GENEVE ANCIENNE
Ne remontons ni à la Genève lacustre, ni à la Genève romaine'. Trois Genèves sont devant nos yeux, bien distinctes les unes des autres, avec leurs trois enceintes successives :
1° La (ienève burgonde, avec l'enceinte dite de Gondcbaud, au VI' siècle, vers 5oo.
2° La (îenève épiscopale, avec Tenceinte dite de Marcossey, au XIV" siècle.
3° La Genève calviniste, avec l'enceinte des Réformateurs, au XVL siècle.
1. Sur une colline, avec un plateau allongé et des pentes assez rapides, que, dans des temps plus ou moins lointains, et cependant historiques, le lac a battue du côté du nord , tandis que TArve la baignait du côté du sud"', et dont le lac et TArve se sont déjà plus ou moins retirés, nous trouvons assise la Genève burgonde du VF siècle. Son enceinte est attribuée à Gondebaud. Nous verrons ce qu'il faut en penser, quand nous arriverons à la porte du Bourg-de-Four, où se trouve précisément l'inscription burgonde.
« Cette enceinte'* était formée d'une muraille [d'une épaisseur de 9 à 10 pieds, construite de matériaux de toutes sortes, « de grosses pierres de taille, dont plu-
Plan publié par Spon
1. Voir les hypothèses de Galiffe sur la Genève romaine, p. 92 et ss., et Ch. Morcl: < Genève et la colonie de Vienne sous les Romains », M. D. G., XX, p. 534. — Voir: Archives des sciences physiques et naturelles, 15 octobre 1874. « Note sur les dépôts de la rivière d'Arve au.K environs de la ville de Genève >, par M. Daniel Colladon. — La conclusion de CoUadon est qu'il y a vingt ou trente siècles, le lac avait un niveau élevé de deux mètres environ, ou peut-être de trois mètres, au-dessus de celui que nous observons actuellement, et que, à une époque antérieure de peu de siècles à l'ère chrétienne, l'.Krve coulait au pied des terrasses de la Treille et de la Tertasse. — ♦ La colline dominait d'un côté le lac, qui s'avançait jusqu'aux Rues-Basses, de l'autre l'Arve, qui opérait sa jonction beaucoup plus haut que de nos jours, et dont le lit indocile formait sans doute, entre la Treille et les coteaux de Lancy et de la Bâtie, des ilôts de graviers et de sables mouvants. > Ch. Morel, M. D. G., XX, p. 6. — 2. D'après Galiffe, on aurait « exagéré la durée de cet état de choses en le prolongeant jusqu'en plein moyen âge.... » Lorsqu'il est dit, dans un titre quelconque, que tel côté d'une maison « donne sur le Rhône », ou qu'il « affronte le lac », ou que le bâtiment tout entier est situé * juxia lacum ', cela ne signifie point toujours qu'il plongeait dans l'eau, ni môme qu'il en fût bien rapproché; car d'autres documents relatifs aux maisons voisines ou aux terrains adjacents nous prouvent qu'il ne s'agit souvent là que d'une indication de direction » Galiffe, p. 89. — ■'!. Ce plan se trouve dans la première édition de Spon, 1680. En le reproduisant dans sa troisième édition, 1685, Spon {Avis) dit ; « Quelques uns se sont imaginez que j'ay fait à plaisir ce plan de Genève ancienne : sur quoy je
LA VILLK
Porte du Bourg-de-Four, vue de la rue
de l'Hûtel-de-Ville (d'après un dessin de la
collection Hentsch).
sieurs même devaient avoir servi à des bâtiments plus anciens ayant été travaillées pour des frises, pilliers, etc. * »], probablement sans fossé, vu la nature du terrain, qui présentait au dehors des pentes assez rapides.
« Elle commençait à Farcade du Bourg-de-Four [plus primitivement porte ilu Chatel], ancienne porte attenante à la maison de M. le professeur de la Rive, dans la rue de THôtel de ville, et qui a été démolie dans la présente année, 1840.
C'est sur la place occupée par la dite maison que doit avoir été le château de Gondebaud.
)> De l'autre côté, se trouvait la maison de Tournes, sous les fondations de laquelle on a vu, lors de la construction, une partie de Fenccinte présentant une muraille épaisse de 9 pieds.
» En se dirigeant ensuite au levant, cette muraille embrassait la colline [traversant le chevet de l'église appelée Auditoire, dont les fondements sont sur les vieux murs de Genève, comme nous pouvons le Constater encore aujourd'hui"; traversant le chevet de Saint-Pierre où les fondements furent découverts en i74<)'] et passait sous la prison de l'évêché.
» De là [par un coude arrondi, visible en descendant la rue de la Fontaine], elle se retournait vers la rue des Barrières, en passant par l'allée dite du Muret, dont elle forme encore un des côtés [et par ou s'échappa le dernier évêque].
» File coupait la rue des Barrièrc;s dans le milieu, et probablement que cette rue a tiré son nom d'une porte '% ou barrière, qui se trouvait en cet endroit pour descendre au lac.
Porte du Bourg de-Four, vue de la place (d'après un dessin de Heyiand, collection Bastard).
diray ([ue s'ils savoient la vénération que j'ay pour la vraye antiquité, ils m'en jugeraient incapable. Néanmoins pour les satisfaire, je les assure que je l'ay tiré d'un manuscrit de l'histoire de Genève qui appartient à Simon «ioulard. » — Blavignac, Etudes sur Genève, II, p. 55, apprécie ce plan ainsi: « Fort exact si on le considère, non pas comme une représentation de la ville antique, mais comme un tracé du castellum avec les adjonctions tjondebaldiennes. . — '1. Nous suivons la description du général Dufour. On n'a rien
Impasse licmont. Restes des murs burgmides. (|>. 94)
QA LA VILLt;
» La muraille arrivait ensuite dans la rue du Perron [au haut duquel les Tavel étaient maîtres d'une porte '], en suivant Tallée dite de Monetier, dont elle formait aussi un des côtés.
» Cette muraille soutient les façades des maisons de la rue des Chanoines [on Ty voit encore], côté du lac; elle passe vers le haut de la Pélisserie [en entrant rue de la Pélisserie, N° i6, on trouve un corridor, une cour, un corridor, un atelier, et enfin une allée étroite, dont le mur de gauche est précisément l'ancien mur burgonde. On sort rue de la Tour de Boël, N° 5], arrive à la rue de la Tour de Boël, qui a dû prendre son nom d'une des tours, qui existait en cet endroit. [Le 2 septembre 1462, il est donné ordre de placer des gardes à cette tour*. Et voici le passage souvent cité de Bonivard : « L'aultre chastel estoit » à la Tour du Buel, là où il y a encores grande apparoissance de murailles et » mesmement de la porte lors estant en la sommité de la rue que Ton dict de la » Cité, en sortant contre cest endroit^. »]
» L'enceinte formait là un angle, tournait au couchant et allait gagner le haut de la Tertasse [sur les crèts de la Chauvinière], d'où elle se prolongeait derrière les Granges, arrivait à la Treille et se terminait au Château du roi [en suivant l'emplacement des façades actuelles de la rue de l'Hôtel de ville, pour tourner à l'angle et à l'entrée de la rue du Manège. Le passage, qui longe l'ancienne muraille, se voit encore''] "'. » {Page 95.)
Rien n'est plus facile que de retrouver ce tracé avec les points de repère existants : issue de la rue de l'Hôtel de ville, chœur de l'Auditoire, coin dans la rue de la Fontaine, passage de Muret, passage de Monetier, emplacement de la Tour de Boel au sommet de l'impasse Bémont {Page gS), à gauche, ligne de faîte des pentes de la Tertasse et de la Treille, Tour Baudet, angle de la rue du Manège et passage du Château.
écrit de plus clair. Cette description manuscrite se trouve entre les mains de M. Bastard, le grand et aimable collectionneur de toutes les gravures, plans, dessins relatifs à Genève. Tout en reproduisant le texte Dufour, nous mettons entre crochets les additions qui nous paraissent utiles. Le général Dufour avait suivi lui-même, « en la modifiant, dit-il, sur plusieurs points, » la description de Senebier (Essai sur Genève, imprimé dans le Journal de Genève, 1788 et années suivantes, puis autographié vers 1840), qui, lui-même, avait suivi « un plan dressé par Jean Goulard, et celui-ci s'était singulièrement occupé des antiquités de Genève; il en avait même composé un petit traité intitulé : Antiqiiilates genevenses. »
Noies de la page <j2. 1. De La Corbière (copie Bourrit). — 2. G. Fatio, Genève à travers les siècles, 1900, p. 12. — .1. n. Mallet, Description de Genève, 1807, p. 35. — 4. . Peut-être celle qui se voit à la descente des Barrières. . Mallet, Ibid. — . Une arcade gothique existait encore au début du XIX' siècle. » Galiffe, p. 1 17.
\. Galilïe, p. 117. — Cette porte n'était-elle pas tout simplement, comme se l'est demandé M. Denkinger, celle que l'on voit sur la gravure Diodati ? — 2. Klournois, Extraits. — .'5. Chroniques, liv. \, ch. Il, éd. Hck, 1, p. 33. — 4. « Au pied des murs, courait un sentier qui existe encore dans une grande partie de son parcours et qui servait à la circulation publique, il n'y a guère plus d'un demi-siècle.... Du Perron aux Barrières, ruelle du Monetier (couvent ; y/a7« muros ctaustri); des Barrières à la rue du Boule, passage Mouret ou du Muret.... Depuis l'arcade du Bourg de Four jusqu'à la rue du Manège, le chemin isolait le chatoau des comtes de Genève des murailles.... Il existe toujours. > Blavignac, Etudes sur Genève, 1874, II, p. 44, IS' — '■'■ Mémoire sur les enceintes successives de la ville de Genève [1840], par le général Dufour. — ■On ne nomme en Suisse un général que lorsque les troupes doivent entrer en campagne ; c'est un grade
LES FORTIFICATIONS
Naturellement, (îenèvc grandit, c'est-à-dire descendit, pendant le moyen âge, les pentes plus ou moins douces qui la conduisaient au lac. Les maisons franchirent les murailles énormes de Gondebaud et se posèrent d'abord, paraît-il, au Bourg-de-Four, à droite dans la rue Saint-Léger, à gauche jusqu'à Longemale, prenant comme à revers la colline et s'avançant peu à peu vers le pont du Rhône.
Le quartier de Longemale s'avança le premier sur le lac en forme de promontoire. Il fallait, en effet, que cet atterrissement fût déjà ancien, puisque, au XIII' siècle, « ce quartier était Tun des mieux habités de tout (icnève, à ce point que les particuliers les plus riches, les étrangers de distinction et les princes évéques eux-mêmes le préféraient alors à celui du haut de la ville '. » Ce fut en 1278 que l'évêque Robert de Genève acheta la maison appelée Lnngimala-, et « le rôle de l'estimation des biens meubles et immeubles des Genevois, en 1475, nous montre que le quartier de Longemale était encore, à la fin du XV' siècle, celui qui contenait le plus de gens distingués, tant étrangers qu'indigènes : les de Versonay, les Bolomier, l'évêque de Nice (Nicée), les de Joinville, etc., etc. ^ » Le 26 avril 1495, l'évêque Champion fit construire une boucherie, un marché, une écorcherie {unam bocheriam et iiintm macelluvi in loco de Longemala ima cum excorchen'a), proche du lac {prope super laciini), parce que les deux autres boucheries, celle de la rue de la Cité et celle du Pont du Rhône, étaient trop éloignées et ne suffisaient plus \
Pendant la même période de temps, Saint-( Servais, de son côté, se rapprochait aussi du Rhône, le franchissait. Nous avons vu que tout ce qui était hors des
A IV-ntrce de la rue du Manège (restes des anciens murs), (p. 94.)
temporaire. En temps de paix le grade le plus élevé est celui de colonel. Le général Dufour a été nommé général quatre fois, en 1847, 1849, 1856 et 1859. En 1840, il était colonel fédéral. On comprendra, cependant, que nous le désignions par le nom sous lequel il reste populaire.
I. Galiffe, p. 10. — i. Acte du 4 février 1278. M. D. G., VII, p. 339, 340. — •• L'évêque Guillaume de Conflans se plaint d'une insulte à lui faite en 1293 : ad doniiim iwstraiu de I.oitgimala, dit De La Corbière, qui ajoute: Où est la maison du sieur CoIIadon, qu'il a acquise de Rcyniond, à qui la Seigneurie l'avait abergée, étant un grenier public que nous avons vu. » La Seigneurie abergea l'ancien éditicc tout ruineux, le 8 août 1725, et Reymond fit construire • l'année suivante sa maison, comme le prouve le millésime de 1726 gravé sur la porte d'entrée, avec les initiales du nom du propriétaire, B. R. Cette maison porte maintenant le N° 146; son sol est élevé d'un peu plus de 2 mètres au-dessus du niveau du lac. » M. D. G. (1849), VII, p. 340. — ;(. Galilîe, p. u. Voir M. D. G., VIII, p. 289. — i. Diverses pièces concernant l'histoire de Genève, Archives, N" 67. Etablissement d'une boucherie et écorcherie à Longemale, 26 avril 149S-
LA VILLE
murs de la ville, du côté- du Rhône, ressortissait à la paroisse de Saint-Gervais. « La Corraterie n'a été jointe elle-même à Genève que dans le seizième siècle'. »
C'est au XVI' siècle que, de toutes façons, s'opèrent la rencontre et la soudure des deux villes, la grande et la petite.
Mais cette descente des deux villes ne s'était pas opérée en une fois. Saint- Gervais procédait par approches, par tranches, dans un sens perpendiculaire au Rhône, jusqu'à la rue du Temple, jusqu'à la rue de Coutance, jusqu'à la rue de Chevelu.... Genève procédait par approches, par tranches, parallèles au Rhône, jusqu'au mur de Gondebaud, jusqu'aux rues Punaise et de la Rôtisserie, qui étaient les rues basses du XIIP siècle, jusqu'aux Rues Basses, qui ont gardé ce nom, puis jusqu'à la rue du Rhône, la dernière des Rues Basses....
Voici comment De La Corbière, en 1752-1753, se représente cette histoire. « Le quartier d'en bas a été le dernier peuplé, l'eau du Rhône, soit du lac, allant jusque vers les murailles de Gondebaud.... On y a trouvé des anneaux aux murs (audessous des terrasses de la rue des Chanoines) pour arrêter les barques et bateaux qui abordaient.... L'on appelle encore ces rues basses Rivière.... Il n'y avait que la rue de la Madeleine, la rue Neuve dite Punaise et la Rôtisserie, qui fussent hors de l'eau, et c'était comme le port de la ville". — Il faut donc qu'en 1 1 10 les maisons des Rues Basses dessous ne fussent pas bâties entièrement : il pouvait y en avoir quelques-unes; elles l'étaient vers la Hn du XIIL' siècle, que le couvent des Cordeliers fut bâti''. » — Au commencement du XIV^ siècle (i328), ajoute Chaponnière, « le terrain qui environnait Ihôpital et la chapelle du Pont du Rhône, situés au bas de la cité,... était un espace vide et toute la portion inférieure des Rues Basses n'existait pas encore '*. » Les foires s'établirent et, selon Bonivard, à cause de la « grosse multitude de peuple « qu'elles attirèrent, « on commança, avec force terre, combler le lac et recuUer l'eaue, en sorte que l'on peust bastir dessus des habitations pour les marchans^ » A la fin du XV" siècle, 1475, le rivage du lac et la berge du Rhône longeaient encore le derrière des maisons des Rues Basses ''. « Ainsi je pense, conclut De La Corbière, que les maisons dessous, dès Rive jusqu'à la Chapelle N. D. D. P., furent bâties, ou du moins la plus grande partie, de 1290 à 1870 '. »
Sans doute, plusieurs murailles furent construites, protégeant plus ou moins chacun de ces développements de la cité; et quand on établissait une muraille nouvelle"*, on supprimait souvent la muraille ancienne, mais presque toujours on
I. Vuy. < Deux notes sur l'étymologie du mot Corraterie,» dans les Mémoires de l' Institut national genevois, XIV, 1878-1879. — 2. Au XI1I= siècle, ce quartier est la ville nouvelle, le nouveau faubourg. En f(-vrier 1262, un acte fiarlc d'une maison en pierres, située au bourg neuf {in hiirgo novo), entre le Perron et la lY-lisserie. (Regeste genevois, N" 937.) — Le 18 mai 1266, un acte parle d'un casai (petite maison dans un jardin (?l) situé dans le bourg neuf, en descendant vers la ville neuve {in burgo novo, in desccnsu versus villam noimni). R. G., N" 998.) — Enfin, en 1273 (2 novembre) et 1276 (30 octobre), deux actes parlent de « casais . situés dans la rue dite Ville neuve. R. G., N" 1106 et 1140. (Voir M. D. G., XIV, p. 56, 85, 134, 153) - :i. De La Corbière (copie Bourrit). — 4. M. D. G., III, p. 184, n. 2. — .'i. Chroniques, liv. I, ch. 2, édit. Kick, I, p. 31. - fi. M. D. G., Vin, p. 293. — 7. De La Corbière, p. 85. — 8. Le 13 novembre 1289 et le 13 mai 1291, lévCque G. de Conflans reproche aux citoyens de Genève non seulement d'avoir formé
LES FORTIFICATIONS
laissait les portes', qui devenaient dès lors des portes de rues, indiquant, rappelant le rempart disparu. C'est ainsi que s'expliqueraient la porte d'Yvoire (aquaria ou aquariœ, c'est-à-dire porte du lac ou de l'eau), démolie en 1712, juste à l'extrcmitc supérieure des Rues Basses de la Croix d'or, qu'elle fermait à leur entrée dans Longemale, et la porte du Fort de ri> cluse*.
