I.a nu di; Sainl-Lcj^ci et son hôpital, (p. 35S
tions plus loin et de ne pas remonter beaucoup plus haut le cours des siècles. La seule décision du 27 avril 1428 nous suffira amplement. Le Conseil ordonne a d'amodier la place du Bourg-dc-four, pour trouver quelqu'un qui tienne la place propre et donne une bonne ferme : ce qui sera double profit. » Du coup on décide d'en faire autant pour toutes les autres places : « Que la même chose soit faite pour la place du Molard et pour les autres places, afin que les dites places soient nettoyées chaque semaine : il n'y aura pas une telle pestilence (fccor) dans la cité, et la communauté en aura profit [salarium] : double bien {hic duplex bnnum)-. » — C'était évidemment très bien calculé, peut-être même
I. liff^'islres dit Conseil, Vol. 50, f. 146. — 2. Ibid., I, p.'93.
LA VILLK HAUTE
Mj
trop. Car il était fort à craindre qu'un fumier si avantageux ne se perpétuât indéfiniment et que l'on se préoccupât autant, pour le moins, de l'entretenir tous les jours, que de l'enlever chaque semaine. II devait y en avoir encore suffisamment au seizième siècle.
C'est sur cette place que demeura l'imprimeur Jean Gérard. De 1546 à i55i, il alla du côté de Rive, puis revint près du Bourg-de-Four, dans la rue de Saint- Christophe '. Sur la place demeurait aussi Vandel, le célèbre chef Libertin, l'émule de Perrin. Les condamnés | à mort passaient devant K sa maison en allant de la porte du château à la
rue des Chaudronniers, témoin Raoul Monet : « Puis le mena on au supplice, raconte Bonivard, et en passant par devant de la maison de Wandel au Bourgde-Four-, il dict : « Ha! mayson, mayson ! Dieu garde Genève de toy, tu seras un jour cause de sa ruyne '. »
L'hôpital de la rue de Saint-Léger, (p. 33S.)
Mais commençons par longer l'ancien château, et, par la rue du Puits Saint- Léger \ allons jusqu'à la porte ^ A peu près au milieu, nous voyons, à droite en descendant, l'auberge à « la Chemise blanche*, » et, à gauche, vis-à-vis, l'ancien
1. Le premier catéchisme français de Calvin, Th. Dufour, p. CLX.XXI, n. 5. — i. Comme Vandel possédait plusieurs maisons, il n'est pas sûr, il est seulement possible, qu'il s'agisse de la maison du Bourg dans les deux délibérations suivantes: « Maison de Vandclli,... d'aultant que la maison demeure là inutile, combien qu'elle apartienne à Messieurs, à cause de la condamnation faite de Pierre Vandelli, arrcsté qu'on la crie au plus offrant, et toutesfois soit retenue pour ung ministre, ou aultre, pour la ville et commis de Messieurs selon la nécessité. Mais quand à la grange qu'elle doibge au plus offrant estre albcrgéc. » Registres du Conseil, 21 octobre 1560, Vol. 56, f. 89^ — « François Morel; maison qui fut de Vandcli. A sa requcste a esté baillé charge au di' comptrolleur de faire accoustrcr lad^ maison qu'a esté baillée au di' ministre pour y habiter pendant qu'il vacquera au ministère. » Ibid., 16 décembre, f. ii6>. — ;t. Bonivard, De l ancienne et nouvelle police, y. 104. — 4. Elle tirait son nom, d'après Galiffe, « d'un puits qui s'y trouvait et qu'on y voit encore; > .'i moins que, selon le même auteur, elle ne le tirât < d'une ancienne famille posscssionnée dans cette rue, de la famille du Puits ule Putheo), que l'acte de fondation de l'hôpital nous fait connaître comme ses plus proches voisins.» Galiffe, \i. 133. 220. "• '• — •"'■ Cette porte, murée en 1564 et transformée en iioterne, a été de nouveau visible, peu de temps, au moment de la construction du pont actuel, en 1862. Galiffe, p. 133. — 0. Blavignac, Les enseignes, p. 9.
