‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 2)Chapitre 34 sur 116 · I.A Vll.l.K HASSK · texte numérisé non relu

I.A Vll.l.K HASSK

1264 et 1266, et c'est à cette seconde date qu"il est mentionne pour la premicre fois '.

Le couvent ■ était entouré d un mur d"enceinte et le mur était percé d'un portail à voitures, avec neuf statues de saints, dont l'un était saint Antoine de Padoue. Dans l'enceinte se trouvaient plusieurs corps de bàtifnents irréguliers, qui contenaient les cellules, une bibliothèque composée uniquement de manuscrits sur vélin, un réfectoire, une étuve pour les bains, un cellier, une écurie pour le cheval que le couvent possédait quelquefois, une fenièrc et un grenier. Un inventaire, fait après le décès d'un Frère, nous montre dans sa cellule une table de chêne, un lit avec son ciel, une table à laver et un pot, un habit, et un autre habit blanc. Autour du couvent s'étendaient les petits jardins des Frères, un verrier entouré de murs, un grand jardin avec une fontaine ^ Enfin, le cloître, pavé, blanchi et peint à l'intérieur et à l'extérieur, communiquait par une porte avec l'église, laquelle était chauflFée en hiver \

Une des peintures dont nous venons de parler a une histoire, celle « d'ung Dieu de pitié », que l'on nommait Ecce homo. En i5o3, la chaleur fit fondre le vermillon des plaies, toutes rouges, et la peinture se mit à produire comme des gouttes de sang. Aussitôt le peuple de crier: Miracle! miracle! Miséricorde! miséricorde.... Il sue le sang! « Et se faloit prosterner devant ceste idole luy criant merci, lui présentant oflFrande, de quoy les moynes n'estoyent pas marris " ». Le peintre éclaircit le mystère.

Voici qui n'est pas moins significatif, si l'on en croit Bonivard. C'était la même année, i5o3. Il y avait à Thonon une assemblée ecclésiastique qui s'occupait de réformer l'extrême licence du couvent. Le 20 juin, syndics et Conseil envoyèrent une ambassade pour qu'il plut au synode « les laisser ainsi qu'ilz estoyent, joueurz, ribblcurs, paiilardtz et enrichis de semblables nobles conditions " I' .

C'est invraisemblalilc, mais peut-être vrai, (^e n'est pas Bonivard, en elTet, ce sont les Registres eux-mêmes qui nous content, outre toutes celles dont nous avons déjà fait mention, les deux histoires suivantes. En mars 1429, « un Allemand (alamamis) fit sortir par séduction, dit-on, de l'église des Frères Prêcheurs, une certaine fille, peut-être sa maîtresse (amasiam), et lorsqu'ils furent dans la rue, sous le crét de Palais, il tua la dite fille d'un coup de couteau. Après quoi il s'enfuit dans le couvent des Frères Mineurs. Car ces Frères ont des petites portes (postellas) par lesquelles ils peuvent entrer et sortir, iintendere et ejicere). Cet homicide fut vu par ceux qui le poursuivaient, buvant

I. Albert Choisy, Noies. M. A. Choisy a hicn voulu nous communi.iucr un travail incîdit, extrêmement complet et documenté, sur le couvent de Rive, travail qu'il a lu à la .Société d'histoire. Nous le remercions encore, et nous indiquons les emprunts que nous avons faits à celte riche étude. — i. Tout près d'une tour de la ville: « turrem ville subtus domum Kratrum minorum ». Registres du Conseil, 4 août M29, I, p. 106. - .3. Il y en avait une devant le couvent: •.... pro tribus lapidibus cxistentibus in fonte antc IVatrum minorum.. 6 juin 1413. Ibid., p. 53. — »• Albert Choisy, Noies. - «. Jean Savyon, Annales de la cité de Genève (éd. Kick), p. 39, 40. — 0. Bonivard, Clironiqiies, Liv. 11, ch. XVII, Vol. I. p. 30'-

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LA VILLE

et mangeant dans le couvent. Puis, par la faveur des dits Frères qui s'administraient {sibi minislrabant) eux-mêmes, il se retira impuni ' ». — Et voici l'historiette non moins suggestive du 4 mars i534. Une femme, Jaquemette, se trouvait ici, près du couvent. Voyant une autre femme qui se rendait chez les moines, elle lui dit qu elle ferait mieux de demeurer avec son mari que d'aller ainsi se débaucher. Deux moines, dont l'un était Jacques Bernard, témoins de la scène, frappèrent Jaquemette jusqu'au sang. Cette fois-ci le Conseil montra des dispositions convenables. Il demanda que les deux moines fussent mis en prison, et de la prison il garda les clefs ^

