitingham, et 30 parce que la chronologie rend la chose presque impossible. — 2. Thomas Mac Crie, Life of John Knox (6m0 édit., 1839). Note AA, p. 422, 423. — Comme références, Mac Crie indique Hutchinson History and Antiquities of the county palatine of Durham, II, p. 143-152, 378. — 3. Naturellement Le livre des Anglais se borne, au baptême de cet enfant, 23 mai 1557, à noter : « William Whitingham, the Godfather. »
APPENDICE V
Calvin fût épousée à Orléans, et Catherine Jaquemayne à Genève, car il pourrait se faire que Catherine Jaquemayne eût été épousée à Orléans, et Catherine Calvin cà Genève, à moins que, ajoute un dernier, le mariage ait eu lieu à Francfort, et que Catherine Jaquemayne soit non pas la sœur, mais la belle-sœur de Calvin, une sœur d'Idelette 1 ! En vérité n'est-ce pas une preuve sans réplique que le prétendu mariage de Whitingham avec la prétendue sœur de Calvin, Catherine, n'est attesté, n'est même indiqué par aucun, absolument aucun document? Vérifions.
Christopher Anderson, The annals of the english Bible, 1845, Vol. II, p. 311, s'exprime ainsi : « ... Whitingham s'étant retiré à Genève, où il arriva en automne 1555, épousa Catherine, la sœur de Jean Calvin {Catherine, the sister of John Calvin). Quelle qu'ait pu être la date de ce mariage, c'était l'époque où il était très assidûment occupé à sa traduction du Nouveau Testament. » Et la note 46, dont l'appel est au mot Calvin, ajoute : « Wood, dans ses Atherne, parle, quoique avec hésitation (thongh ivith hésitation), de Whitingham, comme ayant été marié à Orléans, à sa première visite sur le continent, avec la fille de Lewis Jacquierre, près de cette cité. Mais nous n'avons aucune preuve (no évidence ivhalever) que Whitingham se soit marié plus d'une fois; et qu'il ait épousé la sœur de Calvin, c'est ce qui est certain, d'après les mots de son épitaphe : Mariti Calharince sororis Johannis Calvin theologi (Willis, I, p. 253), où il n'est fait mention d'aucune autre. » — Toutefois, dans la seconde édition de l'ouvrage de Ch. Anderson, « a new and revised Edition, edited by his nephew Hugh Anderson, 1862 » (p. 450), toute la note a disparu, et le texte reste sans référence, ni preuve.
William Hutehinson, F. A. S., The History and antiquities of the county palatine of Durham, 1787, Vol. II, p. 150-152, s'exprime ainsi: «Le doyen Whitingham mourut à Durham, le 10 de juin 1579, et fut enseveli dans l'église-cathédrale. L'inscription, donnée dans les notes, fut placée sur son monument, qui, bientôt après son érection (soon after), fut traité de la même façon qu'il avait traité les autres [c'est-à-dire qu'il fut brisé et profané, comme on lui reproche d'avoir détruit et profané les anciennes sépultures]. » — Quant à l'inscription, donnée en note, elle se compose de deux parties, une introduction en prose et l'inscription elle-même en vers. L'introduction dit : « In obitum doctissimi viri Gulielmi Whittingham, decani olim Dunelmensis, mariti Catherine sororis Johannis Calvin theologi, qui obiit anno 1579.» Suit l'inscription en vers latins: « Quae Whittinghamii cernis monumenta sepulti.... » etc. — Et Hutehinson donne comme référence : Willis, Vol. I, p. 253.
Ici nous avons l'autorité: W. Hutehinson, sur laquelle Mac Crie s'est appuyé; et l'autorité sur laquelle W. Hutehinson lui-même s'appuie : Willis, qui est apparu, puis qui a disparu dans les éditions d'Anderson. Ainsi tout remonte à Willis et à l'inscription qu'il donne.
