Troisième partie : Lu place des Trois-Rois
PREMIKRE PARTIE
Le faubourg.
);f~:::^(f:^^&s^ (JUS nous étions arrêté à l'angle des deu.x chemins qui 1. '*^T'^l'^^ I viennent l'un de Versoix, l'autre de (jC.x (emplacement de )/i la <^are actuelle). (Page ■J4.) Là s'élevait, jusqu'en i532, un
V, bâtiment nomme la Monnaie, entouré de quelques maisons ■i tonnant hameau '. C'était l'atelier monétaire, ouvert en 1448 |:)ar le duc Louis de Savoie, « dehors la ville, auprès de la "^ porte de Saint-Gervès, 74 pas en tirant à Lausanne*. » Entre la Monnaie cl la porte de la ville se dressait la Croix Je Cornai'in, qui séparait les dcu.\ juridictions, celle de la \'ille et celle du Duc \ C'est ici que le commissaire et secrétaire savoyard, nayant pas autorité sur " les Franchises, » citait les mai,nstrats de (ienèvc '.
1. D'après Bonivard, cette Monnaie aurait été détruite en 1530. < Touttesfois la mayson de la Monnoyc qu'estoit droict hors la porte de Cornevin, et appartenoit au Duc, et, pour amour d'elle, 5 ou 6 qu'estoient autour furent arrasécs. » (Bonivard, C/iroiiiqiies, Liv. IV, chap. XL, vol. Il, p. 426.) Mais M. E. Demolc trouve que cette affirmation cadre mal avec celle des Registres du Conseil, du 19 avril 1539, portant « expédition de laz moyson de laz monnoye estant en S'-Gerve.x, 230 escus. » (Vol. 33, f. 92.) Cette maison fut, en
LA VILLE
Enfin, nous voici sur le pont-levis, pourvu qu'il ne soit pas trop tard, car on ferme de « très bonne heure. » Le guet nous demande notre nom et nous remet une marque', qui doit être présentée à rhôtellerie où nous descendrons '^ Et nous entrons.
— '!^f,xj y^^ porte ^ sous laquelle nous passons a été construite (comme celle de Sainte-Catherine, que nous trouverons près de l'église) par le prince- La Monnaie du duc de Savoie et la porte de Cornavin (îvêque François de Mies''. Elle d-aprcs la Carte .les chemins des territoires de la banlieue ^,^^^^^^\^ g„ , 5" g^ fut dès lorS plude Cornavin, 1792. (Archives de Genève, case J. n. 3). / . , . „ *
(Page2v) Sieurs lois reedince'. [Fage sj.)
réalité, vendue le 22 avril pour 220 écus. En outre, on possède des comptes de Cornavin jusqu'en 1532. Il semble donc que cette année-là seulement l'atelier aurait été fermé. (Eugène Demole, Histoire monétaire de Genève, de 1535 à 1792, p. 45, n. 2.) Peut-être le te.Nte d'une décision prise le 13 juillet 1529 mettrait-il d'accord Honivard et les procès-verbaux de 1539. « Il a été arrêté à la plus grande voi.x, pour la préservation [pro prtrservatione) du bourg de Saint-Gervais, en particulier du côté {versus) de la porte de la Monnaie, que les maisons et granges auprès de la dite porte, qui seraient exposées, seraient abattues. » (Voir: Nouveau recueil de règlements, 1409-1600. Archives, N" 18.) En 1529, 1530, il s'agissait seulement des maisons autour de la Monnaie; en 1539, il s'est agi de la Monnaie elle-même. — •!■ Froment, Les actes et gestes merveilleux de la cité de Genève (édit. Fick), r. 229. — 3. . La monnaie qu'on battait là était au coin du Duc et non à celui de l'Evêquc ou de la Ville. Cette Monnaie était dans un champ nommé de la Monnaie, à 300 pas de la porte de Cornavin, auquel..., en bâtissant environ l'an 1674, l'on a trouvé quantité de pièces de vieilles monnaies. » Flournois, Extraits (Grenus). « Châtelaine et tous ces quartiers le long du Rhône, y compris le monastère de Saint-Jean, était au pays de Gex et appartenait au duc de Savoie. Depuis ce monastère, qui