Et ainsi on arriva à la dernière enceinte épiscopale, celle de Marcosse^
L'occasion de cette enceinte fut semblable a celle qui devait provoquer l'enceinte ultérieure : on s'occupa des faubourgs. Et je reprends ici, en continuant à le compléter, le si remarquable texte du général Dufour.
« Les querelles qui s'élevèrent à la tîn du XIII' siècle... entre les comtes de Savoie et de Genevois firent couler le sang dans les faubourgs de Genève. Ces faubourgs furent brûlés en 1291. Un incendie consuma dans cette année [il faut rapporter ce fait au nouvel incendie de i32i] tout le quartier voisin du lac; une rue dite de la Rivière en fut appelée rue de la Rôtisserie^.
Porte du Fort de l'Ecluse (d'après un tableau d'Aymonier).
une communauté, soit corporation nouvelle et insolite (collegiuni noi'uni et insolilum) etc., mais d'avoir construit des murs, des tours et forteresses sans autorisation. R. G., p. 274, 307, 332.
1. « Comme... ces portes étaient toutes surmontées d'une tour, ou d'un corps de logis attenant aux maisons voisines, il en résulte que celles-ci, lorsqu'elles n'ont pas été entièrement rebâties depuis, laissent voir très distinctement, par l'absence ou par la disposition des fenêtres, la portion de leur façade qui n'a été visible que depuis la démolition de ces portes. On peut, en tout cas, s'y fier lorsque ces dispositions insolites se retrouvent sur deux maisons situées vis-à-vis l'une de l'autre, des deu.x côtés de la môme rue. Il est rare aussi que, en pareil cas, la rue elle-même n'offre pas sur ce point une sorte d'étranglement, et enfin, surtout dans les rues en pente, quelque défaut de raccordement, de forme ou de niveau. » Galiffc, p. 120, 121. — Pictet de Sergy a signalé ces défauts à la Pélisserie et à la tour de Boel. « L'enceinte traversait la rue actuelle de la Pellisserie, près du coude qu'occupe aujourd'hui une fontaine, emplacement où la rue parait avoir été mal soudée à la rue supérieure. » (Pictet de Scrgy, Geiièii'. origine et déveloftptment de cette république, 1845, I, p. 79.) — « L'enceinte arrivait rejoindre le sommet de la tour de Boël, à la place même où les deux parties de la façade orientale de cette rue ont l'air aussi mal liées ensemble que les deux portions de la Pellisserie, qui y sont, pour ainsi dire, adossées. » {Ibiii.) — 2. Galiflfe, p. 122. — .1. Il y eut, en effet, un incendie cette année. Le 17 août 1291, le comte de Genevois mit le feu à Genève, « lequel, après avoir gagné une assez grande partie de la ville, se communiqua enfin à l'église de Saint- Pierre et brûla une partie de la charpente de cette église. » Le dauphin de Viennois arriva à la rescousse du comte, fut repoussé; et ils < brûlèrent un faubourg entier et rasèrent une partie des muraille:, de la ville. » Gautier, I, p. 162. — Mais l'incendie qui dévora le quartier des Rues Basses, dit Ripparia, eut lieu le 18 mars 1321, et « toute la rue contiguë au lac et celle dite Ville neuve jusqu'au marché » furent
JEAN CALVIN III 1 3
» Au milieu de ces désastres, on pensa sérieusement à rebâtir la ville et à mettre ses faubourgs à l'abri de la fureur des soldats. On trouve que, le 14 janvier 1364, le Conseil général chargea les syndics et les procureurs élus, avec douze coadjuteurs tirés du peuple, <i de pourvoir aux iirgens affaires de la ville, » tant pour les bastimens, clostures et réfection des tours, murailles et terraux » de la Cité, etc. ' »
L'ouvrage fut entrepris en i364, pendant Fépiscopat d'Alamand de Saint- Jeoire. Mais comme la plus grande partie fut bâtie sous Marcossey, évèque de i366 à 1378 ^ Tenceinte épiscopale^ a reçu le nom d'enceinte de Marcossey \ Commencée avant lui, elle ne fut complètement terminée qu'après lui. « Ce ne fut même qu'en 1428 que la tour du Pin ou de Saint-Christophe fut achevée °. »
Voici quels événements provoquèrent la construction de la seconde enceinte:
Le « comte Vert » de Savoie, Amédée VI, avait acquis le pays de Vaud, le Piémont, et s'était fait confier par l'empereur Charles IV le vicariat de l'empire (i365). Cette dignité lui donnait la direction de certaines villes impériales, parmi lesquelles le comte rangea Genève. Aussitôt il fit élaborer pour la cité, dont il se déclara le protecteur, un projet d'université, et s'empara de la juridiction temporelle. L'évêque Marcossey protesta et réussit si bien à faire valoir ses droits que l'empereur, irrité d'avoir été joué par le rusé Savoyard, lui retira le vicariat (Acte de Prague, du 26 février 1367). Amédée VI ne céda cependant quen 1371, après que le pape Grégoire XI eut excommunié la ville et jeté sur elle l'interdit ''.
Effrayé, sans doute, par le danger que Genève venait de courrir, Marcossey
consumées. C'est à partir de ce moment que daterait le nom de Rôtisserie. Ed. Mallet, « La plus ancienne chronique de Genève. > Fasciculus temporis. [llla rua nova vocatur la rutisseri.] M. D. G., IX, p. 305 et XVIII, p. 369. — Galiffe conteste cette (îtymologie et pense qu'il s'agit d'une rôtisserie établie dans la rue. (Pag. 160, 161.) — Faisant suite à la rue de la Rôtisserie était la rue Punaise (rue Traversière depuis 1828), ainsi nommée à cause des immondices, qui s'y écoulaient du haut de la ville, et croupissaient au pied des murs: c'était, en quelque sorte, un cloaque. Bonivard, Chroniques, éd. et notes Dunant, I, p. 511.
I. Mémoire du général Dufour. — 'Voir: J. Savyon, Annales de la cité de Genève, éd. Fick, 1S58, p. 12. — i. D'après l'obituaire de l'Eglise de Saint-Pierre, l'évêque Marcossey est mort le 20 janvier 137S. M. D. G.^ XVIII, p. 338. — .'t. On a, en particulier, les comptes de 1377 donnant le toisage e.xact et le pri.\ des ouvrages faits aux murailles depuis la porte de la Tertasse jusqu'au lac. « Etat des sommes dues à divers entrepreneurs, et des ouvrages faits par eux aux murs de la ville. » Tacherie iniiroriim civitatis Gebenii. 1377. M. D. G., XVIll, p. 350, 351. — « Les comptes s'étendent de 1375 à 1379, et sont très détaillés.... On peut en conclure que, pendant les dernières années de l'épiscopat de G. Marcossey, deux taxes furent décrétées pour la réparation et la construction des murs de la ville : l'une de 600 fl., votée le 15 juillet 1375, et qui se percevait par des contributions hebdomadaires; l'autre de 1000 fl., votée en décembre 1377, et dont la perception dura jusqu'en juillet 1399. Tous les citoyens bourgeois et habitants y étaient soumis : le clergé seul en était exempt, mais y contribua séparément. > Ihid., p. 344, n. i. — De ces comptes, « il résulte que les ouvriers étaient payés, à la journée, comme suit: hommes, 9 deniers . femmes, 5 deniers; moyenne de la journée de charrois, 2 sols, 10 deniers. » Ibid., p. 346. — 4. En même temps qu'on défendait les terres, on défendait les eaux. 1375. 1' est parlé d'une fichia paloriini, une palissade de pieux, dans le lac, depuis la pierre {petra concilia) jusqu'au mur des Frères Mineurs.— 1376 (9 février). Il est parlé d'une ficliia qui n'a pas été faite comme elle aurait dû l'être, et qui tombe déjà dans l'eau à certains endroits. — 1377. H est question de nouveaux travaux de défense du lac. Massé, licutcnant-coloncI d'artillerie. Essai liislorique sur les diverses enceintes et fortifications de la ville de Genève, 1846, p. 17. — ,'i. Ibid., p. 18. — 0. Voir Denkinger, < Avant l'Escalade, . dans le volume f Escalade, trois récils par H. Denkinger, A. Guillot, Ch. Goth, p. 20, 21.
Les trois portes du bas de la Cité (d'après une lithotjraphie de Jean Uu Hois, vers 1835). (P- '°°-'
lôô LA VILLE
résolut de la fortifier. Des lettres patentes de trois cardinaux, commissaires apostoliques de Grégoire XI, en date du 24 octobre iSyS, reconnaissent que la cité épiscopale n'est ni « défendable ni murée » {defensibilis vel nnirata), qu'elle ne pourrait être défendue, le cas échéant, contre « les attaques des malveillants » {malignonim). En conséquence, l'évèque est autorisé, pour construire des fortifications, à lever, pendant deux ans, un impôt sur toutes les denrées et marchandises qui se vendront à Genève. Les ecclésiastiques devront contribuer aux dépenses'. — L'évèque promulgua son ordonnance le 14 décembre \3']5-. Le 29 mars de l'année suivante, une transaction, intervenue entre le clergé et les syndics, fixe à 3oo fl. d'or (bon or et bon poids) la cotisation du Chapitre. Cette transaction donne, en outre, certains détails intéressants. Il s'agit d'élever vingtdeux tours au moins'', d'achever les tours déjà fondées et commencées, d'entourer de murs la cité (détruisant quelques autres murs) et de les élever jusqu'à une certaine hauteur \ etc. — Environ deux ans après l'évèque mourut^.
Pour faire le tour de cette enceinte épiscopale, nous partons de l'angle de la place des Trois-Rois et de la Corraterie, où se trouve le plus curieux massif de portes et de tours. En réalité, il y a une sorte de triangle, avec une porte sur chaque côté. {Page 99.) Le côté le plus long porte l'arcade de la Cité, dont nous avons parlé, en face de la chapelle de Notre-Dame du Pont. Mais d'où que l'on vienne, du Pont ou de Plainpalais, avant d'arriver à la porte de la Cité, il faut passer sous une autre porte, soit la porte du Pont, soit la porte de la Corraterie (ou, plus tard, de la Monnaie**). — C'est dans cette partie des fortifications du XIV' siècle, alors intactes, que se passa, en 1602, l'épisode fameux de l'Escalade, celui de la mère Royaume. « La tour de la Monnaie était habitée par la mère Royaume '. »
A partir de ce triangle, «au nord, la ville n'avait jusqu'au Molard d'autre défense que les eaux du Rhône et du lac, dont l'accès extérieur était barré, des Eaux-Vives aux Pâquis, par un système assez compliqué de lignes de pieux, disposées en zig-zag, et qu'il fallait connaître pour savoir par où entrer et sortir. Ces passes, d'ailleurs très étroites, se fermaient de nuit et en temps de guerre, par des chaînes de fer et des espèces de clédals (JornafoUia). Au Molard, et probablement déjà derrière le bâtiment des halles, les murs crénelés recommençaient; ils traversaient sur une voûte, véritable porte de ville, dominée par des
I. M. D. G., XVIII, p. 326, 327. — 2. Toutefois, cet impôt ne fut pas levé, et chacun contribua selon sa capacité. — :(. . Salve pluri... ctiam ultra numerum XXII turriura.... > Ibid., p. 333, 334. — i. Ibiii., p. 333. — S. Ibid., p. 338. — 6. «La porte de la Corraterie, appelée depuis porte de la Monnaie, subsiste encore avec sa tour, placée en dehors, à coté d'elle. . Senebier. . La tour d'angle qui défendait cette porte était construite sur l'espace actuellement [1840] occupé par la portion de la maison Forget, qui est sur la rue de la Corraterie. . (Général Dufour.) — « Les trois arcades de la Monnaie, savoir celle qui donnait sur la Cité, celle qui fermait l'ancienne porte de la ville du côté de la Corraterie et celle qui se trouvait jadis au bout du pont du Rhône et qui était crénelée, ont été démolies récemment pour élargir les rues très passagircs qu'elles encombraient. Outre cela, on rebâtit actuellement la maison où l'on voyait les restes de la chapelle de Notre-Dame: il ne reste donc, en septembre 1831, aucune trace de ces antiquités.» (Uonivard, Chroniquts. éd. et notes Dunant, II, p. 517.) - D'apri:s Magnin {Notice, p. 47), la chapelle de Notre-Dame fut démolie en 1827. — 7. Fatio, p. 17.
LES FORTIFICATIONS
lOI
La Tour Maîtresse.
tourelles, rentrée du dock ou port intérieur, qui occupait autrefois la plus grande partie de la place*, puis suivaient la ligne i-ntérieure de la rue du Rhône, où se voit encore- une vieille tour à porte et fenêtres gothiques (maison Auzias)', qui a toujours été considérée comme un membre de l'ancienne enceinte. La porte de cette tour pittoresque, qui fait saillie sur la rue, sert encore d'issue à la ruelle qui coupe dans cette direction le mas de maisons compris entre le Molard et Longeai aie.
» Enfin, l'enceinte allait rejoindre la Tour Maîtresse'* [Turris Magislra, que sa grandeur relativement aux autres fit ainsi nommer^]....
Sur ce dernier bout, elle comptait cependant en outre, pour aller au lac, près des anciennes boucheries, une petite porte, qui e.xistait encore du temps de Senebier, sous forme d'arcade murée et de deux tours, celle dite « du Lac », ou de « la Coupe'' », et une tour de garde en bois, située également près du lac à Longemale". »
I . < Je pense, dit De La Corbière (Copie Bourrit, p. 86), qu'il n'y avait point de muraille » depuis les vieux Trois-Rois « jusqu'à la tour, vis-à-vis la ruelle entre le Molard et Longemale. » — â. Le Molard était au fond d'une sorte de baie ouverte, «entre la petite Fusterie et Longemale», et, à travers l'arcade du Molard, l'eau s'avançait presque jusqu'aux Rues Basses. Galiffe, p. 9. — •'1. « Cette tour était peut-être celle qu'on nommait la « Tour Asinaire > ou « Asinier >, du nom de la noble famille des .\siftari d'Asti,... qui avait, dès le XIV'= siècle, formé une branche à Genève. En 1358, Aymonet Asinari et François de Médicis,... lombards, c'est-à-dire banquiers,... reconnurent à l'évèché pour une maison située dans la ville « près du lac... >. Le propriétaire actuel de cette vieille tour nous a assuré que, sous les boiseries et tapisseries d'une chambre du 2= étage, se trouvait, taillée dans le mur, une date du XIV^ siècle {de 1360 à 1365) et des traces de peintures à fresque représentant deu.x personnages, de grandeur naturelle, vôtus de draperie. » Galiffe, p. 139, n. i. — Le mas de maisons, où se trouvait la tour Auzias, a été démoli, en 1878, pour créer la rue Céard. — 4. « A l'emplacement de la succursale des postes à la rue d'Italie.» Fatio, p. 25. — « Qui forme l'angle Est de l'enceinte. > Mémoire du général Dufour. — 5. Senebier, p. 6. — « Elle faisait face, dit De la Corbière (Copie, p. 86) de deux cotés ; au levant, aux terres par où l'ennemi pouvait venir, et au lac, de bise, par rapport aux bateaux. » — 6. La Cot4pc la Coppe était une hôtellerie, qui avait donné son nom à la tour. Les Registres du 24 février 1540 disent : « De la tour de laz Coppe dernier [derrière] vers le lac. Laquelle estoyt arresté de desroché pour fère allez laz murallie de laz ville par là; touteffoys ayant entendus laz proposite de Michel Morrel, hoste du dict logis, résolu que icelle soyt revisités par gens de guerre et expers az cella. » {Registres du Conseil, Vol. 34, f. 1 10.) Et le 16 mars : « L'hostesse de laz Coppe. Laquelle a proposé comment il luy az esté fayts mandement de desroché une tour laquelle az acquise, laquelle est près du lac, priant icelle volloyer acheter aut le récompenser. Pour ce que l'on az trouvé laz fondation de la murallie de laz ville en la dicte tour, résoluz que l'on suyve la d'« murallie et quant à saz récompense, quelle vicgne en grand Conseil des deux cents. » (Ibid., f. 139.) Cette hôtellerie de la Coupe, dit Galiffe, « au temps de la combourgeoisie avec Fribourg, avait été le logis préféré des ambassadeurs de cette ville. » Galiffe, p. 140, n. i. — 7, Galiffe, p. 137-140.