Or, cette inscription citée par Hutehinson provoque tout de suite au moins une remarque importante: elle a été composée longtemps après 1579, longtemps après la mort du doyen. Elle dit en effet: « decani olim Dunelmensis. » En effet la tombe de Whitingham fut détruite en 1640 par les Ecossais. Or Hutehinson dit qu'elle fut détruite bientôt après (soon after) son érection. — L'inscription datait donc de plus de cinquante ans après la mort de Whitingham et de près de quatre-vingts ans après le prétendu mariage. Nous avons donc affaire à un document postérieur, tardif, et par conséquent d'une autorité douteuse. Au sujet de cette inscription, le Dictionary s'exprime de cette façon : « Dans l'inscription placée sur la tombe de Whitingham, il est dit qu'il a été described comme maritus Catharina sororis johannis Calvini theologi. » Et l'auteur de
1. Doré, Old Bibles, 1888, p. 190-191 : « Nous trouvons Whitingham établi à Francfort s. M., en juin 1554. Ici {Itéré) le 15 novembre 1556, Whitingham épousa Catherine Jaquemayne, la sœur de la femme de Calvin (the sister of John
Calvin s wife). »
WHITINGHAM, LE PRETENDU BEAU-FRÈRE DE CALVIN
l'article ne cite pas Willis, la source dite originale, mais seulement Hutchinson, Durham, II, p. 151, qui s'appuie sur Willis.
Arrivons donc à « Willis, I, p. 253. » Aucun des auteurs qui invoquent son témoignage n'indique le titre de son ouvrage. C'est curieux; il faut donc chercher.
Il y a, d'abord, de Browne Willis un ouvrage intitulé : History of abbies (1718-1719). Mais dans le premier volume de cet ouvrage, ni à la page 253, ni dans tout le chapitre sur Durham, ni à l'index, il n'y a rien sur Whitingham. Celui-ci n'est pas même nommé. Toutefois, à la page 253, il est dit: « Pour la description de cette cathédrale, ayant donné un long récit à ce sujet, dans ma Notitia parliamentaria, Vol. II, déjà cité, j'extrairai ici..,. » Willis [History of abbies] I, p. 253, ne contient pas le texte indiqué, et tout au plus renvoie à Willis [Notifia parliamentaria], II. — C'est de plus en plus curieux.
Or il y a en effet un ouvrage de Browne Willis, intitulé Notitia parliamentaria : or, an History of the couniies, cities, and borongbs in England and IVales ; lyij-ijjo. Et dans le second volume de cet ouvrage, il y a deux chapitres sur Durham (II, p. 509-535); mais ni dans l'un ni dans l'autre chapitre Whitingham n'est seulement nommé
Il est vrai que, dans sa description et dans rémunération des tombes dont il parle, Br. Willis s'en réfère spécialement à un petit volume anonyme et intitulé : « The ancienl rites, and monuments of the monaslical, and calhedral church of Durham, collected out of ancient manuscripts, about the time of the suppression, published by J. D. [Davies] of Kidwelly, 1672. »
Ce livre fournit une description minutieuse de tout ce qui se trouvait en fait de chapelles, d'ornements, de monuments, de mausolées dans l'église de Durham, jusqu'aux « visitations, » qui en amenèrent la destruction plus ou moins complète sous Henri VIII et sous Edouard VI. Il est question de Whitingham; mais seulement pour signaler le zèle d'iconoclaste qu'il aurait exercé sur ce qui existait encore des anciens restes du sanctuaire catholique -. Il est même question de la femme de Whitingham. Mais voici en quels termes : « Mrs. Whitingham, après la mort de son mari, enleva de la cuisine du doyen le dernier bénitier et le porta dans sa maison au North-Baily, vis-à-vis du verger du doyen, à l'extrémité Est de l'Eglise, et le plaça dans sa cuisine. Elle transporta aussi diverses pierres tombales qui recouvraient des prieurs et des moines, lorsqu'elle bâtit sa maison au Baily avec des pierres. Pour ce fait elle fut l'objet d'une plainte et elle laissa hors de la porte les pierres qui d'abord avaient été placées dans l'intérieur de sa maison3. »
En conséquence, la seule référence invoquée par Mac Crie, par Christopher Anderson (ire édition), par William Hutchinson, et par tous les auteurs que nous avons pu consulter, est à la fois incomplète et inexacte. Tous citent Willis, I, p. 253, sans indiquer de quel ouvrage de Willis il s'agit. Et aucun des deux ouvrages de Willis ne contient l'inscription donnée par Hutchinson.
