Pris dans Chaumeau
années d'études
D'autant plus brillèrent sa douceur, sa bonté, sa générosité, sa sainteté. Elle mourut à 41 ans, en i5o5 l.
Dans cette église se trouvait une inscription, dont un huguenot doit conserver le souvenir :
Tout se passe et rien ne dure, Ne ferme chose tant soit dure 2.
Plan du vieux Bourges :!.
C'était presque, mot à mot, le contraire de la devise qu'allaient illustrer nos
pères :
Tant plus à frapper on s'amuse Tant plus de marteaux on y use.
C'est bien cela ! Au moment où la Réforme paraissait, l'Eglise confessait qu'elle avait perdu le souvenir de cette chose « assez dure « pour résister à tous les chocs, de cette chose que les Réformateurs allaient remettre en lumière : une conscience trempée dans la foi !
1 . Raynal, III, p. 230. — 2. Guide de l'étranger dans la ville de 'Bourges, 5 e édit. Sire, imprimeur-éditeur, 1894, p. 91 . - 3. c Plan de la ville et des Fauxbourgs de Bourges, capitale de la province de Berri, mis au jour par N. de Fer, géographe de Sa Majesté catolique, et de Monsigneur le Dauphin. Avec privilège du Roy, 1703. »
BOURGES PROTESTANT AU XVIe SIECLE
Jean Calvin dut voir cette étrange inscription chrétienne, car elle datait
Bourges. Angle de la rue des Pourceaux et de la rue des Toiles, (p. 164.)
de rendre aux passants le costume du temps : les maisons, plus fidèles que les hommes, ont gardé le leur. La demeure du Réformateur était derrière le lieu où plus tard s'étendit le cimetière des protestants 1 : et c'est, en effet,
i. Catherinot, Le calvinisme de Berry. Il écrit : «Je n'en dis rien que je n'aye tiré de plusieurs journaux faits par les curieux dans la province et de plusieurs originaux que j'ay ou que j'ay veus. » Catherinot (né en 1628 et mort en 1688) a publié un journal aujourd'hui très recherché, composé de feuilles volantes de 4, 8 et 12 pages in-40, sur des sujets et avec des titres distincts. Voilà pourquoi nous ne citons pas de pages.
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aux environs de ce point précis que sont groupées les traditions qui le concernent l.
Dans une petite ruelle transversale est la chaire de Calvin. Il s'agit du couvent des Augustins, où Calvin aurait enseigné la rhétorique2; ce qui ne serait pas
invraisemblable. Calvin eut en effet beaucoup de rapports avec les Pères de céans 3.
Le couvent a été, en très grande partie, transformé. Cependant la cuisine gothique, belle et curieuse comme une chapelle, subsiste, ainsi que le réfectoire, utilisé maintenant pour la fabrication du vinaigre. Mais les belles poutres du plafond, les fenêtres, sont encore là, et surtout la chaire creusée dans le mur. On sait que les moines avaient l'habitude d'entendre des lectures pendant leurs repas. Calvin eut-il occasion de monter dans cette chaire, de faire quelque leçon ou quelque discours ? L'imagination populaire n'a pas hésité à préciser encore et à exagérer. La chaire, avec son absidiole, fait saillie dans la rue, et c'est cette saillie extérieure que l'on appelle aujourd'hui la chaire de Calvin. Par une fenestrelle il aurait annoncé l'Evangile à la foule. Malheureusement pour la légende, la baie est si étroite qu'elle n'a jamais pu laisser passer, sinon la voix, du moins la tête d'aucun orateur.
Il n'est pas beaucoup plus vraisemblable que Calvin ait usé de l'autre chaire, qu'on
Chaire de Calvin. Pierre à la Crie. . , . . ,
désigne encore de son nom, un peu plus loin, place Gordaine. Cette chaire est tout simplement une pierre à la crie, c'est-à-dire une pierre sur laquelle le crieur montait pour faire ses annonces. Bourges, paraît-il, en avait autrefois quatre : les trois autres ont disparu. Celle-ci, qui se trouvait dans l'ancien marché aux poissons, a été conservée par respect pour la tradition, et s'appelle pierre de Calvin.
Ces bizarres monuments ne sont-ils pas un témoignage caractéristique de l'impression que Calvin produisit dans le quartier où il habitait ?
i. Raynal, III, p. 308. — 2. « En ce temps-là, 1530, Calvin enseignoit la rhétorique aux jeunes Augustins de Bourges. » (Catherinot.) - — ■ 3. Notons que ce couvent devint un nid d'hérétiques. Augustin Marlorat en fut prieur, Jean Spina (ou de l'Espine), Richard Vauvelle, Jean Loquet en furent religieux, et devinrent protestants plus ou moins célèbres. « Au commencement de Caresme [1553] fut deffendu aux Augustins de ne prêcher aultre part que en leur couvent. » (Glaumeau, p. 61.) Tellement ils étaient suspects. — Le prieur des Carmes, Pierre Boquin ou Bouquin (licencié en 1538, docteur en 1539), devint aussi protestant. (Catherinot.)