358 LA VILLE
hôpital de la Trinité. Toute la partie inférieure de sa façade est intacte, et même la chapelle. (Pages 356 et 357. )
Par acte du 16 juin i36o, Girod de Melduno, maçon ou architecte, et sa femme, Béatrix, donnent une maison et un chosal (place à bâtir), situés dans la rue du Puits (du Puits Saint-Léger), et confinés devant [a parte anleriori affrnntatiir) par la dite rue, et, derrière, par la place publique dite « de Belregart'. » Ce don est fait pour l'établissement d'un hôpital destiné à recueillir les pauvres de Christ {hospitale seu domiis Dei pro ibidem Chrisii paiiperihis recipiendis). Ce fut, peut-on penser, une sorte d'hôtellerie, où, un jour, un pèlerin fut volé d'un bourdon dans lequel il avait caché i3 ducats et 1 ilorin d'or! « L'hôpital, dit Chaponnière, était une sorte de maison ouverte, où entrait et d'où sortait qui voulait, et où Ton venait faire le commerce. Cela ne donne l'idée ni d'un établissement de pauvres, ni surtout de malades". » La chapelle, qui existe encore, est mentionnée pour la première fois par un acte de 1443 (3o déc), « fondée à l'honneur et louange de la sainte Trinité, près la porte dite de Saint-Léger ^ »
La place publique de Belregard, dont il est question dans l'acte de i36o, est devenue une rue, la rue actuelle de Tabazan (que tous les exécuteurs des hautes œuvres genevoises ont habitée dès le milieu du seizième siècle, avant le Tabazan de l'Escalade jusqu"è\ notre époque), par la construction du côté intérieur de la rue actuelle de Beauregard, dans le premier quart du dix-huitième siècle''.
En retournant à la place du Bourg-de-Four, et en suivant les maisons à notre droite, nous passons devant la rue Chausse-Coq ^. En continuant, nous arrivons sous les dômes, appendus aux maisons entre la rue de Saint-Léger et la rue des Belles-Filles. C'est ce que les plans du dix-septième siècle appellent
1. M. D. G., m, p. 400. — Le procès-verbal du i6 juin 1411 dit de réparer la porte de Saint-Antoine « et turre de Berigar et S. Christophori. » Registres du Conseil, I, p. 30. — 2. Chaponnière et Sordet, Des hôpitaux de Genève avant la Réforiiialion. M. D. G., III, p. 232. — .!. Ibid., p. 235, n. 2. — 4. Voir plus haut, p. 104, et n. 5. — En 1714, Des Roques, ingénieur général et brigadier au service de la Hollande, projeta la construction de vingt-cinq grandes et belles maisons. Quatre seulement furent bâties et formèrent la nouvelle rue de Beauregard. Ce fut en 1723 et 1724 qu'on prépara et aplanit le terrain nécessaire pour la construction de ces maisons et qu'on fit le mur destiné à en soutenir les terrasses. Massé, p. 47, et p. 93, n. 26. ^ 5. Cette rue porte dans l'inventaire de 1475 le nom de carreria hippanaris. Ce nom de Chausse-Coq est, d'après Galiffe, « la corruption plus ou moins intentionnelle de termes d'une crudité toute rabelaisienne. > Et notre auteur prétend que « ces obscénités étaient inconnues dans l'ancienne Genève. > Galiffe, p. 132, n. i. — Naturellement, c'est la Réforme qui a corrompu toutes les mœurs excellentes du moyen âge ! Or, outre tout ce que nous avons déjà eu et tout ce que nous aurons encore occasion de raconter, voici seulement quelques-unes des citations latines des Registres du Conseil, rassemblées [)ar Ad.-C. Grivel à propos du passage où Jeanne de Jussie, la nonne de Sainte-Claire, déclare : « Il est bien vray que les prélats et gens d'église, pour ce temps,... gaudissoient dissolument des biens de l'Eglise, tenant femmes en lubricité et adultère. » Registres du Conseil, 10 octobre 1513 : « De meretricibus presbitcrorum loquantur nobiles sindici consilio episcopali. • — 10 mai 1527 : « llli de sancto Leodegario [de Saint-Léger; il s'agit donc bien du quartier où nous sommes) querelaverunt de putanis et de certis religiosis qui ibidem affluunt. » — 12 juillet 1527: « NycoUinus de Cresto et certi sui alii socii querelaverunt se de i)rcsbitcris Marie Magdalcnes qui tcnent bordellum.... . — i<-' avril 1530: « Fuit resolutum... quod presbitcri debeant se corrigere.... Plus fuit conclusum quod presbiteri ab inde debeant relinquere eorum lupanaria, lubricitatcs et meretrices.... . Tel est le témoignage authentique et catholique. Le levain du calvinisme, par Ad.-C. Grivel, 1865, p. 241.