était dans les vignes, qui sont entre le Rhône et le chemin par lequel on va à la maison sous terre, il y avait une langue de terre appartenant au duc, qui venait jusques au grand chemin qui tend de Genève à Genthod : dans ce chemin, à 150 pas tout au plus hors de la porte de Cornavin, était la croix de Cornavin qui servait de bornes, entre les franchises de Genève et les terres du duc. Au delà de cette croix, à la gauche du grand chemin, était le bâtiment où le duc faisait battre la monnaie. Non seulement ce qui était au delà de cette croix, du côté du Bourg de Saint-Gervais, était des franchises de Genève, mais encore ce qui était à la droite du grand chemin, savoir es Pàquis et Séchcron. Aussi on voit, dans les Registres, que le Conseil y établissait les gardes des vignes. Le petit Saconnay, y compris sa forêt, était membre de Penay et appartenait en souveraineté à l'évêque, aussi bien que Genthod. » Flournois, Remarques, p. 28. (Archives.) — Il existe aux Archives un recueil en trois volumes, manuscrits, où tous les historiens ont beaucoup puisé, surtout pour l'époque qui a précédé la Réformalion, é|)oque pendant laquelle les procès-verbaux étaient écrits en latin. Ce recueil est dû à Jacques Flournois, pasteur, qui, à la fin du XVII<= siècle, le composa (du moins les deux premiers volumes) sur la demande de M. Chouet, secrétaire d'Etat. Des extraits de ces extraits ont été publiés, une première série jjar Grenus: Fragments historiques sur Genève avant la Réformation, 1S2J; une seconde à la fin du volume de Froment, Actes et gestes. Pour plus de précision, nous, indiquerons ainsi les trois sources- Mournois, Extraits; Flournois, Extraits (Grenus), et Flournois, Extraits (Froment). — Le premier volume de Flournois, £.v/rrtiVi-, se termine par des pages intéressantes: « Remarques sur les extraits des Registres publics contenus dans le premier volume, dès l'année 1409 jusques à 1538. » Ces Remarques sont de Flournois, et nous les avons plus d'une fois citées. — La publication intégrale des Registres du Conseil n été entreprise. Le premier volume est dû aux soins de M. le notaire Rivoire. — 4. 22 mai 1461. « Il dit
qu'il citerait les syndics et le châtelain à la Croix de Cornavin Flournois, Extraits (Grenus). — 17 mars
1506. . La croix de Cornavin étant prête à tomber, on la réparc pour l'honneur de la ville. > Ibid.
I. . lUdUttt (dit Ch. Du liois-Mclly, Chroniques, 1870, p. 3, n. :), carte d'entrée que le chef de poste
SAINT-GKRVAIS
Comme, en i555, la porte Sainte-Catherine fut fermée, notre porte de Cornavin resta la seule par laquelle on i)ouvait pénétrer dans le faubourg et dans fîcncve (en venant de Suisse, de France et d'AUcmagnel de i555 à 1849 '.
Nous sommes dans Saint-Gervais, la Petite Genève- [Minor Geiieva; en i538 ^ la Petite était le quart environ de la (îrande). La (ienève actuelle a eu, en effet, dçux centres de formation, l'un sur la rive droite, Saint-Gervais, l'autre sur la rive gauche, Genève. A l'origine, ils étaient petits l'un et l'autre, et fort distincts:
Saint-Gervais se trouvait
La porte de Cornavin (d'après une gravure à laquatinta de Cari Hackert, vers 1790). (page 24.)
en pays helvète et Genève en pays allobroge. « De cette ville des Allobroges, dit César, un pont va chez les Helvètes ''. »
Suivons la rue de Cornavin. A droite (N° 171 nous passons devant une vieille petite porte en bois, à l'entrée d'une allée sombre. Le XVI' siècle commence à se montrer. {Page 26.)
