‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 2)Chapitre 40 sur 116 · I. M. D. G., Mallet, II, p · texte numérisé non relu

I. M. D. G., Mallet, II, p

JEAN- CALVIN III

La ville

L'cvcchc. Cour du Nord dite des femmes. (M. D. G., L) (p. 296.)

d'une violente secousse, sans pourtant que les pieds arrivassent à toucher terre. Des condamnations à trois traits de corde étaient fréquentes '.

Cette opération avait lieu dans la pièce voisine, dite la cour de l'estrapade, juste au-dessous du cabinet de Tévêque.

Enfin, et sans compter un très petit cachot, fermé par deux portes à guichet,

et où, sans doute, le patient était enfermé en attendant l'heure des angoisses suprêmes, il y avait encore les oubliettes. A côté de la chambre de la question, enfouies dans les souterrains, elles formaient comme un massif, comme un bloc, dont les murs, de quatre pieds d'épaisseur, enserraient un espace de six pieds et demi sur douze. — Toutes ces horreurs, d'une façon plus ou ■rÛ moins immédiate, sous la chambre à coucher du chef de l'Eglise!

Entre la chambre de la question et la cour des femmes se trouvait, en 1S40, un hangar portant au-dessus de sa porte le millésime de 1624. Il avait été élevé, à cette époque, sur une partie basse du jardin de l'évêque, et c'était là que se trouvait la porte du passage du Muret (voir plus loin le dessin de cette porte), par lequel s'enfuirent l'évéque Pierre de la Baume, et l'épiscopat, le 14 juillet i533, « par une route souterraine qui a sa sortie à la rue du Boule [on l'y voit encore], d'oîi il alla s'embarquer sur le lac avec peu de suite -. »

1. Ritter, La parenté de Rousseau, p. 21. — Galiffe distingue comme suit le trait de corde et \' estrapade « La torture ou question ordinaire consistait à élever le patient, au moyen d'une poulie, par les bras attachés derrière le dos ; c'était là le « trait de corde », destiné à hâter l'aveu du coupable ; — s'il ne s'y prêtait pas, on lâchait brusquement la corde, ce qui imprimait au corps, retombant jusqu'à deux ou trois pieds de terre, une secousse qui, selon la hauteur de la chute, pouvait disloquer les bras ou causer des accidents plus graves; c'est ce qu'on appelait « l'estrapade ». (Nouvelles pages d'histoire exacte, 1863, p. 102, n. 2.) — Et il faut voir comment Galiffe s'évertue à montrer que la torture ne devint une vraie torture qu'avec la Réformation. Avant... < elle n'était appliquée qu'en vertu d'une sentence interlocutoire délibérée et rendue comme la sentence définitive elle-même ; il fallait pour cela, outre la volonté des juges, l'avis concordant de deux jurisconsultes. » B^t ce n'était pas tout : le bon vieux temps était si doux, si doux qu'il accumulait les précautions : « l'emploi de la torture était réglé et limité de manière à en prévenir tes abus. » (Ibid., p. 105.) Telles étaient « la douceur relative et les garanties de l'ancienne procédure, » comme on nous dit autre part, ces bonnes coutumes qui, entre deux actes du bourreau, donnaient toujours au patient le temps de choisir le temps de la réflexion, si bien que les accidents étaient rares! — i. ISesson, Mémoires pour lliistoire ecclésiastique des diocèses de Genève, etc., 1759, p. 63. — En 1840, on découvrit encore les onze premières marches de cet escalier, qui descendait parallèlement au mur de clôture, au Nord, et qui sans doute fut comblé peu après la Réformation, car le passage devenait inutile et même nuisible à la sécurité de la prison.

LA VILLK HAUTE

\'ue

générale de l'évCché, depuis l'ancien hôpital. (M. D. G., I.) (p. 298.)

Ainsi, avant la Réformation, révèchc fut un cvèché et une prison ; à partir de la Réformation, ce fut seulement une prison. Les pasteurs logèrent ailleurs.

Il nous semble intéressant de nous promener un moment encore au milieu de ces salles, de ces souvenirs, de cette rue de TEvêché, des scènes dont elle fut le théâtre, de tout cet ensemble si moyen âge et si seizième siècle, comme dans un musée, où serait réunie une curieuse collection de vieux portraits. — Saluons au passage les principaux :

parmi ces prélats et les principaux parmi ces prisonniers.

