Opéra, V, p. 280; Opuscules, p
Clairac. Vue actuelle de l'Abbaye, (p. 416.)
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résidu de la crainte de Dieu, laquelle le temps passé j'y ay cogneue et considérée, non sans grand plaisir et admiration *. »
Mais plus il a été donné à Roussel et plus il lui sera redemandé, et Calvin le presse avec une verve, avec une passion infatigables : « A la trompette, toy qui dois faire le guet : à tes armes, Pasteur. Qu'attens-tu ? Que songes-tu ? Est -il temps de dormir ? Cependant que tu destournes d'ici ton esprit, pour l'envelopper en choses qui ne t'attouchent point, voici tout est plein de brigandage. Malheureux, tu dois rendre compte de la mort de tant de gens devant le Seigneur ! tant de fois es-tu homicide, tant de fois coulpable de sang, duquel il n'y aura pas une goutte, que le Seigneur ne redemande de ta main, Tune après l'autre2. » — Ce fut en vain.
C'est ici que se dévoile le fond du caractère de Roussel. On a souvent répété qu'il avait été le plus fidèle disciple de Le Fèvre. Il faut s'entendre : Roussel semble avoir exagéré le caractère mystique du protestantisme fabrisien, et l'avoir poussé jusqu'au quiétisme.
On le constate de bonne heure. Lorsque Farel lui écrivait d'attaquer les ventres parisiens {ventres parisianos), c'est-à-dire les docteurs de la Sorbonne, il lui répondait naïvement : « Cela n'exige pas un petit courage, et il faudrait une manifestation de l'esprit autre que celle que j'ai sentie en moi ;. » Et encore : « La chair qui a horreur de la croix me détourne facilement de mon propre sentiment et me fait renvoyer de jour en jour. » Cette franchise rachète presque cette timidité. Mais Roussel continue : « Au surplus il faut faire attention à ne pas usurper les prérogatives de Dieu ; » il ne faut pas, « attribuant plus que de juste à la liberté humaine, enlever quelque chose à l'élection divine. »
La conclusion c'est de laisser faire et, sous prétexte de laisser faire Dieu, de laisser faire les hommes. Finalement Farel se trouve avoir tort à cause de son zèle même. « Tu te plains à Dieu qu'une moisson, et non petite, va périr faute d'ouvriers. Mais il ne faut pas cependant que celui qui n'est pas appelé se mêle de cette œuvre. Ensuite que t'importe si le maître de la moisson veut qu'il en soit ainsi ? S'il veut que ce qui lui appartient périsse, que t'importe? » De telle
Clairac. Tour carrée et chevet de l'église3, (p. 418.)
i. Opéra, V, p. 281 ; Opuscules, p. 98. — 2. Ibid., V, p. 290; Opuscules, p. 108. — 3. Qu'il me soit permis d'exprimer ma reconnaissance à Madame Delpech, et à M. Oberkampf, receveur des finances, pour deux dessins à la plume, extrêmement intéressants, qu'ils ont bien voulu faire pour moi, l'un de la Tour et l'autre de l'Abbaye. — 4. Herminjard, I, p. 234. Lettre du 6 juillet 1524.
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sorte que Roussel l'insinue à Farel : son zèle pourrait bien être satanique, rien de moins! « Il faut mourir à toi et à ton zèle.... Le serpent antique est rusé et facilement, si nous ne veillons, il peut convertir notre zèle, autre part très pieux, en idole *. »
Le Fèvre n'aurait pas tenu ce langage, et Fl. de Raemond a bien indiqué la nuance vraie, quand il a dit : Le Fèvre cédait plus à Calvin que Roussel. Si Le Fèvre était devenu protestant à l'âge de Roussel, qui sait ce qu'il serait arrivé de son école ?
Roussel resta donc évêque, mais ce fut un prêtre protestant sous la robe catholique, avec une vie pure et une doctrine de plus en plus évangélique. Aussi il mérita presque une place clans le Martyrologe.
Il avait envoyé à Mauléon, en Gascogne, un de ses prêtres, qui prêcha contre les indulgences, et même contre les Saints. Cela déplut à un certain gentilhomme du pays, qui se mit à exciter le peuple. Le prêtre dut s'enfuir. Roussel estima de son devoir de se rendre lui-même dans la paroisse. Il rassembla un synode, proposa de réduire la liste des Saints, puis monta en chaire. Tout à coup le susdit gentilhomme s'élance et, avec une hache qu'il avait cachée sous son manteau, il frappe les supports avec de grands coups. La chaire s'écroule et Roussel tombe « à demi-mort, pas blessé cependant, » dit Sponde. Roussel, emporté par ses amis, rentra en Béarn. Pas très longtemps après {non multo post tempore), il mourut en se rendant à une ville d'eaux, où il voulait faire une cure. Le gentilhomme fut cité devant le Parlement de Bordeaux, qui, après avoir soigneusement examiné le cas, l'acquitta, et son fils obtint l'évêché ainsi devenu vacant 2.