A gauche, un grand bâtiment (démoli en 1900), qui fait l'angle de la rue de Cornavin et de la rue de Coutance, attire notre attention. L'édifice se compose d'un corps de logis central, isolé, flanqué de quatre tours d'angle, les unes semicirculaires, les autres polygonales. C'est un type des nombreuses maisons fortes de la contrée. La façade principale, avec sa tour contenant l'escalier en colimaçon,
remettait au voyageur à la porte de la ville pour être tenue à la disposition des visiteurs des logis. » — 2. M. D. G., XX, « Huit jours à Genève en 1595 » E.\trait du journal de Thomas Flatter, frère de Félix, p. 157 et s. — ;i. « Suivant un plan de 1690, la porte de Cornavin se trouvait placée à l'endroit où s'élève la maison Roux-Constantin, aujourd'hui maison Jaquemet.» Gaudy-Ie-Kort, Promenades historiques (1849), I, p. 65, 66. — i. Nommé évèquc de Genève le 4 mars 1426, mort le 7 mars 1444. M. D. G., VII, Blavignac, Armoriai genevois, p. 56. - 3. La porte de Cornavin fut refaite complètement en 1784. (Voir aux Archives, V. H., N0 5I63, « préavis et rapports du Conseil militaire concernant principalement... les réparations de la porte de Cornavin. ») — On peut comparer la vue que nous publions avec celles qui se trouvent dans la gravure P. Chouet (XVII= siècle) et dans la gravure de Munster (S.W siècle). Nous avons rejiroduit ces deu.x gravures.
I. Galiffe, p. 142. — 2. C'est ainsi que Munster l'appelle en sa cosmographie. — 11. « La description de la ville de Genève, • de 1538, publiée par liétant. Notice sur le collège Je Rive, 1866. — 4. « Extrcmum oppidum Allobrogum est, proximumque llclvetiorum finibus, Geiieva. Ex co oppido pons ad llelvctios pertinet. » De bello gatlico, I, VI.
JEAN CALVIN III
se trouvait à l'angle supérieur de Coutance, au bout d'une cour, peu à peu encombrée de constructions. Sous l'édifice, un passage voûté conduisait aux jardins,
très vastes sans doute à l'origine*. {Pages 2-j et 3o.) Ce château de Saint-Gervais avait été bâti, on ne sait trop par qui, à la fin du XV' siècle, et il eut de nombreuses vicissitudes. Il finit par devenir « la meilleure hôtellerie du faubourg^. » Au commencement du dix-septième siècle, il prit le nom de Château royal. La tradition rapporte qu'ici descendit, en 1626, Emilie d'Orange, la fille du célèbre Taciturne, le libérateur des Provinces-Unies des Pays-Bas. Elle avait épousé secrètement, en présence d'un prêtre catholique, en iSgy, dom Antonio, le fils du roi de Portugal, détrôné par le duc d'Albe et Philippe II, en i58o. Après une grave maladie et des épreuves qui ne sont pas bien connues, elle se réfugia à Genève, sans son mari, avec ses six filles. Ce qui est certain, c'est qu'elle ne resta pas longtemps au Château royal et acheta presque tout de suite une maison rue Verdaine^ C'est là qu'elle reçut souvent les visites des Jean Diodati, des Théodore Tronchin, des Bénédict Turretini. Mais sa santé ébranlée ne se remit pas, et elle mourut en 1629, le 16 mars, « âgée de 60 ans... (disent les Registres des morts'')., de longue maladie, comme Porte, rue de Cornavin. (pajje 25.) ftèbvre hectique et commencement d'hydropisie, à 9 heures du matin; sa demeure en son hostel, rue Vcrdaine. » Le lendemain, le Conseil convia un syndic « avec quelques autres seigneurs pour aller se condouloir avec mesdemoiselles les princesses ses filles,