102 LA VILLE
Il n'est pas très facile de retrouver remplacement des vingt-deux fameuses tours de l'enceinte épiscopale. Le général Dufour a employé à cette recherche ses talents d'ingénieur aussi précis qu'habile. Nous enregistrons ses indications. En partant de la Tour Maîtresse {i), jusqu'à la tour de la Monnaie (8), il indique la tour de la porte près des anciennes boucheries (2), « probablement » quatre autres tours (3, 4, 5, 6), dont l'une était la tour de la maison Auzias, et la première tour (7) sur la place des Trois-Rois, tour attenante à la porte du Pont du Rhône. — Continuons notre description de l'enceinte en repartant du triangle du bas de la cité.
« A côté de la seconde tour (8), vers le couchant, et immédiatement attenante était la porte qui conduisait à la Coulouvrenière. On lui donnait le nom de porte de la Monnaie.... La tour d'angle [qui défendait cette porte] était ronde, comme l'étaient en général toutes celles qui avaient une position semblable.
» Les trois tours suivantes étaient carrées.,.. De ces trois, la première* (9) se retrouve encore dans une saillie... entre les terrasses des deux Corrateries.
» La seconde (10) servait de prison avant que l'évèché eût été destiné à cet usage; et la troisième^ (11), située en haut de la rue de la Tertasse, dans l'angle rentrant que formait l'enceinte en cet endroit, était percée d'une porte qui a donné son nom à la rue actuelle et s'appelait porte de la Tertasse^, » quelquefois porte « de Marchez », c'est-à-dire du Marché.
Dans cette ligne de maisons, il y avait « divers passages étroits, dont le plus important devait correspondre, à travers la rue de la Cité, à l'étrange ruelle dite de «Bémont», anciennement de « Bonmont»,... dont l'extrémité inférieure, du côté de la Fusterie, était jadis fermée par une porte '*. »
C'est à cette porte de la Tertasse, ou du Marché, sur les créts de la Chauvinière, que fut tué, en 1602, le vieux syndic Jean Canal.
Les murailles faisaient ensuite un angle, et cet angle était fortifié par une grande guérite en pierre (12), appelée, dans les documents du XI V^ siècle, eschiffa capitis '^
Les murailles continuaient derrière le Grand Mézel, et derrière les granges et écuries des maisons de la Grand'-Rue '', et arrivaient à la maison" ou château
I. C'était la tour dite de l'Escalade, dernier témoin de ce grand événement, et que l'on démolit au moment où j'écris ces lignes. Les efforts patriotiques de beaucoup de Genevois n'ont pu la sauver. — 2. «Comptes de 1377; de la tour ronde (ro/itm/aiii) de la porte de Marchez jusqu'à Xeschiffa capitis, 97 toises •, cette tour était originairement ronde. — « La dernière tour a été détruite [en 1712, dit Senebier, p. 6] lorqu'on bâtit la maison du professeur de Saussure. > — 3. Mémoire du général Dufour. — 4. Galilfe, p. 136. — 9 mai 1539. « Porte Tertasse. Az cause de meistre les immondicités dehors, résolu que l'on ouvre le guichet des puys 8 jusques az quattre heures et que les cheines [chaînes] soyent tendues. . Re/^islres du Conseil, Vol. 33, p. 115. — .">. «Il paraît que Xeschiffa [eschoppa, échope?] dont il est question dans notre document genevois, était une construction, un corps de garde, une grande guérite, ou une miirnUte qu'on avait élevée au sommet de la colline, du côté du midi. Dans les anciennes gravures de Genève, on voit, en effet, une construction à l'emplacement indiqué ci-dessus, et c'était bien un point important d'observation, puisque depuis cet endroit on domine, au loin, les environs, les bords du Rhône et de l'Arve. . Massé, p. 16. — 6. Ces granges et écuries ont fait place, en 1719, à de beau.x édifices et à la rut des Granges, primitivement appelée rue derrière les granges. — 7. Comptes de 1377' De Xeschiffa capitis, jusqu'à la donnim S' Aspri, 94 toises.
LES FORTIFICATIONS
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des nobles de Saint-Apre, après eux, jusqu'en 1541, propriété des de Viry, et enfin, dès i557, acquis par la ville ', qui en Tit son arsenal, plus tard une caserne. Le château se terminait par une tour ronde (i3) ^.
Après cette tour, se trouvait le passage de la Treille, qui s'appelait alors la porte Baudet. « La tour carrée de l'hôtel de ville (14), que l'on voit encore aujourd'hui, défendait cette porte : elle est construite en briques et en pierres de taille.... Avant les dernières réparations, faites aux murs de l'hôtel de ville, on voyait distinctement les vestiges de la porte Baudet. Il paraît que ce fut seulement en 141 6 qu'on construisit une muraille entre la maison de ville et Saint-Aspre ^ »
Les crèts Saint -Apre ou les crêts Baudet, selon qu'il s'agissait de la partie occidentale ou orientale, étaient des terrains irréguliers, en pente rapide, en partie incultes, en partie couverts d'arbres, de vignes (dites hautins, c'est-à-dire vignes hautes), parsemés de terrasses, de petites granges, de colombiers et de pavillons rustiques, entre lesquels rampaient déjà, sous forme de sentiers, quelques-uns de ces couloirs qui sont devenus, depuis, des sorties particulières, fermées maintenant par des portes à leur extrémité inférieure, comme elles devaient l'être autrefois à leur entrée dans la ville.
C'est en i5i(3 qu'une série d'acquisitions avait dégagé les abords de la maison de ville.
En 1547 S '^ Conseil trouva dommage de laisser raviner ces terrains publics
I. liegislres du Conseil. 13 août 1557, Vol. 53, f. 283^ — i- Galiffe, 135. '36- — E" '84<>. maison Rigaud et Sarasin. Massé, p. 12. — :). Mémoire du général Dufour. — i. « En 1547. on travailla encore à approfondir les fossés qui étaient au-devant de ces courtines [de la Corrateric îi Saint-Léger] et à les nettoyer. Il paraîtrait que celle sous la Treille ne fut terminée qu'en 1557; du moins on retrouve encore actuellement, dans le mur qui soutient les terres de la Treille, et en face de lOrangeric, une vieille pierre portant ce millésime. » Massé, p. 86, n. 6.
El
Tour Baudet.
LA VILLE
par les grosses pluies. Il prit les mesures nécessaires. Le bon exemple séduisit les propriétaires voisins. Les escarpements furent préservés par des arbres alio-nés, par des murs échelonnés d'abord en terrasses, et finalement par les murs
que nous voyons aujourd'hui et sur =^ lesquels se trouvent encastrées des pierres, avec des dates indiquant les travaux successifs.
De la tour Baudet, les murailles suivaient les maisons \ descendaient en biais la rampe actuelle de la Treille et arrivaient aux murs du château des comtes.
Là, « elles formaient un angle rentrant, » puis « se projetaient en avant pour envelopper les quartiers de Saint-Léger et du Bourg-de-Four.
Il n'y avait pas de tour dans l'angle rentrant, mais... il devait y en avoir une (i5) près de là*,... » la tourelle des Copponex ^. — Les murailles arrivaient à la porte Saint-Léger.
La porte Saint-Léger a reçu divers noms, comme la rue qu'elle fermait. Cette rue s'appelait, au XIII'' et au XIV siècle, « la rue du Puits {carreria de piiteo)^ à cause d'un puits (deux au fait),... qu'on y voit encore; plus tard, elle s'est appelée rue « de la Recluse », à cause d'un petit Oratoire, situé hors des murs et dédié à Sainte-Marguerite....
« Cette porte, murée en i564, a été tronquée plus tard; les derniers systèmes de fortifications en avaient fait une véritable poterne, que les récentes démolitions ont rendue, pendant quelque temps, à la lumière;... le pont est venu la remplacer en 1862*. »
De là, l'enceinte montait rapidement, en suivant le long du côté intérieur de la rue de Beauregard •"', jusqu'à la porte Saint-Christophe, ou des Belles filles ^
\. En particulier « la petite maison Turrettini, que nous croyons, avec Chaponnière, être l'ancienne maison du sceau ou de l'officialat.... Cette maison, dont la vieille façade vient de disparaître,... avait une porte dans les murs de la ville. > Galiffe, p. 134, et n. i. — 2. Mémoire du général Dufour. — :!. Etait-elle avant ou après l'angle? Les comptes de 1377 indiquent trois parties : depuis \7ior/i(»i saiicti Aspri ]nsq\i"a. la tourelle [lornalela] des Copponex, 94 toises et X; de la tourelle des Copponex jusqu'à la maison de Pierre du Pont, 31 toises et ^/ji du château {castrum) jusqu'à la porte du puits Saint-Léger, 97 toises. Il est fâcheux que les comptes parlent tantôt de la maison de Pierre du Pont et tantôt du château. — i. Galiffe, p. 133. — 3. «La rue de Beauregard ne date que du dernier siècle (XVIII=), mais le nom de Bclrcgard {Belli-respectus) s'appliquait anciennement à la rue actuelle de Tabazan, qu'on aurait pu aussi Kien nommer la rue du bourreau, puisque tous les exécuteurs ^es hautes œuvres genevoises l'ont habitée.
Poterne Saint-Léger (d'après un dessin de Bastard et une photographie de 1859).
LES FORTIFICATIONS io5
porte couverte d'un cùté par une tour (17) construite en 1428, et de l'autre côté. sur la place Saint-Antoine, par une seconde-tour (18) '.
La muraille tournait alors brusquement, à l'orient, en angle obtus, était tlanquée d'une tour (19) (emplacement du pavillon de la terrasse Turretini-Favrej, construite en 141 6, démolie en 1746-, s'ouvrait, par la porte Saint-Antoine, au bout de la rue des Peyrolliers (aujourd'hui des Chaudronniers) \ On ne sait si la porte Saint-Antoine était dans la tour même (20) qui la défendait, ou à côté *. Cette porte était dite aussi quelquefois de Saint-Victor, à cause du voisinage de l'église et du prieuré de ce nom (emplacement de la chapelle russe actuelle). C'est par cette porte que (avril iSig) le duc Charles III fit « cette entrée d'histrion connue sous le nom de « guerre des besoles, » c'est-à-dire des harengs ou des feras, parce que le plus grand résultat de ce court triomphe, convenu de part et d'autre, fut de faire dévorer aux Savoyards une prodigieuse quantité de ces petits poissons, à cause du carême, lequel, du reste, n'empêcha pas le pillage des caves ''. »
Venaient les crêts de Saint-Laurent. « L'enceinte formait encore en cet endroit un angle rentrant et allait gagner la porte de Rive et la Tour Maîtresse, en suivant le mur de clckure du collège actuel, qui paraît être un vestige de cette enceinte. Il y avait une tour carrée (21)*' à l'angle que forme ce mur près de la descente de Saint-Antoine et à l'extrémité du jardin de M. le principal. »
Les murailles descendaient les pentes alors couvertes de hutins, de vignobles', arrivaient « à la porte de Rive, percée dans une tour carrée (22)**, qui était réunie à la Tour Maîtresse par une courtine en ligne droite'^. »
Cette enceinte devait être fort pittoresque, car elle ne ressemblait guère aux fortifications plus modernes, aux terreaux et aux glacis à la Vauban. C'était une ligne assez sinueuse, formée par ses vingt-deux tours, les unes rondes, comme la Tour Maîtresse (rasée en i863), d'autres carrées, comme la Tour Baudet, reliées entre elles, non point par des murs plats et mornes, mais par des bâtisses
dès le milieu du XVI= siècle, avant le Tabazan de l'Escalade, jusqu'à notre époque.» Galiffe, p. 132. — 6. Comptes de 1377. De la « porta Puthei, » jusqu'à la « porta Sancti Christofori, » 82 '/.j toises.
l. Mémoire du général Dufour. Cette seconde tour, ajoute-t-il, était « dans l'endroit dit anciennement le jeu de billard, où se trouve maintenant (1840^ la maison Mellerio. » — i. ' Cette tour, construite en 1416 (pour la somme de quarante florins), est indiquée sur les anciens plans. Elle était à 168 pieds de l'angle de la maison No i, rue des Chaudronniers. Elle fut vendue par la seigneurie à M. Pierre Favre, en septembre 1746, pour la somme de 500 livres courantes, attendu qu'elle n'était plus d'aucun avantage. Elle fut alors démolie. » Massé, p. 85. — .'1. « A peu près où existait le passage couvert, démoli lors de la construction de la maison Turrettini-Favre. > Galiffe, p. 131. — i. Mémoire du général Dufour. — 5. Galiffe, p. 131. — fi. Comptes de 1377. De la porte Saint-Antoine à la tour de S.iint-Laurent, 109 toises. (Les derniers vestiges de cette tour Saint-Laurent ont disparu en 1842, lors de la reconstruction du mur du collège.) — De la tour Saint-Laurent jusqu'aux latrinas Fratriim Minorum, 76 toises, et depuis les lalrina Frairum Minorum jusqu'au lac, 71 toises. — 7. « Il existe dans le passage appelé Allée du Collège une tour qui parait bien avoir fait partie de l'ancienne enceinte. Elle se trouve en face de l'entrée de l'ancienne bibliothèque, à l'extérieur de l'angle ouest formé par les deux corps de bâtiment du Collège. » Note de M. Denkinger. — En 1529, il est question d'une tour de l'école. Galiffe, p. 130, et n. 2. — 8. A propos de la numérotation des tours, le général Dufour ajoute : < Le nombre des tours que je viens d'indiquer est bien de 22. La plupart sont placées d'une manière certaine, quelques-unes l'ont été par des probabilités, d'autres, enfin, sont tout à fait hypothétiques. » — 9. Mémoire du général Dufour.
JEAN CALVIN III '4
Io6 LA VILLE
crénelées, en partie recouvertes de toits protégeant des galeries, des loges (liibiœ) appendues, destinées au guet, aux tirailleurs. Chaque angle avait sa guérite en pierre {eschiffa). Et les murs proprement dits étaient, çà et là, interrompus, remplacés par d'antiques maisons, encastrées', ou bien ils étaient percés, en haut, de meurtrières, d'ouvertures grillées destinées à donner du jour aux maisons qui en étaient trop rapprochées, jusqu'à leur être adossées, et, en bas, par des portes, nombreuses, les unes en plein cintre, les autres en ogive, suivant leur âge, les unes grandes, surmontées d'une tour massive, avec mâchicoulis, herse, pont-levis, fossés, les autres petites, discrètes, ne laissant passer que les gens à pied*.... Tout cela dispersé, ondulant avec le sol, devait former une défense extrêmement pittoresque, mais plus ou moins solide.
Or, il se trouva qu'à la fin du moyen âge, les maisons, continuant à s'émanciper, avaient de plus en plus sauté par-dessus l'enceinte épiscopale, du cùté naturellement oi!i le saut était possible, du côté du midi, et de très grands faubourgs s'étaient formés, faubourg de Plainpalais, faubourg de Saint-Léger, faubourg de Saint-Victor, faubourg de Rive.