La ville Haute
^uf aiymrryjff
a rue couverte sous les mesures, » parce que, au Bourg-de-Four, étaient les pierres pour mesurer le blé, pierres qui, en 1747, furent transportées à la nouvelle Grenette de Longemale '.
Si nous sommes en honnête compagnie, il vaudra mieux nous éloio-ner de ces quartiers malfamés. Car c'était sinon dans la rue des Belles-Filles, du moins dans une ruelle « qui tendait de la rue des Belles- Filles en l'église de Saint-Victor-,» que se trouvait la maison des prostituées, le sérail (selon une expression dont on peut se servir). Cet établissement, entouré de murs élevés comme ceux d'un couvent, et dont il faudra plus tard indiquer sommairement l'organisation, avait été installé là, dans la première moitié du quinzième siècle, tout près de la porte appelée « de Commolia », ou Saint-Christophe. Le 21 septembre 1428, le prieur de Saint -\ictor et ses moines, de vive voix et par écrit, se plaignent de cette proximité. Mais le Conseil répond que la déci.-ion a été prise après « une grande délibération », et que c'est l'emplacement « le plus apte et le moins fâcheux [magis apio et minus dampnabili) que l'on ait pu trouver''. »
Laissons donc la rue des Belles-Filles, qui auparavant s'appelait rue Saint-Christophe, et qui, depuis 1871 ', s'appelle rue Etienne-Dumont, et arrivons à la Rue de Saint-Aïuoinc rue des Pevroliiers ^ (auj. des Chaudronniers), dont nous °" ^""^ Peyrolliers, auj. des
, ,., ' , , Chaudronniers.
avons deia parle. /ai- \ ■ 1 *
I i {Archives. Anciens plans.)
A plusieurs reprises, du quinzième au dix-septième siècle, le gouvernement renouvelle aux industriels de cette profession bruyante la défense de s'établir ailleurs que dans cette rue **. — En i6g3, un chaudronnier qui s'était installé en pleine rue Verdaine, vis-à-vis de la Vallée du Collège, au milieu des i)rofesseurs et de leurs études, rép'jndit aux plaintes dont il fut l'objet: « ()uand il seroit vrai
I. Galiffe, p. 176. — 2. • Ainsi, ajoute Flournois, le [sérail] était à peu près là où est le ravelin de la Noue, ce qui fait voir pourquoi le prieur de S' Victor se plaignait de ce nouveau voisinage, car l'église et le couvent de S' Victor étaient au même endroit où est le demi bastion gauche de l'ouvrage couronné et le fossé de ce demi bastion. » Flournois, Remarques, p. 3. — ;t. Registres du Conseil, I, p. 98. — i. Voir {Journal de Genève, 16 avril 1871, et Courrier de Genève, 11 mai 1871) une curieuse polémique. — L'inventaire de 1475 porte: « In carrcria tcndenti versus portam sancti Christophori. » — Le nom de Hellcsl'illcs, dit Galiffe, « n'a eu de raison d'être que pendant le quinzième siècle et une partie du seizième, jusqu'à la Réformation. • (Jaliffe, p. 131, 132. Nous verrons plus tard le rôle que joua la Réformation. - ■"î. Carreria S. Anthoitii. en I47S- " •"'• Registres du Conseil, 25 juillet 1480; i>:r mars 156S; 7 juin 1605; 21 octobre 1673; 26 septembre 1Û93.
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que le bruit des marteaux troubleroit un peu le silence que MM. les régens disent être nécessaire pour leurs études et pour celles de leurs écoliers, il est certain, et l'expérience le confirme tous les jours, que peu de jours d'habitude à ce son, qui même a quelque chose de mélodieux, feroient qu'ils ne s'en apercevroient pas'. » 11 y eut transaction.
