Chapitre ou données en
1467, en i4()5, par divers chanoines''.
Rendons-nous tout de suite au choeur, qui occupait non seulement l'abside, mais le tiers de la nef. Devant est le maître-autel ; en arrière, dans l'abside, le trône de Tévêque. Dans la nef, à droite, adossée au quatrième pilier '\ s'élève la chaire.
Ce chœur, du quinzième siècle, était fermé et orné splendidement à droite et à gauche par les fameuses stalles, commandées à Jean Prindal par le Chapitre, le !"■ juillet 1414. L'artiste se char-
I. Sailli- Pierre, Kàsciculc II, p. 47-49. — 'i. Chroniques, Liv. I, ch. m. — .'t. 1480, 1498, dit lîlavignac. M. I). G., IV, p. 40. — 11 n'y a plus aucun vitrail ancien à Saint-Pierre de nos jours. Ceux des fenêtres inférieures de l'abside sont au Musée archéologique ; ils ont été remplacés par des fac-similé. — 4. Le pre-
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geait de les exécuter en deux ans pour 700 écus d'or, sur le modèle de celles des Frères Mineurs de Romans en Dauphiné. Ces stalles ont été un gros sujet de discussion, car leurs sculptures devaient représenter la vie de saint Pierre : or l'apùtre en est absent. Mais nous ne possédons pas toutes les stalles, et peutêtre le sujet fut-il change entre la décision et l'exécution '. — Dans les stalles qui nous restent*, la partie supérieure représente alternativement un prophète et un apôtre, et parmi ces personnages se remarque la sibylle d'Erythrée. (Page 282.)
En avant du chœur était le maître-autel. Ici furent sacrés évéques : Jean de Bertrandis, Jean de Courtecuisse, Antoine Champion, Pierre de la Baume. Ici célébrèrent la messe les papes Grégoire X et Martin V.... Outre ce maître-autel, Saint-Pierre contenait beaucoup d'autels et quatorze chapelles. Les familles nobles, celles de la riche bourgeoisie, aimaient à avoir leurs chapellenies de famille, qu'elles dotaient plus ou moins richement, et dont le rectorat se perpétuait parmi les ecclésiastiques de la maison^, ce qui donnait le droit d'être enterré à l'endroit où l'on avait souvent prié. Saint-Pierre comptait, d'après Besson, plus de cent de ces chapellenies. — Des quatorze chapelles, plusieurs ont été le théâtre d'événements politico-religieux importants. — C'est sur l'autel de la chapelle Sainte-Catherine que les évèques et leurs employés devaient, à leur entrée en fonctions, jurer de respecter les Franchises. Le 11 avril i523, le dernier évèque, Pierre de la Baume, prêta le dernier serment. — C'est la chapelle de Saint-Michel qui était la chapelle des comtes de Genève \ et aussi la chapelle de la ville. Les syndics, les conseillers allaient le mardi et le vendredi, jours du Conseil, devant son autel, assister à une messe officielle. En iSyi, on mit devant cet autel les premières archives, « les lettres et secrets de la ville, » enfermées dans « une arche de noyer, ferrée avec trois serrures et leurs clefs, attachée au mur avec des chaînes de fer, pour qu'on ne puisse pas l'emporter » '\
iMalheureusement, nous ne connaissons plus l'emplacement exact que de deux ou trois chapelles. Dans la chapelle de Notre-Dame, au sud du chœur,, Guillaume
mier pilier du chœur, dit Blavignac. Ce chœur existait encore en 1537. Ce fut sans doute en août 1543. quand on changea la chaire de place, que ce chœur fut démoli. On voit dans les avant-derniers piliers de la nef des traces de la clôture du chœur, qui, moins grand, aurait été insuffisant pour contenir tous les membres du clergé. M. D. G., Blavignac, IV, p. 117, et n. 2. Voir Ibid., VI, p. 103.
i. M. D. G., Rigaud, IV, p. 54 et n. i. — « Il est en tout cas certain qu'il se passa bien longtemps entre la décision et l'exécution. Par leur style, les stalles datent non pas de la première moitié du XV"-' siÈclc, mais de la seconde. • Note de M. Camille Martin. — â. Des hautes stalles qui, dans la moitié du dix-septième se trouvaient à Saint-Pierre au nombre de vingt-deux, onze furent mutilées en 1675, à l'occasion de l'établissement des tribunes. Restaurées en 1847, elles se trouvent actuellement le long du mur, en face de la chaire. Les onze autres furent détruites au milieu du dix-huitième siècle, et on n'en conserva qu'une partie pour confectionner le dais actuel ou abat-voix de la chaire. M. D. G., Blavignac, VI, p. 143. '44- — Vingt et une stalles, appartenant au même groupe que celles de Saint-Pierre, se sont trouvées établies dans l'église de Saint-Gervais. Il n'en reste plus que seize, une rangée toute entière ayant été détruite, hlles ont été mutilées et ont servi aussi pour le dais de la chaire. Ibid., p. 14S, 149- Galifîe, p. 203. — D après une autre manière de voir, que nous communique obligeamment M. l'archéologue Fréd. Th. Dubois, les stalles de Saint-Pierre comme celles de Saint-Gervais proviendraient de l'église des Frères Mineurs (franciscains) de Rive, dans laquelle on sait que la Confrérie des marchands riorentins de Genève avait fondé une chapelle dans la seconde moitié du XV>= siècle. La présence de l'image de saint François et celle d'une
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de Marcossey fut enseveli en iSyy.