Nous ne contestons pas l'authenticité de cette inscription; nous nous bornons à noter la bizarrerie de la référence sous l'autorité de laquelle elle se présente, et nous regrettons de n'avoir pu vérifier ni l'origine, ni la date du seul texte invoqué.
En tout cas, dans aucun des anciens documents, dans aucune des deux sources les plus anciennes, ni dans la Notice, ni dans les Ancienl rites, il n'y a aucune allusion à la prétendue parenté de Whitingham avec Calvin.
Et, au contraire, nous pouvons invoquer une autorité considérable, celle de A. Wood, dans ses Athenœ oxonienses. (Nous citons la troisième édition, celle de Bliss, 181 3, I, p. 447; mais la première édition est de 1691-1692, et elle contient la même déclaration, I, col. 152. A. Wood était
i. Il est vrai qu'il y a d'autres ouvrages encore de Br. Willis; par exemple A survey of the cathedrals containing an history of their foundations, dates of consécration, admission of the bishops, deans, etc. Londres, 1742, 3 vol. — Nous n'avons pas eu occasion de le consulter. — 2, The ancient rites, p. 49, 67, 101, 119. — 3. Ibid., p 102, 103.
APPENDICE V
né à Oxford, le 17 décembre 1632.) « Whitingham passa quelque temps parmi les étudiants de Paris, mais il séjourna surtout à l'Université d'Orléans. A peu près pendant ce temps-là (about ihat time), si je ne me trompe (if i mistake not), il prit pour femme, Catherine, la fille de Lewis Jacqueine, . par sa femme l'héritier de Gouteron, seigneur de Ingrue et Turvyle, près de la dite cité d'Orléans. »
Or, nous savons avec quel soin A. Wood avait étudié la vie de Whitingham. C'est dans ses papiers qu'on a trouvé, manuscrite, la notice publiée par Lorirher1. Il s'est aussi servi de l'ouvrage anonyme : The ancient Rites, et lui a emprunté quelques renseignements plutôt défavorables à Whitingham 2. Et c'est Wood, si bien informé, qui le déclare : Whitingham a été le mari non pas de Catherine Calvin, mais de Catherine,... Jacquemin d'Orléans. — ■ Notons que le vrai nom de l'époque est bien Jacquemin. Si le Livre des Anglais écrit Jacquemayne, c'est à cause de la prononciation anglaise. Dans l'ouvrage de Wood, le nom est devenu Jacqueine, dans celui d'Anderson, Jacqnierre, dans le Dictionary, Jacqueman 3.
4. A. Wood avait raison, sinon sur la question de date et de lieu, mais sur la question de personne ; car enfin nous arrivons à un document contemporain et authentique, le contrat de mariage de Whitingham avec Catherine Jacquemin.
Aux Archives de Genève, dans les minutes de Jean Ragueau, le notaire bien connu du seizième siècle, au volume des actes de 1556 à 1558, et, à la page 80, se trouve cet acte décisif:
Contrat de mariage du 31 octobre 1556, entre «honorable Guillaume Whitingham, fils de défuncts Guillaume Whitingham et Helaine Wilkinson, ses père et mère, natif de la ville de Chestre on (sic) pays d'Angleterre, à présent habitant à Genève, d'une part, et honeste Catherine, fille de défuncts honorable Loys Jacquemyn et Jeanne Goictron, ses père et mère, natifve d'Orléans, on pays de France, aussy pour le présent habitant à Genève, d'aultre part. » Ce contrat est passé dans la maison d'habitation de Michel Jacquemyn et de François Bernier, frère et beau-frère de la fiancée. Celle-ci se constitue en dot la somme de 800 livres tournois, représentant sa part [du tiers] dans « la vente d'ung héritage situé à Tourville, paroisse de Sebouville, en Beaulce, pays de France. » D'autre part, son futur époux lui assigne un douaire de 400 livres tournois, réduit à 200 « au cas qu'il y aura enfans du dit mariage. » — Parmi les témoins du contrat de mariage se trouvent Germain Colladon, docteur en droit, et Conrad Bade, imprimeur.
