‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 2)Chapitre 23 sur 116 · I. Collection Bastard · texte numérisé non relu

I. Collection Bastard

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au tort de Sonzy et es environs. Depuis ce jour-là, les savoyars ne sont point approchez du fort d'Arve, sinon en cachettes, et de nuict, où ils n'ont rien gaigné que des coups. Et le fort a esté mieux accomodé, tellement qu'aujourd'hui il est en défense contre le canon.... »

Ce n'est pas, toutefois, sur ces visions de chevalerie gracieuse ou d'héroïsme calviniste, que nous nous séparerons du faubourg de Plainpalais. La fin du moyen âge et le commencement de la Réformation sont, par e.iccellence, l'époque des contrastes heurtés, violents. Et après l'éclat splendide des fêtes ducales, et l'éclat sonore des Psaumes de victoire, voici les ombres livides et mornes d'un hôpital de lépreux. La lèpre'!

A l'angle des chemins de Genève à Saint-Julien, et de Carouge à Pinchat -, était l'une des deux maladières de Genève, la maladièrc du pont d'Arve; l'autre, moins considérable et moins riche, était à Chêne ^

Les léproseries de Genève furent réformées par un édit solennellement promulgué, le 9 septembre 1446, Tan 7 du pontificat de Félix V, à Genève, dans la maison épiscopale et dans la grande salle du palais neuf, en présence d'un grand nombre de citoyens. Les articles de cet édit, dressés par l'évèque de Corneto, sont « remarquables par la hauteur de vues, par la largeur d'esprit, par les idées démocratiques qui les ont inspirés ^ »

La maladière de Carouge avait une chapelle dédiée à saint Nicolas. Une partie était pour les hommes, une autre partie, complètement distincte, pour les femmes. Les chambres étaient toutes semblables, munies d'une cheminée et ornées, en dehors, au-dessus de la porte, de l'image d'un saint.

Les jours de fête, et même les autres, les lépreux allaient entendre la messe à Saint-Léger. Ils y trouvaient de l'eau bénite à part, et, à l'extrémité de l'église, un lieu fermé et garni de fenêtres grillées.

Les lépreux de la maladière formaient une communauté {commuuilas Icprosorum), un chapitre, présidé par le curé de Saint-Léger, et se rassemblaient pour délibérer dans la chapelle.

11 y avait aussi une chambre fermée par une porte très solide et une bonne serrure, sans fenêtre, ni lit, mais seulement avec un peu de paille. On y enfer-

1. Dr ].-]. ChaponniÈre, Des léproseries de Genève an XV' siècle. M. P. G, I, p. loi et ss., — et Dr L. Gautier, Les léprenx à Genève, au moyen âge et au XV/'- siècle. (Extrait de la Revue médicale de la Suisse romande, décembre 1900.) - i. « Sur la mûme voie publique qui conduisait de Pinchat i ranc.cn pont d'Arve (situé où est aujourd'hui lauberge du Cheval blanc) existait une maladrtrie , dont on a retrouvé les fondements, en 1790, dans le lieu appelé la rue Maladière. • J.-L. Grillet, Dictionnaire Instonque littéraire et statistique des départemens du Mont-Blanc et du Léman, 1807, t. Il, p. 5- - ' La maladicrc de Carouge occupait l'emplacement, ou le voisinage immédiat, de l'ancien cimetière de ccUc ville. • D' I. Gautier. - .3. < Très probablement là où est aujourd'hui une maison rurale connue sous le nom de Château-Trompette. » D' L. Gautier. — 4. D' L. Gautier.

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mait les délinquants, les y tenant au pain et à l'eau. Le curé avait la clef de ce réduit, où il ne devait y avoir ni entraves, ni autres instruments de prison.

Le curé était le directeur; l'administrateur était un économe, appelé guidon {quitonus), avec sa femme. Chaque année, le chapitre des lépreux élisait ou confirmait le guidon, et tout semble indiquer que les lépreuses votaient comme les lépreux. « Ces deux progrès encore contestés, le vote des femmes et le vote par procuration, étaient déjà régulièrement appliqués dans les maladières de Genève, au XV' siècle '. »

Les soins que la femme du guidon pouvait donner comme infirmière semblent avoir été les seuls soins médicaux qu'eussent à espérer les lépreux une fois enfermés dans la maladière. Le médecin n'intervient qu'avant, pour décider si la maladie existe. « La notion de l'incurabilité de la lèpre était si bien admise comme un article de foi qu'il semblait superflu de faire de la thérapeutique avec les lépreux*. »

Le port d'une arme leur était interdit : ils devaient se contenter d'un chapelet pendu à leur ceinture, et long au moins de \\ngt-c\nc\ pater s. Les hommes vivaient comme des clercs, les femmes comme des religieuses : l'admission ressemblait à une entrée en religion.

Tous les matins, une quêteuse se tenait devant la porte du couvent de Saint- François, et une autre devant celle du couvent de Plainpalais. Elles portaient une petite caisse, une image pendue au cou, et tenaient à la main le petit éventail de bois (la crécelle), par lequel, dans les lieux publics, les lépreux devaient se faire reconnaître. — Tous les samedis après-dîner, les quêteuses parcouraient les marchés, une corbeille d'osier à la main, et allaient chez les bouchers réclamer la viande que ceux-ci étaient tenus de livrer. — Enfin, chaque dimanche après-dîner, les quêteuses, portant un sac, une clochette, l'image de saint Lazare pendue au cuu et un petit tronc fermé avec trois clefs, parcouraient la ville, demandant du pain et d'autres pieuses aumônes.

Par convention du 7 juillet iSSy, Genève conserva la maladière de Carouge, et les Bernois prirent celle de Chêne. - — En i556, une lépreuse fut admise à Carouge, et la dernière lépreuse qui y habita paraît s'être installée là, de sa propre autorité, en i558. Le Conseil exigea cent cinquante florins, le mari préféra la ramener dans son pays, et, depuis iSgô, la lèpre n'a plus été signalée sur le territoire de Genève: la maladie avait disparu, elle qui, au XIIP siècle, avait exigé 19000 léproseries, dont 2000 en France, sous Louis VIII (mort en 1226)^

Le faubourg de Saint-Léger eut le sort des autres faubourgs : il tut démoli '*.

Le 9 mars i535, quelques citoyens abattirent une image de pierre de saint

Jean-Baptiste, qui était au milieu du bénitier de Notre-Dame de Grâce, et

I. D' L. Gautier. — 2. Ibid. — .3. Ibid. — M. D. G., I, p. 104. — l. 20 octobre 1534. l'ont J'Arvc. Ceux du dit lieu ayant présenté une requOte afin qu'on leur permette d'attendre encore quelque temps à démolir leurs maisons, on le leur accorde. (Flournois, Extraits.)

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rompirent une lam|K- allumée auprès du <;rand autel '. I.e coupable fut mis en prison et condamné à payer la valeur du prix d'achat de rima<,re -. — Puis, le 9 août i533, revenant de leur expédition à Saint-Gcrvais et à Plainpalais, les trois capitaines Nicolas Baudichon, Pierre Vandel et Amy Perrin, arrivèrent au couvent. Les syndics accoururent avec leurs bâtons pour empêcher qu'ils ne démolissent la chapelle '.

Cependant tout fut rasé. Il ne resta que le pont et une maison pour le garde.

I. Flournois, Extraits. - 2. Ibid., 17 mars. — 3. Ibùl., 9 août.

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