Son caveau fut recouvert d'une grande pierre tombale. Au dixseptième siècle, la dalle fut simplement retournée et servit pour le duc de Rohan, et l'ancienne chapelle Notre-Dame devint la chapelle Rohan actuelle ^ — De l'autre côté du chœur était la sacristie, qui donnait au dehors par une porte (elle existe encore), en face des Degrés-de-Poule.— Enfin, à côté de la sacristie, au fond du transept septentrional, se trouvait la chapelle de Sainte-Croix (qui donnait le nom à l'église, en tant qu'elle était paroissiale; car elle était cathédrale sous le nom de Saint-Pierre et paroissiale sous le nom de Sainte-Croix)^ où Ton conservait des parcelles de la vraie croix. En 162g, Emilie de Nassau, duchesse de Portugal, y fut ensevelie. Une de ses filles vint reposer à ses côtés en 1647. De là le nom de chapelle de Portugal.
De tous les anciens meubles et ornements de l'église, que restet-il ? Les tapis ont disparu ; le trésor a disparu ; les vitraux ont été presque tous brisés; les stalles ont été mutilées. Que reste-t-il intact? la vieille Bible et son lutrin •', la vieille Bible du onzième siècle, écrite sur vélin, et placée sur un lutrin de fer doré '*. Verbiim Dci manebit in cvtcnium ! Ce n'est pas la Réforme qui a donné un démenti à la parole divine. Les iconoclastes ont respecté le vrai trésor. {Page 285.)
Heur de lys florcncée sur les stalles en question se trouveraient ainsi expliquées. — 3. Galiffc, p. 177, 236.
— 4. Saint-Pierre, Fascicule II, p. 38 et n. i. — .'i. Galiffe, Matériaux, I, p. 871, et Galiffe, p. 236, n. 2.
I. Le duc de Rohan mourut le 13 avril 1638. On amena son corps à Genève et il fut enseveli dans la chapelle qui porte son nom, le 18 juin. — En 1885, la pierre tombale fut retirée de sa place. Elle est I)Iacée au Musée épigraphiquc. Saint-Pierre, Fascicule II, p. 44,92, 121. — 2. Flournois, Remarques, f). 107.
— La paroisse de Sainte-Croix était une des sept paroisses de la ville. — •'!. « On conserve dans la bibliothèque pul>li(|ue une Hible latine, manuscrite, sur vélin, dont on se servait vraisemblablement au chœur, et qui était placée sur un (jrand lutrin de fer doré, qu'on garde avec elle. Cette Bible précieuse doit avoir été écrite au plus tard dans le dixième siècle, comme il paraît par l'écriture, qui est très belle.... Bonivard parle de cette Uible dans ses C/ironif/iies. » Senebier. — 4. L'un et l'autre sont dans la Salle Lullin.
La pierre tombale de l'évèquc G. de Marcossey.
(Dessin de M. J. Mayor. Bulletin de la Société d'histoire
de Genève, I, p. 1 18).
LA VILLE HAUTE
Le dimanche 8 août i535, Farel monta dans la chaire de Saint-Pierre', et deux jours après, lo août, le Conseil vota que la célébration de la messe serait suspendue.
Les citoyens émancipés du joug catholique n'avaient pas attendu si longtemps, c'est-àdire deux jours, pour réaliser leurs désirs. L'après-midi même de la prédication de Farel, les
Armes du chapitre, détail sur les cinq - clous -• de la vieille Bible.
Statues de la cathédrale étaient brisées.
Nous avons déjà reproduit le récit pittoresque de Froment ■.
Comme suite, voici le récit sobre et singulièrement modéré du
1. D'après Jeanne de Jussie, il y serait déjà monté en 1530. «Les luthériens se firent ouvrir l'église,... ils menoicnt leur maudit prédicant nommé maistre Guillaume Foret, lequel se mit en chaire et prcschoit en lanjjue allemande. » Et sœur de Jussie dépeint les luthériens sautant par dessus les autels « comme chèvres. » (Le levain du calvinisme (1626), p. 19.) Il est certain que Karel ne prûcha pas en allemand : il ne connaissait pas cette langue, et n'était pas à Genève. Il s'agit sans doute de l'aumônier des troupes bernoises. — î. Voir Jean Calvin, II, p. 136.
Bible et lutrin, d'après photographie et croquis, (p. 284.)
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chanoine Grillet : « Les syndics firent abattre les deux grands autels du chœur de la cathédrale, de même que les dix-sept chapelles qui décoraient les bassesnefs et le cloître de l'église. On en détruisit toutes les images, à l'exception des vitraux du sanctuaire, que l'on y voit encore aujourd'hui [1807], et d'une belle peinture à fresque représentant la sainte Vierge, dans la chapelle au-dessous du clocher, du côté du midi, qui fut seulement effacée en l'an 1643 *. »
Cependant, tout ne fut pas accompli en un jour. Les images avaient été brisées par une révolution populaire. Le 29 août 1541, le Conseil arrête, afin que le temple soit plus « commode » pour la prédication, « que le grand jubilé [jubé] du cucur [chœur] soyt mis bas, et soyt fayct une belle chère [chaire] propice, et les formes [stalles! soyent mises aut lieu plus commode -. »
Les orgues disparurent un peu plus tard, i562. Elles furent fondues et ser- \ircni à couler les semaises dans lesquelles on mit le vin de la communion ^.