\in même temps, une révolution militaire s'était accomplie, qui rendait du reste tout à fait impuissantes les anciennes fortifications.
Dès la fin du XI V*" siècle, les armes à feu étaient apparues, mais ce n'est que postérieurement à 1409 qu'on voit chaque nouveau bourgeois, reçu à Genève, donner, en outre de sa contribution à l'Etat, une colovrina ou arquebuse ^ A la môme date (1409) des particuliers possèdent des bombardes. « M. de Vouflens dit qu'il a diias bonbardas... Quelques uns disent que Boniface Pentivalis a des bombardes {de boiibardis) et a donné iiiiam boinbardan au maître de la Halle Neuve. » Environ cent ans plus tard, en iSoy, voici toute l'artillerie officielle^:
« PZt primo, invatarisant unum grossum veuglaire^ pulchrum et optime valoris, super deabus rôtis ferratis, modo debito, affixum.... Item magis, 14 pettards, existentes super rôtis nemoreis. Item 16 coloi^rinas, tam magnas quam parvas, super chevaletis nemoreis et equidem super nemore affixas^.... »
Un nouveau genre d'attaque nécessitait un nouveau genre de défense, et, aux simples murailles crénelées, avec leurs tours, l'art des fortifications substitua les
t. Cet enchcvCtrement des maisons et des murailles, qui se trouvaient ainsi percées de fenêtres et mCmc de portes, était plein d'inconvénients et provoquait souvent des conflits. i8 mars 1526: « Porte du couvent de Rive, qui est dans les murs de la ville, tendant en leur jardin ; ordonné de la fermer et qu'ils iront en leur jardin par une autre porte hors de la ville. — M. de Viry : les syndics refusent de lui rendre la clef du jardin de S> Aspre, qu'ils avaient prise, et lui disent qu'il fallait griller les fenêtres de la maison de S' Aspre, parce qu'on avait résolu de boucher toutes les fenêtres et portes qui sont dans les maisons de la ville, à moins qu'elles ne soient bien grillées.» Flournois, Extraits (Grenus). — 27 mars 1528: « Maisons appuyées sur les murailles : ordonné qu'on les abatte, à qui qu'elles soient, afin de faire un promenoir pour pouvoir marcher tout autour. > Jbic/. — î. Galiffc, p. 113, 114. — S. Massé, p. 88, n. 12. i. Ref^^islres du Conseil, Tome I, p. i. — 5. Massé, p. 88, 89.
LES FORTIFICATIONS
boulevards, ou bclloiianis, qui, s'avançant hors des murailles, permettaient de battre et de balayer celles-ci, de détruire tout ce qui s'approchait de leurs pieds. D"après Senebier, le mot boulevard aurait été employé pour la première fois le 29 janvier i5i i, quand on décida de construire cinq boulevards à Saint-Gervais '. Mais nous trouvons le mot bcUiiare dès 1481 -.
Or, à l'époque même de cette transformation militaire se place la transformation de Genève, qui va faire d'elle, pendant des siècles peut-on dire, la ville la plus menacée par les ennemis les plus nombreux et les plus acharnés, une citadelle — non seulement par métaphore, mais à la lettre — une citadelle obligée de se défendre jour et nuit, année après année, contre le duc de Savoie, contre Philippe II, contre Henri II, contre toute la force politique et ecclésiastique de l'ancien monde.
C'est en comprenant cette situation unique, et uniquement tragique, qu'on apprécie à sa juste valeur la résolution prise par (jcnève de supprimer ses quatre faubourgs : Plainpalais, Saint-Léger, Saint-Victor et Rive, et d'inaugurer, par les boulevards du XV!" siècle, ce véritable travail de Pénélope ou de Sisyphe, qui fut l'interminable série de ses fortifications modernes et continuellement modernisées'.
L'occasion fut la suivante.
L'évêque, chassé de la ville (14 juillet i533), s'était rendu à Chambéry, auprès du duc de Savoie, et dès le mois de juillet les deux coalisés avaient tenté une surprise contre Genève.
Le 22 août, on dit « qu'il fallait penser à fortifier la ville, puisqu'on nous menace d'une grande guerre. On ordonna qu'on démolirait les faubourgs ', du moins là où ils semblent qu'ils portent dommage à la ville, et qu'on fermerait la porte Baudet et celle de la Tertasse : et qu'on ferait le guet. »
Le lendemain, dimanche -ïi août, le Conseil des Deux-Cents s'assemble, à
1. Essai sur Genève, p. 8. — 2. 17 avril 1481. Deux dizaines font faire à leurs frais le boulevard (he/luare) de la place du Molard. Flournois, Extraits (Grenus). — :t. Ici nous nous plaisons à citer Galiffe : < On peut dire que dès la première moitié du XVI'-- siècle, jusque dans le nôtre [XIX« siècle], on n'a pas discontinué un instant de réparer, de changer ou détendre les fortifications, qui finirent par tripler ou quadrupler l'espace occupé par la ville avant la Réforme. Pendant ces trois siècles de terrassements incessants, on ne sait ce qu'on doit le plus admirer, de la fertilité et surtout de la diversité d'opinion des experts, le plus souvent étrangers, qui furent consultés, ou du zèle désintéressé des Genevois et des sacrifices énormes qu'ils surent s'imposer pour rendre toujours plus redoutable ce boulevard avancé de la Réforme et des libertés modernes. Qu'on se résigne à de pareils sacrifices dans un moment de crise ou d'alarme,... cela se conçoit; mais qu'un pareil zèle se maintienne et se renouvelle sans relAche pendant des siècles, avec la certitude... d'avoir à recommencer sans cesse ce travail de Sisyphe ou do Pénélope, voilà qui est plus étonnant, chez un petit peuple abandonné à ses seules ressources.... > Galiffe, p. 151, 152. - i. 11 en avait déjà été question en 1530. . Le 4 nov. on résout qu'un proposera la démolition des faubourgs en Conseil ordinaire, ensuite en Deux-Cents, et enfin en Général, pour la fortification de la ville. On reparie, le 8, de démolir les faubourgs, qui nuisent à la ville, pour la fortifier; et le 25, on donne la charge à Cl. Savoye et à Aimé liandières de faire démolir toutes les maisons qui nuisent à la ville, comme celles qui sont près de la Monnaie [de Cornavin 1, dont on payera le prix à ceux à qui elles appartiennent. . l'iournois, Extraits.
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LA VILLE
cause des « affaires urgentes » de la ville, et on résout « que toutes les maisons, les granges et les murailles des faubourgs seraient abattues de peur que les ennemis ne s'y puissent fortifier. On arrêta qu'on commencerait par les plus proches et les plus nuisibles. »
Immédiatement, Taprès-dînée, les quatre syndics et les six capitaines de quartier se rendent dans les faubourgs et publient l'ordre de démolition '. « C'estoit ung grand cas, écrit Ronivard, veu qu'ilz estoient en longueur autant que le corps de la ville, combien qu'ilz ne fussent si massifz ^ »
Bonivard dit encore :
Cité j'estois, bien l)astie au dedans, Pour ma ceinture ayant nobles faulbourgs Basti.s de temples, riches maisons et tours. Ville et cité en grandeur excedans'l
Ces faubourgs contenaient, paraît-il, plus du tiers de la population genevoise, environ 6200 âmes '*.
Naturellement, les habitants ne se hâtèrent pas de démolir leurs propres maisons, et le i3 septembre, le Conseil des Deux-Cents renouvela sa décision : « Que les faubourgs seraient incessamment démolis. » Il donna aux intéressés deux jours pour l'exécuter '''.
Trente-deux citoyens protestent, et, par l'organe de Bezanson Du Mur — le mari de la veuve de Berthelier*^ — demandent qu'on rétracte l'édit « en laissant les dits faubourgs en leur être, comme étant plus beaux, plus commodes et plus utiles à la ville que si on les abattait. » Bezanson demanda de plus a congé de sortir hors de la ville avec 800 hommes qui ne consentaient point à cette démolition. » 11 déclara môme, qu'au lieu de 800 personnes, il en nominerait 1290 qui désiraient savoir ce que tout cela signifiait, et qui du reste étaient prêtes à s'expatrier '.
Les protestataires avaient compté sur l'appui de Berne. Or, les deux ambassadeurs bernois, revenant de Lyon, d'où ils ramenaient Baudichon de la Maison Neuve, appuyèrent le Conseil, se joignirent à ses commissaires (18 sept.) pour
\. Flournois, Extraits (Froment). — 2. Chroniques, liv. I, ch. I, éd. Fick, I, p. 30. — 3. Distiques latins écrits par Bonivard (et traduits par Abel Poupin), pour être mis au bas d'une « pourtraicture > de Genève, qui n'a jamais existé, ou bien a été perdue. Chroniques, liv. I, ch. II, éd. Fick, I, p. 36. — 4. « Les rues des dits faux bourgs desrochez contenoient 6200 pas > : c'est le seul chiffre précis que l'on ait. (Roset, Chroniques, III, 34, p. 196.) Il est bien possible que de 6200 pas on ait fait 6200 âmes. Voir Galiffe, p. 104, et n. i. — S. Goulard écrit : « Avant... la dicte ville estoit beaucoup plus grande, et spacieuse qu'elle n'est à présent, selon que certaines vieilles masures et murailhes ruynées, et semblables vestiges rcstans encore en apparence aux environs d'icelle ville en font foy... ce qu'ils ont esté constraints ruyncr en se rcnfermans plus estroictement, et faisants faire leurs murailhes, bastions et remparts sur tels lieux de plaisance.... Tellement qu'on trouvera, le tout estant deuement considéré, qu'on a ruiné presque autant de maisons et autres bastimens, comme il y en a de présent au dict enclos de la ville. > M. D. G. XXII, p. 261, 263. — S. Flournois, Extraits (Froment). — 6. GalifCe, p. 106. — 7. 14 sept. 1534. Cette ilernièrc phrasé n'est pas reproduite par Flournois,
LES FORTIFICATIONS
aller avec eux à travers les faubourgs, et envoyèrent leurs archers pour se livrer à la démolition ordonnée (2 oct.).
I^videmment ce furent des temps terribles pour beaucoup de familles. Au commencement de l'hiver, où se loger? où mettre ses meubles? comment se garantir des voleurs?
Des malheureux, ruines, vinrent demander au Conseil un abri. On logea l'un dans une maison appartenant à la ville, rue des Chaudronniers'; on fit la même grâce à divers autres *.
Le 18 novembre, Claude Savoye est élu « pour faire abattre les murailles et les maisons nuisibles à la ville''. » Il fallut encore un an et demi d'efforts. Le 10 mai i535 « parce que les murailles des maisons qu'on avait abattues étaient encore en partie debout \ on résolut qu'on ne- cesserait point qu'elles ne fussent toutes égalées à la terre ^. » Il y a toujours des récalcitrants. Le 18 mai, on donne au sautier « un rôle de ceux à qui on fera commandement d'abattre leurs maisons ''. » Le 4 juin, on ordonne « de faire couper les arbres qui sont dans les jardins près des murailles, depuis le boulevard de Saint-Christofle jusqu'à l'eau verte » (près des Eaux-Vives) ^. Le 11 septembre, ceux qui font la garde dans la tour du côté de Palais sétant plaints que les tillauts [tilleuls] qui sont au couvent de Palais empêchent qu'ils ne puissent découvrir ces endroits-là, qui en sont entièrements couverts, on ordonne que les deux « tillauts », qui sont en la première place du dit couvent, seront coupés*. Le 29 octobre, il est ordonné « qu'on exécutera ce qui a été souvent arrêté, qu'on abattra les granges et maisons qui sont autour des murailles de la ville du côté de Saint-'Victor et du Temple, et tout ce qui empêche'*. » Le 9 novembre, les conseillers Ramel et Curtet'", qui ont deux belles maisons en ce lieu-là, intercèdent : on en appelle aux Deu.x-Cents, qui ordonnent (12 novembre) d'abattre toutes les maisons dans lesquelles l'ennemi se pourrait retirer ".
Enfin, les dernières mesures furent prises le 28 février et le 21 mars i536. 28 février : « On parla des faubourgs qui sont presque ruinés, même Saint- Léger et Saint-Victor, n'y ayant plus que quelques obstinés qui ne veulent taire abattre ce qu'ils ont. Sur quoi on résolut que pour ce qui est des faubourgs, où on a commencé de mettre bas les granges et maisons, tout le reste doive être rasé, à la réserve d'une maison qu'on laissera vers le pont d'Arve pour l'habi-
I. 19 septembre. — Flournois, Extraits (Froment). — 2. Galiffe, p. 109, dit: « Quelques protégés seuls. > Naturellement son accusation est sans preuve. — •'). Flournois, £.\Crrt;Vs (Froment). — i. Déjà le 23 mars, « on avait fait commandement à ceux à qui elles appartenaient de les abattre entièrement, à peine de soi.xante sols, et de la perte des pierres et de la place. > Flournois, Extraits (Grenus). — .">. Hournois, Extraits (Froment). — 6. Ibid. — Le mCme jour : « Les arbres autour des murailles de la ville, empêchant qu'on ne voyc si les ennemis approchent, on résout de les couper, et on donne charge au sautier de faire commandement de les ôter dans trois jours, à peine de perdre le bois qui sera appliqué au.x ouvriers qu'on emploiera. . Flournois, Extraits (Grenus). — 7. Flournois, Extraits (Froment). — 8. IbiJ. n. If>i(i. — 10. Ceci montre que Galiffe, p. 109, est hors de la vérité, quand il dit: « Non seulement cemagistrats ne possédaient rien cu.x-mûmes dans ces faubourgs condamnés, etc. » — H. Hournois, Extraits iFroment).
tation de celui qui exigera le péage et pontonnage, laquelle appartiendra au public, et qu'on ferait des cries que, si les dites maisons n'étaient démolies dans trois jours, il sera permis à chacun de les démolir, et de prendre tout ce qui y sera pour sa peine'. » 21 mars : Plusieurs n'ont point encore obéi. « Ordonné qu'on exécutera les cries contre eu.v". »
Cette fois-ci, c'était la fin.
Mais c'était le cas d'appliquer la parole : « Bien taillé, mon fils : il faut coudre. » La place était nette ^ bien plus, on avait des matériaux : l'œuvre des nouvelles fortifications pouvait recommencer. Elle fut naturellement plus longue que celle de la démolition. Elle ne devait jamais être complètement terminée.
Bonivard le dit en ses distiques latins, dont A. Poupin n'a rendu ni l'élégance, ni la concision : « J'ai détruit ce qui était beau pour garder ce qui était honnête : J'étais belle, je suis devenue forte :
Diripui pulchrum certè ut tutarer honestum, E pulchrâ et fortis facta Gencva vocor. >■
Et dans ses Chroniques : « Pour ce qu'il falloit fortifier la ville, et n'eust on pas trouvé des pierres à souffisance, sans les prendre en iceulx faulxbourgs ^ en sorte que, pour ce faire, l'on chercha des pierres jusques aux fondemens des maisons, et cherche-t-on encore de présent [en i55o]; devant vingt ans, ne se trouvera seulement mémoire des anciens édifices, mais de la ruine d'iceulx, comme dit l'aultre, periere ruina' ■'. »
La troisième enceinte comprit le faubourg de Saint-Gervais : et même, en un sens, on peut dire qu'elle commença par lui. Nous suivons notre guide éminent, le général Dufour, qui résume, depuis les origines, toute l'histoire des fortifications du faubourg, histoire absolument distincte de celle des fortifications de Genève :
« Les fortifications de Saint-Gervais s'élevèrent tout d'abord sur le terrain où elles se trouvent aujourd'hui, en sorte que la ville ne reçut par la suite aucun
1. Flournois, Extraits (Froment). — 2. Ibid. — ;j. « Des aultres faulxbourgs, il y avoit plusieurs temples, églises, monastères, chapelles, et aussi beaulx et mignons éiliffices, vergers, et jardins délectables..., et au lieu des dictes maisons, temples et aultres, on a faict des jardins, et n'y a apparence aulcune de murailles ou cloustures, qui est une mutation merveilleuse. • Bonivard, liv. I, ch. II, édit. Fick, Ip p. 33, 34- — 4- • Avec les matériaux du faubourg de la Corraterie fut construit, en 1542, le boulevard de l'Oie et ses deux courtines (Place Neuve, Corraterie et rue sous la Treille) ; avec ceux du faubourg Saint-Léger, on construisit, en 1544, le boulevard du mfime nom et celui du Calabri ou Mirond. Enfin, avec les démolitions de Saint-Victor fut élevé, en 1560, le boulevard Mottet, actuellement promenade de Saint-Antoine.... Du c6té de Saint-Gervais, on achevait, en 1534, les boulevards du Temple et du Seujct, et l'on commençait celui de la Monnaie ou de Cornavin avec ses courtines. Ces travaux-là ont été exécutés avec les matériaux de l'église de Notre-Dame de Grâce à Plainpalais. . Magnin, Notice, p. 10. - ri. Chroniques, I, II (Variantes), édit. Fick, I, p. 38.