». Anciennes maisons de Ceni-ve, II, 1901. Planches 8 à 10. Le château royal ; « En fait d'objets intéressants, la démolition n'a presque rien révélé, si ce n'est un petit plafond à poutrelles, peint en grisaille, qui est déposé au musée archéologique et sera réédifié dans le nouveau musée. La décoration de ce plafond rai.pcUe celles qui ont été relevées à l'ancienne maison de Rolle, au Molard, à la commanderie de Compcsitres, ailleurs encore. . — i. Magnin, Notice du relief de Genève, 1892, p. 53. — Voici, d'après Blavignac, un exemple de la vicissitude des choses dans ce quartier: < La Communion, dit-il, est un vieux cabaret; nagutre ses fenêtres étaient encore vitrées de petits carreaux à six pans, entremêlés de médaillons peints. L'un de ces derniers figure trois colonnes d'argent se détachant sur fond rouge. On lit tout autour : Eglise du Dieu vivant, appui et colonne de vérité.... La présence de cette peinture et de cette inscription dan» le cabaret de la rue des Corps-saints était due à un cas fortuit. En 1774, on ôta les vitraux qui se trouvaient encore dans le temple voisin de Saint-Gervais, le cabaretier les acheta et, sans plus de malice, en fil enchâsser quelques-uns dans ses fenêtres. . Histoire des enseignes, p. 124. - 3. Là où, le siècle pa.ssé, logèrent longtemps les consuls sardes. - On a une copie de l'acte du 14 août 1626, passé devant Odet Chappuis, notaire (Vol. 2, f. 55), et portant acquisition de la maison, avec jardin, grange, etc., le tout situé entre la rue Verdainc et celle du Vieux-Collègc. L'immeuble appartenait à Anne Bithod, femme de Jean Sarasin-, alors premier syndic, auteur du Citadin. M. D. G., XVI, lleyer, Les princesses de Portugal Il GtnH'r, p. 426. K. Archives de Genève.
SAINT-GERVAIS
en après conférer avec icelles de la forme dudit enterrement'. » Le 18, on décida que « le jourd'huy ses entrailles soyent ensevelies en la chappelle de Saint-Pierre-. » Dix-huit ans plus tard (1647), la mère fut rejointe par sa fille aînée, dont le mariage avait été plus romanesque et plus fâcheux encore. Va
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Plan du Château royal, d'après les <i Anciens plans de la ville,-» 1668-1695. Archives de Genève, (pages 26 et 27.)
c'est à cause de ces tombes que la chapelle de Saint-Pierre, à droite du chœur, porte encore le nom de chapelle des princesses de Portugal ^. — C'est dans ce Château royal que logèrent des pasteurs de Saint-Gervais \ en particulier Goulard. C'est là aussi que le corps du duc de Rohan, porté à Genève, fut momentanément déposé, avant son ensevelissement à Saint-l^ierre, le 18 juin i638.
