‹ Jean CalvinChapitre 66 sur 115 · BAT · texte numérisé non relu

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Première page du Testament grec d'Erasme (15 16). (p. 474.)

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Dans la rue Saint-Martin (en allant à L'église), la seconde maison, à gauche, s'appelle {ur Eisenburg. {Page 480.) C'est là que logea Œcolampade, quand il fut pasteur de l'église voisine. Sa demeure, entourée de deux maisons aussi vieilles, n'a pas beaucoup changé. Les fenêtres de la rue ont perdu quelques

Couteau et fourchette d'Erasme, (p. 476.)

croisées, mais celles de la cour les ont conservées ; dans le vestibule il y a les vieilles portes ; il y a aussi l'escalier à vis qui mène à une chambre avec des sièges en pierre aux fenêtres, et à une autre chambre au second étage, dont le plafond montre encore ses anciens caissons. C'est bien une grande maison 1 bourgeoise du XVIe siècle, et c'est ici sans doute qu'Œcolampade donna à Farel cette hospitalité qu'il refusa de se laisser payer °2.

Pendant qu'il était en Guyenne, Farel conçut le désir de visiter Bâle 3, pour accroître sa science et sa piété. Malgré l'Université et le parti épiscopal, grâce à l'appui du Sénat, vers le 20 février 1524, il fit afficher son appel à une dispute publique pour le mardi après Reminiscere (23 février), à 8 heures du matin, dans la grande salle du collège 4. Farel parlait latin ; Œcolampade traduisait en allemand.

Puis, pour témoigner à la ville sa reconnaissance, Farel se mit à faire un cours sur saint Paul. Devant l'opposition croissante, il suspendit ses leçons, vers le

1. La maison suivante, à droite, en était peut-être même une partie. Les caves communiquaient. — 2. Herminjard, I, p. 336. — 3. Il dit : « E penitissima Gallia illectus fui, ut unam supra omnes prœdicatam inviserem Basilaeam. » Herminjard, I, p. 350. — 4. In rnajori aula Collegii. « Elle eut lieu probablement, dit M. Herminjard, dans le couvent des Augustins ou dans la salle du Chapitre, qui est à côté de la cathédrale. » Herminjard, I, p. 193, 195. Il est plus probable cependant qu'il s'agissait de l'Université, d'après la note que voici, et que M. le professeur Bernus, autrefois pasteur à Bâle, a bien voulu nous communiquer : « La dispute de Farel à Bâle, a eu lieu, de même que les disputes d'Œcolampade (1523) et de Stôr (février 1524), dans le bâtiment de l'Université, qui était vulgairement appelé CoUegium (voir Basler Chronihen, I, p. 35, 39, 43, 44). C'est en effet dans le bâtiment de l'Université que se trouvait Y Aula magna (voir Ibid., I, p. 386, 443. Vischer, Gesch. der Basler Universitàt, 85). »

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milieu de mai 1524, et, d'après M. Hérminjard, se rendit à Constance et à Zurich, ayant l'idée d'aller à Strasbourg et à Wittenberg. Mais, renonçant à ce voyage, il revint à Bâle, au bout de trois semaines, et, sur les sollicitations de plusieurs, se mit à prêcher aux Français résidant dans la ville.

Il a donc été le premier prédicateur qui a prêché en français à Bâle. La chaire qui lui fut indiquée « par celui auquel le Sénat a confié une église, »

est sans doute celle de Saint- Martin, dont le curé, Antoine Zancker, avait pour vicaires Œcolampade et Boniface Wolfhard.

Alors se passa (seconde moitié de juin 1524) la scène que Farel nous décrit en ces termes :

« Le dimanche approchait où je devais donner mon quatrième sermon. Voici que le samedi, vers dix heures, je suis appelé par un huissier. J'accours, la conscience tranquille; je vole au prétoire [à l'Hôtel de ville] de sorte que l'huissier pouvait à peine me suivre. Devant la porte il me faut attendre assez longtemps. Enfin un serviteur, avec une verge, m'appelle ; je le suis ; il ne pouvait pas me comprendre, je ne pouvais le comprendre ; il me conduit dans un poêle [hypocausium, c'est-à-dire dans une chambre], à l'angle de l'Hôtel de ville. Là, quelqu'un s'efforce de s'entendre [convenir e) avec moi en latin, disant : » Nous voyons quel est votre Evangile. » Comprenant ce qu'il voulait, c'est-à-dire accuser l'Evangile d'exciter des séditions, ou pousser les sujets à la révolte contre leurs maîtres... je répondis: L'Evangile n'est pastel que tu penses. Il est pacifique, il donne tout, il ne réclame pas ce qui est enlevé : il porte toutes les injures pour Christ.