D'abord, les évêques, les princes-évêques, ceux qui, d'après le plaid de Seyssel, en 11 24 (« le plus ancien de nos actes politiques, » dit Chaponnière), étaient seuls princes et vrais seigneurs féodaux {snliis princeps et verus dominus) ', n'ayant au-dessus d'eux que l'empereur, à Genève et dans les environs -, c'està-dire dans les mandements épiscopaux de Peney, de Jussy et de Thiez '.

Alainand de Saiut-Jeoire (i342-i366). II était dans son palais quand, un beau jour, à midi, « devant notre maison épiscopale, près et au-dessous du cloître... où nous étions » (c'est lui qui parle dans son excommunication du 16 juillet i355i, les Tavel arrivèrent, jetèrent en nombre infini des pierres, entrèrent dans la place ou courtine, blessèrent des familiers de l'évcquc, ecclésiastiques et laïques, enlevèrent deux chevaux, et essayèrent de briser les autres portes pour arriver jusqu'au prélat ''. — Le 10 août i355, devant la porte ouverte de l'évèché, Gérard Tavel fit signifier à l'évéque son appel, « demandant s'il y avait quelqu'un qui voulût répondre au nom du dit évêque ^. »

I. M. D. G., IVi', p. 7, 8. — 2. A Genève même, la seigneurie de l'tîvcquc était restreinte par les franchises municipales ; dans les mandements, par rien. ~ Dans la hiérarchie ecclésiastique, l'évCque de Genève avait comme métropolitain l'archevêque de Vienne. — ;i. Il est vrai que tous les évoques de Genève n'ont pas régulièrement habité l'évèché. Nous avons vu, en effet, que Robert acheta en 1278 une maison à Longemale, où, après lui, beaucoup d'évêques résidèrent. Mais tous venaient à la cathédrale, au cloître, passaient dans la rue de l'Evêché, et sans doute, pour une affaire ou pour une autre, pénétraient dans le palais. Nous pouvons donc les y rencontrer. - C'est à l'évèché que résidèrent de nouveau les derniers évêques. — 4. M. D. G., XVIII, p. 242. Ibid., p. 245. — i>. Le 16 avril 1365, le Conseil général était réuni dans le cloître de Saint-Pierre pour s'occuper de la réception de l'empereur. Charles IV traversait Genève allant voir le pape Urbain V, à Avignon. (Pictet de Sergy, Genève, I, p. 4>'-)

300 LA VILLE

Guillaume de Marcnssey (27 mai 1 366- 1 377), celui qui défendit par des murailles (voir plus haut, p. 97) l'indépendance de la ville, qu'il venait de sauver par des chartes et des bulles. Outre la charte de l'empereur Charles IV, retirant au comte de Savoie le vicariat de l'empire, Marcossey obtint trois bulles papales, la première le 10 septembre i366 à Francfort, la seconde le 25 février 1367 à Prague. La troisième bulle est du 3o décembre 1367. Le comte finit par se soumettre, à Thonon, le 25 juin 1 371, et Marcossey, rentrant en triomphe dans sa ville, de nouveau indépendante, y rétablit le service divin K « Marcossey a donc sa place marquée dans cette brillante pléiade d'évêques, trop peu nombreuse, car elle ne compte guère que Ardutius, Adhémar Fabri, Guillaume de Lornay et de Bertrandis, à l'inverse de tant d'autres, qui, faibles ou même corrompus, n'ont laissé que les plus tristes souvenirs, quand ils n'ont pas été la honte de leur époque -. »

Adhémar (sur le nom duquel: Fabri, on a beaucoup hésité et qu'il faut, semble-t-il, lui laisser). Il appartenait à l'ordre des Dominicains, et, en i357, il remplissait les fonctions de prieur dans le couvent de cet ordre, situé en Palais. En i362, il fut élu, par Urbain V, évêque in partibus de Bethléem. Probablement, il résida alors à Avignon. Il fut appelé à exercer les fonctions de vicaire général /;/ spiritualibus de l'évoque de (îenève, Guillaume Fournier de Marcossey. La lettre de Clément Vil, qui indique le fait, montre que des rapports peu intimes existaient entre l'évèque et son vicaire. Eln 1378, Adhémar fut nommé évoque de Saint-Paul-Trois-Chàteaux. Après sept années, il fut transféré à l'évêché de Genève, i385. Il mourut le 8 octobre i388, en cour romaine d'Avignon •'.