I. Registres du Conseil, Vol. 128, f. 47^'. — 2. Ibid., f. 48. « Au regard du corps, > on déclara vouloir attendre « la volonté du prince d'Oronges, si on le portera en Hollande ou bien s'il sera enseveli en ceste ville. » Ibid. — 3. M. D. G., XV, Th. Heyer, Les princesses de Portugal à Genève, p. 165-181. — 4. On ne sait pas à partir de quelle date. En 1542, nous voyons les prédicants de Saint-Gervais « inys en la roayson qui fust à Claude Richardet. » 25 août 1542. Registres du Conseil, Vol. 36, f. 104'. Où était cette maison ? — On ne sait pas davantage dans quelle maison de Saint-Gervais logea Théodore de Bèze en 1560, et après lui Enoch. {Ibid., Vol 56, f. 99.) — Ce qui est certain c'est que, en 1628, le Château roval était la cure de Saint-Gervais. Il est désigné dans les Registres comme ■> la maison où denieuroit feu M. Goulard. > La seigneurie veut h vendre. {Registres du Conseil, 12 avril 1628, Vol. 127, f. 80.) C'est un fait accompli le 26 mai. Les ministres viennent < remonstrer > qu'on la dit, à tort, ruineuse, et que cette maison ayant « esté une fois affectée à l'Eglise, il plaise à Messeigneurs la laisser pour le mesmc usage. » {Ibid., f. I02>'.) En effet, Michel Koset, qui l'avait achetée, consent à la rendre à la seigneurie, mais celle-ci y met du blé et de la poudre. {Ibid., f. 103^.) Il est vrai qu'on permet en même temps au pasteur Jean Gros d'y élire domicile, et on y fait des réparations. (13 juin. Ibid., f. 112.) Mais le colonel Durand ayant offert de l'acheter au mfime pri.\ que Michel Roset, de payer les réparations faites depuis (sept cents florins) « et le remuagc du sieur Gros, ministre, qui est logé dans icelle, » la maison lui est < abergée. » 13 et 22 octobre 1628. {Ibid., f. 181, iSy.) — « Cinquante ans après, dit H. Mallet, Description de Genfve ancienne et moderne, 1807, p. 126, M. Gallatin, qui en était devenu propriétaire, demanda et obtint de pouvoir en faire une auberge et lui fit porter pour enseigne : le Château royal. >
Saint-Pieî (M*).
schcr, 164 1.
LA VILLE
Continuons à suivre lajue de Cornavin.
Kncore quelques portes gothiques, quelques escaliers qui empiètent sur la rue {Page Ji) : voici, à notre droite, le monument élevé aux dix-sept Genevois
qui furent tués dans la fameuse nuit de l'Escalade (i2 décembre 1602) et nous sommes à l'église de Saint-Gervais. La dernière partie de l'ancienne rue de Cornavin porte aujourd'iuii le nom de rue des Corps-Saints.
Ce nom, donné depuis la Réformation, rappelle une des plus curieuses « fourbes » /fourberies] qui précipitèrent le discrédit du catholicisme. Quand les prêtres virent leur autorité compromise ils répandirent ces propos dans la ville : « Toutes les nuits de Noël les corps saints de Saint-Gervais chantent; les corps saints de Saint-Gervais se plaignent de ce que Ton a osté la messe. » Ces corps saints étaient les prétendues reliques de Nazaire, Cclse et Pantaléon *, ensevelis, disaiton, dans la crypte. Et les bonnes femmes ne doutaient pas. En effet, dans l'autel, au-dessus de la crypte, il y avait un trou, par lequel elles faisaient descendre leurs chapelets, et elles ne pouvaient plus les retirer, tellement bien les saints les retenaient. Puis, en prêtant l'oreille, on percevait une voix qui sortait du trou, et c'étaient les saints qui faisaient entendre leur protestation.
Or, le 8 décembre i535, le Conseil était rassemblé; voici les balayeurs du temple de Saint-Cîervais qui arrivent, annonçant une curieuse découverte. Ils avaient remue l'autel et, examinant le trou, ils avaient constaté qu'il était fait dans « une pierre de roche taillée à pointes de diamant, soit en manière de dens de poisson. « Les chapelets s'y accrochaient, et voilà pourquoi les bonnes femmes ne pouvaient plus les retirer. Ce n'est pas tout. Dans le vide de l'autel, les balayeurs trouvèrent deux grands pots de terre reliés l'un à l'autre par une sorte de tuyau percé de trous, 0 comme ceux qu'on fait aux flûtes des orgues. » Et les
I. « I..1 tra<lition IdKemlairc donne, comme premier évCquc à Genève, un disciple de saint Pierre, N.izairc, (|ui, plus tard, avec un jeune Genevois nommé Cclse, et un autre nommé Pantaléon, subit le martyre ft Milan.-. A. f.uillot, l.f Irmf-lc tU SamtGnvais à Ccii've, 1903, p. 33, n. i.