La cathédrale revêtait ainsi peu à peu son costume sévère. La couche de détrempe, passée aux voûtes, avait-elle été incomplète ou trop légère? En 1643, les spectables pasteurs représentent, « au subjet de la blanchisseure du temple, qu'il est à propos de faire effacer les peintures qui s'y trouvent encore, et celles qui sont en la voûte, au-dessouls, au droit de la porte, par où on va au Consistoire, attendu que des capucins et autres papistes y sont venus exercer leur superstition. » — Et le Conseil décida « de faire oster les d'" peintures, et passer du blanc dessus en sorte qu'elles ne paraissent plus ''. »
Ce n'était pas fini, car, si tout fut enlevé, rien ne fut remplacé. En iSyy, des portes et des fenêtres manquaient encore. Les oiseaux, trouvant dans les vastes chapiteaux des emplacements favorables pour leurs nids, avaient pris possession de 1 église' : « A esté proposé que les arondelles commencent à entrer dans S' Pierre, où, oultre le grand bruit qu'elles y font, elles gastent aussy les accoustrements aux hommes et femmes. A esté arresté qu'on face fermer les portes à volet, qu'on apele, ou qu'on mette des filetz, ou fils d'archaux, aux fenêtres. » Des fils de fer, mais pas de vitres !
Et, cependant, dans sa nudité austère et froide, la vieille cathédrale attirait, dès cinq heures du matin en été, dès six heures du matin en hiver, des foules nombreuses et recueillies, qu'elle n'avait jamais vues du temps de sa richesse parée et séduisante.
I. Diclioniiaire historique, etc., des clépartcmciits du Mont-Blanc et du Léman, 1807. II, p. 302. — 2. Registres du Conseil, Vol. 35, f. 301. — ."). Au milieu du seizième siècle, < les vases, que recommandaient la pureté de leur forme et leur élégante simplicité, ont presque tous été détruits. La Société d'histoire et d'archéologie en possède un, dont la conservation est due au zèle de M. F. Soret, qui l'a heureusement retiré des mains du fondeur. . M. D. G., Blavignac, IV, p. 1 10, n. 2 et n. a. — On lit, en effet, au compte rendu de la séance du 30 octobre 1845 de la Société d'histoire : « Ancien vase de communion en étain, fabriqué avec les tuyaux des orgues de Saint-Pierre, présenté et donné à la Société par M. Frédéric Soret. . Mémorial, p. 65. — Ce vase est de nouveau perdu. — 4. 25 août 1543. Registres du Conseil, Vol. 142, f. 316' " V. (Quelques jours auparavant (4 juillet), un syndic et un conseiller rapportèrent qu'à l'issue du prCche ils avaient visité l'église et reconnu qu'en un endroit . la muraille se desmène d'un costé et d'autre. . On décide de faire faire une enquête. (Vol. 142, f. 226V.) Les avis des maçons sont rassurants. — 3. 29 mars 1577. Ibid., Vol. 72, f. 45.
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Saint-Pierre devient trop étroit! En 040, on multiplie les cultes; on décide qu'on y prêchera, outre le dimanche, les lundi, mardi et vendredi, et que tous les conseillers devront s'y rendre sous peine de privation de leurs gages. — Afin de faciliter Tacoustique, le 29 août 1043, le Conseil « ordonne que la chère sera bien commode de la fèrc aut premier pilier, prest du cucur du temple de S' Pierre, du costé de la grosse cloche ', » place qu'elle occupe encore aujourd'hui.
En i568, on établit des troncs pour les pauvres, aux portes de Téglise : une innovation protestante. — En 1660, on place des bancs : encore une innovation protestante, car les protestants vont au temple pour écouter la lecture de la Bible, le sermon. Les églises catholiques avaient au moyen âge un peu de paille, l'hiver : elles ont très rarement des bancs fixes. — Enfin, les places, manquant de plus en plus, «de 1660 à lôgS, on établit dans les transepts et dans une partie des bas côtés des tribunes assez vastes, qui avancèrent jusque sous les arceaux de la nef (leurs dimensions furent réduites en 1756). En 1G75, on établit une de ces galeries dans la chapelle de Rohan, et quelques années plus tard, en 1697, cette galerie fut prolongée du côté du midi, au-dessous des trois fenêtres qui accompagnent la grande rose -. »
Voilà le Saint-Pierre de Farel, de "Viret, le Saint-Pierre de Calvin.
C'est Calvin qui monte en chaire. {Page 288.)
Comme chaque dimanche, « les s^" scindicques et conseil avecques le soultier et quattorze guex, » traversent processionnellement l'église pour venir prendre leurs places. Derrière les syndics est assis « tout le conseil estroyct, et les d" soultier et guex, et de l'aultre costez est assys le Ss"' lieutenant, les quattres assistans secretayre », et derrière lui « ses officiers. » Pendant ce temps, chaque dimanche, « l'un des s^''^ scindicques et deux guex, et aussi deux assistans du droyct » tiennent « l'assistance aux sermons à S' Gervex. » Tout le gouvernement, toute la magistrature, chaque dimanche ^.
1. Registres du Conseil, Vol. 37, f. 207. — A ce que nous avons dit plus haut (p. 282) ajoutons: « On ignore, dit Rigaud, quelle était sa place avant la Réformation. > M. D. G., IV, p. 54. — Archinard, p. 236 : « Elle fut, paraît-il, une fois placée contre la oeconde colonne à partir du croisillon méridional, et c'est là que, le 8 août 1535, Farel fit, pour la première fois, entendre sa tonnante voix. Mais tous les prédicateurs ne l'avaient pas forte comme lui. On se plaignit donc de ne pouvoir pas bien les entendre. • — Blavignac : « La chaire était placée contre le premier pilier du chœur, du côté de l'épître : de nombreuses pièces, assez mal rapportées à ce pilier, ne laissent aucun doute à cet égard. > M. D. G., IV, p. 117. — — 2. Ces tribunes se voient très bien dans la gravure de Durelli. Les galeries étaient devenues à peu près inutiles depuis la construction du Temple-Neuf ou de la l'usterie. Elles furent enlevées en 1847. C'est alors qu'on transporta dans la nef les bancs disposés en amphithéâtre dans l'abside (voir encore la gravure Durelli) et qu'on restaura les stalles hautes. Saiitt- Pierre, Fascicule II, p. 116, 117. — Voici une petite scène dont ces galeries furent le théâtre. 19 septembre 1720: . On a rapporté que le sieur Jordan, de Berlin, étudiant en théologie, étant le mardi avant le Jeûne dans la galerie des proposants, à S' Pierre, eut de violentes difficultés avec le sieur Armand, étudiant en philosophie, jusque-là que le dit Jordan donna un grand soufflet au dit Armand, et lui jetta sa perruque en bas la galerie. > M. D. G., IX, p. 49. "•• 2°- - 3. La décision est du 25 mars 1545. Registres du Conseil, Vol. 40, f. 62.