Le même jour, un citoyen donnait plusieurs coups de pique dans les yeux de l'image de saint Antoine de Padoue. La fin approchait, dans les deux couvents. — Jeanne de Jussie raconte : Un vénérable religieux d'Auxerre prêchait au couvent de Plainpalais. Subitement « un levraut tout vif fut jette parmi le peuple, dont toute la compagnie fut troublée. Car aucuns crièrent, tout à haute voix : Fermez les portes! fermez les portes! De cette exclamation le peuple fut tout espouvanté, craignant quelque trahison. Les hommes commencèrent à desgainer leurs épées et poignards pour se défendre. Le pauvre prescheur cuidant que ces Luthériens le voulussent mettre à mort avec tout le peuple tomba de la chaire à terre tout pasmé. Néantmoins n'y eust autre chose ^... » — On peut dire que c'étaient les derniers craquements annonçant la ruine complète.

Le couvent de Rive avait eu une histoire dont nous pouvons noter quelques faits.

Le 5 octobre i3o4, c'est ici qu'eut lieu un grand banquet à propos de la consécration de révoque Aimon du Quart '*.

Ici arriva le pape Martin V, le 1 1 juin 1418, revenant du concile de Constance, qu'il avait clos le 22 avril. Il était accompagné de quinze cardinaux, du duc de Savoie et d'une suite très nombreuse, si bien que l'évêque de Genève, de Bertrandis, en ce moment à Thonon, écrivit aux syndics que « les gens du pape et les autres personnes formant sa cour, se plaignaient hautement du manque de vivres, particulièrement de pain "'. » 11 en repartit après un séjour de trois mois, le 3 septembre.

C'est ici que logeait le duc Louis, en 14(32. — Il s"y était réfugié avec sa femme Anne et ses Cypriotes, le 14 juillet, pour échapper aux violences de son fils Philippe, comte de Bresse. Mais celui-ci entra dans la ville, le 1 1 octobre, avec une suite nombreuse, et si le récit des annalistes, faisant arriver de nuit le fils dans la chambre de son père, est inexact, il n'en est pas moins vrai que Philippe se hâta de mettre la main sur le vidomne, puis sur l'un des favoris de la duchesse, et que le duc eflFrayé, et furieux de ce que les syndics eussent,

1. Registres du Conseil, I, p. 102. — Le même procès-verbal parle d'un autre Allemand (alaiiianus) qui se retira du couvent de Plainpalais après avoir blessé un nommé Florimont. Ibid. — â. Flournois, Extraits (Froment). — 3. Levain du calvinisme, p. 59. — 4. M. D. G-, IX, p. 97 et p. 300. — 5, //'/(/., II, p. 162.

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malgré lui, laisse pcnctrer son fils dans Genève, quitta la ville, alla à Chambcry et finalement se réfugia à Lyon, auprès de son gendre, le roi Louis XL Là, accomplissant une de ses menaces, il persuada le roi (ce ne dut pas être difficile) d'établir les foires de Lyon au même moment que celles de Genève. (Edit du 20 oct. 1452.) Ainsi c'est au couvent des Cordeliers que se passa l'un des événements qui influèrent le plus sur la richesse de Genève. — Toutefois, le II novembre 1462, la duchesse était à Genève, où elle mourait. LUc fut inhumée avec l'habit de saint François, dans le couvent des Cordeliers, dans la chapelle de Notre-Dame de Bethléem, qu'elle avait fondée '.

C'est ici que logeait le cordelier Christophe Bocquet. Il prêcha l'Avent de i532, et, nous est-il dit, « presque tous ont agréable et entendent très volontiers ». Alors le Conseil, voulant interdire toute prédication dans les « maisons particulières, » et cependant satisfaire ceu.\ qui demandaient la parole de Dieu, » décida (2 janvier i533) de retenir un prédicateur aussi rare « jusques au Carême prochain, aux dépens des sept curés de la ville "-. » — C'est ce Bocquet, dont les auditeurs, « son sermon parachevé, » couraient « derechief ouyr prescher Fromment en la salle qu'il avoit louée » à la Ooix-d'Or^. Naturellement, les moines furent peu contents d'un prédicateur trop « cougnoyssant la vérité '* » évangélique, et ils déclarèrent au Conseil qu'il n'y avait point de cellule pour lui en leur couvent; mais, le 3i janvier, le Conseil envoya les syndics au dit couvent et en fit sortir les religieux étrangers pour faire place à Christophe Bocquet ''.