LES FORTIFICATIONS
Plan des anciennes murailles de la ville de Genève (de l'an 500 à l'an 1564), dressé par le général Dufour en 1837 (collection Bastard).
X. Porte de la Corraterie. y. Porte Saint-Léger, s. Porte Saint-Antoine. D. Porte de l'Oie. A à B ligne pointilléc dans laquelle on ne trouve pas de vestiges de muraille, a. Boulevard de Saint- Antoine, a' . Boulevard de Longemale. b. Boulevard et porte de Saint-Christophe, c. Couvent des Cordeliers de Rive (fondé en 1290). d. Eglise de la Magdeleine. e. Eglise de Saint-Germain./. Eglise de Saint-Pierre, g. Eglise de Saint-Gervais. /i. Prieuré de Saint-Victor (démoli en 1535)- ^- Eglise de Saint-Léger (démolie en 1535)enceinte burgonde. == enceinte épiscopale. enceinte des Réformateurs.
accroissement de ce côté. Mais ces fortifications se réduisirent d'abord à très peu de chose. »
L'évéque François de Mies ordonna qu'on environnât le Bourg de fossés, qu'on y fît quelques autres fortifications de terre, avec deu.K portes munies de tours*. Pour fournir à cette dépense, on devait employer, en particulier, le revenu du vin venant dans Genève par Saint-Gervais. .Mais, d'un côté, ceu.x de Genève refusaient de payer l'impôt, et, de l'autre côté, ceu.v de Saint-Gervais s'emparaient des fossés à peine creusés -. Dans l'une de leurs visites du premier jeudi de chaque mois, dans lesquelles les syndics avaient pour mission de
^. «Ccrta fossalia terre ad hoc necessaria et utilia, simul cum duabus portis magnis et validis in exitibus dicti Burgi una cum turribus. . Voir la bulle de Eéli.K V. Archives, P. H., N" 555- — *• On n'a pas la date du premier ordre donné par l'évCque de Mies, qui fut nommé évéque de Genève en 1426. et prit possession de son siège en 1428. M. D. G., VII, p. 56.
Il2 LA VILLE
« prendre garde si personne n'empiétait sur le public, de faire abattre les murailles et bâtiments qui étaient sur les rues et les places, » ils observèrent, le 25 janvier 1429, que « derrière Tliôpital, qui était vers le pont du Rhône, on pouvait entrer et sortir facilement de la ville, qu'il y avait près de là des maisons sur les murailles de la ville, où il y avait des fenêtres non grillées, et que les fossés {terralia, terreaux) de Saint-Gervais étaient aussi presque tous occupés par ceux qui avaient des maisons auprès '. »
L'évéque de Mies intervint par un nouvel ordre du 17 juin 1441, lequel ne fut pas plus écouté que le précédent. Le pape Félix V, devenu évêque de Genève, après la mort de François de Mies, visa et renouvela toutes les décisions de son prédécesseur par sa bulle du 7 avril 1444^ Et finalement ceux de Saint- Gervais et ceux de Genève se mirent d'accord, grâce à leur transaction du 20 janvier 1445, « pour faire, de là en un an, des fossés larges de sept toises, et profonds, aux lieux nécessaires, de deux ■*. » Comme le dit le général Dufour, c'était peu de chose, même comme projet.
Et le projet ne fut pas vite réalisé. Il semble même qu'on ne se soit mis à l'œuvre que le 17 janvier 1475, quand on partagea en huit parties* l'ouvrage à faire, et que l'on appela les citoyens à y travailler « incessamment ». En effet, le 24 février, il s'agit de démolir une maison et des granges derrière l'église '\ Puis ceux de Saint-Gervais demandent l'argent de la réception de six bourgeois, qu'ils s'engagent à trouver dans le Bourg, pour se fortifier à l'aide de chaînes et clédals (toniafollia)'^'. Mais c'est seulement en 1490 qu'il est question de murailles... à bâtir : « On ordonne qu'on nettoiera les fossés, et qne^poiir le clore de murailles, on emploiera l'argent des bourgeois qu'on recevra dans le dit Bourg, depuis la porte du I^ont du Rhône '. »
Il faut arriver en i5ii. « Le duc de Savoye moderne (Charles III) ababouyna ceulx de Genève à fortiffier le dict faulxbourg et le clore*. » Le 2g janvier, il est question de la visite faite, la veille, au bourg, pour voir « les terreaux, soit fossés, terralia sive fossalia ; y> donc toujours pas de murailles. — Le seigneur de Viry a conseillé de faire « des fossés et cinq boulevards {belluaria) dans les lieux qu'on marquerait, tant pour la beauté que pour la fortification et défense de la ville ^. » On accepta le projet, mais que fit-on? Le procès-verbal du i5 février i5i6 est significatif: « Fortification de Saint-Gervais: qu'on ne la poursuive point pour maintenant, parce que, la cause cessant, l'effet doit cesser"'. » Des années plus
1. Flournois, Extraits (Grenus). — i. Citée plus haut. Voir Gautier, I, p. 340, 341, et n. i. — .3. Transaction, Archives, P. H., N" 565. — 4. « Desquelles ceux de Saint-Gervais en feront une, ceux de Jussy une, ccu.x de Peney une, ceux de Thy une, ceux du chapitre une, les autres ecclésiastiques une, et la communauté deu.x, lesquelles deux parties on partagera entre toutes les dizaines, et dans toutes on travaillera incessamment. . Flournois, Extraits (Grenus). — S. Ibid. — •".. Ibici., 7 mai 1475. — '■ ^^id. — Honivard parlant de la fuite de l'évCque Compey, le 21 septembre 1483 : Il s'en alla « trouver ung nommé Claude Ramel, qui gardoit les clefz du pont du Rosne : si le contraignit ouvrir la porte à la mynuict, et à l'heure l'évOquc s'en despartit de Genève.... Et s'en pouvoit bien sortir alors, car à Saint-Gervais n'avoit poinct de muraille. » Chroniques, liv. II, ch. x, édit. Fick, I, p. 267. — M. D. G., V, p. 218, 228. — «. Chroniques, liv. I, ch. II, édit. Fick, p. 32. — 9. Flournois, Extraits. — 10. Flournois, Extraits (Grenus).
LES FORTIFICATIONS j j3
tard, Bonivard ajoute : « Cela fut commencé et non poinct achevé, lit depuis, de nostre temps, après que eusmes pleine liberté (mais belliqueuse toutesfoisj, la crainte que nous avons de noz ennemis le nous fist fortifier premièrement à la haste, a beaulx gadons [tombereaux] de terre. Mais voians que les pluyes oastoient tout, fusmes contraint/ à la tin de le faire de muraille, comme il est maintenant '. »
Le général Dufour poursuit en ces termes : « On exécuta les travaux [projetés en i5ir par corvées, et sous la conduite de plusieurs citoyens, au nombre desquels était Berthelier^ On pourvut aux dépenses par des impôts extraordinaires et par un emprunt forcé sur les riches ^ Cependant, on n'exécuta qu'une partie du projet, car il n'y a que le bastion et l'éperon de Saint-Jean qui soient de la date de 1 5 1 1 . On les appelait Boulevard Saint-Jean et Boulevard des Moulins. Le reste, qui n'était qu'ébauché, dérocha bientôt. » {Page 114 et n. i.)
Le 19 août 027, une décision du Conseil nous fait assister au travail agité, ardent des fortifications : « Ordonné d'achever les fortifications, et l'élévation des remparts {rampallium) de la ville, de publier que pendant quatre jours on n'ouvre point les boutiques, que tous les charpentiers, laboureurs et manœuvriers (maguogeparii) ayent à travailler aux dits fossés, et que chaque maison envoyé un homme pour y travailler. L'abbé [capitaine] Bezanson propose que, pour la sûreté de la ville, il fallait abattre l'écorcherie près de Saint-Germain, et tous les jardins, devant le couvent de Palais. En ce mois d'août on travailla aux fortifications avec tant de diligence, principalement à celles de Saint-Gervais, à cause de la crainte qu'on avait du Duc et des fugitifs, qu'elles furent presque achevées, tous ceux de la ville y allant travailler avec un très grand courage. Quatre dizaines par jour y vont travailler. Divers particuliers prêtent de l'argent pour payer les charpentiers et les maçons '*. »
Ces travaux, toujours continués ou repris, semblent ne jamais se terminer.
En 1529 (i3 juillet I on ordonne la démolition « des maisons et granges voisines de la porte de la Monnaie ^ » En i53o (8 mars), «pour faire la muraille de Saint-Gervais, ordonné de prendre les pierres des maisons qui sont hors de la porte en les payant à qui elles appartiennent, et de prier M'' le vicaire de permettre que l'on en prenne au château de l'ile ". >> En i53o (9 septembre): a Murailles de Saint-Gervais : on y travaille vivement. »
Et cependant, d'après Massé, ce serait seulement en i534, « à ce qu'il paraît, qu'on aurait élevé les deux boulevarts qu'on appela, celui plus près du Rhône, le
I. Chroniques, liv. I, ch. II, p. 32. — i. « Si on commença a faire beaulx fossés et bellouartz de terre et conduisoicnt l'affaire Herthelier pour le principal, P. Versonay, etc. » Bonivard, Chroniques, liv. II, ch. XXVI, éd. Fick, I, p. 335. — ;t. « Et ne fut assez de la gabelle du vin, mais furent cncores faictz roslcs
des plus riches pour prendre de eulx argent à emprunt Ibid., p. 336. — r 4. Flournois, Extraits. « En
cest an, 1527, furent fortifiiez les terreaux de S. Gervaix, aux despens en partie de la ville, et en parties d'aulcuns particuliers, affrontant leur poussession aux d. terreaux. Aussi fust faict le bellouart et pont levys de la porte S. Anthoyne. > Journal du syndic Balard. M. 0. G . X, p. Mf\ 117. - S. Flournois, Extraits. — 6. Ibid.
JEAN CALVIN III '
boulevard des Moulins, et l'autre, plus élevé, le boulevart du Temple, avec une courtine entre deux; de petites tourelles étaient construites aux angles. On cons-
truisit aussi une courtine allant du boulevart du Temple au soi- , ^, ,. ,„. disant bellouart, ou cavalier, de
Bastions des Moulins (B)
et de Saint-Jean (A). - Cornavin, qui n'était encore
(Dessin inédit du général qu'une niasse informe de terre...
Plus tard... encore... on cons-
Dufour ', p. 113.)
truisit... trois tours qui subsistèrent longtemps, savoir: une au-dessus de la porte de Cornavin, une autre assez proche du lac, qu'on appela Tour du Cendrier ou de Villeneuve, et une troisième placée entre les deux
Bastion de Cornavin (dessin inédit du général Dufour ■'.
premières, qu'on appela le Renardier"'. »
En i536, on travailla de nouveau à fortifier le quartier de Saint-Gervais du côté du lac, et l'on continua ce travail les années suivantes. Mais nous voici à l'enceinte des Réformateurs.
« C'était en i535, année où la Réformation fut proclamée à Genève. » Dès le 12 janvier, les procès-verbaux parlent des grandes menaces contre la ville qui continuent. Le Conseil décide de tendre toutes les chaînes, et recommande de faire a bon guet et bon surguet, toutes les nuits*. » Naturellement, on se remit à l'œuvre des fortifications.
1. En 1645, le bastion du Temple fut formé par la réunion et l'agrandissement du boulevard des Moulins (B) et du boulevard de Saint-Jean (A). Ces deux boulevards du i6= siècle sont indiqués sur le dessin du général Dufour par la ligne pointillée. Une partie du boulevard des Moulins, celle de gauche, et une l>artie du boulevard de Saint-Jean, celle de droite, cd, furent conservées dans le nouveau boulevard de 1645 ; à propos de l'ancienne poterne, et de son couloir en équerre, e i, le général Dufour dit : « Cette poterne dont l'entrée est (en 1840) à côté de la fontaine en face de la rue du Temple, était autrefois la porte de Saint-Jean.... La courtine doit remonter environ à 1520. » — 2. Massé, p. 24. — «Les terreaux sont moins des rues de Saint-Gervais que des promenades établies sur les deux principales courtines de son enceinte. Elles ont retenu ce nom du tems où ce fauxbourg, non encore réuni à la ville, n'étoit fermé que de fossés et de levées de terre.... Il y a les terreaux du Temple et les terreaux de Corrievin. > H. Mallet, p. 126. Les terreaux du Temple existent encore. (Page 115.) — 3. Ce bastion (plus tard appelé bastion Royal) a conservé jusqu'à la fin le mCme saillant ut et les mêmes faces. Tout le reste est indiqué par les liRnes pointillécs. Au point a était le boulevard du Renardier. — Au point c, à l'extrémité de la rue de Cornavin était une route sous laquelle il fallait passer pour arriver au pont. — 4. Flournois, Extraits (Froment).
LES FORTIFICATIONS
Les terreaux du Temple, (p. 114 et n. 2.)
«On commença par construire un nouveau boulevard du c(Jté du lac*, ou plutôt une espèce de jetée attenante à la tour qui se trouve à cette place, pour protéger rembarquement et le débarquement. On y fit une porte, qui s'appela Porte d'Yvoirc. Peut-être existait-elle antérieurement, conjointement avec celle du Molard. On l'appelait aussi Porte du Lac.
Le nouveau boulevard construit dans l'eau ^, et dont la place est actuellement marquée par le flanc droit du bastion des boucheries, reçut le nom de Boulevard de Lotigemale. Il était accompagné d'un retour, formant la tenaille avec la face droite. C'est probablement sur cette terrasse que débouchait la porte d'Yvoirc. Elle reçut une partie des fondations du magasin à blé actuel ^ »
Ce fut seulement le 22 janvier i585, qu'après avoir décidé de refaire la palissade, hors la Tour Maîtresse, avec des pieux en chêne, on parla aussi de faire une nouvelle île au lac pour la forteresse de la ville du côté de Saint-Gervais. En février, la construction de Vlsle aux barques commença *. Plusieurs marchands des Rues Basses firent une vive opposition : ils craignaient que l'eau ne vînt incommoder leur quartier. Il fut passé outre à ces protestations et la future île Rousseau commença à surgir au-dessus du lac ^
Puis, en 040, on mit à exécution le projet d'agrandissement des fortifications de la ville, du côté du couchant, et l'on y procéda partie par partie, comme suit :
« De l'année 1540 à l'année 1542, on fit la partie attenante au Rhône, c'està-dire une grosse tour ronde, à aroite [sur l'emplacement du Crédit Lyonnais actuel], qui reçut le nom de Tour de la Monnaie, et une longue courtine, à
I. 28 mai 1535. « Fr. Rosset, capitaine de la porte de Rive, et autres disent qu'ils veulent commencer leur boulevard dans trois jours, et demandent à ce sujet qu'on leur donne l'argent de six bourgeois [ce que payaient six personnes pour acheter le droit de bourgeoisie] et les charivaris de leur quartier. » l'iournois, Extraits (Grenus). — Au sujet de ces charivaris, nous lisons : Flournois. Extraits, i" février 1532 : ♦ Charivari. Ordonné en Conseil des 200 qu'on observe l'arrêt fait ci-devant, que l'argent donné par les veufs et les veuves {compositiones viduorum et viduarum) soit baillé aux capitaines des quartiers, où ils demeureront, pour Être appliqué à la réparation des murailles de la ville [c'est-à-dire l'argent que donnaient^ les veufs et les veuves, qui se remariaient, pour Otre exemptés du charivari]. — . 2. 23 février 1332 : • Chaînes de fer qui sont au puits de Notre-Dame de Grâce, et ailleurs, prises pour les mettre aux paux [ (>ali, pieux] qui sont près le boulevard de Longemale, pour fortifier la ville. » Klournois, Extraits. — :i. Mémoire du général Dufour. - 4. . Après qu'on eut visité les marques apposées pour la confection de la nouvelle isic qu'on prétend dresser, et les ayant trouvées assez bien.... » 15 février 1585. Registres du CottseiJ, Vol. 80, f. 19. — 5. Massé, p. 33.
jj5 la ville
gauche, le long de la rue de la Corraterie [allant de la tour de la Monnaie à la place Neuve]. Cette courtine, sur laquelle ont été construites les façades de la rue de la Corraterie *, n'était d'abord qu'une simple muraille garnie, dans le haut, de quatre petites guérites {Page 117) saillantes sur le parement de l'escarpe. Près de la tour de la Monnaie et en face de l'arcade du même nom, dans la vieille enceinte, on fit une porte qui reçut le nom de porte de la Corraterie, laquelle a subsisté jusqu'en i564, et dont on a trouvé quelques vestiges lorsqu'on a construit les nouvelles maisons sur cet emplacement ^ »
Il faut bien se rendre compte que l'ancienne Corraterie, la Corraterie jusqu'au XVP siècle, ou, comme l'appelle encore dans son Journal le syndic Balard, le bourg de la Corraterie, différait essentiellement de la Corraterie depuis le XVI' siècle, de la Corraterie actuelle. Autrefois, sa rue principale partait de la porte de la Corraterie et se dirigeait, en prolongation des Rues Basses, jusqu'au couvent des frères prêcheurs : Carreria Corraterie extra portam qua itiir versus Coiiventuin fratrum predicatnrum. Une autre rue, longeant la tour, allait au Rhône et s'appelait rue des Etupes [ultra portam de Corrateria e contra turrim dicte civitatis). Enfin, deux autres rues du même faubourg portaient le nom, l'une de rue des Granges de Palais, l'autre de rue des Affaitements ^ Ainsi cette Corraterie primitive était à peu près parallèle au cours du Rhône, tandis que la Corraterie actuelle lui est perpendiculaire.