Le Château royal (démoli en 1899-1900). (page 26.)
SAINÏ-GKRVAIS
« chants » et les « plaintes » des corps saints étaient ainsi expliqués : c'était le son que produisait le moindre vent passant par les dits tuyaux, lesquels « résonnoient comme si c'estoit un murnnire Je gens qui parloient'. »
C'était au même moment qu'à Saint-Pierre on faisait des découvertes non moins significatives. La fameuse cervelle du prince des apôtres, relique extrêmement vénérée, se trouvait être une simple pierre ponce; et nous ne dirons pas ce que se trouva être le bras de saint Antoine, « sus lequel on faisoit les scrmens les plus solennels -. »
Dans son ensemble [Page 3-j), Téglise de Saint-Gervais remonte au milieu du XV'' siècle '. La date de 14^5 figure sur le clocher de l'église avec les armes de l'évèque François de Mies. Cette date, en chiffres arabes, gravée vers la fin du X\'III' siècle*, a remplacé la date originale, gravée en chiffres romains et publiée autrefois par Spon. On peut admettre qu'elle concerne, non pas seulement le clocher comme on le dit généralement, mais l'église entière, (^ette supposition est confirmée par le style général de l'édifice et par une visite épiscopale faite en 1446; d'après plusieurs passages du rapport sur cette visite, l'église était alors nouvellement bâtie ^.
Saint-Gervais n'est ni très grand, ni très beau. Cependant, avec toutes ses parties confusément amassées, tantôt en pierre, tantôt en briques, sans plan visible à l'intérieur pas plus qu'à l'extérieur, Saint- Gervais est un monument fort pittoresque.
I. Ce qui frappe d'abord l'attention, à côté d'un abreuvoir rustique'', c'est la grosse tour carrée. \Page 33.) Les Registres de 1547 "o^^ apprennent que les sonneurs se plaignaient de ne pas « aoyr » de là haut « le reloge de Saint-Pierre, » et que le ministre était embarrassé pendant son sermon. On ordonna au sonneur
Rue des Cuiiis-Saliils. ipajjc 30.)
\. KIournois. Exirails (Froment). — Kosct, Les Chroniques, p. 214, 215. — i. Rosct, Ibiti.. p. 214. — 3. Nous nous servons pour cette description du « Rapport sur la restauration de l'dRlisc de Saint-Gervais à Genève, » rapport inC-dit, rédigé par M. Max van Bcrchem, qui a bien voulu nous en communiquer une copie, et de la notice historique de M. le pasteur Guillot. — 4. « Cette inscription date des r(;parations de 1772, mais elle est la reproduction incomplète d'une inscription antérieure. » A. Guillot, p. 13, 14. — — .'). La restauration \Reformalio seii reparalio, comme dit la bulle de Félix V, du 5 février 14.}!) avait été une réfection complète. A, fiuillot, p. 13 et n. i. — Le visiteur était liarlhélemy, évéquc de Corneto, qui parait avoir pris sa tâche très au sérieux. Les Archwcs de Genève possèdent les ordonnances relatives à Saint-Gervais, rédigées après la visite. - 0. Placé là dans le premier quart du Xl.\<^ siècle.
