Ses Remarques. — 2. La plaquette du British Muséum
1. Jacques Desmay, docteur en Sorbonne et vicaire général du diocèse de Rouen, publia à Rouen, en 1621, des Remarques sur la vie de Calvin.
Appelé (c'est lui qui le raconte) à prêcher l'Avent de 1 614 et le Carême de 161 5 à Noyon, il avait profité de son séjour pour interroger les personnes doctes, les vieillards « contemporains à ceux qui avoient veu » Calvin, et surtout pour consulter les registres capitulaires. Nous avons donc ici une enquête, faite dans des conditions spéciales, et de la plus haute importance.
Toutefois nous ne pouvons pas nous associer au jugement, trop bienveillant, de M. Lefranc, quand il dit : « Les notes ont été écrites sans trop de malveillance ni de passion2. » Certainement d'autres auteurs catholiques ont été plus malveillants et plus passionnés encore. Cependant Desmay accuse Calvin de vol, et, après les récits les plus invraisemblables, il résume ainsi son jugement sur l'œuvre de notre Réformateur : « Calvin fit son testament devant mourir et ne laissa, pour plus singulière remarque de ses mœurs, à son héritier, Antoine Calvin son frère, qu'une tasse ou goblet à boire. Vous voiez les jugemens de Dieu. Il avoit esté autheur d'une religion de table, de ventre, de graisse, de chair, de cuisine ; aussi en laisse-t-il les enseignes pour héritage à ceux qui le suivent, un goblet. S'il eust laissé quelque haire ou cilice, comme un sainct Paul, premier hermite, quelques croix, discipline ou autre marque de piété, cela eust esté plus convenable à un qui se vantoit de réformation ; mais un goblet à boire ! N'est-ce point pour faire voir à tout le monde que toute la réformation ne tendoit qu'à establir un règne de Baechus, de beuverie et de chère3? »
2. Malheureusement la fameuse plaquette est devenue « introuvable; » c'est le mot dont se sert M. Lefranc. Nous nous sommes adressé au bibliophile qui connaissait le mieux les livres imprimés à Rouen et relatifs au protestantisme, M. Lesens (enlevé dernièrement à la science et au protestantisme). Il nous répondit : « Jamais je n'ai pu mettre la main sur le volume de Desmay. Jamais je ne l'ai vu figurer dans un catalogue. »
Il est vrai que le livre a été réimprimé, en partie, dans les Archives curieuses de l'histoire de France, par Cimber et Danjou, Ie série, tome V, 1835, p. 387. Mais les éditeurs ont eu la singulière idée de « supprimer, disent-ils eux-mêmes, les trente premières pages de cette pièce, parce qu'elles ne donnent que des renseignements peu importants sur les parents de Calvin (!). »
Or, dans une visite au Brilish Muséum, nous avons eu la bonne fortune de retrouver « l'introuvable plaquette ».
1. P. Masso, o. c, p. 411. — 2. La jeunesse de Calvin, p. XIV. — 3. Desmay, p. 23. JEAN CALVIN I
APPENDICE I
En voici le titre général : « Remarques | considérables [ sui la vie I et mœurs | de | Jean Calvin I hérésiarque | et ce qui s'est passé de plus mémorable en sa | personne depuis le jour de sa naissance à Noyon | en l'année mil cinq cents neuf jusques au | jour de son déceds arrivé à Genève | le 24 May 1564. | Avec un petit traité de la liturgie d'An | gleterre, entièrement différente de l'hé | résie du dit Calvin.
» A Rouen j chez Jean Tiencelin derrière le palais | entre la grande chambre et la chambre du conseil. | M. D. C. LXXXVI. Avec approbation et permission. »
La plaquette commence en effet par un « bref traité de la liturgie d'Angleterre, entièrement différente de l'hérésie de Calvin », et qui débute ainsi : « Les opinions de Calvin par son hérésie combattent plus la liturgie d'Angleterre que les flots de la mer océane ne font ses rivages. » Suivent quatre pages et demie, en italiques, terminées par ces lignes en caractères romains : « Enfin voilà la liturgie d'Angleterre, en abrégé, que j'ay trouvée en ce petit livre, et que je n'ay pas retirée, la croyant nécessaire pour satisfaire à la curiosité de ceux qui voudront prendre la peine de le lire, et pour leur faire connaître la différence qu'il y a entre l'hérésie du dit Calvin et la religion d'Angleterre. »
Le revers du troisième feuillet (c'est-à-dire la sixième page de la plaquette) porte l'approbation «... fait à Rouen, ce vingtième d'avril mil six cent vingt. » Un nouveau titre reprend une partie du précédent :
« Remarques | considérables | sur la vie et mœurs | de | Jean Calvin | hérésiarque | et ce qui s'est passé de plus mémorable en sa | personne depuis le jour de sa naissance à Noyon | en 1509, jusques au jour de son déceds | arrivé à Genève le 24 may 1564.
» Le tout recueilly par M. Desmay prestre, Docteur | en théologie de la Société de Sorbonne, doyen | de l'Eglise collégiale de N. D. d'Escouy | et vicaire général de Monseigneur [ l'archevesque de Rouen. »
Le récit commence immédiatement : il y en a cinq lignes sous le titre. Et le tout remplit vingt-trois pages d'une impression très compacte.
Ce n'est donc pas l'édition princeps de 1621, qui devait être en très petit format, puisque les trente-deux premières pages ne traitent que de l'enfance de Calvin. De plus le texte de la plaquette de Londres et celui réimprimé par les Archives curieuses présentent entre eux de légères, mais assez nombreuses différences de style.
Le lecteur comprend maintenant comment nous avons été amené à citer Desmay de deux manières : les Archives curieuses pour la partie de l'ouvrage qu'elles ont reproduite, et l'édition du British Muséum pour les premières pages.