Alors se déroulent des faits racontés par de fort curieux documents. Le lendemain du jour où le Conseil avait ainsi dompté les résistances des Frères Mineurs, quelques partisans de la Réformation, passant le soir, vers huit heures (i" fév.), devant le couvent, y entendirent du bruit. Ils crurent qu'on maltraitait leur prédicateur préféré. Aussitôt, Ami Perrin, Jean Goule, Claude Salomon, Darloz, Ltienne et Besançon Dadaz se précipitent; ils envahissent le dortoir. « Il les trouva (dit un des Frères dans sa plainte du 2 fév. i532) dans le dit dortoir, et un religieux étranger du dit ordre, qu'ils brutalisaient en le frappant avec leurs épées dégainées; ce que voyant, et saisi de crainte, il ferma la porte de sa chambre. Les prénommés lui demandèrent de la leur ouvrir, et dirent : « Allons vers cestuy, car il se saulve ». Et comme ils poussaient ainsi contre la porte, le dit plaignant les interrogea sur ce qu'ils demandaient. A quoi lui fut répondu par l'un d'eux : « Rufien, nous te cherchons. » Et comme il ne voulait pas ouvrir la porte, ils s'efforçaient de la briser. Entendant cela, le dit plaignant, craignant qu'il ne pût lui arriver quelque chose de plus fâcheux, ouvrit cette

i. Voir pour les textes et les preuves de ces événements, Borel, p. 15-22, et Gautier, I, p. 383-392. — Ici trouve place la curieuse anecdote racontée par Bonivard, sur les procédés dont usait la duchesse Anne pour faire parvenir de l'argent à son fils, le roi de Chypre: < Pour mieux à la couverte le faire, elle avoit achapté la charge de trois ou quatre mulets de fromaigcs tendres fort exquis, que l'on appelle en Savoye frommaigcs de ChaiilenierU, avait osté tout le dedans, mis au lieu de l'or, des pierres précieuses, etc., et les cnvoyoit en Chyprcs, feignant y envoyer un présent de fromaiges. > Chroniques, II, v. i l'I.iMmi.is Extraits (Froment). — 3. Froment, p. 21. — i. Ibid. — 5. Flournois, Extraits (Froment).

porte, et les inculpés entrèrent dans sa chambre, et après plusieurs paroles injurieuses les nommés Jean Goule et Ami Perrin le frappèrent et blessèrent violemment avec leurs épées dégainées, soit avec les pommeaux, de plusieurs coups à la tête jusqu'à amener une très grande effusion de sang, ainsi qu'il apparaît des blessures et du sang répandu. Et entre autres paroles, en le frappant ainsi, ils lui disaient : « Tu nous empesches de fère ce- que nous voulons » fère, Caffars,. abuscurs de gens ; mes ce n'est pas toi principalement que nous » cherchons ; tu auras ce, pour le temps passé. » Et comme ces faits se passaient survint R"* S^"" M^ Barthélemi Ferrât, docteur en théologie et gardien, qui les » reprit, en disant: « Messieurs, que feictes-vous ? le couvent est vôtre; il ne » faut pas que vous tués ainsi les religieux '....»

C'est par cette brutale révolution — les excès provoquant les excès — que le vieux foyer d'ignorance et de superstition, devint le berceau officiel de la Réforme.

En i534 — c'était de nouveau aux Franciscains à prêcher le Carême — le gardien du couvent de Chambéry, Coutelier, remplaça Bocquet. 11 se montra beaucoup plus intransigeant en matière dogmatique. Or, les temps avaient marché. Et le i^' mars, après sa prédication, Baudichon annonça tout simplement au peuple que, tout à l'heure, on ferait sonner la cloche, et que là, dans la chaire, Farel monterait et prêcherait. C'est ce qui eut lieu, avec l'autorisation tacite, indirecte du Conseil ".

Ce n'était pas assez d'avoir prêché dans le couvent; les Réformateurs vinrent y habiter.