Quant au nom même de Corraterie, il fournit un bel exemple des discussions étymologiques qu'ont provoquées la plupart des anciennes désignations genevoises'*. Il semble cependant que M. Borel a cité le texte précis et définitif. D'après un compte du 5 mars 1454, Henri de l'Orme, paveur, reçut trois florins comme solde de ce qui lui était dû pour le pavage versus Corrateriam equorum, prope litus Rodani, la Corraterie des chevaux, près du lit du Rhône. Et voici
1. En 1828, d'après Magnin. Nolice, p. 5. — 2. Mémoire du général Dufour. — 24 septembre 1540. « Pour le bien, prouffyt, utilité et forteresse [de Genève] az esté résoluz que laz Corratterie soyt mys bas, nul ly contredisant. » Registres du Conseil, vol. 34, f. 455. — Le 27 juillet 1543, on fait le compte des deux maçons qui viennent de « parachever > les murailles de la ville, l'un « dempuys le Rosne, du costé de la Corraterie, jusqucs aut grand belluard de plainpallex, » et l'autre « dempuys ledict belluard jusques aut petit belluard devers la porte S' Léger. > Ce sont la courtine de la Corraterie et celle sous la Treille. Registres du Conseil, vol. 37, f. 165. — 3. M. D. G., VIII, p. 300, 301. — 4. Bonivard {Chroniques, I, II. Variantes) fait venir Corraterie : carriera corrateriœ equorum, de corroyer : l'endroit où l'on « coiirratoit » les cuirs. — Chaponnièrc, et beaucoup d'autres avec lui, acceptent cette étymologie. (M. D. G., III, p. 200 et VIII, p. 300.) — Vuy {Deux notes, etc.) fait venir corraterie de corrata (corvée). Corratier, courratier, est un mot patois qui signifie à peu près manant, coureur, vagabond. Ceux qui habitaient les quartiers situés hors de l'enceinte de la ville, les faubourgs, les bourgs extérieurs, avaient des droits moins étendus que les citoyens, étaient soumis à des prestations, à des corvées spéciales, corratœ. Les habitants de ces quartiers étaient donc des corraterii. — D'après le professeur Haller, de Berne, les anciennes villes suisses avaient une rue, un quartier particulier, collata, une corraterie. Ce quartier était habité par une population qui n'avait pas encore entièrement secoué le joug féodal : ainsi, à Aarau, à Bâle, à Zurich, à Soleure, à Saint-Gall, à Coire, à Ratisbonne, à Nîmes, etc. Probablement, Genève ne fit pas exception à cette règle très générale. — Les Galiffe {Matériaux, I, p. 190, et Genève archéologique, p. 147 et n. i) déclarent que courrater signifie, non pas tanner, mais courir, un < courratier » étant une sorte de vagabor.d... La corraterie est l'emplacement où l'on fait courir les chevaux.
LES FORTIFICATIONS
rexplication qui suit : ///'/ soient adaquari equt\ où l'on a coutume de faire boire les chevaux. M. Borel conclut : « En conséquence, le bas de la Corraterie actuelle, et c'est de là que lui vient son nom, était remplacement réservé pour la vente des bctes de somme '. »
C'est ici, tout spécialement qu'on observe la façon dont chaque enceinte postérieure, au lieu de se substituer à l'enceinte précédente, l'enveloppait comme un manteau plu< ample que l'on met par dessus un habit plus juste. De là entre la courtine du XVI' siècle et la muraille du XIV, un emplacement étroit, resté vide, qui favorisa précisément l'entreprise des Savoyards en 1602 (ils s'y cachèrent et se rassemblèrent peu à peu en attendant le moment de l'attaque) et sur lequel S. Goulard donne des détails pittoresques.
« La muraille tendant » de la tour de la Corraterie au boulevard de TOye « est raisonnablement haute et hors d'escalade commune, ayant un fossé bourbeux à ^^ guéHie et la courtine
, , . . 1 I MI .du boulevard de l'Oie. (Scène de
cause de quelques eaux et immondices de la ville qui rEscaïade) (p 116)
s'y deschargent. » Il est plusieurs fois question de Médaillon entourant « la vraye
ces fossés qu'il fallait vider et nettoyer et dont les eaux -p;"-'^''°" ^; ''Escalade etc. .,
' ■' par rrançois Uiodati, vers 1670 (autre
stagnantes répandaient l'infection-, en même temps gravure que celle reproduite en parqu'elles faisaient la joie des canards, qui s'y ébattaient ''^p- "9)quelquefois, « pourchassés par des loutres '. » Les cris et le bruit de ces volatiles étaient tellement habituels que les citoyens ne firent pas attention aux « coups de pierre au pied de la muraille » frappés par les Savoyards, pour voir si les Genevois étaient sur leur garde. C'étaient les canards, pensa-t-on.
« En icelle muraille, poursuit S. Goulard, sont basties deux bonnes guarites de pierre à 140 pas l'une de l'autre.... Entre ceste muraille et plusieurs maisons de citoyens et bourgeoys qui font un costé de la rue de la Cité, depuis la place de la Monnoye jusques à la Tartasse, y a une estenduc assez large, et depuis la garite proche du boulevard de l'Oye jusqu'au corps de garde de la Monnoye une levée de terre qui fait dos à icelle muraille, tellement que du dessus d'icelle un homme de haute taille peut voir sur la contrescarpe du fossé, monter aysément de ses mains sur la muraille. Plusieurs maisons de ceste rue de la Cité qui regardent sur le derrière et la muraille et le pays que le Rhosne et l'.^rve embellissent, avoycnt aussi leurs issues puur aller par derrière vers la poite neuve, fermées de simples portes pour la pluspart, et assez aisées à enfoncer '. »
En face de la nouvelle courtine dans laquelle il nous faut noter une poterne,
1. Les Foires, p. 263 et n. 2. — 2. Registres du Conseil, vol. S9, f- ^î'-"- «" août 1564; « A cause des grandes chaleurs, arresté de supercedé les dizaines de la besogne des fossés, pour quinze jours, attendant que l'air se refroidisse un peu. » Et Ibid., f. 84, le 3 août: « A esté arresté de fermer la porte de Rive pour huit ou quinze jours et ouvrir celle de S' Antoine, et cependant qu'on fasse nettoier le fossé de Rive qui rend si grande infection, » — :J. S, Goulard, Escalade, p. 16, 22. — *. Ibid., p. 17.
ii8
Tour de l'Escalade.
celui de 1 et plus t;
"Oie, et ird /(' C
la « porte des pestes \ » et de Tautre côté de la Corraterie, émergeaient du milieu des murailles et des maisons du XIV^ et du XV"' siècle deux tours carrées. La première, après la porte, était la tour de TEscalade, si malheureusement démolie (i9o3), et qui restait seul témoin oculaire des glorieuses scènes de 1602. C'est à côté, au N° 11, que se trouvaient la maison et l'allée de M™"' Julien Piaget. Dès la fin du XVI^ siècle, cette tour était appelée tour Thellusson, du nom de son propriétaire-. — La seconde tour avait appartenu aux altariens de Saint-Germain, de qui la ville l'avait achetée en i53o pour en faire une prison. De là le nom qu'on lui donna plus tard : e petit évêché^ (La grande prison était à l'évêché même.)
La courtine se terminait au boulevard de iOie^ « construit dans les années 1542* et i543. C'était un petit bastion à orillons arrondis, dont le saillant se trouvait exactement sous la voûte de la Porte-Neuve actuelle (1840) '. » [Page i ig.) « Les années i543 et 1544 ont vu s'élever la courtine sous la Treille'', le boulevard de Saint-Léger, en tout semblable à le petit ouvrage intermédiaire qui fut d'abord appelé le Mirond, dlabri'. On voit par l'estampe de Vischer, déposée à la biblio-
I. « 11 n'est jamais question, au XVII* siècle, de \3. porte des pestes; c'était une poterne, située au bas de la Corraterie, qui servait uniquement à la sortie des infects et de leurs effets. Il est probable qu'elle avait été murée en 158g, ou après l'escalade, de crainte qu'elle ne pût servir à quelque surprise. » Léon Gautier, M. D. G., XXIII, p. 59, n. i. — 2. Galiffe, p. 353. — -3. Ibid.. p. 136, n. 2. — 4. Roset (Chruniques, p. 298, 299) mentionne ce fait: « Le 27 décembre, sus la fin de l'an 1542, le Conseil ordonna de escripre ou graver, sus les portes des murailles neufves qu'on édiffioit, le nom de Jésus (J H S.), au-dessus des armoiries, pour ce qu'il estoit gravé sur les portes vieilles de la ville de toute ancienneté. > — Mais il faut lire cet ordre dans les Registres eux-mêmes. On verra la différence de naïveté et de pittoresque qu'il y a entre ces Registres et une Chronique elle-même : « Jésus sur les portes noves de la ville. Ordonné que, jouxte l'ancienneté, soyt mys sur les portes de la ville des Jésus gravés en pierre et pour fère dorrer les armes de la ville estant esdictes portes les Sg" comys des fortiffications. » Registres du Conseil, vol. 36, f. 199». Le Registre porte la date du 27 décembre 1543, tandis que Roset dit 27 décembre 1542 : la manière de compter les années avait changé: au lieu de partir du 25 décembre, on partait du i':'^ janvier suivant. — C'est l'évêque Louis de Savoie qui, par un mandement en date du 27 avril 1471, à la prière des syndics et pour la perpétuelle vénération du saint nom de Jésus, avait ordonné que ce nom serait mis désormais sur les portes de la ville {ad portas seu super ipsis portis). Archives, P. H. N" 683. Il s'agit bien du nom, qui au moyen âge s'écrivait Jhesus ou Jehsus, et était figuré en abrégé par les lettres I H S, surmontées d'un trait, et non pas des initiales de la formule, plus moderne, Jésus liominum salvator. (Dans ce cas il y aurait des points entre les lettres et pas de signe abréviatif.) Blavignac, M. D. G., VI, [1. 176. — Le sceau de la vénérable compagnie des pasteurs de Genève porte le nom de Jésus rayonnant, ou placé dans un soleil à 16 rais, alternativement étoiles ou flamboyants, avec cette légende : Sol et scutum ecclesiac genevensis. Il faut noter que ce nom de Jésus au milieu d'un soleil ou d'une auréole lumineuse a été pris aussi comme symbole par l'ordre des Jésuites. Ibid, p. 185, 186. ~ o. . On a retrouvé ks fondations de l'orillon de droite, lorsque, en 1825, l'on a construit le Musée des arts (Musée Rath). » Général Dufour. — « Le boulevard de l'Oie était donc entre l'angle de la promenade des Bastions et le Musée Rath. La dernière l'orte Neuve était sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la statue du général
LES FORTIFICATIONS
thèquc publique, que ce petit ouvrage, qui subsiste encore entre le jardin des Plantes et celui de M. Kynard, était casemate et avait une embrasure sur chaque face'.
» Le boulevard de Saint-Léger se trouvai!
devant la porte du même nom, on pratiqua une poterne sous son flanc \ gauche, laquelle a servi d'issue jusqu'en 1564....
» En 1546, on construisit, non seulement le f~^' boulevard du Pin, mais encore celui de Cornavin, ouvrages beaucoup plus grands que les précédens et qui méritent le nom de « bastions. »
C'est, en effet, à cette époque qu'on voit en Europe des forteresses construites d'après le
système bastionné. Les Italiens passent généralement pour en être les inventeurs et le mot de « bastion », qui est italien, semble l'indiquer. San-Micheli, architecte, en a fait le premier essai à Vérone, en i539. Cependant, les boulevards de Saint-Léger, de l'Oie et surtout celui de Saint-Jean, construit en i5ii, prouvent que le système n'était pas nouveau pour les (Jenevois; ils montrent tout au moins l'empressement de nos pères à accueillir une invention qui pouvait
Boulevard de l'Oie et porte de la Tertasse. (p. ii8.)
Fragment de la vraye représentation de l'Escalade, etc., par François
Diodati, vers 1670.
Dufour. . Fatio, « Topographie de Genève au temps de l'escalade, > dans Xoi anciens et leurs aiivres, 1902. — 6. «Le mur, qui supporte la rue sous la Treille, était la courtine qui reliait le boulevard du l'Oie (place Neuve) au boulcvanl Miron (Calabri). Le fossé qui longeait ce mur fut en partie comblé en 1721, en même temps que celui de la Corrateric; mais cet emplacement fut encore pendant longtemps un lieu marécageux et abandonné, sans destination déterminée. » Magnin, p. 37- — 7. Blavignac cite un document de 1477. portant : . Domus cum curtili rétro fuit dicte Calabri. • Etudes sur Genève, II, p. 88. — ■■ Nom d'une famille de maçons, Calabri, alias de la Place, domiciliée dès le XV-^ siècle dans les paroisses de Saint-Léger et de Saint-Victor. » Galiffe, p. 145.
t. Le Calabri existe encore (Page 121) et porte, comme sur une terrasse, la maison appelée de ce nom.— Le boulevard Saint-Léger [Page 120) existe aussi. Les murailles, plus ou moins recouvertes de feuilles, forment terrasse, après le palais Eynard, à l'e.xtrémité orientale des Bastions.
