‹ Jean CalvinChapitre 38 sur 115 · Opéra, XIII, p · texte numérisé non relu

Opéra, XIII, p

2. En face du collège Montaigu, de si scolastique souvenir, et qu'il connaissait bien,

années d'études

Sous l'influence du grand Budé et de Cop, François Ier pensait, depuis longtemps, à créer un établissement où l'on enseignerait les langues, et qui deviendrait un foyer d'humanisme. Le projet commença précisément à être mis à exécution en mars i53o (A. S. i52q), par l'institution des Lecteurs royaux.

Calvin avait subi à Montaigu l'éducation du moyen âge. Avec Mathurin Cordier et Melchior Wolmar il avait été initié, par les promoteurs eux-mêmes, à l'éducation nouvelle. En suivant les cours des Lecteurs royaux, il assista au triomphe de la révolution littéraire, qui allait exercer sur « la marche de la civilisation française une action immédiate et profonde On peut même affirmer

que l'émancipation intellectuelle, la plus précieuse de celles dont s'énorgueillisse le monde moderne, date vraiment de ce moment-là »

Fait digne de remarque : le récent et savant ouvrage de M. Lefranc confirme, d'une façon étonnamment précise, la page que le vieux Bèze a écrite sur le même sujet, et qui se trouve un résumé minutieusement exact. Bèze apprécie comme M. Lefranc l'importance de la création littéraire de François Ier. « Ces estudes des sciences littéraires, dit-il, réveillèrent les esprits auparavant du tout endormis ; » et il ajoute : « en peu de temps tout le Royaume de France se sentit d'un tel bien, aiant rendu la mémoire du Roy François premier si recommandable à la postérité à cest égard, que d'un tacite consentement de tous, le surnom de Grand luy en a esté attribué, plus tôt que pour aucun autre exploit2.»

« Le nouvel enseignement en effet rompait en visière avec des habitudes et des préjugés séculaires, substituait la liberté à la routine, l'esprit à la lettre. Plus de grades obligatoires, plus de licence pour enseigner, plus de frais d'études arbitraires et monstrueux : des cours indépendants, gratuits, ouverts à tous, le grec et l'hébreu envahissant l'Ecole. C'était toute une révolution dont personne peut-être, pas même ceux qui la provoquèrent, n'avait au juste mesuré la portée 3. »

11 n'est pas inutile de rappeler que Budé {Page 2o3) et Cop, sans devenir jamais protestants, faisaient plus ou moins partie du groupe fabrisien, de ceux qui, selon l'expression de Bèze, « préparaient un chemin aux autres, auquel euxmesmes ne mettoient pas la plante de leur pied 4. »

Nous avons vu les relations de Calvin avec la famille Cop. A ce moment nous savons que Calvin est un grand admirateur de Budé. Il écrit : « Budé la première gloire et l'appui des lettres, grâce auquel notre France revendique la palme de l'érudition 5. » Sans doute il connaît personnellement celui dont il célèbre ainsi les louanges. Et une preuve, ce semble, c'est que les fils de Budé, comme les fils de Cop, finiront par aller à Genève, et par être les amis et les soutiens de Calvin. La veuve de Budé se réfugia dans la cité calviniste peu après la mort de son mari, en 1549. Antoine Budé devint protestant, et resta en France. Mais Mathieu, François, Louis, Jean et Marguerite Budé, suivirent leur mère.

1 . A bel Lefranc, Histoire du Collège de France, depuis ses origines jusqu'à la fin du premier empire, 1893, p. VII. — 2. Histoire ecclésiastique, I, p. 9, 8. — - 3. Lefranc, Collège de France, p. 107. — 4. Histoire ecclésiastique, I, p. 7. — o. Opera,W, p. 54.

CALVIN HUMANISTE 2o3

Marguerite épousa l'ami intime de Calvin, Guillaume de Trie.

Mme Budé logeait dans la rue des Chanoines, pas loin de Calvin.

N'est -il pas naturel de mettre tous ces futurs citoyens genevois au nombre de ces Français, avec lesquels Calvin avait eu des relations dans sa jeunesse, et qui, les uns après les autres, attirés comme par une attraction irrésistible, rejoignaient celui dont le souvenir et l'amitié étaient restés impérissables dans leur cœur?

Cela nous permet de bien nous représenter le cercle des personnages distingués que fréquentait alors Calvin , étudiant au Collège de France.

Seulement, il ne faut pas s'y tromper. Le collège de France de i53o différait singulièrement du collège de France actuel. D'abord il n'en portait pas le nom. Le titre officiel de Collège royal, aussi bien que celui de Collège des Troislangues, n'est jamais employé par les professeurs du XVIe siècle. Ils s'appellent tout simplement lecteurs, interprètes royaux. Le titre de Collège royal apparaîtra, pour la première fois, en 1610, quand on posera la première pierre de l'édifice.

Jusqu'à ce moment en effet il n'y a pas « d'édifice. » Pendant plus d'un siècle les leçons se firent dans le collège de Cambrai ou des Trois-Evêques, ou dans celui de Tréguier. Même certains cours se donnèrent encore ailleurs, par exemple dans le collège des Lombards, où vécut Guidacerius, et clans le collège du cardinal Lemoine, où Vatable enseigna longtemps. Cinqarbres1 réunissait son nombreux auditoire dans le collège Fortet. Mais à cette époque Calvin l'avait quitté2.

Guillaume Budé, d'après les Icônes, (p. 202)

i. Jean Cinqarbres, un des lecteurs royaux. — 2. Lefranc, ColUge de France, p. 113.

années d'études

Et de même qu'il n'y avait pas d'édifice, c'est-à-dire d'école proprement dite, il n'y avait pas de chaires fixes, mais seulement des cours. Au début, il y eut deux cours de grec, donnés par Pierre Danès et Jacques Toussain ; deux cours d'hébreu, donnés par François Vatable et Agathias Guidacerius, et un de mathé-

Pierre Danès, professeur Je Calvin.

matiques, donné par Oronce Finé. En i53i, un troisième professeur d'hébreu, Paul Paradis, fut ajouté1.

On comprend que, de tous ces professeurs, celui qui attira spécialement Calvin, ce fut Danès. C'était, sinon en droit, du moins en fait, le chef de la nouvelle fondation, et comme le doyen, — par le droit de la gloire — de ces professeurs royaux.

Voici le portrait que nous en trace M. Lefranc : « Sans prérogative officielle,

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