‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 2)Chapitre 32 sur 116 · I.A VK.LE BASSE · texte numérisé non relu

I.A VK.LE BASSE

sèrent'. Enfin, trois jours avant la mort de la dite dame, Pcmipone de Bellièvre, ambassadeur de France auprès des cantons suisses, descendit à son tour à l'Ecu. Il avait toute sa suite, et naturellement son aumônier. Jacqueline fit vite part à celui-ci du désir qu'elle aurait de faire communier sa maîtresse. L'aumùnier répondit qu'il ne j^ortait pas sur lui le saint-sacrement, maisqu'il avait dans sa valise un calice et les autres objets de la chapelle de l'ambassadeur, et que s'il était possible de trouver un lieu suffisamment secret, pour y dresser un autel, il célébrerait la messe et consacrerait unehostie. Jacqueline connaissait un lieu secret: la cave où elle avait caché les Savoyards de l'Kscalade. Alors, dans la nuit, l'aumônier entra secrètement dans la chambre de la malade, la confessa, lui fit renouveler son abjuration, puis étant descendu dans la cave avec un officier de l'ambassadeur comme clerc, il célébra la messe et remonta faire communier la maîtresse de Jacqueline. Cela se passait sans doute en i6o3, car en 1604 Jacqueline alla à Annecy -.

Ce serait donc ici, dans une scène pittoresque, représentée par le pinceau de Deschwanden, que'', depuis la suppression officielle de la messe, fut célébrée peut-être la première messe secrète, en attendant les messes publiques de l'Hôtel du résident de France.

Revenu sur la place du Molard, nous trouvons, à gauche, séparée de la porte même par une seule maison, l'auberge de la Rose-d'Or, où logea Servet {Page 216).

Elle était tenue par Revilliod, anciennement Rivilliod [Rivilliodi). Le fondateur de la famille genevoise fut Michel Revilliod, du Chablais, mort avant 1340, et père d'Antoine Rivilliod. Celui-ci, reçu bourgeois de Genève le 3o janvier 1540, fréquemment désigné dans les Registres sous le nom de Sollier', possédait une maison au Perron, et, à son hôtellerie de la Rose, joignit celle du Croissant, qui lui était contiguë, et, quelques années après, celle de la Couronne.

Le 20 avril i543, on vint révéler au Conseil que, « par le bon voUoyer de Dieu, la peste avoit recommencé aut logis de la Rose, aut .MoUard'. «

Mais plus ému, certainement, fut Calvin, quand il apprit que, de ce même logis, une peste, plus dangereuse à ses yeux, menaçait de gagner Genève, la peste servétiste. Servet était là ! Voici les célèbres déclarations de Servet lui-même :

« Sur le vingt-huit respond qu'il n'estoit venu pour passer de là les montz et non point pour demorer icy, et s'en aller au royaulme de Naples, là où sont les Espagnol/ et vivre avec eulx de son art de médicine. Et que expressément

I. Charles dAulnois, p. 37- - «• /*"/•■ P- 38. 39. 47- - :«• « C'est lui [l'abbc dAulnois] qui a commandé à notre peintre suisse Deschwanden le charmant tableau placé sur lautcl, qui représente le saint évêque [saint François de Sales] donnant la communion dans la cave dune hôtellerie de Genève à Jacqueline Coste, cette pieuse domestique qui devint plus tard la première tourièrc de la Visitation d Annecy. . M. labbé dAuhwis, notice sur sa vie et ses œuvres, j.ar M"*. Genève, Duraford, imprimcur-l.bra.re^ place Notre-Dame, 1869, p. 28. - \. • ....Inclus le Horin fault poyer à SoUier pour quelque chose du d.ct afTairc. • M. D. G., m, p. 133. — 3. Registres dit Conseil, Vol. 37. <"• f'^^"-

pour ce fair il s'estoit venu loger à la Rose, et qu'il en avoit ja parlé à Fhoste et à Thostesse pour trouver une barque, pour aller tant hault par le lac, qu'il pourroit, pour trouver le chemin de Zurich. Et qu'il se tenoit caché en ceste ville, tant qu'il pouvoit, affin s'en pouvoir aller sans estre cogneu ^ »

Sans instituer ici aucune discussion, nous nous bornons à noter que Rilliet ne peut accepter le témoignage de Servet comme tout à fait exact : « Malgré son dire, il est probable que dans le logement où il conservait son incognito, il n'était pas resté sans communication avec les gens du dehors. Toujours est-il qu'en dépit

des précautions qu'il avait prises,

(yl/lOidaix)

L'auberge de la Rose d'Or.

(Place du Molard, Archives, Anciens plans), (p. 215.)

