A VILLE BASSE
trop souffert des intempéries, malgré la nature friable de la molasse dans laquelle il est taillé. Il était placé au milieu, au-dessous des fenêtres du second étao^e. « Ce ne sont pas des figures de fantaisie que celles de notre bas-reliet, ce sont des portraits.... A ce titre ce sont de précieux monuments de la sculpture
genevoise au seizième siècle, et bien qu'on ne puisse dire, faute de termes de comparaison, si ce sont des portraits ressemblants, il n'est pas téméraire de le supposer. Le sculpteur était un artiste habile ; son ouvrage , fait pour être vu à distance, et par cela même traité largement, dénote une grande assurance ; le buste féminin, supérieur à l'autre, n'est pas dépourvu de charme'. »
Comme Gaspard Favre ne mourut qu'en i556, un an après la défaite des Libertins, on est sûr que ceux-ci durent se réunir souvent chez lui, comme chez son père et son beau-frère, qui semblent avoir habité ensemble, quand ils n'étaient pas dans leurs maisons de campagne, l'un à Ruth et l'autre à Pregny (voir aux Appendices).
Autrefois, tout était clair ici.
Des cours, des courettes et des
Maison l'avrc. La porte d ciun i idaprcs une photographie de M. Boissonnasi. (p. 201.
allées, enfoncées dans l'air noir et humide ? Non certes : quand y venaient les Favre et les Perrin. il y avait les jardins, le lac et le ciel".
I. . Deux bustes affrontés en forment le motif principal ; à gauche, celui d'un homme d'âge mûr, aux traits accentués, à la barbe épaisse et à la moustache bien fournie, portant, sur une cotte de mailles, une armure très ornée (on n'en voit à la vérité que le haut du plastron et les épaulièrcs) et un casque assez bizarre en forme de petite salade, avec visière relevée; à droite, celui d'une femme, dont la coiffure -les cheveux ramenés en deux mèches sur le front et un chaperon détofTc plisséc avec bouffettcs sur les oreilles - doit faire symétrie avec celle du premier personnage. Un motif singulier sépare les deux figures ; il se compose d'une croix latine à très longue hampe fichée dans un . .eur, ce cœur étant circonscrit par un ornement circulaire qui n'est autre qu'un fer de cheval stylisé, si l'on peut s'exprimer ainsi.... bur une courte banderole horizontale, placée derrière la croix, entre les bustes et l'ornement précité, on lit la date .55., qui est celle de la construction de la maison. - Le fer à cheval était la pièce principale des armoiries des Kavre ; et le cœur, surmonté d'une croix à double traverse, était leur marque commerciale. Elle se retrouve sur la porte de la maison de Jean Kavre. • Jacques Mayor; « Fragments d archéologie genevoise. . Bn/M,,. I, p. 506 et ss. - i. }. Mayor, dans ces mêmes ■ Kragmcnts • {liul/r/,,,. 1, p. 77. 7»). parle des découvertes faites, rue du Marché. N" .3, (donc un peu plus loin que la maison d« Ir.vre, et un peu plus
LA VILLE
Et nous voici à la place du Molard. Qu'aurait été Rome sans son forum ? Qu'aurait été Genève sans son Molard ? {Page 207.)
On y vendait, dans la journée; on s'y promenait, le soir. Quand on voulait
s'amuser, on venait ici tirer de l'arquebuse, ou même du canon. On y dressait les tréteaux, les échafauds pour les histoires, mystères et soties. Quand ils avaient envie de se quereller, les partis s'y donnaient rendez-vous, avec bâtons et épées. Que de fois, protestants et catholiques s'y mesurèrent du regard , les femmes avec leurs hachettes sous leurs robes! N'est-ce pas ici que le chanoine Werly reçut le coup d'épée qui mit fin à ses jours, et, tranchant le lien qui attachait Genève à Fribourg et au catholicisme, rapprocha Genève de Berne et de la Réforme ? Ici étaient les halles, le cœur de la foire. Ici logea Servet. Ici débuta
la prédication publique de la Réforme Et
que sais-je encore ' : — N'oublions pas surtout cette date que Pictet de Sergy appelle celle du Griitli genevois et c:[u'il place comme importance à côté des deux principales dates de la Réiormation religieuse, 25 juin i532 («jour où Goulaz afficha à Saint-Pierre ces lignes qui contenaient la Réforme dans toute sa pureté : Repentez-vous et vous repentisse/, afin que vous héritiez du royaume des cieux »), et 27 août i535 (édit législatif de la RéformaticHi -). « A peine aussi décisives, dit Pictet, parce qu'elles furent moins nationales et spontanées ». 11 dit : « Le jour où se tint au Molard l'assemblée des amis des libertés de Genève (le véritable Grûtli genevois), qui décida d'envoyer et envoya deux députés à Fribourg, pour demander la combourgeoisie d'une de
Maison Favrc. Intérieur d'une tjaieric (d'après une photographie de M. Boissonnas
près de la place du Molard), au moment des démolitions. 11 y avait <> deux corps de lo^is, placés à la suite l'un de l'autre, et desservis par un seul escalier extérieur, élevé dans une cour centrale. L'allée traversait entièrement, et dans le sens de la longueur, les deux bâtiments, pour aboutir à une seconde cour, d'où elle se prolongeait jusqu'à la rue du Rhône. On a démoli l'allée et on a trouvé un local long et étroit, composé de trois travées ogivales... sans doute une des nombreuses halles, élevées aux alentours du Molard, dans le courant du 1 5"; siècle. C'était la seule construction de ce genre et de cette époque qui nous restât. » 1. Au Molard eut lieu l'exécution de Spifame, ancien évêque de Nevers, l'amende honorable de Pierre Amcaux, etc. II. Mallet, p. 93, dit que de son tem[)s (1807) avaient lieu au Molard les exécutions qui n'emportaient que des peines correctionnelles. En 1660, on avait établi une cage pour ceux qui étaient trouvés pris de vin. — 2. Inlrodurlioii ti /'Histoire de Genève. — Les placards sur le grand pardon général de Jésus-Christ futent affichés le 9 juin 1532, et le lo août 1535 la messe fut abolie.