Dans ce contrat de mariage, il y a lieu de noter le nom de la mère de Whitingham, Hélène Wilkinson, nom qui ne semble pas encore avoir été remarqué. Le Dictionary ne le connaît pas, et dit que la mère de Whitingham était fille de « Haughton of Haughton (Hoghton) Tower, Lancashire. » — Le contrat de mariage du 31 octobre 1556 ne dit pas où était située l'habitation de Michel Jacquemyn et de François Bernier. Mais la quittance dotale du 27 octobre 1557 est aussi signée dans la maison d'habitation de François Bernier, et cette fois-ci il est spécifié que cette maison est « située près la place de Nostre-Dame la Neufve, près Sainct-Pierre, » c'est-àdire à la Taconnerie - ■ En 1560, au moment de la mort de leur fille Suzanne, les Whitingham demeuraient « en la Tour de Boys 5. »
Le mariage fut célébré le 1 5 novembre °. — On comprend qu'ayant sous les yeux le texte de ce
1. Lorimcr, p. 304. — 2. Ibid., p. 317, n. — 3. Observation de M. Th. Dufour. — 4. Voir plus haut, p. 345, et n. 3. — ■>. Renseignement fourni par M. Th. Dufour (Livre des Anglais, p. 130, et Registres des décès, vol. III, p. 82). — 6. Livre des Anglais, p. 105. — Le fils ainé de Whitingham, Zacharie, fut baptisé le 17 août 1557; sa fille a'mée, Suzanne, fut baptisée le 11 décembre 1558. Ibid., p. 73, 74. — Tous les deux moururent jeunes: Suzanne fut inhumée le 12 avril 1560 (Ibid., p. 130, et Registres des deecs. vol. III, p. 82). — Whitingham laissa après lui deux fils, Timothée et Daniel, et quatre filles.
WHITINGHAM, LE PRÉTENDU BEAU-FRERE DE CALVIN
contrat, l'archiviste Th. Heyer, dans la notice qu'il a consacrée à Whitingham, n'ait pas même fait allusion à son fameux mariage avec Catherine Calvin. Et le mystère s'éclaircit.
Whitingham a bien épousé Catherine. Mais cette Catherine, qui habitait Genève, était d'Orléans. Et la tradition, induite en erreur par ces deux domiciles, a dédoublé la personne : il y a eu deux Catherine, une d'Orléans, une de Genève. Puis, pour figurer une des deux, la tradition a inventé une Catherine Calvin. Et puis... la tradition s'est embrouillée inextricablement1.
1. Je ne cite plus ici que ce qu'a écrit le Dr Mitchell dans son Livre des Anglais, p. 6 : « Il est dit que, en 1550, il épousa la sœur de Calvin ; mais, s'il en est ainsi, cette union doit avoir été très courte. Whitingham n'est pas marié quand il vient à Genève, et, comme il l'est rappelé subséquemment (p. 14), il épousa là Catherine Jacquemayne, d'Orléans, fille de Louis Jacquemayne, héritier de Gouteron, seigneur de Ingrue et Turvyle. » — Le Dr Mitchell a été un des savants écossais les plus exacts et qui, au siècle passé, ont le mieux étudié l'histoire des origines de la Réforme. Au moment où je voulus aller le voir à Saint-Andrew, pour l'interroger sur Whitingham, il était au lit, presque mourant. 11 voulut cependant me recevoir pendant un quart d'heure pour me redire, au moins, ce qu'il me disait déjà dans une des dernières lettres qu'il ait écrites (1" octobre 1898) : avec quel plaisir il aurait aidé le biographe « d'un homme qu'il vénérait autant que Jean Calvin (one whoiu I venerate so much as John Calvin). »
Appendice N° VI.
LA PRÉTENDUE SŒUR DE CALVIN
Je n'ai pas donné, dans le précédent appendice, contre le mariage de Whitingham avec la sœur de Calvin, l'argument le plus sérieux — et qui aurait pu me dispenser de tous les autres — c'est que cette sœur, nommée Catherine, n'existait pas. Donc Whitingham ne l'a pas épousée.
Mais, à ce propos, je tenais à reviser et à corriger les indications fournies, dans mon premier volume, sur la famille de Calvin.