» — Nous avons vu autre chose, répliqua-t-il.

» Et moi : « Non de ceux qui vivent selon l'Evangile, qui suivent l'Evangile, » mais plutôt de ceux qui ignorent et n'ont jamais entendu l'Evangile. » Alors

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Portrait de Amerbach et fac-similé de sa signature '. (p. 477.)

celui-ci, que j'espérais entendre parler autrement, me dit : « Mes seigneurs » veulent que vous sortiez de la ville aujourd'hui. » — Et Farel dut s'exécuter2.

L'entretien avait eu lieu à l'un des angles de l'Hôtel de ville actuel, dans l'antichambre à laquelle conduit, immédiatement, le grand et pittoresque escalier. (Page 483.) Les deux larges fenêtres, divisées par deux meneaux, donnent sur

1. Boniface Amerbach, à vingt-quatre ans, avant son départ pour Avignon, où il allait étudier le droit sous Alciat. Voir ce que dit de cette « merveille » M. Paul Mantz, dans son Hans Holbein, p. 29. — 2. Farel au sénat et aux citoyens de la ville de Baie, de Strasbourg, 6 juillet 1525. Herminjard, I, p. 359-363 et les notes.

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la place du Marché, et une porte ouvre dans la vaste et belle salle du Conseil1. La porte, ainsi qu'une ravissante cage d'escalier tournant, placée dans un coin, sont dans le style gothique flamboyant.

Je regarde, j'admire, je me rappelle. Le Conseil, à ce moment, siège, et je m'entretiens avec le Weibel (huissier). Rien n'est changé, ni la façade extérieure rouge et ses fenêtres multiples, étroites et caractéristiques, ni la cour avec ses fresques, ni l'antichambre. Ce Weibel, avec qui je cause, serait-ce celui qui a amené Farel ?

Œcolampade, quand il était dans la maison {ur Eisenburg, prêchait à Saint- Martin. Cette église est restée ce qu'elle était, au sommet d'un monticule, sur un tout petit plateau, où l'on grimpe, de divers cotés, par des ruelles à escaliers. A l'intérieur se dresse toujours la chaire (Page 484), la vraie chaire d'Œcolampade, d'où le Réformateur laissa tomber ses paroles de rénovation et de vie "2. Ici il réforma la messe ; ici il réforma la liturgie, au grand scandale d'Amerbach, qui s'écriait : « Il fait hurler les Psaumes, et les Psaumes traduits en allemand ! » Le fin lettré,' pieux cependant, ne se doutait pas qu'au bruit de ces hurlements, dans toute la chrétienté, allaient se fonder les Eglises de l'Evangile restauré.

Pour bien voir Saint-Martin, il faut descendre, traverser le Rhin, et se mettre en face, sur la rive opposée. Alors l'église émerge au-dessus des maisons, haussant son abside aux fenêtres étroites, et lançant en l'air la flèche de son clocher. (Page 485.)

Baie. Hôtel de ville. Façade.

i. Herminjard, I, p. 361, n. 11. — 2. Sans doute Farel y prêcha. Herminjard, I, p. 360, n. 8.

Bâle. Cour de l'Hôtel de ville, (p. 481.)

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En regardant bien, au-dessous, un peu à gauche de l'église, on distingue un édifice, qui n'a pas d'architecture bien particulière, mais qui, en bas, sur la terrasse où il repose, laisse voir quelques arcades. Ces arcades, voilà ce qui reste du « collège inférieur, » de la vieille université de Bâle, fondée en 1460 par Pie II, Piccolomini.