Dans la rue des Peyrolliers, près de la porte de Saint- Antoine, jusqu'au moment de la Réformation, se trouvait un petit hôpital, fondé par un marchand genevois, André de Thonnay, et sa femme, au commencement du quatorzième siècle. Un acte de 1376 déclare que cet hôpital était sous la protection du prieur du couvent du Cîrand-Saint-Bernard. C'était le plus pauvre des petits hôpitaux. Les historiens minutieux ne lui ont trouvé de rente ni en argent, ni en blé. — Cette pauvreté ne le préserva pas cependant de la corruption. Une décision du 3 septembre i5iO ordonne que deux femmes, menant vie lubrique dans l'hôpital de Saint-Bernard, soient chassées. Et, finalement, le S avril i536, il fut vendu, maison et jardin, pour 385 florins, à « l'extinction de la chandelle-. »
Nous voici de l'autre côté de la rue des Peyrolliers, au coin de cette rue et de la place du Bourg-de-Four.
I . Devant nous se trouve le célèbre couvent des Daines de Sainte-Claire^ le seul couvent de femmes que la ville de Genève ait possédé avant la Réformation ^.
L'érection du monastère des sœurs de Sainte-Claire fut officiellement décidée, le 2 décembre 1473, par la duchesse Yolande, sœur de Louis XI, et veuve du duc de Savoie, Amédée IX, dit le Bienheureux '', en présence du Conseil ducal. — Et l'acte de donation du monastère fut passé, le 6 décembre 1473, par la duchesse, devant le même Conseil''. — Le couvent était établi dans un immeuble gracieusement cédé, la veille (5 déc. 1473), à la duchesse par le comte François de Gruyère, maréchal de Savoie. L'immeuble donnait, par devant, sur la rue Verdaine, et, derrière, s'ouvrait sur des jardins ; il était situé entre les maisons de Louis de Genost et de Pierre Fontana, laquelle devait être au coin de la rue des Peyrolliers'". Le pape Sixte IV autorisa cette fondation par une bulle du 4 mars 1474, et, le 14 mai 1477, quinze religieuses arrivèrent à Genève. Elles furent installées par la duchesse Yolande elle-même.
Il y avait Vabbesse, la mère-vicaire, chargée de la surveillance de la bibliothèque, Vécriraine, qui devait rédiger les lettres, trois sœurs portières, une
I. Grenus, Fragineiils liisloriqiies, I, p. 53, n. 15. — i. M. D. G., III, p. 239, 245, 245 n. 4, 246, n. 2. — :i. M. D. G., X.\, p. 119, Th. Dufour. — 4. Galiffe, p. 212, 213. — "i. Jules Vuy, Jeaitm de Jussie et les Sifurs (le Sainte-Claire (Sociét*; générale de librairie catholique, 1881), p. 34, 35. — 6. Vuy, p. 34. — L'inventaire de 1475 mentionne, en effet, la maison de Louis de Genost (Ludov. de Johannodo, miles) comme continue au monastère. Entre le monastère et l'hôpital Saint-Jeoire, il y a deux maisons, celle de Ludovicusde Johannodo et celle de Guillelmus Boverii. M. D. G., VIII, p. 331.
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dépensière, une infirmière, une lingère. — Les religieuses les plus âgées s'appelaient : mères discrètes, les moins âgées : sœurs inférieures.
Bien que les cours et jardins du monastère dussent être entourés de fossés et de haies, en signe de pauvreté, et non pas de murailles, par mesure de prudence, on avait élevé des murs d'enceinte. Un corps de logis était réservé au.x deu.x « beaux pères, » ou confesseurs des religieuses, et aux deux frères convers, chargés des fonctions de domestique.