A quelle époque se passa cet événement ': La France protestante (ire édition) répond : au commencement de Tannée i55o3.
Un document inédit, qu'a bien voulu nous communiquer, avec une extrême obligeance, M. le professeur Barckhausen, de Bordeaux (le savant éditeur des « Pensées et fragments inédits de Montesquieu »), nous permet de corriger cette erreur. Le document est daté en toutes lettres du 1 1 octobre 1 552 (anno domini millesimo quingentesimo quinquagesimo secundo, die undecima mensis octobris). Or il est signé par Gérard Roussel lui-même, qui a comparu, en personne, devant le notaire. Il n'était donc pas mort depuis i55o.
i. Herminjard, I, p. 272, 273. Lettre du 24 août 1524. — 2. Spondanus (Henri de Sponde), Continuatio Annalium Baronii, année 154"). — •'!. C'est aussi l'opinion de Schmidt : Gérard Roussel. — Ces deux auteurs suivent le récit de Sponde. Après avoir parlé de la mort de Marguerite, en 1549, Sponde ajoute qu'il est porté à dire quelques mots de son aumônier, Gérard Roussel, évêque d'Oloron, parce que lui, Sponde, est du diocèse d'Oloron, de la ville de Mauléon : il a ainsi un motif particulier pour déplorer que Gérard Roussel ait détourné ses aïeux de la foi catholique. Mais il ne dit pas que la mort de Roussel, ni la catastrophe de Mauléon, soient arrivées en 1549; il les raconte seulement à cette date, comme le demandait la liaison des sujets.
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L'acte notarié, et les procurations qui l'accompagnent nous donnent quelques renseignements inconnus et intéressants. Gérard Roussel avait deux neveux, l'un fils de son frère, c'est Jean Roussel, l'autre fils de sa sœur, c'est Rodolphe Dubert. Ces deux neveux étaient clercs, et devaient leur éducation aux dépenses et à l'affection de leur oncle1.
Signatures de l'acte par lequel Gérard Roussel se démet de l'abbaye de Clairac, en 1 5 5 2 2.
En leur faveur, Gérard Roussel fait un échange. Il se démet de son abbaye de Clairac, dont il était commendataire, et la cède à Godefroy de Caumont3, se réservant toutefois, sa vie durant, à titre de pension, la jouissance de la partie des domaines situés entre la cité d'Agen, le Lot et la Garonne, ainsi que la jouissance du Clos des Moynes
En échange, Godefroy de Caumont cède l'abbaye de Vigeois et le prieuré de Laurenque à Jean Roussel, et l'abbaye d'Huzerche à Rodolphe Dubert. Ici encore il y a une clause provisoire. Gérard Roussel jouira, pendant sa vie, des revenus de ces trois bénéfices, et cela pour deux raisons. La première est que
1. Nous ne devons pas oublier de mentionner la nièce de Gérard Roussel, qui, selon Y Histoire des martyrs (III, p. 340) et l'Histoire ecclésiastique (II, p. 949), se distingua par son admirable charité, pendant les horreurs et la disette de la guerre de 1562. Après avoir cité trois dames, « dont la mémoire doit estre recommandable à jamais pour les grandes charitez qu'elles exercèrent, » à savoir la Reine de Navarre, Madame D'Acier et Madame de Biron, le récit (identique dans les deux Histoires) continue : « Une quatriesme est digne d'estre ici nommée et conjointe aux autres, encores qu'elle fust bien moindre de qualité selon le monde, assavoir une bourgeoise de Clérac, nommée Madame Celier, niepee de feu Gérard Ruffi, évesque d'Oloron, laquelle durant ceste guerre, conjointe avec une cherté si grande que la charge de blé se vendoit vingt francs, usa depuis environ la mi-aoust jusques à la publication de la paix, de telle libéralité, qu'elle nourrit tous les jours 50 poures pour sa quotité, bailla à chascun des ministres nécessiteux, qui s'y estoyent retirez, jusqu'à douze sols la sepmaine et un pain de huict sols, outre plusieurs grandes aumosnes extraordinaires et bien amples. » — 2. « Gr. E. Oloren, » est la signature de Gérard, episcopus Olorensis; à côté, et celle de du Frayce, procureur susdit, et sur la seconde ligne sont les signatures des deux neveux : /. Roussel, et R. Dubert. Viennent ensuite les signatures des notaires. — 3. Sub bene placito domini nostri papa; et illustrissimi domini nostri régis, prefatus reverendus episcopus intendit resignare predictum monasterium de Cleraco, et ipsius Commende cedere in favorem dicti reverendi domini Godofredi de Caumont. — 4. Etiam si tertiam partem fructuum et reddituum dicti monasterii excédant.