J'ai raconté 1 que, si on ne tient pas compte d'un enfant de Gérard Cauvin et de Jeanne le Franc mort en bas âge2, Calvin avait eu deux frères, Charles et Antoine, et deux sœurs, Marie et une autre, dont on ignore le nom. — J'ai raconté de plus que, d'après le chanoine Le Vasseur, Gérard Cauvin perdit sa première femme, et en épousa une seconde, une veuve, qui ne lui donna aucun enfant.
Et, ce disant, j'ai dit ce que répètent tous les historiens. Mais, aujourd'hui, obligé d'étudier de plus près la question, à propos du mariage de Whitingham, j'ai des doutes sur la parfaite exactitude de ces renseignements traditionnels.
Je constate que personne n'a jamais fait mention d'une sœur appelée Catherine. On a parlé d'un frère mort en bas âge, mais d'une Catherine, jamais un mot.
Le chanoine Le Vasseur : « Ce Gérard eut deux femmes.... D'icelle [Jeanne le Franc] il eust six enfans, quatre fils et deux filles, Charles, Jean, Antoine, le nom du quatriesme n'est sçeu, d'autant qu'il décéda fort jeune.... Après le décès de Jeanne le Franc, Gérard convola en secondes nopees et prit une vefve qui ne luy donna aucun enfant 3. » — En tout six enfants, dont quatre fils.
Papire Masson : « Gérard eut d'elle [Jeanne le Franc] six enfants (sex suscepit liberos), Charles, Jean et Antoine. Les noms des autres sont à peine connus des habitants de la ville (ne municipibus quidem ipsis nota Jerc sunt) i.
Drelincourt cite une « Information » qu'un membre des Etats généraux de Hollande, Corneille van der Myle, reçut d'un notaire de Noyon, lors de son voyage dans cette ville. Mais « cette information avoit été faite de Calvin, il y avoit longtems. » — Cependant, l'auteur de l'Information ne
1. Jean Calvin, I, p. 22 et n. 2, 3; p. 46, n. 3. — 2. Appelé François. — 'A. Annales de l'église de Noyon, etc., p. 1151, 1152- — 4- Papn ii Massonis elogiorum pars secunda. 1638.
LA PRÉTENDUE SŒUR DE CALVIN
savait plus le nom de la mère de Calvin : tout ce qu'il savait, c'est qu'elle était de Cambrai, et il confondait le petit-fils de la seconde sœur de Calvin avec son fils. « L'autre (fille de Gérard Cauvin) a laissé un fils qui vit aujourd'huy à Noyon et y exerce le mestier de fourbisseur. » Or, Le Vasseur nous dit que c'était le petit-fils et qu'il mourut en 1614. L'Information est donc antérieure; elle est de la fin du seizième siècle. Et elle dit : « Gérard Cauvin et sa femme ont eu quatre fils et deux filles. » — L'Information fait de la fille, celle que nous avons vu s'appeler Marie, une catholique, « mariée en l'église catholique, » mais « morte sans enfans. » — Elle avait disparu de la ville, et la tradition catholique avait ainsi arrangé son histoire. (Ch. Drelincourt, La défense de Calvin, 1667, p. 32-34.)
Et que disent les biographes de Genève, les amis intimes du Réformateur, Bèze et Colladon ?
La Vie française (dite de Colladon) rapporte : « Il a eu quatre frères, assavoir Charles son aisné, lequel mourut en aage d'homme après la mort du père ; Antoine son puisnay, qui est encores aujourd'huy vivant,... et deux autres, dont l'un se nommoit aussi Antoine l, l'autre François, lesquels moururent jeunes -. »
Et à propos du départ définitif de Noyon, en 1536: « Calvin print avec soy son frère Antoine, duquel il a esté parlé 3. »
Le texte latin de Bèze ne donne pas le premier passage que nous avons cité de la Vie française, et quant au second, il dit que Calvin « quitta la France, emmenant (abducio quem unicum super stitem habebat Antonio Calvino fratre) le seul frère qui survécût, Antoine4. »
Cinq fils 5, et pas un mot des sœurs.
Sur les trois fils qui vécurent, Charles, Jean et Antoine, je n'ai rien à ajouter ici.
