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LES MAISONS DE CAMPAGNE D AMI PERRIN ET DE FRANÇOIS FAVRE

côté de la terre de Gex et du mandement de Gaillard, d'après le traité entre Berne et Genève1, » nous voyons que onze bornes furent posées, à partir du bout des Pâquis de Châtelaine, en passant en deçà du Grand-Saconnex jusqu'au lac. Et voici ce qui est dit à propos des deux dernières bornes, la dixième et la onzième: « La dixiesme limite est en un chemin, venant de Genève à Prigny [le chemin actuel qui passe devant l'Ariana], sus la vigne de Amé Cousin, appelle : en Collogny [ce nom est marqué sur notre plan] , au carré [c'est-à-dire à angle droit] d'une terre dicte aux Excers [ce nom, qui signifie : terrain défriché dans une forêt, est aussi marqué sur notre plan], appartenant à François de Saconnex, et s'en va droict par la dte terre, et des autres suivantes, contre le lac , descendant droict à la dernière [borne] qu'est onziesme, mise au grand chemin de Genève à Versoy, au dessoutz et au droict [en prolongement] de la maison de feu Jehan, filz de feu Mathieu Scarron, pas guères loing du lac, ou icelle limite geite [jette] son final terminement. »

Nous retrouvons la maison Scarron, qui peut ainsi être à peu près identifiée avec la maison dite aujourd'hui PImpéralrice, et nous constatons que la campagne Perrin était vraiment bordée par la limite même de l'Etat de Genève. C'est ce que nous dit Bonivard, quand il écrit, à propos de Perrin et de ses adhérents : ils « se retirèrent (je ne dy pas fuirent) en une métairie que Perrin havoit de là du Rhosne, jouxte le lac, rière Berne, que n'est pas trois pas des Franchises de Genève -. »

2. Pour achever de préciser cet emplacement de la maison de campagne Perrin, il faut la distinguer de la maison de campagne de François Favre (beau-père de Perrin), qui était située de l'autre côté du lac, en face, à Ruth, comme M. Ed. Favre

Plan du XVIIIe siècle, pour l'étude de la maison de campagne d'Ami Perrin et de la métairie d'Antoine Calvin 3.

l'a péremptoirement démontré, dans sa com-

1. Archives. P. H., n. 1 159. — 2. Advis et devis de l'ancienne et nouvelle police de Genève (éd. Fick), p. 143. — 3. Plan de délimitation de la banlieue de Cornavin, dressé par Rambosson. (Archives, n° 1, Armoire 13, carte J.) — Il est question dans ce plan d'une propriété du pasteur Bellamy, lequel fut pasteur à Sacconex, en 1763. — Donc le plan remonte à la seconde moitié du 18e siècle. — 4. Ici je cite le résumé que, dans sa communication, M. Edouard Favre a fait lui-même des documents copiés dans ses notes : <i En 1531 et en 1534, nous voyons, par des actes notariés, François Favre achetant dans le territoire de Roz, paroisse de Vandœuvres, des parcelles de terre « jouxte la terre de l'acheteur. » En 1539, il achète une pièce près de Vésenaz. Enfin, en 1549, Claude Roset et Pierre Vachat, commissaires de la Seigneurie, procèdent à un inventaire des terres du Chapitre; dans un volume de cet inventaire, nous trouvons Chougny, Cologny, Ruth, Vésenaz, etc., et là une longue reconnaissance de noble François Favre, bourgeois et marchand de Genève, dont les parcelles, prés et vignes, sont constamment indiqués comme limités par le lac, la route de Vésenaz à Genève, ou celle de Thonon à Genève. En 1557, nouvelle reconnaissance de noble Domaine, fils de François Favre, et de Jehan, fils de feu Gaspard Favre son neveu. — Evidemment, au seizième siècle, il y avait à Ruth de nombreuses maisons, un hameau, ce qui explique pourquoi la reconnaissance de 1549, comme d'autres actes, parlent de la ville ou du village de Roux. »