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l'évêché cTOloron est pauvre, et grevé d'une forte rente. « Le rendement en est maigre, » dit l'acte ireditus exiguî), et il faut encore en prélever « une pension annuelle de trois cents ducats d'or, » pour la caisse papale. Il est en conséquence difficile à Gérard Roussel de soutenir honnêtement et commodément sa dignité (personam) épiscopale. La seconde raison est la « considération des labeurs, frais et dépenses » que Gérard Roussel a faits pour élever ses neveux, depuis leur enfance, dans les lettres humaines et sacrées, à Paris, et dans les autres universités fameuses '.
Nous pouvons maintenant nous séparer du protestantisme fabrisien, en lui témoignant la justice qu'il mérite, c'est-à-dire toute notre sympathie, une sympathie affectueuse et émue.
Ces hommes furent les ouvriers de la première heure, timides, hésitants, mais pieux et sincères. Comment oublierions-nous leur loyauté, leur candeur? Comment oublierions-nous davantage leurs services ? Ils ont semé, et le grain qu'ils ont jeté dans le sol n'a pas été perdu. N'est-ce pas à Meaux qu'a été fondée la première Eglise réformée de France? n'est-ce pas de Meaux que sortirent les premiers et les plus intrépides de nos martyrs ? En Navarre, n'estce pas à Roussel qu'on doit l'établissement prochain du protestantisme ? n'est-ce pas à Roussel qu'on doit peut-être Jeanne d'Albret? En tout cas c'est à Le Fèvre qu'on doit Farel.
On dirait, il est vrai, que toutes ces figures ont été dessinées sur le fond de l'histoire avec une estompe plutôt qu'avec un burin. Elles n'en sont que plus originales dans leur indécision même. Nous ne retrouverons plus rien de comparable à la poésie naïve des premiers jours, à la poésie mélancolique des derniers, une mélancolie qui du fond de leur conscience finit par monter jusqu'à leurs lèvres.
Gardons-leur une place honorable, non seulement dans notre souvenir, mais dans notre reconnaissance.
11 n'en est pas moins certain qu'ils se sont trompés. Ils ont voulu concilier l'inconciliable. Ils ont voulu faire un dernier effort pour réformer l'Eglise sans sortir de l'Eglise. Ils se sont montrés prêts à supporter la forme pourvu qu'on modifiât le fond, à pratiquer les cérémonies pourvu qu'on en réformât l'esprit.
Et à cette dernière, suprême tentative, Rome a fait sa réponse dernière, suprême. Elle a jeté les livres au feu ; elle a anathématisé les personnes ; Briçonnet a été déshonoré et Gérard Roussel est tombé sous les coups de ce fanatisme intransigeant et implacable.
Oui. Mais alors l'erreur même de Le Fèvre et de son école paraît avoir eu
i. P. Pius Bonifacius Ganis (Stries episcoporum ecclesia catholicœ, Ratisbonnx, typis et sumptibus Georgii fosephi, Mainz, 1873) lait mourir Gérard Roussel en 1560.
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sa place marquée dans le plan providentiel de notre Réformation. Désormais, en effet, Calvin peut faire résonner (selon sa propre expression) sa trompette retentissante. L'heure des ménagements est passée. Les délicats, les timides, les conciliateurs, les mystiques, ont fait leur temps. C'est l'heure de l'action. A ta trompette, toi qui dois faire le guet! à vos armes, fidèles du Christ! La mêlée va être rude.
Les Saints ! On ne s'est pas contenté de les respecter. Il fallait les adorer. Eh bien ! les idoles tomberont en morceaux. La messe ! on ne s'est pas contenté des cérémonies, du costume.... Eh bien, le Dieu de pâte sera traîné dans la boue?
Plus de ménagement ! plus de quartier ! A l'obstination sacrilège, répondra la logique radicale. — A qui la faute?
Le sort de Roussel est la réponse tragique et nette à cette grave question.
Rome n'a pas voulu du protestantisme fabrisien ; elle aura le calvinisme.
Et maintenant voici le combat de géant, autrement digne de ce nom que celui que vient de combattre le roi de France clans les plaines de l'Italie. Comme disent nos pères : Satan contre Christ !
Déjà le silence mystique des abbayes de Clairac, des évêchés d'Oloron fait place au bruit de pas de plus en plus pressés. Ce sont des foules qui s'avancent, jetant au vent de la bataille les notes héroïques de leurs Psaumes. Sous la conduite de ce capitaine dont l'âme est faite de logique et de passion, de génie et de foi, bronze vraiment tondu par la flamme de l'amour divin, voici venir l'invincible phalange de nos confesseurs. - - Le Fèvre et ses mystiques s'évanouissent : sous la conduite de Calvin, voici venir nos huguenots.
Clairac.
La tour de l'Abbaye, (p. 417.)