Mais les deux sœurs? Sur l'une, celle dont on ignore le nom, on est fixé. Le Vasseur {Annales, p. 1152) raconte qu'elle se maria à Noyon, qu'elle eut une fille, mariée avec Luc de Molle, fourbisseur, demeurant à Compiègne, et il n'y a pas lieu de douter de renseignements si précis °.
Quant à Marie Cauvin, elle suivit son frère à Genève, avec Antoine, en 1 536, toujours d'après Le Vasseur, que tous les auteurs ont copié. Drelincourt: « l'un de ses frères et l'une de ses sœurs... le suivirent à Genève 7; » Lefranc : « Marie, qui suivit plus tard son frère à Genève 8,... » etc., etc.
Mais ici je trouve un texte dont on a, ce me semble, oublié de faire un usage suffisant. Dans son testament, Calvin dit : Je lègue « à Jeanne, fille de Charles Costan et de ma demi-sœur, assavoir du costé paternel, la somme de dix escus 9. »
La traduction latine de Bèze, dans sa Vie de Calvin, dit : « Ioannae Caroli Çostani et affinis 10 mese filide. »
Et à propos de cette demi-sœur, les éditeurs citent en note Jules Bonnet : « Marie, fille, du second lit, de Gérard Cauvin. Elle avait quitté Noyon, en 1536, pour suivre ses frères, Jean et Antoine Calvin, en Suisse11. » — Il semble donc qu'il n'y a pas lieu d'hésiter, que la sœur de
i. Sans doute mort avant la naissance de l'autre Antoine. — 2. Opéra, XXI, p. 53. — 3. Ibid., p. 58. — 4. Ibid., p. 125 — 5. On comprend très bien, si le quatrième fils de Gérard est mort tout de suite, qu'on n'en ait pas tenu compte plus tard. Mais pourquoi Bèze, Colladon l'auraient-ils inventé? — 0 « L'information faite à Noyon par M" Antoine de Mesle, en juin 1588, donne quelques détails sur sa descendance. Le Vasseur (Annales, p. 1152) les complète et suit la généalogie jusqu'en 1633. Ce fut sûrement un fils de cette seconde soeur qui alla voir plus tard Calvin à Genève et fit auprès de lui, d'après Desmay, un séjour assez prolongé. Ce détail montre que la partie de la famille du Réformateur, qui resta à Noyon, conserva avec lui des rapports suivis, même après sa retraite à Genève. » Lefranc, p. 8, n. 2. — 7. La défense de Calvin, p. 47. — 8. Lefranc, p. 8, 125, n. 2. — 9. Opéra, XX, p. 300. — 10. Affinis pour demi-sœur. Ibid!, XXI, p 163. — II. J. Bonnet, Lettres françaises, II, p. 565, n. ?.
APPENDICE VI
Calvin, qui avait épousé Charles Costan dont elle avait eu une fille, Jeanne, était seulement la demi-sœur de Calvin. En conséquence le chanoine Le Vasseur se trompe en disant que Gérard Cauvin n'eut pas d'enfants de son second mariage -. Certes, le chanoine a beaucoup d'autorité sur un point pareil; cependant, elle ne saurait contre-balancer celle du testament de Calvin lui-même, lequel testament dit : demi-sœur.
Mais cette conclusion en provoque deux autres, moins certaines, seulement fort probables.