Le 2 avril i535, les Registres portent : « G. Farel et P. Viret, prédicateurs de iEi'angile. On parle de leur donner une demeure, et, parce qu'on ne trouve point de lieu plus commode que le couvent de Rive, on résout que Messieurs les syndics visiteront le dit couvent et leur y donneront une demeure honnête, là où ils trouveront de la place '. » Et Jeanne de Jussie : Ee « chétif prédicant » G. Farel, et P. Viret prirent « possession et résidence au couvent de Saint- François en la chambre du révérend père suffragant * ».

Enfin et surtout « au grand auditoyre du couvent"' « eut lieu, du 3o mai au 24 juin i535, la fameuse dispute qui eut «pour conséquence immédiate les événements d'août i535, la destruction des « images», l'abolition de la messe par le Conseil, le départ des chanoines, des prêtres, des religieux et des Clarisses ® ».

C'est sans doute en i534, après le Carême, que les moines, qui ne voulaient pas abjurer, quittèrent le couvent ; et, au chapitre provincial tenu à Grenoble,

1. Albert Choisy, Noies. — 2. Vo'\r Jean Calvin, II, p. 128. — Dans la nuit du 23 au 24 mars 1534, les neuf statues de saints, placées sur la façade, furent mutilées. — Le 29 septembre, une autre statue, sur la porte de Rive, fut mutilée à son tour, et le Conseil la fit ôter, « cela étant plus honnête que de la laisser ainsi sans tCte. > — .1. l'Iournois, Extraits (Grenus). — 4. Le levain du calvinisme (édit. 1626), p. 106. — fi. Kromcnt, p. 137. — tl.Th. Dufour; •< Un opuscule inédit de Farel. Le résumé des actes de la dispute de Rive, 1535. . M. D. G., XXII, p. 201.

le 23 avril i?3?, ils liicnt déposer de leur oflice les Frères restés à Genève. Ceux-ci, par acte du 8 juillet i535, donnèrent tous les biens du couvent aux syndics et à la communauté de Genève pour sustenter et alimenter Diôpital. Kn compensation on leur assurait de quoi vivre'.

Le couvent (comme nous le verrons plus loin) abrita l'écojc, ou collège, jusqu'en i55i). .Mais dès le 12 août 1542 il est ordonné d'y établir une charpenterie publique, charpenterie ou « chappoterie, soit lieu où on dresse les bàtimens du public et (u'i travaillent les charpentiers'. » Le 10 avril 1548, il est décidé d'abattre le temple de Rive, et d'aberger la place à des particuliers pour y bâtir des maisons. Le couvent devint le grenier à blé en i625 •', et fut partiellement démoli. Mais les greniers construits à la place s'elïondrèrent partiellement aussi, la même année. Tous tombaient de vétusté lorsqu'on les abattit en 17G9. La reconstruction fut terminée en 1774*. La démolition de la porte de Rive, en i83o, donna occasion de transporter l'horloge qui s'y trouvait sur la façade du grenier à blé. Lt entin le dernier de ces bâtiments successifs a disparu complètement en i8()8.

Il en restait deux objets: le bénitier que De La Corbière dit «être encore dans la charpenterie. » .Mais une note, à côté, postérieure, dit : « a été mis à Saint-Germain en 1806 pour le service de l'église catholique. » Nous verrons que ce bénitier semble avoir disparu; — et la cloche, la lîellcrive que nous retrouverons à Saint-Pierre.

t. Albert Choisy, Noies. — 2. M. D. G., XXII, p. 273. — .'i. Ibi<l. VI, p. 5- - *• Voir Cahorn : « Le grenier à blé de Rive. » {Journal de Genève, 9 mai 1897.)

SIXIÈME PARTIE De la porte de Rive à la porte de la Cité par la Madeleine, etc.

1^ Rive et de son couvent revenons à la place Notre-Damedu-Pont, en traversant ce qui est aujourd'hui la ville moyenne, mais ce qui fut la première ville basse, à l'époque où le lac et le Rhône venaient au Molard et n'avaient pas encore fait place à la rue du Rhône.

Après être remonté quelques pas dans la rue Verdaine, prenons, au N° 24, presque en face de la ruelle de la Vallée, l'allée pittoresque avec ses montées et ses descentes qui nous conduit sonibrement à la rue du Boule (aujourd'hui rue de la Fontaine). Nous sortons au N° 23, presque en face de la rue de Toutes-Ames; et cette disposition nous prouve que ce passage, cette communication continue, doit e.xister de toute antiquité. — Aujourd'hui, nous retrouvons là air et lumière. Mais il n'y a pas un demi-siècle nous aurions encore débouché en face d'une porte et d'une ruelle, qui, plus anciennement, nous aurait mené au cimetière, autour de la Madeleine *.

