‹ Jean CalvinChapitre 27 sur 115 · L :^âiSm.m . . i m · texte numérisé non relu

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Fac-similé de la signature (pseudonyme) de Baudoin2.

L'impression faite par ce récit est tout à fait confirmée, on a pu s'en convaincre, par la lecture des lettres de Baudoin même. Elles ne respirent pas la franchise. Pourquoi, par exemple, signer Rochius et faire entendre que ses convictions avaient la solidité du roc, au moment même où il les modifiait et les dissimulait 3 ?

Calvin a pu être injuste, en ne reconnaissant pas assez des qualités intellectuelles très réelles. Mais, moralement et religieusement, Baudoin avait tort. Pour Calvin le caractère était tout : celui de Baudoin était peu honorable.

Il fallait noter précisément ce caractère de l'inventeur de la légende calvinienne. C'est un témoin disqualifié.

Finalement, poussé par son esprit inquiet et ambitieux, Baudoin se mit au service du cardinal Charles de Lorraine, le triste et odieux ennemi des protestants. Il se posa en prétendu conciliateur des calvinistes et des catholiques, et arriva en France (i56i), porteur d'un discours latin anonyme, qu'un nommé Cassander avait composé et qui avait pour titre : Du devoir de l'homme pieux Ici se place l'acte le plus coupable de Baudoin : il donna au roi de Navarre et au

1. Opuscules, p. 1983-1984. — 2. Bibliothèque de Genève, M. L., uo, f. 58. Opéra, XII, p. 108-110. - 3. « Pendant les sept années qu'il demeura à Bourges, il professa à l'extérieur la religion catholique, mais il entretint un grand commerce de lettres avec Calvin, auquel il témoignoit toujours qu'au fond de l'âme il étoit bon protestant. Il n'est pas inutile de faire remarquer qu'il prenoit toujours dans ses lettres à Calvin le nom de Pet rus Rochius, pour lui donner à entendre qu'il auroit, dans son attachement à sa doctrine, une fermeté semblable à celle de la pierre et de la roche. » Nicéron, p. 258. — 4. De officio pii ac publica tranquillitatis vere amantis viri in hoc religionis dissidio. Voir Bayle, Dictionnaire, 5c édition, article Baudoin.

années d'études

cardinal de Lorraine le conseil perfide de mettre aux prises les théologiens calvinistes avec quelques théologiens luthériens. « Dans son histoire de l'Eglise, reconnaît le défenseur de Baudoin (Voir la première édition de la France protestante), Basnage affirme ce fait d'une manière positive, et sur ce point, il est d'accord avec Varillas qui ajoute : « Il faut avouer que les catholiques ne reçurent jamais de conseil plus salutaire que celui de Baudoin , et s'il eût été exécuté avec autant de religion qu'il en était besoin pour le succès d'une intrigue si délicate, on eût prévenu tous les maux qu'on vit, depuis, naître de la conférence de Poissy *. » Heureusement ce détestable projet ne put être mis à exécution. Baudoin reçut seulement, en récompense, le préceptorat d'un fils naturel du roi de Navarre, avec mille ou douze cents livres de traitement.

Mais c'en était trop. Calvin avait frémi d'indignation. Il éleva la voix, comme il savait le faire quand une juste colère l'emportait : il parla avec une netteté, avec une violence terribles : « A un certain moyenneur rusé (versipellem) qui sous couleur de pacification a tasché de rompre le droit cours de l'évangile au royaume de France 2. »

Voici les premiers mots : « On imprime ces jours-ci un vilain livre plein de venin, desguisé et emmiellé d'un titre favorable, etc. 3. »

Et avec une verve qui ne tarit pas, faite d'une logique imperturbable, d'un bon sens impitoyable, d'une intelligence toujours vive et pénétrante, il ôte « les enguignoires, desquelles il a essayé d'abuser ceux qui sont trop faciles à croire, » il dénonce « la finesse de ce renard qui ne demande qu'à surprendre les gens cauteleusement, » bref, il dissipe tous « les brouillards. »

Baudoin se défendit en publiant son Commentaire sur les lois des Libelles diffamatoires et des calomniateurs '\ Autant il s'était montré jusqu'ici doux et flagorneur, autant il se montre non seulement violent, mais méprisant. Il appelle sans cesse Calvin dictateur. Il le trouve « ridicule. » Il parle de ses « inepties. » Il lui conseille de prendre soin de sa santé et d'appeler les médecins. Il lui dit de ne pas mentir. Il a pitié de le voir ramasser de telles saletés. Surtout il attaque son caractère : « Tu te trompes, si tu te crois déjà élevé sur un trône, où il t'est permis de faire ce qu'il te plaît, d'insulter tout le monde, d'ordonner à tous le silence, et seul de régner, de commander, de fulminer. » « Apprends que tu es un homme, et ne crois pas désormais ceux qui, semblant t'adorer, te précipitent dans l'abîme 3. »

Calvin réplique par sa Réponse de M. Jean Calvin aux injures de Balduin 6. Ces pages sont parmi les plus violentes qu'ait écrites le Réformateur. On ne peut même tout citer. Les commentaires de Baudoin sont de « maigres rappetasse-

1. Nicéron constate l'effort et l'échec : « Cette intrigue, destinée à rompre le colloque de Poissy, ne le rompit point, » p. 261. — 2. Opuscules, p. 1 88 5 . Opéra, IX, p. 525. Responsio ad versipellem quendam mediaiorem, etc., 1 561 .

- 3. Calvin se trompait en croyant que le livre anonyme était de Baudoin : celui-ci en était seulement le patron.

- 4. Ad leges de famosis libellis et de cahimniatoribus, Commentarius, Fr.Hàlduini. Parisiis 1562. L'ouvrage porte en tête un privilège, de 1557, ce clu' donna lieu à récriminations. — o. La lecture de ce traité indigna tellement Bèze qu'il en reçut une petite fièvre (febriculam). Opéra, XIX, p. 132. - 6. Opuscules, p. 1974. Opéra, IX, p. 561.

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