LA VILLE
contribuer au maintien de leur indépendance, et les sacrifices qu'ils savaient s'imposer pour la réaliser'. [Pages 122 et i23. » Le bastion du Pin s'avançait autant que celui de même nom de l'enceinte actuelle, mais il était plus aigu, n'avait qu'un flanc et se jetait plus à droite en longeant les pentes de Champel. L'un et Tautre étaient à orillons. Les craintes
qu on avait a ce époque sur les intentions du duc de Savoie étaient si vives que les tribunaux furent suspendus pendant quinze jours et qu'on occupa à toui de rôle toutes Ic^ dizaines de la vilk aux remuemens do terre dans les travaux des fortifications. On fit fondre douze pièces de
canon et l'on envoya à Bàlc Claude Roset négocier un emprunt de 4000 écus » Les craintes ayant cessé, il y eut un tems d'arrêt jusqu'en iSSg et i56o, époque où l'on éleva un nouveau bastion devant le boulevard de Saint-Antoine, construit 32 ans auparavant ^. Tous les bourgeois y travaillèrent, tant on redou-
1. Roset nous donne des renseignements précieux sur la manière dont on travaillait à ces fortifications : «Environ ce temps [1554] furent mys en œuvre à faire les fosseaux de la ville les pauvres de Mérindol et Cabrières, qu'on avoit logez à l'hospital pestilential en grand nombre. Dieu bénissoit leur labeur, car ils cstoient nourrys et si voioit-on croistre l'ouvrage qui leur estoit mys en main, sus lequel ils invocquoient Dieu de soir et de matin et à leur réfection [repas]. Ils introduirent la fasson de payer chascun selon son œuvre, et non à journées, par le moyen de petits morceaulx de plomb, qu'on livroit pour chasque voyage, tellement que ccluy qui estoit las du travail se pouvoit retirer à quelle heure qu'il voulloit, et si estoit payé rendant les morceaulx. Ceux du pays s'y sont aussi addonnez, esquels ceste bouticque a servy comme d'ung hospital, car les bourgeois y renvoient tous mendians qui peulvent travailler. » Roset, Chroniques, p. 362, 363. — 2. En 1527, on avait couvert, par deux boulevards, « les deux portes de Saint- Christophe et de Saint-Antoine. La première paraît avoir été condamnée dès cette époque, car on ne la voit plus sur les plans, et les Chroniques n'en parlent plus. Celle de Bonivard est la dernière qui en fait mention : « De la Croix de Saint-Victor, dit-il, tirant droit contre la porte de Saint-Christophe, il y avait > cent pas. > Le boulevard de Saint-Christophe était placé à l'entrée de la rue de ce nom, aujourd'hui [1840] rue des Belles filles [actuellement rue Etienne Dumont]. On a découvert une partie de ses murailles en
Boulevard Saint-Léger, (p. 118, 119, n. i.)
LES FORTIFICATIONS
Le Mirond ou le Calabri. (p. ii8 et 119, n. i.)
tait les projets de Henri H, grand ennemi de la religion réformée, qui avait menacé de faire raser cette ville d'où se répandait en France le poison des nouvelles doctrines*. (Page 12'i.)
» La ville de Genève avait à cette époque sept portes, deux sur la rive droite et cinq sur la rive gauche '. »
Or ces portes étaient, pour le Conseil, l'objet d'une préoccupation continuelle. Il vaut la peine de relever ce trait — fort caractéristique — de la vie de la cité à cette époque.
Ne parlons pas des anciennes fortifications dont on « cancelle » en i526 (18 mars) les portes de la Tertasse, de Saint-Christophe et de la Maison de Ville, faisant apporter, toutes les nuits, les clefs à la dite Maison^. Avec les fortifications nouvelles les difficultés sont les mêmes.
Le 17 août i562, le seigneur Loys Bona, qui est chargé « de faire ouvrir la porte de la Corraterie au.x muletiers, les jours de dimenche, » rapporte au Conseil « qu'il y a grande incommodité parce qu'il faut apellé huit portiers pour l'ouvrir. » Il conseille de laisser la petite porte du petit pont fermée, d'ouvrir le grand pont, et de ferme la grande porte « hormis le guiclict par lequel on passernye. » On arrête « que doresnavant on ouvre les jours de dimenche le grand pont et qu'on tienne le petit fermé. Et quant au grand nombre
creusant les fondations de la maison Ihellusson, actuellement maison Vernet. au bout de la rue de Beauregard.... Le boulevard Saint-Antoine [très petit, appelé Mottet] formait, à gauche de la porte Saint- Antoine, une espèce de bastion en saillie et capable de prendre de bons revers sur la porte de Rive; à droite, une ligne brisée qui se voit encore dans le mur qui entoure la cour de la Discipline, ancien bâtiment des fous. • Mémoire du général Dufour.
». «On fonda, dit Roset, le beloard neuf vers la porte des Peyrolliers [porte Saint-Antoine] lequel dempuys a esté achevé et est la meilleure pièce de Genève pour son compris. ' (Chroniques, \'l 48, p. 429.) — < Il occupait, à ce qu'il paraîtrait, la plus grande partie de la terrasse actuelle [1846] de Saint-Antoine, à l'extrémité de la promenade. . Massé, p. 31. — 2. Mémoire du général Dufour. Déjà le 2 juillet 1462, des huit portes de la ville, on avait pensé à en fermer quatre. KIournois, Extraits (Grciwis). - :t. Hournois, Extraits (Grenus).
JEAN GAI. VIN m '''
de portiers, que le d* Loys Bona, capitaine, en choisisse troys, qui ayent les clefz, seulement les quels il fera venir icy pour prester serment ^ >> Mais cette décision compliquée ne résout pas la question, qui reparaît quelques semaines
Les murailles des Réformateurs, du boulevard Saint-Léger au boulevard du Pin. (p. 120.)
après, le 27 novembre, et qu'on ne tranche pas davantage : « Pour ce que la porte de la Corraterie est si difficile à fermer, que tous ceux du guaict y peuvent suffire à grand peine, dont pourroye survenir grand danger, arreste qu'on y remédie '. »
A la même époque, 3 avril i562, on s'occupe de la porte Baudet : « Pour ce qu'on a esté adverty que lad. porte demeure ouverte toute la nuyct, et que ceux qui vont toute la nuyt aux privés faschent le guait, a esté arresté qu'on la ferme cy-après à neuf heures ^. »
Puis on s'occupe de la porte Saint-Léger : 10 août i562 : « Mons' le syndique Bernard a raporté que combien qu'on aye comandement de tenir la grand porte S' Léger fermée, néanmoings les jours de mercredy et dimenche, pendant les sermons, il la faut ouvrir aux muletiers, au grand danger de la ville, à quoy il seroye bon de remédier. A esté arresté que par cy après on ne l'ouvre point, ny autre, pendant les sermons, et que les muletiers entrent après le sermon par la porte de la Corraterie *. » Et encore 10 septembre : « Et quant à la porte S' Légier qu'elle demeure fermée "'. »
Quelques jours avant, 26 mars, on s'était occupé de la porte Saint-Antoine. On avait constaté qu'elle était « fort subjecte à surprinse, attendu que le corps de garde est hors de la porte et que de là il y a grand distance jusques à la rue des péroliers. » On donne charge au seigneur Roset, capitaine, et autres, d'y pourvoir".
La porte de Rive nous montre qu'il était aussi difficile, à cette époque, de tenir une porte fermée que de la tenir ouverte. On avait commandé « de tenir la porte fermée, hormis le guichet. » Il y a des protestations. « Cela incommode plusieurs gens à cause de la grande multitude des charretz qui passent journellement. » On donne ordre au portier d'ouvrir « quand il passera quelque charret »
i. /ifffis/res du Conseil, vol. 57, f. 102^ 5. Ibid., f. 117. — 6. Ibid., f. 29.
t. Ibid., f. 159. — .-!. Ibid., f. 33V. — i. Ibid., f. 97^ —
LES FORTIFICATIONS
et de refermer « incontinent » ' ; preuve que la porte était plus facile à manier que
celle de la Corraterie. Mais la nouvelle décision ne plait pas davantage, et « par
ce qu'il y a grand incommodité à la tenir
fermée à cause des grandz passages, a
■esté arresté que dores en avant on la
tienne ouverte , comme les autres , et
qu'on y fasse bon guait -. » Quelques
jours après on se décide à augmenter le ' ■
guet : « D'autant qu'il n'y a que cinq P
hommes pour le guaict de jour à la porte
de Rive, arresté qu'on l'accroisse encore d'un homme ■'. » '" ;'^ Y . ,J)
On comprend qu'à ce jeu, ou à ces ennuis, ait fini par se lasser; il résolut de simplifie , ^^
tion *.
,, - - - 1 ' • 1 j • i„„ j^ ,. Bastions du Pin (A) et de
Ln i53D, on décida de supprimer une des deux .
' • 1 1 r -c Saint-Leger (B) (dessin inédit
portes de Saint-Gervais : « pour le bien de la tortihca- j^ général Dufour"). (p. 120.) tion^ « 11 ne resta plus que Cornavin. Puis, en 1564, le
-sieur de Feuquières procéda à une sorte de revision des fortifications ". Il proposa de fermer les trois portes de la Corraterie, Baudet et Saint-Léger, et de les remplacer par une nouvelle porte unique, celle de rOie ou porte Neuve **. 11 y eut dès lors uneporte sur la Rive droite, celle de Cornavin, et deux sur la Rive gauche : la porte Neuve et celle de Rive ^.
Enfin, « lorsque de fréquens avis firent craindre qu'il se méditât un nouveau coup [comme celui de 1602], on se mit en mesure de. fortifier la porte de Rive, où il n'y avait point encore de bastion, mais un simple
Bastion de Saint-Antoine (dessin inédit du général terre-plein, peu élevé, que SOUtC-
Dufour'"). (p. 121.) naient des palissades. On construisit
donc, sur le saillant oriental de l'enceinte, un bastion qui enveloppait la Tour Maîtresse. Son flanc droit était dans le même système que les précédens, mais
1. 20 mars 1562. Registres du Conseil, vol. 57. f- 27. - i- 1° août 1502. Ibid.. f. 97^- - 1-c 10 septembre ; « A cause des prochaines vendenges a esté arresté qu'elle soye ouverte et qu'on y fasse bon guait, et que la porte de le tornefoz [de toniafollium, clédal ?] soyent tousjours fermés, hormis quand il passera des charrets. . Ibid., f. ..7. - 3. 27 novembre. Ibid., f. 159- - '•• Déjà en .536. il avait été question d'une mesure semblable. Le seigneur de Vcrev < demande qu'on ferme les portes de la Corraterie et de Samt- Antoine [on avait déjà fermé celle de Saint-Léger] et qu'il n'y ait qu'une seule entrée dans la ville par la porte Baudet. . Louis Dufour, La Promenade de la Treille, p. 4. - S- 12 août 1555- • De la porte de S. Gervaix. Sur ce qu'on avoit par cy devant parlé de ne faire qu'une porte à Saint-Gervaix, ce que scroit bon pour forteresse et épargneroit la garde, et ne seroient pas ceux de S- Gcrvais tant chargé de gued ; estant semblablement considéré que cela costera et mesmes fâchera beaucoup de pauvres gens auxquei
,24 LA VILLE
le gauche était sans orillon et très court, comme moins important puisqu'il n'avait à défendre qu'une partie de l'enceinte baignée par les eaux. Ce bastion, commencé en 1606, fut achevé l'année suivante. On y employa une somme de dix mille écus que le landgrave de Hesse-Cassel, par zèle de religion, envoya à Genève, qui était alors le chef-lieu du protestantisme. C'est pour reconnaître ce bienfait que l'on donna à ce bastion le nom de bastion de Hesse'K » {Page i25.) A partir de ce moment, l'enceinte des Réformateurs était terminée. Mais le travail ne fut pas arrêté. On continua à faire et à refaire les fortifications de Genève, avec une constance et un patriotisme inlassables, jusqu'à ce qu'on les démolit, au XIX' siècle.
Ce serait le moment d'armer ces murailles et de les munir de leurs soldats avec leurs armes et leur artillerie. Malheureusement, il ne reste presque rien, ici encore, des choses, des objets du XVP siècle. Le regretté M. Bron, conser-
on gastera les possessions et maisons pour faire les chemins; arresté que pour adviser que le tout soit bien et utilement faict, au moins mal possible, que à deux heures on demande le Conseil et qu'on se transporte jusques là pour visiter le totaige [totalité de l'emplacement], et s'il est trouvé bon, que avant qu'on le face on le mette en Deux Cents. > Registres du Conseil, vol. 49, f. 156". La décision fut prise le 10 septembre 1555, et maintenue le 24 du même mois: il n'y eut plas qu'une porte. — 6. Il faut considérer seulement les lignes pointillées. « Le bastion du Pin (A) n'avait qu'un seul flanc à deux étages et à orillons, du côté de Saint-Antoine. Sa face droite qui se prolongeait jusqu'à Saint-Léger devait être très élevée, puisqu'elle tombait dans les pentes. Son aspect était imposant. Ce bastion, ou du moins ce demi-bastion, couvrait les anciens boulevards de Saint-Léger (B) et de Saint-Christophe (C). L'enceinte mnopen fermait la gorge.... L'ancienne porte de Saint-Léger débouchait entre l'orillon du boulevard Saint-Léger et la face droite du bastion du Pin, on l'a prolongée en lui faisant faire un coude jusqu'en a... (D) représente l'ancienne église de Saint-Léger, démolie en 1534, avec le faubourg. » — 7. 13 juin 1564 : « Feuquières, d'autant que le d' seigneur de Feuquières est venu, lequel est après pour visiter les forteresses; arresté qu'on attende sa relation. » Registres du Conseil, vol. 59, f. 35". — 8. 7 août 1564 : « Messieurs s'estans transportés vers le boulevard de l'Oye où les ingénieurs voudroient faire une porte pour servir à S' Légier et la Corraterie, et ayant là dessus ouys les d's seigneurs, arresté qu'on y advise encore entrecy et Jeudy. » (Vol. 59, f. 86^.) — 10 août 1564 : « A esté proposé qu'on a derechef communiqué avec mons' de Feuquières et maistre Jaques touchant lad. porte qu'on prétend faire au delà du boulevard de l'Oye et qu'ilz ont monstre, par plusieurs raisons urgentes, qu'il est très nécesaire d'avoir là une porte, qui servira aux trois de la Corraterie, S' Légier et S' Antoine, et sera de moindre garde que nulle autre. Arresté qu'on la fasse et qu'on y mette la main le plus tost qu'il sera possible. > (Ibid., f. 87».) — « Cette Porte-Neuve, dit Goulard, était bien forte. Elle ha entre ça, en dedans ses ponts levis, barrières, boulevards et défenses, une deuxiesme coulice entre les deux ponts levis, faicts d'exquis artifice et de bon usage en soudain péril » [Escalade, p. 17). — Elle devait subsister jusqu'en 1740, «date de la construction de la porte actuelle, > dit Senebier. Cette seconde porte fut, à son tour, démolie en 1854. — 9. 26 octobre 1565 : « Se sont résolus maintenant de retenir les trois portes de Rive, l'Oye et Cornavin, et canceler les autres.... > On décide en outre de faire ratifier par les Deux-Cents, « pour l'importance de la chose >, et afin de « prévenir des murmures. >■ Registres du Conseil, vol. 60, f. 112^. — 10. Bastion de Saint-Antoine. — mnop indiquent l'enceinte des évoques. En avant on construisit, en 1527, le boulevard BB' « dont on retrouve encore la face et le flanc gauche dans les murs de soutènement c la descente de Saint-Antoine. —Puis en 1560 on remplaça le petit boulevard [BB'] par le bastion A, qui le couvrait en entier. > A' est le bastion de 1720. — < Il y avait dans le boulevard de Saint-Antoine BB', près du flanc droit, un magasin à poudre, .v, qui subsiste encore [1840] au bout de la promenade et qui après
LES FORTIFICATIONS
vateur de la Salle des Armures, et dont Tautorité était si reconnue en ces matières, avait bien voulu nous indiquer c]uelq.ues pièces que nous reproduisons, une hallebarde, un morion, une cuirasse, une épée. [Page 127.) C'est à peu près tout. On trouvera quelques renseignements intéressants dans les fragments de dessin que nous empruntons aux gravures de Martin Baum : la Prise du Fort d'Arve ou bataille de Pinchat et le combat du Fort de l'Ecluse. (Pages 129 et i55.) Mais ce sontdesévénements delà fin du XVP siècle. Quant à l'organisation militaire, ce qu'on en sait remonte au XIIF siècle. En 1292 un corps de guet est organisé, dont les fonctions ne doivent s'exercer que pendant la nuit, selon l'article 22 des Franchises'^. Il est armé par la Ville et renouvelé tous les trois ans. Il porte les couleurs de Genève, robe ou manteau et bonnet, gris et noir. Chaque homme reçoit 20 florins par an et 18 sols d'étrennes^. — Mais à côté du guet soldé s'organise la première milice nationale, dont tous les bourgeois font partie. Elle est divisée, comme la ville, par quartiers (au nombre de quatre), et chaque quartier en dizaines. Elle est commandée par des dizainiers, quatre capitaines
Bastion de Hcsse (dessin inédit du général Dufour'). (p. 124.)
avoir servi longtemps de corps de garde, a été employé à une école primaire. La partie B' enveloppait la cour de la discipline ; les murs de cette cour ont été élevés sur les fondations du boulevard ; ils en indiquent la forme.... Près du flanc droit de l'ancien bastion A était la porte de Saint-Antoine. I! semblerait d'après un ancien plan, qu'il n'y avait pas de pont, mais seulement une rampe qui descendait dans le fossé.... Le célèbre prieuré de Saint-Victor existait à la place marquée C.... On en a trouvé les fondements en creusant dans ce fossé. » — 11. Mémoire du général Dufour.