Dans sa lettre du 18 janvier (1532), envoyée de Paris à François Daniel, à Orléans, Calvin écrit : « Literas meas sorori meas Maria; Paludanae reddendas curabis, » tu auras soin que ma lettre soit remise à ma sœur, Maria Paludana, nom que J. Bonnet francise en Marie Du Marais, et Herminjard en Marie de la Palud 3. Celui-ci dit : « Calvin avait une sœur nommée Marie. Si c'est d'elle qu'il est ici question, elle est désignée par le nom de son mari4. » — Le doute du prudent Herminjard me paraît de plus en plus fondé. Si Maria Paludana est la sœur de Calvin, il s'agit de Marie Cauvin, la demi-sœur. Or, nous ne savons à quelle époque mourut Jeanne le Franc, ni à quelle époque Gérard Cauvin se remaria. Et nous ne savons pas sur quel document se fonde M. A. Lefranc pour dire de cette seconde union que « d'ailleurs elle fut de courte durée, puisque Gérard mourut lui-même en 153 1 5. » — Tout ce que nous savons, c'est que Calvin (il nous le raconte lui-même), dans son enfance, était allé à Ourscamp baiser une « partie » de la tête de sainte Anne G. Et la tradition dit que le jeune Calvin était conduit dans ces pèlerinages par sa pieuse mère. C'est plus que probable 7. Or, pour qu'il se rappelle son acte, il faut bien qu'il ait eu environ six ans. Et encore ! Ce n'est donc pas avant 1 5 1 5 que Jeanne mourut. Supposons qu'elle soit morte un an après, que Gérard Cauvin se soit marié un an après, que Marie soit née un an après. Cela nous mène au moins vers 15 18, — de telle sorte qu'en 1532, Marie, la demi-sœur de Calvin, avait environ quatorze ans au plus. C'est un peu jeune pour être déjà allée à Orléans et pour y être déjà mariée avec M. Du Marais ou M. De la Palud.
Je suis donc porté à croire que la Maria Paludana d'Orléans (sorori tneœ) n'était ni une sœur, ni même une demi-sœur de Calvin, mais une dame à peu près de son âge et qu'il appelait ainsi par respectueuse affection, comme plus tard il appellera « matrem tneam » une tante de Viret, qui n'était en aucune façon sa parente, ni sa tante, ni sa mère. Calvin avait de ces délicatesses de langage et de sentiment 8.
Et ma dernière conclusion, c'est que non seulement Marie, mais aussi l'autre sœur restée à Noyon n'étaient que des demi-sœurs du Réformateur.
Çe qui me confirme dans cette hypothèse, ce sont les deux actes qui ont été publiés, l'un par le chanoine Le Vasseur, l'autre par M. Coùard-Luys, et qui ont été reproduits par M. Lefranc.
Par acte du 14 février 1532, Jean et Antoine donnent procuration à Charles de vendre
1. Que la femme de Charles Costan s'appelât Marie, et que les époux Costan habitassent Genève, c'est ce dont il n'y a pas lieu, semble-t-il, de douter. On n'a cependant aucune preuve documentaire. « Dans les minutes des notaires et dans les registres de baptêmes, de mariages, de décès, ni elle, ni son mari, ni sa fille ne sont mentionnés. » (Note de M. Th. Dufour.) — "2. On dirait presque que Le Vasseur indique le grand âge de Gérard comme pour fortifier son affirmation qu'il n'eut pas d'enfants de sa seconde femme. Il mourut âgé de plus de quatre-vingts ans, dit Herminjard (II, p. 486), calculant d'après les indications du chanoine. (Lefranc, p. 2, n. 2.) De 1481 (époque où Gérard apparaît pour la première fois et où il est déjà greffier) jusqu'à 1531, date de sa mort, il y a bien cinquante ans. Mais avait-il nécessairement trente ans passés en 1481 ? Et du reste à quelle époque eut lieu le second mariage? D'après ce que nous avons dit, il ne put guère avoir lieu avant 1516. A ce moment Gérard pouvait bien avoir moins de soixame-quatre ans, c'est-à-dire soixante ans environ. — 3. Opéra, Xb, p. 16, n. 7 : « Bonnet l'appelle Marie Du Marais, et Herminjard De la Palud, du nom de son mari, qui parait avoir été à Orléans. » — 4. Herminjard, II, p. 398, et n. 7. — 5. Lefranc, p. 7. — 6. Opéra, VI, p. 442. — 7. Lefranc, p. 6. — H. Herminjard, VI, p. 229 (lettre de Calvin à Viret, du 19 mai 1540) et n. 12 : « C'est par un mouvement de respectueuse affection qu'il dit « ma mère », en parlant de la tante de Viret. »
LA PRÉTENDUE SŒUR DE CALVIN
quelque bien « appartenais de leur propre, à eux venu et escheu par la succession et trespas de la dite feue Jeanne le Franc, leur mère 1. » Pas question de sœurs. Si Jeanne le Franc avait eu des filles, auraient-elles été déshéritées? — Par un autre acte du 12 juin 1536, les trois frères, toujours seuls, vendent des biens « demourez du décetz de feuz Gérard Cauvin... et Jehanne le Franc 2. » Il s'agit évidemment de biens qui provenaient de Jeanne le Franc (cela, sans doute, explique comment Gérard, même se trouvant dans une situation momentanément difficile 3, n'avait pu les vendre). Pas question de filles.