LA VILLE
Calvin parle. Du haut de cjtte chaire il dirige Tâme et la conscience des proscrits accourus en foule pour fonder la Genève calviniste, et ses sermons, recueillis avec soin par des secrétaires bénévoles ou attitrés, publiés en partie,
vont ensuite nourrir de leur sève doctrinale? morale, en même temps que religieuse, le cœur des calvinistes, dispersés dans le reste du monde.
Du haut de cette chaire, il fit retentir la fameuse prédication du 3 septembre i553, qui glaça d'effroi des libertins muets et les força à sortir du temple, sans avoir osé s'avancer vers la table sainte.... Du haut de cette chaire, le 5 juin i559, en présence des quatre syndics, du Conseil, des ministres, des nouveaux professeurs et régents, d'environ six cents écoliers, fut proclamée VOrdnnnance sur les écoles, instituant le Collège et l'Académie également célèbres : l'école sortant de l'église, la science sortant de la foi, dont elle devait être un si ferme soutien! — «Calvin, qui relevait alors d'une fâcheuse maladie... lorsque l'assemblée fut formée, prit la parole pour en dire le sujet, ce qu'il fit en français, afin d'être entendu de tout le monde, et pour inviter chacun à faire la prière. Ensuite, Mi- I u ■ ^ r ^ ■ l^^ A I u • chel Roset, secrétaire d'Etat, suivant l'ordre
La chaise de Calvin (?) dans la chaire '
de Saint-Pierre, (p. 287.) que les svndics lui en donnèrent, se mit à lire
les nouvelles ordonnances de l'Académie, ce qui fut fait aussi en français. Il fit de même la lecture de la formule de la confession de foi, laquelle tous les écoliers devaient jurer, et des serments que devaient prêter le recteur, les professeurs et les régents. Après quoi le premier syndic ayant invité Théodore de Bèze, recteur de l'Académie, à parler, celui-ci fit un fort beau discours en latin sur l'utilité des Académies, et en particulier pour recommander les ordonnances qui venaient d'être publiées.... Après... Calvin prit la parole, et, après avoir fait sentir en peu de mots les grands avantages qu'on retirerait de l'établissement qui venait d'être fait, remercié le Conseil de ce qu'il y avait concouru et de ce qu'il l'avait approuvé, et exhorté tous les membres de l'Académie et du Collège à faire leur devoir, il congédia l'assemblée, et dès le lendemain chacun commença à entrer dans l'exercice de ses fonctions, soit dans la haute, soit dans la basse école ^ »
I. Gautier, Histoire ilc Genève, IV, p. 251, 252. Cette solennité s'est perpétuée d'année en année sous le nom de Promotions, |iarcc qu'elle a lieu au moment où les élèves passent, ou sont promus, de la classe i)ii il-, Ot.iii-iil il;ins une classe plus avancée.
LA VILLE HAUTE
Et, de la Réformation jusqu'à nos jours, quel événement décisif pour la vie sociale de (jcnève n"a pas été célébré ici, commémoré avec joie ou avec tristesse? Les promotions annuelles, le massacre de la Saint-Barthélémy, la merveilleuse délivrance de l'Escalade, les jeûnes pour les épidémies, les Te Dciini pour les victoires '.... Certes, c'est avec raison que le poète l'a dit :
Non, tu n'es pas pour nous un temple comme un autre,
Edifice muet, cadavre de granit,
Mais un être vivant, une âme qu'à la nôtre
Un lien invisilile unit -.
Il ne nous reste plus qu'à aller, là-haut, parler avec cette àme de Saint- Pierre : écouter ses voix, celles de ses cloches. Je fais l'ascension par la tour du nord. A peine ai-je gravi quelques marches, je me trouve devant une petite porte; sur le chambranle sont gravées les lettres ..RCER, et, comme il est facile de rétablir les deux premières lettres disparues, CA, je lis GARCER, prison.
En effet, la tour commence par deux prisons, destinées aux prêtres. L'une est au-dessus de l'autre. C'est la porte de la prison (formant le rez-de-chaussée et le premier étage de la tour) qui porte le mot CARCER, accompagné des clefs en sautoir, armes du Chapitre ^.
La porte était fermée, mais la clef se trouvait — changement des temps — dans la serrure. J'entre dans l'ancien cachot des prêtres : deux pas de long sur trois pas de large, une petite fenêtre donnant du jour, une petite ouverture grillée communiquant avec l'église et permettant de suivre l'office, une voilte pas très élevée, mais convenable, bref, une habitation de prisonnier assez confortable pour le moyen âge. Mais enfin un cachot. A cette époque, il y avait des cachots partout : des cachots au château de l'île, un cachot à la Maison de ville, des cachots à l'évêché, des cachots à la cathédrale : tout reposait sur des cachots, l'Eglise aussi, l'Eglise surtout.