Là, Œcolampade et Pellican commencèrent à enseigner les nouvelles doctrines, en 1 523. Là, Farel lit, sur saint Paul, son cours à la jeunesse, « désireux de servir à la piété, comme à la paix et à la tranquillité de la République » Là, Farel fit retentir sa voix dans ses fameuses disputes de i52q.

Finalement, tous ces efforts si divers, la critique d'Erasme, la parole tonnante de Farel, la prédication d'Œcolampade sur Esaïe et les vices du temps, produisirent leur effet.

Près la place de la cathédrale, dans un enfoncement, était un grand édifice, la Mïicke (la mouche) si souvent mentionnée dans les chroniques bâloises. La noblesse (en particulier le parti des Psittischer), qui tenait pour le catholicisme, en avait fait sa Trinkstube (salle à boire). Le Conseil y avait festoyé avec rois et empereurs, et le conclave, qui avait élu Félix V, s'y était tenu 2. Mais, dans la ville, était la salle de la corporation des jardiniers {Page 486) : et là se réunissaient les amis de la Réformation, en particulier le peuple. Enfin il y avait surtout l'église des Cordeliers, grande, haute, avec son chœur où des fenêtres immenses laissaient pénétrer à flots la lumière. {Page 487.)

Bâle. Chaire d'Œcolampade, à Saint-Martin, (p. 482.)

1. Herminjard, I, p. 360. — 2. Reconstruit en 1545, cet édifice a renfermé, de 1661 à 1849, la bibliothèque publique et les collections d'Amerbach. Mémoires de Félix Flatter (édit. Fick, Genève, 1866), p. 132.

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Bâle. Eglise de Saint-Martin (d'après le plan Mérian [Tafel IV]). (p. 482.)

C'était bien la lumière nouvelle qui y avait pénétré avec Pellican. (Page 488.) L'église devient le lieu de réunion du peuple qui réclame la Réforme. Le gouvernement hésite. Sa lenteur laisse la Réformation éclater en révolution. Le 8 février 1529, au matin, l'église des Cordeliers se remplit. On demande la

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révocation de douze membres du Conseil. C'est le club. Œcolampade paraît pour calmer les passions; mais en vain. Du 8 au 10, tout est fini ; les images gisent brisées sur le sol.

Bâle. Salle de la Corporation des jardiniers, (p. 484.)

Il fallait organiser. Œcolampade sut ce qu'il lui en coûta de peines, de chagrins, de labeur immense. Il avait alors changé de domicile et habitait, derrière la cathédrale, une maison qui n'existe plus. C'était l'ancienne maison du prédicateur de la cathédrale, plus tard maison du premier vicaire. Ici, sans doute, il logea Zwingle, qui arriva, le 3 septembre i52g, et passa chez lui quelques jours, allant au fameux colloque de Marbourg Ici il mourut. « Dans cette demeure quitta cette vie le cher homme D. Jean Œcolampade, par le service duquel l'Eglise de Bâle se détacha de l'erreur catholique. Sa fin chrétienne eut lieu le 21 novembre anno 1 53 1 2. » Comme on lui demandait s'il voulait qu'on ouvrît la fenêtre, il répondit, mettant la main sur son cœur : « Là, il y a assez de lumière. » Assez de lumière, n'est-ce pas la devise magnifique et humble du chrétien ? Gcethe, le représentant incomparable de la sagesse humaine, devait mourir en demandant « plus de lumière. »

Amerbach nous dépeint Œcolampade comme usé à la tâche. {Page 489.) Il n'avait que quarante-cinq ans, et paraissait « un homme d'un âge très avancé, à la tête branlante, si décharné qu'on croirait un cadavre vivant. » Tout en s'appuyant sur Zwingle, il avait su conserver son originalité, et, en particulier, il avait

l. Stàhelin, Huldreicb Zwingli, II, p. 392. — 2. Description de la cathédrale et de ses environs, par Christian Wurstisen. — «Christian Wurstisen, professeur et chroniqueur de Bâle, 1514-1588, » biographie par Achille Burckardt dans les Beitrage \ur vaterldndischen Geschichte. Vol. XII, p. 357 et s.

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