Et le silence de Colladon ? Gérard Cauvin, dit-il, eut cinq fils. Pas un mot de filles. Ce silence est explicable si Gérard a eu d'un second mariage deux filles. L'est-il si Gérard a eu sept enfants de la mère de Jean Calvin, des filles en même temps que des fils ?
Il est donc certain que Calvin n'a jamais eu de sœur appelée Catherine, et ses deux sœurs, celle qui se maria à Noyon et Marie qui se maria sans doute à Genève, n'étaient que ses demisœurs.
1. Lefranc, p. 202. — i. Ibid., p. 205. — 3. Jean Calvin, I, p. 115. Lefranc, p. 17.
Appendice N° VIL LES MAISONS DE CAMPAGNE D'AMI PERRIN ET DE FRANÇOIS FAVRE
i. La maison de campagne d'Ami Perrin à Pregny. — 2. La maison de campagne de François Favre à Ruth. — 3. La maison de campagne d'Ami Perrin et la potence de Genève.
1. La maison de campagne Perrin constitue aujourd'hui la maison de campagne dite de l'Impératrice (parce qu'elle a appartenu à l'impératrice Joséphine), de Mmc Achard, et la partie occidentale de la propriété de M. Louis Pictet, appelée le Reposoir '.
Par un acte de 1538 (11 février)2, Ami Perrin céda à André Scarron des terres situées à Charres, Collonges et Corsier, etc., et Scarron céda en retour à Ami Perrin « une maison haulte avec la grange, curtines, estableries, colombier,... terre, vigne et pré, contenant tout environ 50 poses, le tout assiz au territoire de Prigny. »
Et voici la délimitation de cette propriété Scarron, devenue propriété Perrin : A l'orient, « le chemyn tendant de Genève à Versoy ; » — de bize, « le chemin public tendant de Genève à Versoy » [qui, en effet, se relève là vers le Nord], « les terres, prés et vignes, des hoirs de feu Guillaume Dupuis [qui ont constitué, à partir de 1688, la propriété Pictet, laquelle, seulement en 1877, s'est agrandie de la partie inférieure de l'ancienne propriété Perrin], et du dit Perrin; » — à l'occident, « le pré et terre du dit Perrin et le chemin public tendant de Prigny vers le lac » [le chemin actuel de l'Impératrice] ; — enfin, devers le vent, « le chemin tendant de Prigny vers le lac » [lequel s'incurve de telle sorte qu'il peut, en effet, servir de limite à l'Ouest et au Sud] 3.
D'après cet acte, on voit que Perrin possédait déjà « un pré et une terre, » tout près et audessous de Pregny. Par sa nouvelle acquisition, il « s'arrondissait » et se rapprochait de Genève. Mais, — et ceci est essentiel à noter, — il restait en dehors de la ville et de ses Franchises (un mot qu'il ne devait pas prononcer sans rire, ou même sans ricaner) ; c'est-à-dire qu'il restait de l'autre côté des limites de l'autorité de Genève, en terre bernoise. Il était donc en sécurité.
En effet, si nous consultons l'acte du 7 août 1536, intitulé : « Elargissement des franchises du
1. Non seulement M. Edouard Favre a mis à ma disposition la Communication qu'il avait faite à la Société d'histoire et toutes les notes qu'il avait recueillies pour cette communication, mais il m'a aidé dans toutes mes recherches pour compléter les renseignements qu'il avait recueillis. Je le remercie de son extrême amabilité. Et je remercie aussi M. Louis Pictet de la grande obligeance qu'il a eue de me laisser consulter ses archives de familles, si admirablement mises en ordre. — 2. Archives. Minutes du notaire Jean Ragueau, V, f. 1747, 1 78 1 . — 3. Perrin acquit en outre, par échange avec Scarron, d'autres terres contenant quarante-trois poses.