Les noms de Limbes, de Purgatoire, de Toutes-Ames n'existaient pas alors*: ces noms et ces ruelles n'ont apparu qu'au fur et à mesure que le cimetière luimême a disparu. Ici encore nous constatons que la fin du seizième siècle et le dix-septième siècle ont restreint les espaces libres. Que devinrent, par exemple, les jardins mentionnés en 1475 au haut de la rue Verdaine, tout près de la sortie du passage de Muret ?

Le cimetière avait des portes ■' (Page 289), et, dans son enceinte, contenait sans doute la cure. C'est donc ici qu'il faut placer la scène de la fin de l'année i532.

1. « Supra cimisterium Béate Marie Magdalenes, ex oriente ; supra cimisterium a parte occidental! », dit l'inventaire de 1475. M. D. G., VIII, p. 335. « Dans la rue du Paradis, au jambage de l'Cglise le plus rapproché de l'arcade qui va à la rue d'Enfer, il y a une pierre ronde, autour de laquelle sont écrits ces mots: « Mie est scpultura Pétri Batrie. » Et au milieu sont les lettres JHS. Enfin, Jeanne de Jussie rapporte que, dans la nuit du dimanche au lundi de Pentecôte de l'année 1534, on arracha deux beaux anges du cimetière de la Madeleine. > Archinard, Les édifices religieux de la vieille Genève, 1864, p. 1S6. — 2. Galiffe, p. 161, 162. — :i. Selon De La Corbière, on voyait ces portes à la rue du Boule et à la rue d'Enfer. Archinard, p. 186.

LA VILLE BASSE

C'était le moment des prédications de Froment. Un vicaire de la Madeleine, Claude Pellin, et quelques amis du prédicant, Ami Perrin, Claude Bernard, Salomon dit Pasta, parlaient des discours auxquels la foule accourait. I.e vicaire s'engagea à soutenir par les saintes l\criturcs que le dit Froment avait erré. Toutefois il ne voulait pas de dispute publique. Il leur « montrerait un livre. »

Le 3i décembre, il y a réunion à la cure de la Madeleine.

Selon les mœurs du temps, les honorables citoyens envoyent quérir du vin. En arrivant ils jettent leurs épécs sur le lit et commencent à boire avec plusieurs prêtres, et la discussion commence. Mais voici que le prêtre a devant lui un gros infolio de Nicolas de Lyra ' : c'est l'autorité qu'il entend invoquer. Les citoyens ne l'avaient pas compris ainsi et se récrient :

« Vous deviez réfuter ce qui a été dit par Antoine Froment par les paroles et les écritures de Dieu. » La dispute s'échauffe; une troupe de prêtres entrent dans la maison, conduits par un certain pédagogue,

nommé de la Roche, lequel tient son épée dégainée. Les citoyens se lèvent. « Nous sommes venus à la bonne foy, s'écrie Claude Bernard ; nous avons envoyé quérir à boire ; nous avons jeté nos épées sur le lit et nous ne sommes venus que quatre dans votre maison pour disputer ; et cependant vous avez fait venir séditieusement une troupe de prêtres en armes. Que veut dire cela ? » En même temps il saisit son épée de dessus le lit. Ses trois compagnons l'imitent. Alors les prêtres effrayés font sonner le tocsin par des gens apostés dans le clocher.

». Il y a à la Bibliothèque publique un gros in-folio manuscrit, dont les feu.lles sont en ,.archemin. et qui commence par cette note : « Ce livre a baillé Jaques Bernhard au lieu dung tel à 1 mipress.on appartenant à cestc ville de Genève. . 11 n'est pas sûr que la note soit de la main de J. Bernard lu.-mèmc Le début du volume, en leUres gothiques, est celui-ci : « Incipit postilla magistri Nichola, de hra de ordmc fratrum minorum super novum tcstamentum collatio. . - Serait-ce le Nicolas de Lyre dont se serv.t le vicaire }

Arcade à la rue des Limbes, (p. ;3S.)

C'était midi. Au dehors la foule accourt, les uns pour soutenir les citoyens, les autres pour soutenir les prêtres, et le sang va couler, quand, heureusement, le

Lieutenant de la justice arrive :

M. de Châteauneuf impose silence.

Les citoyens obéissent avec humilité. Mais le chapelain de Saint- Germain, avec son frère, malgré tout, court avec emportement et furie, tout armé, vers la Madeleine, se rebelle et veut même frapper le Lieutenant de son arquebuse....