1. Bastion de Hesse. — La ligne cd np, indique la muraille des évcques. La ligne edica, et la ligne pointillée qui va joindre la ligne n p, indiquent le premier bastion de Hesse (1606). En in étatt l'ancienne tour de Rive « remplacée par la porte actuelle [en 1840], qui date de 1694, et a été remaniée en 1836. » — < La Tour Maîtresse «, qui faisait l'angle des deu.x lignes « e et m p, de l'enceinte des évoques, quoique enterrée en partie dans le terre-plein du bastion, est encore un point remarquable depuis le lac; elle est parfaitement conservée, avec ses mâchicoulis "X sert de cellule ténébreuse à la prison pénitentiaire, à laquelle elle est maintenant réunie par le chemin de ronde. Son diamètre n'a pas plus de 8™6o. > — 2. « Que la garde de la ville et cité de Genève, et des biens des délinquans à devoir garder par la court, appartient et doit appartenir entièrement de nuyt, depuis le soleil couchant jusques au soleil levant, au.\ dessus ditz citoyens et non à aultres, et que nous, ne aultres à nostres noms, ne puissent et ne doivent exercer aulcune juridiction a celles heures.... » M. D. G., II, p. 329- — •'. Le 7 janvier 1546, le Petit Conseil considérant « comment la ville est grandement en regard, et pour obvier à toutes entreprises et pour ce que le guet soyt mieulx faict, > ordonne « que soyent députés cent compagnons, les quieulx auront commission de vellucr et fère le guet tant de nuyct que de jour >, et leur donne • gages, moys par moys, les queulx gages ce devront recouvré par la ville sur ceulx qui ne sont pas tant [suffisant] à fère tel guet tant pour leur velliesse, maladie que aultrement. . {Registres du Conseil, vol. 40, f. 342-) Le 'S janvier 1546, il n'est question que de cinquante hommes, et le 13 août 1551, nous voyons choisir « trente et six hommes bien en oj-dre » auxquels on donne six sols par jour pour faire le guet « le jour, aux trois portes
overtes Ceulx esquelz le gucd devroit sans cela estre commandé, debvront poycr es mams du
dizenicr pour assembler l'argent des trente et six, à sçavoir les riches trois solz et les pauvres deux solz. . Ibid., vol. 46, f. 35.
LA VILLE
Porte Saint-Antoine, intérieur (d'après un dessin à la mine de plomb de M. Albert Hentsch). (p. 120.)
XV"' siècle, la ville posséda déjà un certain nombre de bouches à feu, et que des membres du Conseil étaient spécialement commis pour les faire tenir toujours en bon état.
A diverses reprises on fit venir des maîtres canonniers de l'étranger, et, déjà en 1 5 1 1 , on voit sur les Registres que les canonniers de Salnt-
I. « Les piques étaient encore l'arme de l'infanterie (il n'y avait que des formations tout à fait temporaires de cavalerie, soit pour des escortes ou garde d'honneur, soit pour des expéditions extérieures), et les armes à feu commençaient à être en usage dans les rangs. En effet, en Suisse, ce fut en 1540 qu'on commença à prescrire aux milices l'acquisition des arquebuses; en 1589, le mélange des armes dans l'infanterie était de deux tiers de piquiers et de hallebardiers, et d'un tiers seulement d'arquebusiers. > Massé, p. n-19. — i. 'Voir Massé, colonel d'artillerie. Essai historique et notes Mianuscrites sur tes initiées genevoises. Bibliothtque de Gent-ve.
de la ville et un capitaine général.
Son arme est la pique ' ou la hallebarde. [Page 127.)
Lorsque le 21 novembre 1541, après le retour définitif de Calvin, une commission fut nommée pour reviser toutes les lois de la ville et marquer ainsi l'ère nouvelle qui s'ouvrait, on revisa aussi les Ordonnances militaires. Elles furent approuvées le 28 janvier i54g, mais elles n'apportaient aucune modification essentielle à ce qui existait.
Elles transformaient surtout en droit écrit ce qui était jusque-là tradition, us et coutume. Le changement principal eut lieu en i555 (i5 sept.), quand on supprima la charge de capitaine général".
« Les inventaires anciens prouvent que, dès la première moitié du
l'orte Saint-Antoine, extérieur (d'après un dessin à la mine de plomb de M. Albert Hentsch). (p. 1 20.)
LES FORTIFICATIONS
Cuirasse, épée et hallebarde
du xvi"= siècle. (Salle des Armures.) (p. 125.)
Gervais étaient e.xercés à l'ordonnance du maréchal de Savoie.... Kn 1559, un citoyen, nommé Pierre Simon, avait dédié au Conseil un traité d'artillerie pour les bourgeois, contenant beaucoup de prescriptions et beaucoup de dessins extraordinaires pour l'époque '. »
Il nous faut noter à propos de défense et de fortification de la ville, à côté des dizainiers, les commis aux chaînes. En effet, les chaînes jouaient un rôle important dans l'intérieur de la ville; on
les tendait toutes les fois qu'il y avait des séditions ou des tumultes, et il était expressément défendu de passer dessous lorsqu'elles étaient
tendues Ces chaînes (Page 12g) qui servaient »
en cas d'émeute intérieure aussi bien qu'en cas
d'attaque extérieure, étaient fixées d'un côté à un gros anneau en fer
et accrochées de l'autre à un gros crochet, où elles étaient retenues au
moyen d'un cadenas. Les clés^ de ces cadenas étaient gardées par des
citoyens commis à cette charge.
Encore^ en i86c), on voyait des
restes des chaînes, ou du moins
de leurs attaches, au bas et au
haut de la Pélisserie, au bas de
la Cité, au bas de la rue de la
Fontaine (ci-devant du Boule),
au bas du Perron, et à la rue
des Granges.
Mais l'organisation particulière la plus importante était évidemment celle " de l 'abbaye
Morion du xvi'-- siècle.
(Salie des Armures.) (p. 125.)
I. . Cet ouvrage était, en 1825, dans la Bibliotlièriue de la Société de Lecture, où nous l'avons vu et lu. . Massé, y*(V/., p. 8. - « Il est difficile de préciser exactement l'époque de la transition des antiques vOtc-
de Saint-Pierre, plus connue ensuite sous le nom de les Enfants de Genève, et dont le chef prenait officiellement le titre « d'abbé, » aussi « abbé de la ville, abbas civitatis, » ou « abbé des compagnons, abbas sociorum, » lesquels compagnons
Porte de Rive, 1670-1680, d'après un dessin inédit de la collection Rigaud, vol. II, f. iv. (p. 122.)
étaient en conséquence souvent aussi qualifiés de « moines, monachi.... y^ Quelques auteurs, induits en erreur par cette appellation d'Enfants de Genève, ainsi que par les pétulantes escapades auxquelles ces singuliers moines se livraient de temps à autre, se sont imaginé qu'il s'agissait d'enfants mineurs, ou tout au plus d'un corps de cadets, dans le genre de ceux qui existent depuis longtemps dans certains cantons suisses; mais il n'en était rien: l'abbaye des Compagnons ou des Enfants de Genève était la réunion en corps de milice, sous l'invocation du patron de la ville, de tous les jeunes gens non mariés en état de porter les armes ; c'était en quelque sorte le « contingent» de l'époque. Toujours armés lorsqu'ils se réunissaient, même en dehors de toute nécessité militaire, ils marchaient au son du tambour, auquel ils furent les premiers, à Genève, à marier les notes aiguës et joyeuses de ces fifres helvétiques qui déplaisaient tant au duc de Savoie. Mais ils échangeaient volontiers aussi cette musique guerrière contre celle plus sociable des violons, qui se prétait mieux aux danses et aux mascarades qu'ils aimaient à organiser sur les places publiques pendant le carnaval et aux jours de fête. Ils avaient aussi le privilège de complimenter les nouveaux mariés et de donner des
mcnts aux habits plus modernes.... Dans les premiers temps, à Genève, on porta des casaques d'un firis brun foncé. En 1705,. la mode prussienne prévalut. » Massé, Ibid., p. 12. — 2. I.e rôle des personnes à qui les clés étaient confiées, en 1480, a été publié, M. D. G., VIII, p. 415, 416: « Subinscribuntur nomina illorum quibus claves cathenarum civitatis fucrunt commisse et in custodiam date per sindicos.... » Il y a environ 45 indications, dont voici la première : N- Girard de Vando, de cathena, antc domum D"' l'et. Conodi quond. ^— '1. GalilTe, p. 33.3.
LES FORTIFICATIONS
charivaris aux veufs et aux veuves qui convolaient en secondes noces, ou d'en exiger le rachat au profit de leur société'. Cette étrange coutume, reste de Superstitions antiques, était sans doute au fond plutôt tolérée qu'autorisée. Mais on songeait si peu à Tabolir que la somme, due éventuellement par les intéressés pour s'éviter cette désagréable cérémonie, avait, même aux yeux des magistrats, toute la valeur d'une créance régulière. (L'institution du charivari et les compositions auxquelles il donnait lieu furent abolies le 14 décembre iSSy.) L'argent que la société recevait à cet effet .ou lors du mariage d'un de ses membres entrait dans une caisse qui était fermée à deux clefs, dont l'une restait entre les mains de l'abbé, l'autre entre celles des syndics, à qui d'ailleurs il appartenait de sanctionner l'admission de chaque nouveau a compagnon » élu et inscrit par l'abbé et son Conseil '. »
Bezanson Hugues réunit la charge d'abbé de Saint- Pierre et de capitaine général de la ville. On comprend qu'une pareille autorité ait pu devenir dangereuse avec des hommes comme Jean Philippe, Ami Perrin,... et qu'elle ait été abolie-.
Scène et costumes militaires. i^Frajjment (Je l'estampe de Martin Baum, de 1590. « Prinse du Fort de la Cluse ».) (p. 125.)
Ces remparts du XVP siècle, des Réformateurs, de la Réformation, comme on les appelle, Calvin a-t-il contribué à les bâtir ? Certes, c'est bien incontestable :
la passion qui animait ce gouvernement et ces ouvriers, c'était la passion de Calvin ; elle excitait et entretenait tout. Mais faut-il aller plus loin? Est-il vrai qu'un jour Calvin mit la main à la pelle et remua cette terre pour la défense de cette ville, qui était à tel point sa ville? La tradition le dit. Est-ce une vérité, ou une légende presque inévitable?
En i559, nous savons que tout le motide travailla aux remparts. C'est un document contemporain qui l'affirme,
.T. Voici qucliiues textes «7
Les chaînes '.
Derniers restes au haut de la Pélisserie.
I. Galiffe, p. 328, 329, et n. 2. — â. 8 septembre 1555, Galiffe, p. 328-332
JEAN CALVIN III
une lettre de Haller à Bullinger, du 22 juin i559 : « Les Genevois se préparent à la o-uerre : ils fortifient admirablement leur ville. Tous y travaillent, magis-
Scènc et costumes militaires. (Fragment de l'estampe de .Martin Baum, de 1590.) (p. 125.)
trats, pasteurs (ininislri), nobles, peuple'. » La plus ancienne Chronique, celle de Roset *, qui avait été témoin oculaire, s'e.xprime en ces termes: « Ainsin résolvirent ccu.x de Genève de se fier en Dieu, puys mirent la main à leurs rempars, tellement que dans le moys de may, par le travail voluntaire du peuple qui alloit à l'œuvre, Tung des mestiers après l'autre, fut couppé ung monticule qui faisoit grande couverture à l'ennemy au devant du belovard du Pin, sans que personne s'en exemptast, non pas les gens de lettres ny autres gens d'apparence, et sans nul chagrin '. »
Il s'agit bien d'une de ces entreprises nationales, auxquelles tout le monde sans exception prend part, et doit prendre part, chefs en tête, magistrats, pasteurs, nobles, ouvriers.
Il est impossible que Calvin ait été absent, seul de tous les principaux de la cité, seul de tous ses collègues. Au contraire, quand il y a un incendie, une
se rapportant à ces chaînes: 1409. La veuve de li. garde une clef des chaînes (uiiaiii clavem catliimnim] devant sa maison. [Registres du Conseil, 1. 1, Cà. E. Rivoire, p. 1.) — 7 août 1414 : Payé à J., qui a mis deu.^c jours a poser des crochets (croc/ioiiios)... et une chaîne {iiiiam clienam)... (Ibid., p. 67.) — 31 août 1428 : Ordonné de payer au serrurier (serrallioiw) pour des nouvelles serrures et chaînes à la porte du pont du Rhône.... (Iliid , p. 98).
I. Opéra, XVII, p. 564, 565, — 4. < Le manuscrit en fut présenté au Conseil le 2 juin 1562. . (Roset, Avant-propos, p. iv.) — 3. Roset, liv. VI, 48, année 1559, p. 428.
LES FORTIFICATIONS
ij C'ijï C|uatree furent Icf prunnws poiirtatit- '.• bafhmscnlcnoooirh
émeute, un mouvement populaire quelconque, l'homme principal de la ville, quel que soit le nom quon lui donne 'ne peut pas ne pas être là.
Sans doute notre Réformateur n'a pas dû soulever beaucoup de terre.
Mais il a fait acte de présence, de volonté ; il a donné l'exemple, et a, au moins, remué quelques pelletées de la terre libératrice.
Nous ne sommes pas étonné que le nom même de Calvin se soit tout de suite introduit dans les récits euxmêmes. C'est ainsi que nous le rencontrons dans un Projet d'histoire de Genève, composé de 1616 à 1625, sans nom d'auteur, et dont le manuscrit est déposé aux
Archives. « Dans le mois de may, est-il dit, par le travail voUontaire du peuple, qui allait à l'œuvre, ceux d'ung mestier après ceux d'un autre, fut couppé ung monticule au devant du boulevard du Pin, où les gens de lettres, ministres et autres d'apparence s'employoient au d' travail fort allègrement, et Calvin liiyméme y monstrant bon exemple'. »
Banneret '. (p. 126.)
1. Archives. Manuscrits historiques, N" 62. Copie, du i6""= siècle, des Franchises de Genève, et divers documents du 15""= et du commencement du 16™= siècle. A la fin se trouve ce dessin colorié, sur parchemin. — i. Archives. M. H., N" 145. — Gautier (IV, p. 276) s'exprime ainsi : * L'on prit le parti de fortifier les endroits qui (•talent encore faibles, et, pour le faire avec plus de promptitude, l'on fit travailler au.\ fortifications non seulement tous les sujets, mais aussi tous les corps de métiers ; les personnes même de distinction et les gens de lettres n'en furent pas dispensés, jusque-là que Calvin et les autres ministres mirent la main à l'œuvre, ce que chacun faisait de si bon cœur et avec tant de zèle que, dans l'espace d'un mois, l'on eut coupé un monticule devant le boulevard du Pin, qui portait un grand préjudice à la fortification, l'on posa les fondements de celui de S'-Antoine, tel qu'il est aujourd'hui, et l'on en éleva la meilleure partie. » — Les éditeurs mettent en note : « Nous n'avons trouvé que dans les Annales manuscrites (M. H., N° 145), dont le texte a de grandes analogies avec celui de Roset, la mention de Calvin travaillant aux fortifications. . — Et les lignes de ces Annales manuscrites ont passé dans \ Histoire de Genive et des
LA VILLE
Nous ne faisons aucune difficulté de reconnaître que, dans cette même année i55g, Calvin travailla plus effectivement à construire un boulevard plus sûr encore que celui du Pin, un ouvrage plus avancé, puisqu'il allait s'avancer dans tous les pays de l'Europe, nous voulons parler de TAcadémie. Voilà quel fut le grand, l'invincible boulevard du calvinisme pendant des siècles : et l'Académie, c'est presque uniquement l'œuvre de Calvin.
pals circonvoisins, attribuée au syndic Savyon. Bibliothèque de Genève, Mhg., i39»S copie manuscrite datée de 1654 (fol. 225^). Voir Ch. Borgeaud, Histoire de f Université de Genève, 1900, p. 82 et n. i.
Porte de la Monnaie.
(Scène de l'Escalade. La mère Royaume. Médaillon Diodati.)