LA VILLE
de faire mieux le guet, et on accorda au pasteur « un reloge à voyre ' » [horloge en verre, soit clepsydre]. Du reste, on découvrit bientôt d'où venait tout le désordre. Le sonneur ne pouvait faire son office parce qu'il était « tous les copt
Eglise de Saint-Gcrvais (avant la restauration de 1903). (page 31.)
yvrc, » et pendant ce temps, sa femme « s'en mesloit, » et « frappoit les heures sans mesure! » On fit « remonstrances » au sonneur et lui ordonna « de se chastier, » sans t]uoi messieurs aviseraient "^
En dedans (Page 3g)^ il y a une large nef, un chœur ^ à chevet droit et des chapelles latérales, en particulier une vaste (dite du Saint-Esprit), à droite du chœur, datant du 23 avril 1478*, et, encore à droite, le long de la nef, une autre
I. 2 mai 1547. Registres du Conseil, Vol. 42, f. 98. — Elle avait C\.é demandée, le 29 avril 15-47, p^r le Consistoire : « Advis qu'il [ijaise à Messieurs de pourvoystre ung horloge à sable à Sainct-Gervays. » — i. 35 mai 1547. Ibid., f. 115V. — .'t. Dans le mur de l'abside, à gauche du chœur, il faut considérer un souvenir de la visite de l'évCque de Corneto. < Parmi les choses à faire, il indiqua « à gauche de l'autel, où » est maintenant le crucifix, une armoire de pierre, haute de trois bons rayons, avec de bons montants, » avec porte bien fermée à clef, pour y mettre le corps de Christ en haut et les reliques des saints, et en
• bas l'huile sacrée et les vases nécessaires... et sur l'armoire, et autour, il faudra y sculpter quelque frag-
• ment de l'histoire du Christ. • La dite armoire parait bien avoir été pratiquée dans le mur de l'abside, à t;auche du ch(eur, mais au lieu de sculpter en bordure quelque fragment de l'histoire du Christ, on a peint deu.x anijes, dont l'un tient un encensoir, l'autre un monogramme du Christ (I H S) dans une attitude d'adoration. Cette peinture, assez grossièrement faite, existe encore fort bien conservée, ainsi que l'armoire cju'clle décorait et <|ui, après la Kéformation, avait été murée. . A.Guillot, p. 17-19, avec photograj>hic, p. iS. - 4. Elle avait été fondée [lar la confrérie du Saint-Esprit, vulgairement appelée des /Ulrmnnds... Le chapelain devait toujours être un « i.rétre teuton ». A. Guillot, p. 19.
Sainl-Gcrvais (extérieur), (page 31.)
LA VILLE
chapelle immense, avec galeries en bois. Mais celle-là ne date que de 1688, témoin intéressant de la Révocation. Il fallait trouver des places pour les réfugiés, et presque tous les temples subirent alors des transformations semblables ^
— Malgré tout, l'espace manqua longtemps, et même au commencement du XVll^' siècle des dames en arrivaient aux soufflets pour chasser de leur place une usurpatrice -.
Sous le chœur était la fameuse crypte, que la Réformation, en juste punition de tant de fourberies, dégrada au rang et à l'usage de simple cave : la porte de cette cave s'ouvre encore rue des Corps-saints.
11 ne faut pas négliger les stalles, seize formes hautes avec leurs dossiers sculptés et huit formes basses; le tout dans le style flamboyant du XV' siècle, ce style où les caprices des branches se mêlent aux plaisanteries quelquefois grotesques d'artistes émancipés •'.
Surtout nous devons nous rendre dans la chapelle de la Vierge, dans la tour, sous le clocher. Une découverte de 1845 est venue mettre hors de doute ce que plusieurs autres indices avaient déjà fait penser, à savoir qu'à Genève, comme ailleurs, les édifices religieux étaient décorés de peintures, ciels d'azur, étoiles d'or, figures d'anges, filets d'or sur les nervures et les clefs de voûte.
Le récent grattage a mis au jour, sur tous les murs de Saint-Gervais, des restes de ces peintures, remontant à diverses époques : deux fragments seuls ont assez bien échappé aux destructions successives du badigeon et du picage, dans le chevet du chœur. (Nous avons parlé de celui autour de l'armoire, p. 32, n. 3.)