I. Pictet de Sergy, Genève, I, p. 411-416. — 2. Saint- Pierre, Fascicule II, p. 40-43. — 3. Anzcigcr fi'tr sclnueizerische Geschichte, N" 4, 1887: « Adhémar, évêque de Genève, d'après de nouveaux documents, » par Ch. Le Fort. — Ces nouveaux documents se trouvent dans : Albanès, Bulletin d'Iiist. ecclés. des diocèses de Valence, etc.; et comte Riant, Une dépendance italienne de l'Eglise de Bethléem, Varazze en Ligiirie. (Atti dulla socictà Ligure di storia patria, 1886, t. XVIII.) — Contre le nom de F'abri on avait élevé deux doutes: 1° dans un acte du 26 octolirc 1365, il est question d'un Aymarus Fabri de Riipe, curé de Rumilly. Mais, comme Adhémar était, depuis 1363, évêque de Bethléem, ce n'est pas de lui qu'il semble devoir s'agir; 2° l'obituairc de Saint-Pierre dit que Doininiis H. Fabri, canonicus gebennensis, était neveu de Doniinus Adheniartis de Riipc, episcopus gebennensis. Mais ce neveu était-il fils d'un frère ou d'une sœur? — En réalité, rien ne prouvait sûrement qu'Adhémar eût fait partie d'une famille F'abri. D'autant plus qu'il n'est jamais désigné que sous le nom d'Adhémar de Rupe. Quand le pape le nomma évêque, il l'appela Jiliiis Adheinariis de Rupe; et quand les chanoines l'inscrivirent dans leur obituaire, ils l'appelèrent Doininus Adheinarus de Rupe. Les probabilités étaient donc pour que le vrai nom d'Adhémar fût Adhémar de la Roche (Ch. Le Fort, p. 61-66). — La Revue historique (1890, I, p. 81-83, article de M. Pierre Vaucher) confirme en tous points l'étude de M. Le Fort, et n'attribue aucune importance aux objections de M. Vuy, < le plaideur infatigable qui se fait une joie de contredire d'office les assertions les plus plausibles de nos modernes historiens. > M. de Foras: Notes sur Adhémar, évêque de Genève de 1385 à 1388 » {Mémoires et documents publiés par l'Académie chablaisienne, t. II), réfute aussi M. Vuy: « Adémar F'abri, prince-évêque de Genève •. (Miscettanca di storia italiana, t. XXVII, 1889, p. 335-367.) — Mais, depuis ces études, est intervenu un mémoire lu par M. Théophile Dufour à la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, le

LA VILL!-: HAUTK

De tous les actes de son court épiscopat, on nen connaît qu'un seul, mais d'importance singulière : la confirmation des Franchises, qu'il accorda le 23 mai iSSy. « Ce code de 1387 est un acte cmi/irmcitif âe Franchises et coutumes, dont la cité de Genève était dès longtemps en possession, et le prélat, auquel il est dû, a soin de dire qu'il s'en est probablement informé pleinement et avec le plus grand soin '. » (Jn fait montre le rôle que jouaient ces Franchises ^. On les lisait à la Maison de Ville comme nous lisons aujourd'hui l'évangile au temple. C'était révangile politique de Genève. Par exemple le dernier jour de février 1430 il est décidé « que chaque mardi on lise au Conseil deux ou trois chapitres des Franchises^. Le 3 juin 1459, quand on décide que le Conseil général se réunira le premier dimanche de chaque mois, il est en même temps décidé que le secrétaire lira et prononcera devant le peuple, en langue maternelle, six ou sept chapitres des Franchises ''. Et l'on conserve aux archives l'original avec le grand sceau d'Adhémar pendant sur cordon de soie violette. — On trouvera ici, avec plaisir sans doute, ce sceau deux fois célèbre.

Sceau de la charte des Franchises".

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