Les chambres, petites, modestes, ne renfermaient, en outre du crucifix, d'un bénitier de terre, de quelques livres de dévotions et de quelques images, qu'un lit en bois de sapin; et ce lit ne devait contenir ni plume, ni crin : rien que de la paille. Froment n"a-t-il pas exagéré quand il a parlé des provisions trouvées dans le couvent, et des « bonnes et belles couches,... soubz les quelles on trouvoyt des petis fagos de sarmens ' ? »
La règle des Clarisses de la réforme de sainte Colette (née en iSSo, morte en 1447, canonisée en 1807) était fort austère : quatre carêmes par an, plusieurs jeûnes par semaine au pain et à l'eau, même quelques sœurs ferventes s'abstenaient de toute nourriture le lundi, le mercredi et le vendredi. Toutes se donnaient la discipline, plusieurs portaient le cilice. Elles allaient nu-pieds. Aussi, au moment de leur départ de Genève, les Clarisses, ayant reçu des souliers, ne savaient-elles pas s'en servir : « la plus part n'y sçavoit cheminer, mais les portoient attachez à la ceinture. « L'étoffe de leur robe était grossière, de drap cordé, de couleur cendrée, sans teinture. Le manteau était également d'un tissu rude, commun, et la capuce, en toile ordinaire, descendait jusqu'à la ceinture. Autour de leur taille, les Clarisses avaient une corde de gros fil, et de l'épaisseur du doigt, deux fois enroulée ; l'un des bouts, portant trois nœuds, tombait, devant, presque jusqu'aux pieds. A cette corde, du côté gauche, pendait le chapelet. — Et rien ne nous autorise - à ne pas accepter la réputation d'austérité dont jouissaient les Clarisses de Genève. Après avoir été si souvent obligé de dire le mal, nous nous réjouissons de pouvoir dire le bien, et d'évoquer", tout près du quartier de Saint-Léger et des prêtres dont la conduite ne peut être racontée qu'en latin, la figure de ces femmes, ignorantes, mais honnêtes ^
I. «Il fust trouvé au convcnt de S'» Claire seullement par conte faict 1700 œulx de poulaille, qui estoynt desjà gastés, et à force huillc, et troys grandz tonneaux de fine fleur de farine, sans les frommages et la chair en grand nombre... fust tout vendu publicquement.... Je oublie encore d'escripre de bonnes et belles couches.... Et si donnoynt elles entendre qu'elles n'avoynt rien, ains couchoyns sus des sarmentz..,. Aussi disoynt elles vray en partie, car de soubz leurs couches on y trouvoyt des petis fagos de sarmens. » Froment, p. 165. — â. « On. a prétendu qu'il existait un souterrain servant de communication entre leur couvent et celui des Cordcliers de Rive. Mais cette assertion repose sur une grossière erreur relative à la proximité des deux couvents; elle ne fut énoncée que cent ans après la Réformation. Haulacrc les justifie [les sœurs] aussi bien que De La Corbière. » Archinard, Les édificea religieux de la vieille Genève, 1864, p. 134. — Voir liaulacre, Œuvres,... recueillies et mises en ordre par Edouard Mallet, 1857, I, p. 353- 363. « Eclaircissement sur une prétendue communication secrète entre deux anciens couvents de Genève. » — 3. Ces détails sont empruntés à l'étude de Grivel : « Notice sur l'ordre religieux de Sainte-Claire et sur la communauté des Clarisses de Genève, » à la fin du volume : Le levain du calvinisme, édité par Ad.-C. Grivel, 1865.
JEAN CALVIN m 46
LA VILLE
Le couvent de Sainte-Claire, devant lequel était « une grande croix » et dont le portail était surmonté par a un beau crucifix ', » relié par une galerie ogivale à une chapelle de Saint-Joseph", a complètement disparu (nous n avons que le
Plafond du couvent de Sainte-Claire (dessin de M. le D"' Gosse).
dessin d"un plafond, conservé par le D' H. Gosse). Il n'en est pas moins connu et célèbre, grâce à Tune de ses sœurs, Jeanne de Jussie, qui a raconté les derniers événements avant la Révolution de i536.
Jeanne de Jussie était « circonvoisine » de Genève, c'est-à-dire d'une famille domiciliée dans les environs. De plus, elle avait été « escolière » de Genève. Sans doute cette école était dans un monastère, et comme il n'y avait pas d'autre monastère de femmes que celui de Sainte-Claire, on peut penser que Jeanne de Jussie y fut instruite, avant d'en faire partie comme sœur^. — Et de même que le couvent de Saint-Victor ne sera jamais oublié à cause de son prieur Bonivard, l'auteur des Chroniques^ le couvent de Sainte-Claire ne sera jamais oublié à cause de sa sœur Jeanne de Jussie, l'auteur du Levain du calvinisme.
