‹ Jean CalvinChapitre 14 sur 115 · I IO · texte numérisé non relu

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années d'études

téméraire et n'a plus fortement porté la hache contre sa racine [celle de l'Eglise] que Martin Luther.... Il importe de faire partout disparaître ce venin pestilentiel. A ces causes, craignant qu'une plante si vénéneuse ne pousse ses racines dans le champ qui nous est confié, nous avons regardé comme notre devoir de l'extirper radicalement avant qu'elle ne se fût propagée1. »

A ce moment la réaction triomphante osa porter la main sur Louis de Berquin. C'était un gentilhomme de l'Artois, plus noble encore de sentiments que de naissance, et qui, alors même qu'il détestait la doctrine de Luther, « haïssoit mortellement l'asnerie des sorbonnistes et moines "2. »

Puis il s'adonna aux études bibliques, et se mit « à translater livres chrestiens de latin en Françoys, les quels il communiquoit à ses amis. » Au mois de mai i523, la police recherchant partout les œuvres de Luther, fit une descente chez lui. Les sorbonnistes « tirèrent quelques articles de ses livres à la manière des araignes, pour en faire du venin et procurer sa mort. » Le 26 juin, il est censuré, et jeté en prison le Ier août. Mais le roi le délivre.

Le danger qu'il a couru excite encore son ardeur. Car « son esprit avoit quelque chose de semblable avec la palme : il se dressoit de plus quand on vouloit le déprimer. » Sa foi héroïque brave ses ennemis. De nouveau il est censuré, emprisonné, condamné. Heureusement, le Ier août i52Ô, arrive une lettre du roi suspendant la procédure, et avertissant le Parlement qu'il lui redemandera <( ou la vie ou la mort » de son protégé. En novembre i526, Berquin est tiré de la Conciergerie, gardé quelque temps à vue dans le Louvre, puis mis en liberté, plus confiant que jamais, dans sa foi et dans ses espérances.

1. France protestante, III, p. 142. — Ce décret et les autres de 1525 ont été jusqu'ici placés en 1523, et il était impossible de comprendre la suite des événements. La France protestante a montré qu'il y avait là une fraude pieuse, dont se sont servis les historiens catholiques, pour essayer de prouver que Briçonnet n'avait jamais été hérétique. La fraude remonte « à une sorte de cartulaire de l'épiscopat de Briçonnet, dressé par un certain Jean Lermite, chantre de l'Eglise de Meaux, qui, à la mort de l'évêque était son secrétaire, et qui décore Guillaume Briçonnet du titre de « Factionis Lutheranae detreclator acerrimus. » C'est lui qui paraît avoir le premier fourni ces fausses dates de 1523. Cette erreur est indiquée par Herminjard, I, p. 158, n. 4, qui s'appuie sur le récit d'Antoine Froment. — Briçonnet mourut hors de son diocèse, en son château d'Aimans, le 24 janvier 1534. Du Boulay a écrit: «Combien il fut éloigné de toute dépravation hérétique, ses actes le montrent. Personne ne persécuta plus violemment les luthériens. » Du Boulay, o. c, VI, p. 936. Pour mettre toutes les opinions sous les yeux de nos lecteurs, nous citerons M. Bower M. A., The fourteen of Meaux. 1894, p. 19. « Il fut l'avocat de la science contemporaine ; il purifia les rites, respecta les cérémonies, distribua les évangiles, organisa la prédication. Il repoussa les confréries parasites et dégénérées, la négligence paroissiale et aussi la dissidence agressive et les doctrines luthériennes. » — Enfin voici comment s'exprime Graf, Faber Stapulensis, p. 179 : « Briçonnet était un homme bon; il avait les plus nobles intentions. Il lui manquait la claire connaissance évangélique et la fermeté du caractère. Il se laissait entraîner par l'influence des hommes vers lesquels il se sentait attiré. Il ne pouvait pas diriger lui-même le mouvement qu'il favorisait plutôt inconsciemment qu'intentionnellement II était très éloigné de penser à une révolution, à une séparation de l'Eglise catholique, et les luthériens, les hérétiques qui déclaraient la guerre à l'ordre ecclésiastique établi, lui étaient aussi antipathiques qu'à ceux qui faisaient lever contre eux le bras séculier. Cependant le bon évêque doit rester pour nous une figure vénérable, à cause de son amitié pour les hommes les plus savants, les gens éclairés, en particulier pour notre Le Fèvre, à cause de la protection qu'il a largement accordée aux efforts de ceux qui propageaient la science, la connaissance chrétienne, à cause du zèle chrétien qu'il déploya pour être le digne pasteur du troupeau confié à ses soins. » — 2. Histoire des martyrs, I, p. 273, 276.

LE PROTESTANTISME FABRISIEN

Il ose attaquer Béda, et l'accuse d'hérésie. Ce fut sa perte : François Ier était changeant.

« Souvent prince varie, Bien fol est qui s'y fie. »

Béda était implacable. Berquin monta sur le bûcher, le 17 avril r52g.

Tel était, au point de vue religieux, le Paris clans lequel Calvin vécut, de i523, date du premier martyre protestant et de la fondation de l'Eglise secrète par Farel, jusqu'en 1328, peu de temps avant la fin de Berquin. Quels événements !

Ex offîcina ROBERTI STEPHANI, cregione fçhol* Decrctorum- M. D. XX XII.

Cumpnuilcgio Régis.

Grande marque de Robert Estienne. Grandeur de l'original 0,151 X 0,198.

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