Histoire des Martyrs, I, p
DÉVELOPPEMENT RELIGIEUX DE CALVIN
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au commencement et à la fin, ces mots: Pro communitate pauperum montis acuti. C'est Béda, Principal de Montaigu, qui intervient au procès, le 18 août 1 525, pour la Faculté de théologie, « tant en son propre [nom] que de tous bons chrestiens. » Dans le manuscrit, les passages relatifs à la Faculté de théologie sont soulignés et annotés d'une main qui ne peut être que celle de Béda. C'étaient donc les notes destinées à renseigner Béda sur un procès dont il était l'âme. En effet, « les plaidoiries du 18 août manquent: Béda assistait ce jour-là à l'audience: il n'avait pas besoin d'autres notes que de celles que lui-même avait prises1. » Et la lettre de Béda à Erasme, celle dans laquelle il pose son principe antibibliciste, est datée de Montaigu. (Ex acnto monte**.)
Comment les élèves d'un collège n'auraient-ils pas été au courant des actes, aussi retentissants, de leur Principal? A cette époque de discussion incessante comment Calvin ne les aurait-il pas discutés avec ses camarades?
Mais ce n'est pas tout. Si Calvin était l'étudiant de Béda, il était l'ami des Cop. Or Bécla était le chef des « obscurantins, » et Guillaume Cop était plus que le disciple des novateurs.
Né à Bâle, célèbre par ses connaissances médicales, Cop fut appelé à Paris par Louis XII, et conserva auprès de ce roi, et de son successeur François Ier, la charge de premier médecin.
Une lettre de lui, datée du 25 août 1 5 1 4, raconte la curieuse scène que voici. On attaquait Reuchlin devant le roi. Louis XII interroge son médecin. Cop répond : « Il y a quarante ans que je ne l'ai vu ; mais je sais par mon précepteur J. Heberling de Gemund que lorsqu'il enseignait à Bâle il était très célèbre — Personne ne lui était comparable. » Son interlocuteur n'ayant rien à répondre se contenta de s'écrier : « Toi aussi, tu judaïses3. » Reuchlin lui rendait naturellement son estime et son affection, et l'appelait le « petit fils de ses leçons4. »
Mais Cop n'était pas moins avancé dans les bonnes grâces d'Erasme. Celui-ci, se trouvant malade à Paris, en 1498, écrit à un de ses amis qu'il n'est pas sans espoir. Il compte sur sainte Geneviève, dont il a maintes et maintes fois éprouvé le secours. Il ajoute : « Et surtout [ce maxime est naïf] nous avons pour médecin G. Cop, non seulement praticien très habile, mais mon ami, et, ce qui est très rare, adorateur des muses (musarum cultorem5). »
Cette amitié et cette admiration ne diminuèrent pas avec les années. Le 9 février i5i6, Budé met Cop au nombre des trois Guillaume dévoués à Erasme (G. Cop, G. Budé et G. Parvi 6). Et le 21 février, Erasme se hâte de répondre: « J'aime tellement Cop (totum totus) que je me réjouis rien que d'entendre son nom7.» Il continue à le déclarer « incomparable patron et chef (l'index et autistes) de la médecine, celui que la France et l'Allemagne se disputent*. »
L'ami de Reuchlin et d'Erasme ne pouvait pas ne pas être l'ami de
1. 'Bulletin, LXIV, 1895, p. 8, 9. — -2. Herminjard, I, p. 353. — 3. Du Boulay, VI, p. 66. — 4. Herminjard, I, p. 16. — 5. Lettres d'Erasme, édition Le Clerc, III1, p. 26 D. (12 avril 1498). — C. Ibid. 5 février 1 5 1 6, III1, p. 170 E. — 7, Ibid. 21 février 1 5 16, III1, p. 184 E. — 8. Ibid. 14 février 1 5 1 7 , III1 p. 231 F.
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Le Fèvre. En effet, Glaréanus raconte à Zwingle (29 août i5 17) et à Erasme (5 août 1517) quel excellent accueil il a reçu à Paris de Buclé, de Cop, et de Le Fèvre d'Etaples; et, le 29 août i526, nous trouvons Cop à Blois, avec la cour, faisant saluer Le Fèvre et un ami commun1.
Rien d'étonnant que Cop ait un peu senti l'hérésie: il était un des principaux chefs du nouveau parti. Il mourut à Paris « riche et laissant de grands biens à sa famille2. »
Or Calvin fréquentait la maison de Cop, amené par les fils, Nicolas, Jean, Michel, qui étaient, nous l'avons vu, ses condisciples. Sur quoi pouvaient rouler les conversations? A cette époque, où les journaux étaient remplacés par les lettres, quelle émotion3 causait une épître de Reuchlin, ou d'Erasme!
Entre son Principal, Béda, et le père de ses amis, Cop, Calvin devait être singulièrement au courant de tous les événements. Et on ne peut douter du parti vers lequel penchait l'ancien élève de M. Cordier, l'humaniste déjà distingué, dont la maturité devançait l'âge, dont le bon sens et la moralité, également rigides, devaient être à chaque instant heurtés par l'ignorance et la grossièreté sorboniques.