Des huit cloches, l'une ne date que de 1609, la Coilavine, et trois ne sont plus que des refontes des cloches antiques. L'Eveil a succédé en 1845 à la Retraite. Celle-ci avait été donnée le 11 février i528 par l'évêque Pierre de la Baume, afin de faire rentrer chez eux les gens, le soir*. — V Accord a succédé au Rebat, qui datait de 1481; fendu en ibOo, puis vers 1763, il a été refondu
t. «En 1537, on commença (?) à tenir dans l'église les assemblées politiques, qui ont continué à s'y réunir presque sans interruption jusqu'à nos jours. - M. D. G., Blavignac, VI, p. io8. Voir plus loin l'assemblée qui s'y tint le i6 janvier 1460.... {Registres du Conseil, I, p. 382.) — i- Saint- Pierre, Fascicule IV, p. u. — M. M. D. G., Blavignac, IV, p. 108 et n. 4. — 4. Flournois, Extraits. — M. D. G., VI, p. 123. Le 22 février 1536, il est dit: « Afin que les gens se puissent mieux conduire en leurs affaires pour aller et venir.... » Et Flournois, Remarques, p. 96, dit: « Cette retraite, c'est ce qu'on appelle aujourd'hui les coups de neuf heures. Cela se pratiquait d'ancienneté. »
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pour la seconde fois en 1845. — L'ancienne Clémence avait été fondue le 25 octobre 1407 et devait son nom à Tanti-pape Clément VII, qui avait légué l'argent nécessaire à sa création. Clément VII s'intéressait beaucoup à Genève et à sa cathédrale. L'évêque Adhémar fut son confesseur. Son chapelain devint son successeur, révèque Guillaume de Lornay. Avec l'accident du 14 septembre 1866, jour où la Clémence se fêla, Genève perdit sa cloche la plus grande, « un objet archéologique remontant à la confirmation de ses franchises, qui furent le code de nos libertés, dit le D'' H. Gosse ; et bien des cœurs genevois ont été serrés en apprenant qu'ils n'entendraient plus sonner la Clémence '. »
Des anciennes cloches quatre subsistent encore :
Le Rcpcillc-malin, appelé aujourd'hui le Rappel, avait été donné, selon une tradition, par l'évêque Marcossey, et ce serait alors la cloche la plus ancienne ; tandis que, d'après Sencbier, il serait postérieur à la Réformation, le clocher où il était suspendu ayant été brûlé en i556-. Mais comment expliquer, dans ce cas, sur une cloche postérieure à la Réformation, la devise : « Ave: Ihs: ÎVlaria Sps sanctus », avec la figure de l'Annonciation, répétée deux fois ?
Le Répeille-matin était la cloche de quatre heures du matin, annonçant l'heure légale du commencement de la journée de travail, servant aussi de signal aux ouvriers bruyants, serruriers, maréchaux, qui ne pouvaient se mettre à battre du marteau avant sa sonnerie. — Le Réi'eille-malin sonnait, en branle, à quatre heures du matin, pour le réveil, et, par tintement, le soir à neuf heures pour le couvre-feu '.
Le timbre du Répeille-malin, comme bien d'autres, n'est pas fort agréable. Il est fâcheux, cependant, qu'on ne l'entende plus : c'est lui qui réveilla les Ph. Berthelicr, les Roset, les (Calvin.... Il rappelle aussi l'ancienne façade disparue de Saint-Pierre, car il était autrefois dans le petit clocher qui la surmontait '.
La Cloche des heures, autrefois l'horloge, est la plus belle, tant pour sa forme que par sa décoration; elle fut fondue entre 1433 et 1470.
Le Beffroi, ou cloche d'argent (auj. tocsin), porte ÏAve Maria sept fois répété, et la date de i5o().
Reste la Bellerive, de son vrai nom : Colette. « M'appelle en mon non | Colette a beau reson | Thomas Mirar | qui ma fet ( se nomet ■'. » Je monte sur une échelle pour examiner d'aussi près que possible. « Tout rappelle l'ordre
I. M. D. G., . Note sur la Cliimcncc, . XVI, p. 428-433. - Voir Saint- Pierre, Fascicule IV, p. 34-44. — 2. Incendie du 10 août 1556. - Voir plus haut, p. 270. — :!. Sainl-Pierre, Fascicule IV, p. 54, 55. — 4. Ibid., p. 8. — :>. Ulavi^nac, La cloche, 1877, p. 40. 1 Le seul fait que le monument campanaire dont nous nous occupons porte le nom de Sainte-Colette de Corbie, la réfoimatrice de l'ordre des Clarisses, prouverait, s'il litait encore besoin de Ip prouver, que cette cloche est bien celle des Franciscains de Genève.... C'est une des plu.s fortes cloches coulées h lusas;c des ordres mendiants. Il est à remarquer que la cloche des Frères mineurs de Lausanne, dat<ie de 150S, et qui est toujours dans le clocher de Saint-François, a exactement le même diamètre et probablement le même poids que Colette de Genève. •
LA VILLE HAUTE
séraphique. Six fois (sur chaque anse) la figure de Saint-François d'Assise y est répétée. Marie (chère aux franciscains) y est représentée dans l'état de glorification. Dans le bas de la ville on appelait ordinairement cette cloche la iîelle, et, comme la maison des religieux se trouvait située dans le quartier nommé Rive, ces mots réunis prévalurent sur le véritable nom conservé par l'inscription.... Le reste de l'inscription nous apprend qu'elle datait de 1459, que, fracturée en 1472, elle fut refondue en 1473, aux frais d'un bourgeois de Genève, nommé Nicolas Guerri'. y>
Et voilà la cloche de l'ancien couvent de Rive, où, en i535, débuta la Réformation -. Dans ce couvent, Farel prêcha pendant que Baudichon de la Maison- Neuve, comme un concierge un peu à poigne, faisait tenir les gens tranquilles. Et c'est cette cloche qui la première a sonné le sermon protestant à Genève.