— Mais c'est dans la chapelle de la Vierge qu'on peut se faire une idée de la richesse de ces peintures.
Sur ^ un des murs, on voit les quatre évangélistes dans une salle gothique curieuse. Près de la fenêtre, unique, trois figures sont visibles, d'une réelle beauté de style : il ne reste malheureusement que les têtes, les épaules et une partie des bras et des mains. La fresque la plus importante occupe le mur oriental, au-dessus d'une niche, où était situe l'autel, et constitue un grand tableau. Elle rcpré-
I. « A St-Gcrvais, ce fut la cause d'une transformation complète de la face nord du temple. Les quatre fcnCtrcs qui donnaient le jour de ce côté disparurent pour i)ermcttre d'établir de profondes tribunes qui avaient des rangées de bancs dessus et dessous, et l'on plaqua extérieurement contre l'édifice, en respectant toutefois l'emplacement du tombeau des victimes de l'Escalade, un immeuble qui augmentait le nombre des locaux habitables, dans une ville enceinte de murs et trop petite pour le chififre croissant de ses habitants. Nous ne savons pas exactement quand ces travaux importants furent exécutés. Ce fut peut-être en 1688.. A. (Juillot, p. 42. - i. 23 août 1708. «...a été rapporté que la demoiselle veuve D. A. a fait de grands scandales dans le temple de St-Clervais, jusqu'à donner un grand soufflet à une demoiselle S. > — 31 août 1708. . Comparait Marthe L., veuve de sieur J. B. D. A., laquelle répond qu'une nommée Lucrèce L. occupant sa place, elle l'a un peu poussée, mais nie de lui avoir donné aucun coup, non plus qu'à la fille du sieur S. Kn a été fortement censurée. - Registres du Consistoire. — .1. Voir plus loin l'opinion de Blavi- Ijnac et de GalilTe sur l'origine de ces stalles. Notons que l'évêque de Corneto demanda que l'on fit, pour H4'< au plus taril, des . formes • pour la chapelle du Saint-Esprit. (/« capella sancii spiritus fiant formae ,lr hono iitmart.) Le 26 décembre 1826, le Comité des immeubles, pour gagner 18 places, proposa de supprimer (rois des anciens bancs, dits à forme, sur quatre, ce qui fut décidé le 9 janvier 1827. Galiflfe afiirme que le dni.s de celles qui restent a été mutile pour orner, comme à Saint-Pierre, l'abat-voix de la chaire. A. (.'luillot, p. 2.), 25.
SAINT-GKRVAIS
sente la Vierge Marie recouverte d'un grand manteau de pourpre et d'hermine, lequel est soutenu par ses anges, et au-dessous, comme à l'abri de ce manteau,
v'îflïffs^ Xf^
Saint-l'ierrc (nord). P. Chouct, 1655.
A. Cathédrale de Saint-l'ierrc. B. Madeleine. E. HOpital. V. Porte de Rive.
symbole de protection, se pressent une quarantaine de personnages, prélats et seigneurs d'un côtt-, grandes dames de l'autre : des papes, des cardinau.x, des princes, des moines.
On a quelque droit de penser que ces figures, dont plusieurs ont un beau caractère, sont des portraits. Car Bonivard parle d'un tableau analogue, place dans un oratoire de Plainpa-
lais ' et qu'il avait encore vu.
Il spccifie que les principaux
bourgeois « estoient pour-
traictz au vif, le dict hospitalier et aulcungz de ses
amys*. » Sans doute, les deux
papes du tableau de Saint-
Gervais, à genoux devant la
Sainte-Vierge, sont l'un,
celui de droite, le pape régnant Nicolas 'V, et l'autre
son prédécesseur, Félix V,
qui abdiqua le i5 mai 1449,
redevint administrateur de
l'évèché de Genève, sous son
ancien nom de duc de Savoie,
Amédée VIII et mourut en 1451. I-a fresque serait de