Si nous n'avions aucun renseignement, nous serions raisonnablement obligé de classer Calvin dans le parti des Humanistes, avec les Reuchlinistes, les Erasmiens, les Fabrisiens; mais Bèze va nous permettre de préciser la date et la nature des premières impressions évangéliques de notre Réformateur.
Le moment était venu pour le bénéficiaire des cures de Noyon, pour le maître ès arts de Montaigu, de se vouer définitivement à la théologie. Tout à coup, nous voyons qu'il étudie le droit.
Son père avait changé d'avis. Pourquoi ? « Son père résolut de le faire étudier aux loys, voyant que c'estoit le meilleur moyen pour parvenir aux biens et aux honneurs4. » Nous pouvons confirmer ce renseignement en le complétant.
Les relations entre Gérard Cauvin et le Chapitre de Noyon s'étaient peu à peu modifiées, et profondément. A la confiance réciproque avait succédé la défiance, et même la lutte.
Nous ne parlons pas des petits ennuis que G. Cauvin eut en i52Ô et 1527, à propos des cures de Jean Calvin. Celui-ci, qui aurait dû se présenter, ou se faire représenter, aux séances du Chapitre, avait négligé de remplir cette formalité, et il avait été pour cela « approché. » Ses succès croissants firent sans doute oublier ces irrégularités vénielles, et, le 27 septembre 1527, il obtenait la cure de Saint-Martin de Martheville (près de Vermand, Aisne).
1. Herminjard, I, p. 449. — 2. Du Boulay, VI, p. 938. — 3. Cette émotion nous a été décrite en termes d'une vivacité aujourd'hui incroyable, par exemple par Bucer. — 4. Vie de Calvin, 2e édition, Opéra XXI, p. 54.
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Mais dès i52Ô, G. Cauvin semble avoir été poussé, par quelque gêne financière, à s'acquitter d'une façon assez irrégulière de ses fonctions de procureur. Exécuteur testamentaire d'un certain Nicolas Obry, chapelain de Noyon, il ne rend pas de comptes. En 1527 il est censuré et blâmé par le Chapitre; il persiste dans son refus d'explication.
Bientôt après il agit de même dans une autre succession. Nommé, en troisième ligne, exécuteur testamentaire, il se substitue aux deux premiers mandataires, et de nouveau il refuse ses comptes. Les contraintes, les monitions furent vaines. L'excommunication ne devait pas mieux réussir1.
Qu'était-ce donc? Même en lisant Le Vasseur2 il ne semble pas qu'il y ait eu autre chose que des embarras financiers. Du reste, à la mort du père, les enfants réglèrent la situation à la satisfaction du Chapitre.
Mais on s'explique que G. Cauvin ait, à ce moment, rêvé pour son fils une position indépendante, et l'ait éloigné d'une Eglise avec laquelle il venait de se mettre en un si pénible et si violent conflit.
Le changement de sentiments du père était naturel. Mais que dut en penser le fils ?
D'après Bèze, il se trouvait que le fils avait changé en même temps que le père (utrhtsque mutatus animus), bien que pour d'autres motifs. Les voici : « Toutes fois son père se résolut de le faire estudier aux loix, et luy aussi de
1. Desmay ne perd pas cette occasion de donner libre carrière à ses accusations et à sa haine contre la famille Calvin. « Girard Cauvin estant homme qui prenoit où il pouvoit pour entretenir ses friponneries s'avança tant aux affaires de Chapitres, qu'on le fit Receveur et payeur des officiers de l'Eglise, et se donna du bien d'Eglise par les joues, et enfin se trouva grandement redevable, ayant receu toujours sans payer, à cause de quoy les officiers se plaignirent en plein Chapitre contre luy, qui fut cause, qu'au Chapitre tenu le lundi n décembre 1525, fol. 375, p. 1, Messieurs Fauvel, David et Herlin, furent députez pour faire rendre compte à Girard Cauvin, et tirer de luy ce qu'ils pourraient, et pour le déposséder de cette charge et en establir un nouveau. Comme bon cheval de trompette, il ne s'étonne du bruit, il use d'artifice et subterfuge, pour ne point rendre compte et ne point dégarnir ses mains. » (p. 5). Si la conduite de G. Cauvin avait été si coupable, le Chapitre aurait-il fermé les yeux pendant toutes ces années? En 1528, rien n'a été fait contre lui. Alors vient l'affaire des testaments, juin, août 1528. « Au Chapitre tenu le vendredi 13 novembre 1528, Maistre Jacques Renard a présenté qu'il avait parlé à Girard Cauvin sur l'exécution d'une sentence donnée contre luy, par laquelle il avoit esté condamné à rendre compte des biens des susdits Obry et Courtin, et Girard luy avoit répondu estant au lict malade qu'il estoit appelant de cette sentence. » Le cas est donc litigieux. Et en effet on voit le Chapitre s'adoucir, et se montrer très aimable envers G. Cauvin. Faut-il une autre preuve que celui-ci n'était pas le « fripon » dont on nous parle? Desmay lui-même continue : « Il a esté ordonné qu'on suspenderoit l'exécution de ladite sentence, et que, pour soulager le dit Cauvin en son infirmité, Maistre Tresson irait chez luy pour escrire, et dresser les minutes de ses comptes. » Le mercredi 18 du mois de [le nom manque] l'an 1530, G. Cauvin présenta quelques comptes en Chapitre « de l'administration des biens sus nommés » (p. 6). C'est ici que l'on constate la passion fanatique de Desmay. « Nonobstant, conclut-il, toutes les quelles diligences, poursuites, sentences, monitions et longues attentes, G. Cauvin trouve des détours pour ne point rendre compte.... Il ne se faut plus estonner si d'un si mauvais arbre est sorti un si mauvais fruit, d'un père excommunié un enfant de géhenne. De l'engeance de Caïn, ne peut venir qu'un Chanaan » (p. 7.) On voit où il s'agissait d'en arriver. — 2. Le Vasseur, p. 11 54, 11 55.