C'est vénérable et émouvant.
Là-haut, dans le clocher, tout seul, je fais sonner la cloche, pour moi. En faisant un effort je donne à la cloche un petit coup de l'énorme bourdon, et le son, le même qui vola sur la ville il y a presque cinq cents ans, qui résonna aux oreilles de Jeanne de Jussie, la nonne de Saint-Claire, de Farel, de Baudichon, des syndics effrayés, des évangéliques enthousiasmés, tinte à mes oreilles et jusqu'au fond de mon âme. Car ce son est resté le même, bien plus immuable que toutes les vieilles pierres dures, que tous les vieux monuments énormes ^...
Je monte plus haut encore, et de là-haut, dans l'air, je plonge mon regard sur le passé.
i. Blavitjnac, La cloche, p. 40. N. Guerri testa en 1482 en faveur du couvent de Rive et de son fils Jean Guerri , qui y était moine. (Note fournie par M. Choisy.) — 2. M. D. G., VI, p. 122. — 3. J. Mayor {Bulletin de la Société, etc., II, p. 67) signale l'existence :° de onze cloches du quinzième siècle, à savoir trois à .Saint-Pierre, cloche de l'horloge (1460), Bellerive (1473), Réveil-matin (pas de date); trois à la Madeleine (1420, 1470, i486), deu.x à Saint-Gervais (1493, et sans date), une aux Pâquis (sans date), qui se trouvait auparavant dans le clocheton de l'ancien hôpital, une au Molard (sans date), une à Genthod (147O' 2" cinq du seizième siècle, à savoir le tocsin de Saint-Pierre (1509), une au Molard (1518), une à Jussy (1519), une à l'école de Genthod (1532). une à Corsier (1501); 3" une du seizième siècle, la troisième cloche du Molard, datée de IS9S 't <7'" /"' enlevée par les Genevois au fort Sainte-Catherine. La Collavine et la grosse cloche de Saint-Pierre sont de 1609 et 1607. — La cloche des Pâquis et la troisième du Molard offrent un intérêt presque égal à la Bellerive, car elles sont les derniers restes de deux bâtiments qui ont joue un bien grand rôle dans l'histoire intérieure et extérieure de Genève.
La IkllcruL d'aprCs photographie et croquis.
Ce passé est là au-dessous de moi.
D'abord le lac, dont la blancheur brillante attire mon premier regard, et c'est un spectacle curieux. D'habitude c'est l'eau qui ronge la terre, la creuse, l'e.xcave et s'avance, s'avance. Ici c'est la terre qui a rongé l'eau, et l'a creusée, excavée, et s'est avancée. Tous les quais ont ainsi rongé le lac.
Ensuite la ville se distingue très nettement en deux, la vieille et la nouvelle, celle-ci enserrant celle-là. La vieille ville a tous les toits en tuiles rougeâtres, noirâtres, avec des couleurs vieilles, vieillies, mais chaudes. — La nouvelle ville, ce sont les toits en ardoise, noire, plate, froide et monotone. Et l'on voit bien que la nouvelle ville dévore l'ancienne. Déjà Saint-Gervais a presque entièrement disparu, il ne reste plus qu'une ligne de vieux toits au bord des toits nouveaux. — L'ardoise a fait son apparition dans la ville proprement dite, la tache noire grandit, envahissante.
Mon regard embrasse facilement cette ville, l'enveloppe. C'est là-dessous, à mes pieds, que dis-jc, aux pieds profonds de la tour que se passa l'histoire, le drame religieux. C'est là-dessous que Calvin concentra l'esprit qui, s'échappant, transforma le monde. Qui m'empêche de penser que sous ces vieux toits sont encore Th. de Bèze, Laurent de Normandie, Guillaume de Trie, et là, à côté de la tour du Molard, à l'auberge de la Rose, attendant le bateau, Michel Servet ?
La prison a été ouverte (.e qui reste, le plus identique à soi-même, c'est
le son que toute cette Réformation libératrice a fait vibrer dans le monde. Et même quand la Bellerive sera fêlée, brisée, rendue au moule qui la refondra, il restera éternellement ce qui s'adresse aux âmes, éternellement les mêmes, éternelles, la voix qui monte à Dieu des maisons basses et des tours hautes, la voix qui descend de Dieu sur les tours hautes et sur les maisons basses jusqu'au plus profond de cet abîme, qui s'appelle le cerveau et le cœur de l'homme, la voix qui sonna la Réforme, la voix qui sonne l'Evangile....
TROISIKME PARTIE L'évêché.
î^j^^^^f. OUT à côté de la cathédrale, selon la coutume, derrière
'^'^'■- ■ LvS'V;\ Tabside, se trouve l'évéché : c'est un groupe de bâtiments
'' - /W^ enchevêtrés, compris entre les Degrés-de-Poule, à droite, et
^-'^SijM ^^ descente couverte des Barrières, à gauche. Partant de ce
passage, le couloir du Muret contourne les hautes murailles
de Gondebaud jusqu'à la rue du Boule : ici, et sur le Bourg-
'~^""^ ^ '^ de -Four, au sommet d'une pente assez abrupte, l'évcché
s'élève dominateur et prolonge sa vue sur une grande partie de la ville et sur
le lac.
En réalité, il ne reste plus de l'ancien évéché que ses limites. Au dedans tout a été démoli; lors de la construction de la prison actuelle, en 1840' ; et de i535 à 1840, révêché avait été transformé tout entier en prison. Notre visite à l'ancienne demeure des princes évêques est donc en môme temps une visite à l'ancienne demeure des prisonniers, malfaiteurs ou autres, du seizième siècle, et cette double visite, dont les détails se mêlent et s'entremêlent inextricablement, doit être faite,... d'après les plans. Heureusement, ils sont exacts et complets.