Cependant tout finit par s'apaiser '.

L'église de la Madeleine ressemble aux autres églises de Genève, dont les façades n'offrent pas grande différence entre elles :

Saint- Gervais, Saint-Germain, l'Auditoire : un portail, et au-dessus une fenêtre. {Page 241.)

« Après les cryptes de Saint- Gervais, dit Blavignac, le clocher de l'église de la Madeleine est le plus ancien monument sacré que possède Genève.... Carrée à la base,... octogonale dans la partie supérieure , la tour se terminait ,. 1 p , autrefois par une pyramide en

I assaLjf cIls r.arriercs. (p. 2431 ' ' -

pierre ". « C'est en i i lo qu'il est pour la première fois fait mention de l'église : « près du lac ^ », est-il dit. (Nous avons expliqué qu'il ne fallait pas prendre l'expression tout à fait à la lettre). Mais l'édifice fut plusieurs fois incendié : en i32i

I. Flournois, Extraits. — i. Hlavif^iiac , Histoire de l'architecture sacrée (1853), p. 198. — Pictet de Scrgy (Genève, I, p. 77, n. i) rapporte la tradition suivante: « Quand on bâtit l'église, une pauvre ouvrière, nommée Marie Madeleine, légua tout ce qu'elle possédait.... On sculpta à la naissance des arceaux et à la clef de la voûte du chœur des rouets — son outil. — Une fête populaire a conservé cette tradition jusqu'à nos jours I1845I. Cette fûte a encore été spécialement célébrée en 1835. * En réalité, ces sculptures représentent les armoiries de la famille de Rolle, qui reconstruisit l'abside de l'église. Voir J. M., Bulletin de la Société d'histoire, I, p, 67. — :!. Guy, évêque de Genève , donne au monastère de Saint-Oyen de Jou.x (Saint-Claude)... ecclesiam etiam sanctœ Mariœ Magdalenœ , infra ipsani civitatem gebennensein , juxta laciim sitatii. R. G., N" 248.

La Madeleine (d'après une vieille gravure, une S(;pia de 1854, etc.) (p. 240.)

JEAN CALVIN III

LA VILLE

(i8 mars) toute la rue, est-il dit, du côte du lac et toute la ville neuve jusqu'au marché' ; en i334, avec les deux tiers de la ville; en 1480 avec tout le flanc de la colline, l/église fut complètement restaurée en 1446-, réparée en 1611, refaite — pour la façade, — en 1846 ^

Intérieur du temple de la Madeleine (gravure de P. Escuyer, vers 1825).

'( Une des chapelles est encore décorée d'écussons représentant sur fond d'azur une mule harnachée, ayant pour cimier un ange à la robe de pourpre, tenant un llacon d"or''. » — Sans doute cette chapelle avait été fondée par Thôte d'une auberge fameuse, qui se trouvait précisément en face de la chapelle, et s'appelait la Mule''. C'était, dit-on, la plus ancienne auberge de la ville. Placée au-dessous de l'évèché, elle avait dû être originairement destinée à loger, avec leurs mules, les étrangers qui avaient affaire avec l'évêque ou son administration. « Une enseigne, souvent renouvelée, mais gardant toujours sa date primitive de Tan 1000, a été suspendue à cette maison, jusqu'à nos jours», dit Pictet de Sergy, en 1845*.

I. M. D. G., IX, p. 305. — 2. La chaire en pierre date de 1539. H. Mallet, p. 152. — Cette chaire n'existe plus. - ;t, Magnin. — 'i. Blavignac, Enseignes, p. 8. — îi. Jùid., p. 7. — <• Sur le sol de la maison qui fait l'angle de la petite Madeleine, vers les barrières (rebâtie il y a vingt ans, par M. Junod, son propriétaire actuel). > Pictet de Sergy. Genève, I, p. 77. — (i. Jbid., II, p. 226, et I, p. 77. — D'après le même auteur, au milieu du quinzième siècle, « la population ecclésiastique... était logée dans les rues alentour de la Madeleine, presque toutes à noms théologiques (de Toules-Aines, Purgatoire, Paradis, des Limbes, A' Enfer), et s'étendait par la rue Du l'.oule, jusqu'au golfe de Longeniale, oii l'évêque avait une maison de campagne. > Ibiil., II, p. 22.).

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