OÙ EST NÉ MATHURIN CORDIER
La France protestante (2e édit.) se décide pour l'origine normande de Cordier. Ses arguments sont : l'autorité de de Launoy, auteur de Y Histoire du Collège de Navarre, p. 699, qui a dit de Cordier : génie normannus ; et le fait qu'une Marie Cordier, morte à Genève, en bonne réformée, s'est déclarée, par son testament, native de Marval, près de Rouen, en Normandie. N'y a-t-il pas lieu de supposer que cette Marie Cordier était parente de notre Mathurin Cordier ?
Mais l'origine percheronne de Cordier est soutenue par M. Louis Duval, l'érudit archiviste du département de l'Orne, directeur de la Revue normande et percheronne. Voici ses arguments, tels que je les trouve dans trois savantes lettres, qu'il a bien voulu m'adresser, et dont je le remercie sincèrement. i° A l'autorité de de Launoy (1677), il y a d'abord lieu d'opposer l'autorité de La Croix du Maine (François Grusdé) dans sa Bibliothèque françoise (première édition, 1584), et de dom Liron, dans sa Bibliothèque chartrdine, 1 7 1 9. La nouvelle édition de la Bibliothèque françoise de La Croix du Maine, en 1772 (t. II, p. 108), contient l'addition suivante de B. de la Monnoye : « Cordier avait été originairement prêtre à l'Eglise Notre-Dame-de-Bonnes-nouvelles, à Rouen. Aussi a-t-on cru qu'il étoit plutôt de Normandie que du Perche. » Or l'opinion de ces deux biographes, La Croix du Maine et dom Liron, a d'autant plus de force, qu'ils ne sont eux-mêmes ni Normands, ni Percherons. De Launoy au contraire était Normand. — 2° Du reste cette erreur de de Launoy peut s'expliquer par une circonstance particulière. Autrefois dans l'Université, et même dans l'usage commun, les écoliers et les auteurs étaient désignés par le nom du diocèse, dont ils étaient originaires. Or, si Cordier est né dans le Perche, on a dû l'inscrire sous le nom de Sagien (Sagianus, c'est-à-dire de Sagium, aujourd'hui Seez, ou Sèes). Car le Perche, réuni de bonne heure au comté d'Alençon, faisait partie du diocèse de Sèes, non pas politiquement (le Perche avait sa coutume, en appelait de son bailli au Parlement de Paris), mais religieusement. Et Sèes était un évêché normand, dépendant de l'archevêché de Rouen. Il est alors facile de comprendre que Cordier, désigné comme Sagien, ait été considéré comme Normand par Launoy; d'autant plus que, Cordier étant mort à Genève, le silence s'est fait sur son nom et sa personne. — 31' Quant à l'opinion qui précise, et fait naître Cordier non seulement dans le Perche, mais dans le village de la Perrière (petite commune du canton de Pervencheres, Orne), elle paraît moins sûre. Le premier auteur qui ait mis ce nom en avant, est l'abbé Fret, en 1 838-1 840 {Antiquités et chroniques percheronnes, etc., t. III, p. 534). « Cordier, dit-il, vit le jour à la Perrière au Perche.... »
JEAN CALVIK I 68
APPENDICE III
Il ne donne aucune preuve. Il est difficile de croire que l'abbé Fret ait imaginé ce renseignement de toutes pièces, et ne se soit pas laissé guider par quelque tradition. Ou bien avait-il fait naître Cordier à la Perrière parce qu'on y montre encore plusieurs anciennes constructions , et que la Perrière a vu naître en effet, autrefois, quelques hommes célèbres : un des évêques de Seez, G. Mauyer (1320-1356); le théologien Jean Dadre, 1550, grand pénitencier de l'Eglise de Rouen, auteur de plusieurs ouvrages remarquables...? Toutefois ni Delestang, sous-préfet de Mortagne, originaire du pays, compilateur laborieux, dans sa Chorographie du IVe arrondissement communal du département de l'Orne, etc., en 1803, ni M. Louis Dubois, autre bibliographe érudit, dans sa Statistique du département de l'Orne, page 36-104 de son manuscrit, ne citent Cordier parmi les hommes de lettres de l'Orne.
Disons enfin que le nom de Cordier est commun dans le Perche, comme en Normandie. En tête d'un commentaire sur la coutume de Normandie, publié au commencement du XVIIe siècle, par un auteur de la ville de Laigle, sur les confins de la Normandie et du Perche, pas loin précisément de la Perrière, figurent des vers de Jobannes Corderius.
Appendice N° IV.