Entrons par la vraie porte (voir le « plan du premier étage », Pa^e 2941, au centre du bâtiment, dans la rue de l'Evêché {Page 295). Elle conduit, par un corridor direct, au grand escalier de la cour du centre, sur le côté gauche de cette cour.
Dans cette cour nous trouvons d'abord, au sud-est, un petit bâtiment : c'est une annexe de l'hôpital, bâtie seulement en lyby.
Puis vient un autre bâtiment carré, à deux étages, offrant, au premier, une seule chambre, assez vaste : ce fut momentanément la chapelle, puis délinitivcment l'infirmerie de la prison. A l'angle Nord-Ouest, ce bâtiment est llanqué d'un escalier en colimaçon, aboutissant en bas à une porte pratiquée dans le mur de la prison. Cette porte basse et étroite, murée depuis longtemps, avait pu
1. La démolition des bâtiments antérieurs fut décidée le ii mai 1840. — Voir les deux rapports faits à cette occasion par Paul Lullin. M. D. G., I, p. 1-14 : « Premier rapport sur lévCché ; » et Jbid., p. 204-222-. « Second rapport sur l'évcché ; découvertes faites lors de sa démolition. >
LA VILLE
servir de sortie particulière aux évêques pour se rendre à la cathédrale ou au cloître. La tour, renfermant Tescalier, dominait certainement le bâtiment, à la mode de l'époque, et lançait dans Tair son cône effilé et sa girouette.
Ce bâtiment, d'une construction plus récente que les autres, semble dater du
L"cvcché. Plan du iiremier étage. (M. D. G., 1, iilaiichc). (p. 293.)
quinzième siècle. Et en effet, dans la face sur la rue de Févêché, dans l'angle rentrant qu'elle formait vis-à-vis de la sacristie de Saint-Pierre, se trouvait incrustée une pierre en grès rouge, portant des armes, qui étaient celles de l'évéque Jean de Pierre-Scize (23 sept. 1418-12 juin 1422)'. Sans doute l'incendie du 21 avril 1430 endommagea beaucoup l'évèché. Il fallut reconstruire la partie Sud. On éleva ce corps de logis, et Jean de Pierre-Scize, devenu évéque de Paris, mais toujours attaché à ses anciens fidèles, y contribua par sa générosité. — Et c'est, sans doute, de cette chambre du Conseil que parle le Règlement des léproseries de Chêne et Carouge en 1446, quand il dit : « Dans le palais épiscopal, dans la grande salle du palais neuf {in sala magna dicti palacii novi) -. » Cette salle aurait été construite entre 1430 et 1436.
Nous arrivons ainsi au corps de logis central et principal, d'une forme assez bizarre, entre les trois cours, celle du centre, celle de l'Est et celle des femmes.
I. M. D. G., VII, ]). 5r. — 2. • Sub anno a nativitatc Domini millesimo quatercentcsimo quadragcsimo sexto, indicionc nona, die vcro vencris nona mcnsis seiitembris. • M. D. G., I, p. 109, n. i. Septo pour sexto, p. 207.
LA VILLE HAUTK
L'Evêché. Entrée rue de l'Evcché. (M. 1 •
L'intérieur et l'extérieur n'avaient en somme subi, au seizième siècle, que des changements peu importants : ici était l'antique demeure des évêques de Genève.
Voici, avec de larges marches, tournant en colimaçon dans une cage carrée, l'escalier central, l'escalier d'honneur. Fn haut, la cage se termine par une nouvelle tour, plus haute sans doute que celle dont nous avons déjà parlé.
Au rez-de-chaussée {Page 296) se trouve la cuisine de l'évèque, avec de petites fenêtres à l'antique et un four contigu.
Au premier palier de l'escalier, une porte donne accès dans l'angle Sud -Est d'une très grande chambre, à peu près carrée, d'environ trente-cinq pieds de chaque côté, appelée anciennement salle du Conseil [Page 297), au-dessus de la cuisine. Elle est ornée d'un très beau plafond, composé d'abord de grands sommiers sculptés posés sur leur tranche, faisant une saillie de trois pieds et demi, et se croisant à angle droit, puis de poutres plus petites, de poutrelles d'une moindre saillie formant des petits caissons carrés, en retrait, et à l'intérieur des grands carrés dessinés par les sommiers. La salle si richement plafonnée était éclairée à l'Est par une grande fenêtre, avec sa croisée en pierre, et ses deu.x bancs, en pierre aussi, pratiqués dans le mur de chaque côté de l'embrasure. Ajoutons les vitraux, les fresques', les tentures, les dorures, et nous avons la salle digne de recevoir tous les nobles personnages qui y ont passé.
Selon toutes les probabilités, attenant à la tourelle qui renfermait l'escalier d'honneur et formant console et saillie au-dessus des jardins du château de Coudrée, était une petite chapelle pour le service particulier de l'évèque. On en retrouva en 1840 une clef de voûte, un cul-de-lampe et un imposte, ces deux derniers fragments encore incrustés dans la face Est de la cage de l'escalier central. Et comme la clef de voûte porte les mêmes armes que celles de Notre- Dame-la-Neuve, « si celle-ci est duc à Bernard Chabert, comme le pensent quelques chroniqueurs, notre chapelle de l'Evêché remonterait a l'an 1200 environ". »
I. En 1840, plusieurs fresques du quinzième siècle existaient encore sous les badigeonnagcs : et un moment revinrent à la lumière les scènes religieuses, les costumes monastiques, les écussons. On vit un prêtre agenouillé devant un autre, tenant un calice. Même dans une chambre les fresques purent être dessinées ; elles comprenaient trois tableaux, placés l'un à côté de l'autre contre un des murs de la chambre, peints en rouge de brique sur fond blanc et encadres par des bandes noires. Sur tous les murs de la même chambre était du rouge, du jaune et du blanc. - â. M. D. G , I, p. 217. — Voir plus loin ce que nous disons de Notre-Dame-la-Ncuve ou Auditoire.