OU plutôt parce qu'il n'était pas resté aussi complètement reclus qu'il le prétend, sa présence dans Genève fut découverte, l'éveil donné et lui-même reconnu. S'il faut en croire une relation contemporaine, il aurait pris fantaisie d'assister à l'une des prédications qui se faisaient dans les temples de Genève et c'est là que, même avant le début du prêche, il aurait été aperçu et dénoncé-. »

C'était Antoine Revilliod qui tenait l'hôtellerie de la Rose lors-

que Servet y descendit. Son fils Jean (né le 4 avril i55o et mort le 8 février 1622) embrassa, avec son frère aîné Claude-François, la carrière des armes, au service de l'Autriche. Il s'y distingua fort et reçut de l'empereur Rodolphe II des lettres de noblesse en récompense « de ses connaissances militaires et du courage intrépide montré par lui dans l'expédition de Hongrie, i566.... » Après quoi le brillant guerrier redevint hôtelier à Genève et succéda à son père à la Rosed'Or, qu'il rebâtit entièrement en iSSy. — Son fils Jean compléta l'immeuble, en abergeant de la seigneurie, en 1648, le bâtiment situé entre sa maison et l'horloge, bâtiment qui tombait en ruine et qu'il reconstruisit avec l'arcade •■. Sans que nous puissions bien préciser leur emplacement, pas loin de l'arcade,

1. Cinquième interrogatoire de Servet, du 23 août 1553. Opéra, VIII, p. 770. — 2. M. D. G., III, p. 20. — 'A. Galiffe, Notices généalogiques, Vol. IV. — Un peu plus tard, en 1726, Jean Michel Billon donne les explications suivantes, pour les N»* 9' et 9- de ses plans 29 et 30 : « Maison où il y a pour enseigne la rose. 11 y a, à cette maison, trois corps de logis : savoir celuy où il y a l'arcade de la place du Molard joignant les halles du couchant pour le premier ; — et ensuite, une cave, tout le premier étage du premier et second corps de logis et un galetas et [est] au sieur Etienne Bonet, et tout le surplus du second corps de logis et |est| à Monsieur Jean Rcvillod et tout le surplus du second corps de logis et [est] au sieur Bouvier ; au troisième corps de logis, la boutique et [est] à Monsieur Jean Rcvillod, une cave, le premier étage et un galetas [est] à la demoiselle veuve Revillod, une cave, le second étage et un galetas et [est] à Monsieur Albert Revillod, * p. 43. Quel enchevêtrement! — Nous regrettons d'avoir commis la même

LA VILI.E BASSK 2\J

deux maisons méritent encore d'être notées : i" la maison de Cartelier, un condamne politique, dont nous verrons plus loin l'histoire : « Sa maison et la tour derrier « était « assi/c en la rivière devers TAlle », dit le syndic Balard dans son journal'. On la lui prit et elle fut vendue à Clébergue, «grand riche» {magniis dires), dit le Registre, sauf la tour-; — et 2" Thôtellerie de l'Ange', «au bord du lac, près de l'arcade du Molard, fréquentée par les Suisses s'occupant des affaires de combouroeoisie ». Cette h(")tellerie fut sans doute fermée; en tout cas le Conseil ne permit pas, beaucoup plus tard, qu'on relevât une enseigne analogue '.

erreur que Jean Michel lîillon et d'avoir une fois oublié dans notre second volume l'i de Revilliod (p. loi, n. 3, et à l'index alphabétique). Cet i différencie les Revilliod genevois de quelques familles savoyardes et catholiques, Rcvillod, qui ont peut-être la même origine. Cet i a occasionné au siècle dernier et permis à l'avocat des Revilliod un double calembour : « Les Revilliod, dit-il, sont comme le canard, qui a son nid près de l'eau (son i près de l'o) et ses ailes (1) mouillées. >

{. M. D. G., X, p. 103. — 2. 7 juin 1527. Flournois, Ex/rai/s (Grenus). — .'1. Hlavignac , Enseignes, p. 92. — Borcl, p. 95. — C'est peut-être là que dîna Jean Philippe avant sa malheureuse échauffourée. Voir Jean Calvin, II, p. 688. — 4. « Honorable Pierre Yignier, dict Aubigné, ayant présenté (le 3 février 1647) requeste, pour avoir permission de tenir logis au bas du Perron, de faire peindre l'ange pour enseigne. Arresté qu'on luy octroye la d'= permission en payant quatre cens florins. > {Registres du Conseil, Vol. 196, f. 17.) Mais le Consistoire réclama, déclarant que c'était ♦ non accoustumé en ceste ville et scandaleux >, et à la date du 17 juillet 1647 le Petit Conseil prit la décision suivante : « Lecture a esté faite d'un renvoy du vénébl": consist. portan que Aubigné... [gendre de la vefve de Chapuis] a dressé un logis au bas du perron, où il a fait mettre un ange pour enseigne, dont plusieurs ont esté scandalizés. Arresté qu'il soit mandé au d' d'.\ubigny de mettre une autre enseigne en son logis. » Ibid-, f. io6*'.

JEAN CALVIN III

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