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sa part ayant desia par le moyen d'un sien parent et ami nommé maistre Pierre Robert, autrement Olivetanus, qui depuis a traduit la Bible d'Hebrieu en François, imprimée à Neufchastel, gousté quelque chose de la pure religion, commençoit à se distraire des superstitions papales, qui fut cause qu'outre la singulière révérence qu'il portoit à son père 4, il s'accorda d'aller à Orléans pour cest effect 2. »
Dans sa Vie latine, Bèze ajoute qu' « averti (monitus) de la vraie religion, » Calvin « avait commencé à lire les livres sacrés..., » et « à se séparer des cérémonies » catholiques 3.
Voici donc un nouvel ami de Calvin, et des plus intimes : Pierre Robert, dit Olivétan. Il avait pour père un procureur en cour d'église de Noyon, collègue par conséquent de Gérard Cauvin, dont il était cousin 4. Sans que Ton sache comment, il fut gagné aux idées évangéliques.
Est-ce lui qui, à ce moment, gagna à ces mêmes idées son ami et cousin, Jean Calvin? Bèze l'affirme; M. Herminjard en cloute. « Est-ce durant le premier séjour de Calvin à Paris, c'est-à-dire avant i528, qu'Olivétan exerça sur lui cette influence, ou seulement depuis que le jeune licencié ès lois fut revenu dans la capitale en 1 5 3 1 ? Le ton qui règne dans les premières lettres de Calvin semblerait plutôt favorable à la seconde hypothèse5. »
On voit toute l'hésitation, si scrupuleuse, avec laquelle M. Herminjard avance son « hypothèse. » Il est vrai que même une hypothèse du savant bénédictin lausannois a pour tout le monde, et pour nous en particulier, beaucoup d'autorité. Il nous semble cependant que cette hypothèse est, sinon inspirée, tout au moins appuyée, surtout par le système chronologique auquel M. Herminjard est arrivé pour la date des premiers événements moraux de la vie de Calvin : système que nous avons, peut-être le très grand tort, en tout cas le très grand regret, de ne pas pouvoir adopter complètement.
Entre l'hésitation de M. Herminjard et l'affirmation si nette, trois fois renouvelée de Bèze, nous conservons donc, — jusqu'à preuve nette du contraire, — l'affirmation de Bèze 6. D'autant plus que celui-ci se sert de termes dont il faut remarquer les nuances.
Calvin n'est pas instruit, en règle, des vérités évangéliques ; il est averti
1. Dans sa Préface des Psaumes, Calvin dit qu'il s'employait « fidèlement pour obéir à son père, » à l'étude des lois. Et Kampschulte voit entre cette déclaration et celle de Bèze une contradiction (p. 226, n. 3). Nous ne pouvons y voir qu'une confirmation. Calvin ne parle pas de ses propres sentiments : voilà tout. — 2. Vie de Calvin, Ie éd., Opéra, XXI, p. 29. — 3. Vie de Calvin, 3e éd., Opéra, XXI, p. 121. — 4. Lefranc, p. 29. — Il appartenait donc à » cette région privilégiée qu'ont illustrée les travaux bibliques de Guyard des Moulins, Raoul de Presles, Jean de Rely, Le Fèvre d'Etaples, Vatable, Calvin, sans parler de Gérard Roussel, Louis de Berquin, Ramus, ni des imprimeurs Pierre de Vingle, Crespin et de Tournes. » Douen, Encyclopédie des sciences religieuses, IX, 1860, p. 786. Ajoutons encore les noms de Desmarets, Simon de Colines. — 5. Herminjard, II, p. 451. Notre savant auteur ne conteste pas du tout qu'Olivétan ait exercé sur Calvin une certaine influence religieuse; il hésite seulement à préciser l'époque où elle s'est produite. — (i. P. Masson la confirme en ces termes : « Calvinus a Roberto Hebraicae linguae perito consanguineo suo, religionis novae principia hauserat, prius quam Aureham ad Juris civilis studia proficisceretur. » P. Masson, p. 413.
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