V. Le Vasseur
Jugements d' Audin, de Drelincourt, de Vitet, de M. Lefranc.
« Annales de l'Eglise de Noyon jadis dite de Vcrmand, ou le troisième livre des antiquitez, cbroniques ou plustot histoire de la cathédrale de Noyon, par M. Jacques Le Vasseur, Docteur en théologie de la Faculté de Paris, doyen et chanoine de la dite Eglise, à Paris 1633. »
Après Desmay, Le Vasseur est un des auteurs le plus souvent cités par les catholiques, et Audin va jusqu'à dire, avec son audace habituelle: « Drelincourt a vanté la probité historique de ce savant1. »
1, Audin, 6e édit., 1856, I, p. 440, n. 1.
QUELQUES HISTORIENS DE CALVIN
Drelincourt dit en effet : « Jacques Desmay et Jacques Le Vasseur, docteurs de Sorbonne, ont donné un journal fort exact de la vie de Calvin jusqu'à sa sortie du royaume, et cela tiré des registres de Noyon1. » Drelincourt veut dire que Desmay et Le Vasseur ont extrait, jour par jour, tout ce que les registres de Noyon racontent de Calvin, et par conséquent, s'ils n'ont pas parlé d'une prétendue condamnation portée contre lui, cette condamnation est une pure calomnie. Mais Drelincourt a si peu voulu rendre un témoignage à la probité historique de Le Vasseur qu'il ajoute en propres termes : « C'est un homme autant attaché à l'Eglise romaine et à toutes ses superstitions que l'on en saurait trouver... Enfin, il ne se peut voir personne plus passionné contre notre Religion, ni plus ennemy, et ennemy déclaré contre Calvin"2. »
Voici du reste le jugement d'un homme fort impartial, Vitet : « Mieux instruit des devoirs du chanoine que de ceux de l'historien, Le Vasseur discute très sérieusement la question de savoir si le nom de Noyon ne vient pas de celui de Noé, lequel descendit en personne en notre Gaule. Cette crédulité, en fait d'étymologie, donne la mesure du discernement de l'auteur. C'est partout la même bonhomie, le même défaut de critique. S'il a puisé aux sources originales, s'il a connu, comme tout porte à le croire, des manuscrits qui n'existent plus aujourd'hui, ces trésors se sont tellement altérés dans ses mains, qu'il est presque impossible maintenant d'en dégager l'alliage3. » Vitet parle de l'incapacité critique de Le Vasseur en fait d'histoire profane, de l'histoire de la cathédrale. On devine ce que cette incapacité a dû être en fait d'histoire religieuse, quand la « bonhomie » a été remplacée par le fanatisme. Le dernier historien de Calvin, M. A. Lefranc, a dit : « C'est un ennemi farouche de tout ce qui touche de près ou de loin à Calvin. Rien de curieux comme les pages enflammées, où, dans un pathos indescriptible, il met le réformateur en parallèle avec saint Eloi. Il faut se rappeler que l'annaliste a été l'un des plus fougueux ligueurs du pays, et la violence de son style n'aura plus rien qui doive étonner4. »
On voit avec quelle défiance un pareil auteur doit être utilisé. Mais on voit en revanche avec quelle confiance doivent être accueillis les hommages directs ou indirects, volontaires ou involontaires, qu'il rend à Calvin.
On prétend même que à cause de ces hommages les bons catholiques auraient fait disparaître son ouvrage, devenu bien rare. Heureusement nous avons pu nous servir de l'exemplaire appartenant à M. le pasteur Paul de Félice (Enghien).