LA VILLE
L'civêché. Plan des souterrains. (M. D. G., I.) (p. 295.)
Au midi de cette grande salle sont quelques petites pièces arrangées en appartements pour les geôliers (au-dessus du corridor d'entrée), et puis une chambre, entre la rue et la cour centrale, grande, convertie en cuisme de la prison, mais qui, du temps de l'évéque, devait avoir fort belle apparence. Son
plafond et sa fenêtre ressemblent au plafond et à la fenêtre de la salle du Conseil '.
— Au Sud-Est de la chambre, nous retrouvons le premier escalier tournant dont nous avons parlé.
Revenons dans la salle du Conseil. Nous passons, à l'Est, dans une nouvelle grande chambre, toujours a\ec plafond à caissons et fenêtre à croisée. C'était l'ancienne salle des ordinations, plus tard le réfectoire de la prison. Venait ensuite une autre chambre à cheminée antique, à fenêtre cintrée dans sa partie supérieure, qui servit de prison au syndic Blondel -, pendant son procès de 1606.
Ici, à l'angle Nord-Ouest, nous pouvons descendre dans la cour des femmes (Page 298), c'est-à-dire dans l'ancien jardin de Tévêque, par un nouvel escalier en colimaçon (le troisième). Il est contenu dans une cage carrée-', s'exhaussant elle aussi en tourelle, surmontée d'un toit en cône effilé, et d'une girouette armoriée. Cet escalier et sa porte en bois étaient la porte et l'escalier des appartements privés de l'évéque. Du premier palier, en montant, à droite, à travers une galerie abritée par un toit très incliné, on pouvait aller à la grande salle du Conseil. A gauche, après la salle des ordinations, en continuant toujours vers le Nord, on arrivait à la chambre de l'évéque^ avec des fresques, deux fenêtres à croisées. Au bout, un petit cabinet triangulaire, attenant à la chambre, s'appelait le cabinet de l'évéque, et jouissait de la position la plus avancée, la plus élevée : c'est de là que la vue était la plus étendue.
i. Au-dessous de cette chambre, la pièce dite /a Copponnette avait reçu son nom du long séjour d'un prisonnier de marque, le seigneur de Copponex, condamné en 1777 à la prison perpétuelle pour homicide volontaire, et mort dans la prison le 22 février 1791. — 2. Elle reçut le nom de Blondette. Le syndic Blondel, coupable au moins de négligence, au moment de l'Escalade, finit par être condamné comme traître. — .3. La cage de cette galerie fut détruite, et on construisit un escalier droit entre deux murs isolés, lesquels formaient un pan coupé entre la rue de l'Evèché et la cour des femmes. Cette porte et cet escalier devinrent l'entrée ordinaire de la prison.
LA VILLE HAUTE
L'évèché. Intérieur de la salle du Conseil (M. D. G., I.) (p. 295.)
La salle du Conseil, l'ancienne salle des ordinations et la chambre de l'évêque comme son cabinet, bref, tous les appartements épiscopaux particuliers donnaient sur la cour dite de l'Est, et avaient cornmencé par surplomber directement les maisons basses de la ville. Ils avaient été soutenus par trois murs d'enceinte successifs. Le premier, en partant de l'extérieur, ne datait que de 1752. L'incendie du 3 septembre 1749 ayant consumé une partie des écuries et les anciens bâtiments vis-à-vis de l'hôpital, pour réédifier les murs extérieurs de la prison, on avait simplement juxtaposé un mur nouveau devant l'ancien. — Celui-ci, d'après les matériaux qui le composaient, avait dû être construit à peu près en même temps que le corps de logis de Jean de Pierre-Scize, au milieu du quinzième siècle. — Et enfin derrière ce second mur s'en trouvait, à son tour, un troisième, le plus ancien, beaucoup plus large, celui dit de Gondebaud. C'est à l'aplomb de
ce dernier mur que la face Est de l'évèché avait été construite. La cour de l'Est avait donc été ultérieure.
Au rez-de-chaussée de l'évèché, outre les cuisines dont nous avons parlé, et qui étaient sous la grande chambre du Conseil, se trouvait, sous la chambre de l'évêque, la chambre de la question, reconnaissable encore en 1840 par la disposition des peintures à fresque, bandes rouges, noires et blanches. Le long du plafond, peint de môme, une espèce de frise courrait, chargée de sentences devenues illisibles, mais d'où émergeaient encore ces mots : «... peut faire justice.... Dieu seul sans péchés et sans vices.... » Au milieu de l'un des murs de la chambre de la question, bandes colorées, frise et inscriptions, tout s'interrompait et laissait un espace vide, occupé sans doute par le siège, surmonté d'un dais, oia se tenait le magistrat surveillant la torture.
Du temps de l'évêque, l'horrible procédure était confiée, en présence du vidomne, des syndics et des citoyens assistants, aux soins d'agents ou familiers du vidomne. (Exemple du 17 février 1372 : affaire de vol*.) — On commençait par la question ordinaire, dite Vestrapade. Le patient, les mains liées derrière le dos, était suspendu à une corde qu'on faisait passer sous ses aisselles et sur une poutre fixée au plafond. Le bourreau élevait le patient jusqu'à une certame hauteur et, à un moment donné, lâchait brusquement la corde. Le corps tombait