APPENDICE VII

muhication. A. Roget1, les éditeurs des Opéra-, M. H. Fazy 3 s'y étaient trompés et avaient confondu la campagne d'Ami Perrin et celle de François Favre. — Ruth (Roz, Roux), dans la paroisse de Vandœuvres, était limitée par le lac et la route de Vésenaz à Genève, ou de Thonon à Genève. — C'est dans cette maison de campagne de Ruth que François Favre fut malade en 1546, et c'est de cette propriété qu'hérita son fils Gaspard, puis son petit-fils Jean. Sans être autant à l'abri de l'autorité de MM. de Genève que Perrin à Pregny, son beau-père François Favre n'était pas cependant, à Ruth, complètement sous leur autorité. Dans le traité de 1536, les Bernois avaient bien laissé à Genève tous les biens du Chapitre (dont Ruth faisait partie), mais ils s'y étaient réservé certains droits de justice. Voilà pourquoi sans doute François Favre pouvait se retirer à Ruth, comme Ami Perrin à Pregny 4, sans être inquiété par la Seigneurie et malgré ses démêlés avec elle. — Mais à cette époque on n'évitait guère un Consistoire que pour tomber dans un autre, et c'est le Consistoire bernois de Gex qui nous renseigne sur la conduite de François Favre à Ruth. Voici, en effet, ce que contiennent les Archives des Procès criminels : « Devant les Seigrs Juge et Auditeurs du Consistoyre de Gex. Le troisiesme jour de mars 1546, a esté convenue [citée] Clauda, fille de Pierre Humbert, de Collovrex, à cause qu'il est voix icelle estre ensaincte d'enfant. Laquelle a respondu estre ensaincte de la semence de François Favre, de Genève, et a heu sa compagnie d'empuys le moys de may prochain passé, au village de Rouz, en la maison du d. Favre. Surquoy lad. Clauda a esté admonestée très assertes de non converser avec led. Favre et de bien gouverner le fruict qu'elle pourte en forme 5. »

3. Nous pouvons maintenant revenir à la maison de campagne d'Ami Perrin. Tout près d'elle, à la limite des Franchises, à côté de la onzième borne, donc presque sur les bords du lac, et de façon, selon la coutume, à être bien vue, se dressait une potence, signe de la puissance de MM. En 1537 (31 janvier), un nommé Jaques Brouges, serrurier, fut condamné à avoir la tête tranchée à Champel. Il devait en outre être coupé en quatre quartiers. Après quoi, sa tête serait placée vers la porte de Rive, trois quartiers au gibet et l'un des quartiers en la bêche (ou potence) dessous Scarron c.

Mais cette métairie Perrin et cette potence Scarron ont joué un rôle non moins historique que pittoresque dans la terrible lutte entre les Libertins et les Calvinistes.

C'est dans la métairie, comme nous l'a déjà dit Bonivard, que le 24 mai se réfugièrent Perrin et ses amis, après l'échauffourée de 1555. Ils venaient y cacher avec colère leur défaite.

C'est vers la métairie que les réfugiés allumaient des feux, auxquels répondaient d'autres feux allumés dans la ville. Et l'inquiétude des magistrats genevois était grande. Le 16 juillet 1555, le Seigr Guillaume Verrey vient informer le Conseil que, « estant au bellouard de Saint Gervaix, ils virent luy et ceulx du guex aulcung feu en la maison de Amied Perrin, à Pregnie, et aussi d'aultre

l. Amédée Roget, Histoire de Genève, II (1873), P- 2°5 : « Fr. Favre, condamné l'été précédent à quelques jours de prison pour libertinage, avait espéré se soustraire à l'application de l'arrêt rendu contre lui en prolongeant son séjour dans une maison de campagne qu'il possédait à Pregny. » — 2. Les Opéra Calvini, XII, p. 545, n. 1, sur la foi de Roget, qu'ils viennent de citer, placent la propriété de François Favre à Pregny, tout en s'exprimant avec prudence: « Perrin se retira dans sa propriété de Pregny (in finibus Bernensium situm, ubi jam erat pater ej'us Fr. Favre). » — 3. Henri Fazy, Mémoire su r la compétence disciplinaire du Consistoire (1886), p. 39, n. 1. « Favre n'avait pas attendu d'être arrêté; prévoyant quelque désagrément, il s'était retiré à Pregny, dans son domaine de Roz ou Roux. Il était là sur terre bernoise, à l'abri des poursuites du Consistoire » — 4. Bonivard qui dit de Perrin qu'il se retira dans « la métairie que havoit delà du Rhosne, » dit de François Favre qu'il « se retira en une métairie qu'il havoit à demi lieue de Genève. » Advis et devis de l'ancienne et nouvelle police de Genève, p. 143 ét p. 72. — .r>. Archives. Procès criminels, 2° série, carton XIV, cité par H. Fazy, Procès et démêlés éi propos de la compétence du Consistoire, 1546-1547, p. 39. — 6. Flournois, Remarques, p. 107.

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