« Pour la période très courte, dit A. Rilliet, dont il traite, ce livre peut tenir une des principales places parmi les témoignages authentiques et contemporains.... Ces faits naïvement racontés donnent du charme et du prix au livre de
L Li- levain du calvinisme. \>. 15. — La croi.x et le crucifix furent enlcvds sur le conseil de Bezanson Hugues. — 2. 20 novembre 1509. « Religieuses de 8'= Claire. On leur permet de faire des ogives joignant leur couvent (avivas religioni con/igtias), afin de bâtir la chapelle de S' Joseph, pour l'augmentation du culte divin et pour l'honneur de la ville. > Flournois, Extraits. — ;t. Nous remercions beaucoup M. et M"«= Maillard pour la grande amabilit(; avec laquelle ils nous ont communique les pièces de la riche collection du D' Gosse. — 4. Vuy, p. 11.
LA VILLE HAUTE 3Ô3
la jeune religieuse de Sainte-Claire.... » La comparaison entre sa narration et celle de Froment nous paraît, du point de vue littéraire, tout à l'avantage de la plume féminine.
« Fille d'esprit, Jeanne de Jussie possède l'art de donner aux personnages qu'elle met en scène et aux incidents qu'elle décrit une physionomie pleine de relief et de réalité ; elle fait, sans y viser, des portraits tout remplis de vie, et elle arrive, par la seule naïveté de son récit, à des effets pittoresques qu'elle n'a point cherchés '. »
D'ici, du jardin, les sœurs virent l'incendie du monastère de Belle-Rive, près de Genève, des dames de Citeaux, « et ne faut pas douter si cela leur estoit glaive de douleur; elles n'en attendoicnt pas moins, car ces chiens ne cherchoient que de molester les gens de dévotion, pour annichiler Testât de virginité et louange divine '. »
Ici, chez les sœurs, on logea trente-cinq chevaux [cavaliers", heureusement « tous, dit-elle, estoient Fribourgeois, bon catholiques, et oyoyent volontiers la messe, en grand dévotion » ; malheureusement « combien qu'ils fussent chrestiens, ils estoient neantmoins aussi bons pillards, endommageant les pauvres gens, comme les autres'. »
Ici les sœurs vécurent dans l'effroi perpétuel et horrible que les hérétiques les fissent « toutes marier, vieilles et jeunes, et toutes à perdition '*. »
De toutes les scènes que peint Jeanne de Jussie, nous n'en rapporterons qu'une. Un dimanche matin, vers dix heures, les sœurs commençaient à diner, voici que les syndics se présentent, suivis de Farel, Viret, et demandent à entrer pour parler avec les habitantes de céans. Mère vicaire, qui a la langue singulièrement bien pendue, refuse, répond, réplique. Le syndic perd un peu patience. La mère abbesse cède.
On se rend au Chapitre, et l'on demande à faire venir toutes les sœurs. Mère vicaire proteste. Mais la mère abbesse et le père confesseur contraignirent, « par saincte obédience, toutes les sœurs de venir, jeunes et anciennes^ saines et malades. » Alors, continue sœur de Jussie, dont nous ne garantissons pas la minutieuse exactitude, « toutes estant assemblées, les jeunes furent mises devant ce maudit Faret et ses évangélistes d'une part, et d'autre, près des jeunes pour les flatter et les décevoir. » Le silence est ordonné. Farci parle sur la visite de Marie à Elisabeth, et il en conclut que Marie, puisqu'elle faisait des visites, n'était pas cloîtrée. C'en était trop pour l'impétueuse mère vicaire, qui, « voyant que ces séducteurs parlementoient et flattoient les jeunes sœurs, se lève droicte d'entre les anciennes, » apostrophe le syndic, et va « se mectre entre les jeunes, devant ces gallands. » On essaie en vain de la faire taire. « Quel diable de
1. Albert Rilliet, Notice sur Jeanne de Jussie, 1866. — Il est amusant de voir Vuy, l'auteur catholitiue, s'efforcer de démontrer la bienveillance de sœur de Jussie vis-à-vis des hérétiques (qu'elle ne cessait d'appeler des «chiens», et dont elle regrettait à chaque instant qu'ils ne fussent pas exterminés parles «chrétiens», c'est-à-dire les catholiques), son goût poétique, son goût artistique, ses connaissances fort étendues en fait de beaux-arts!... — i. Le levain du calvinisme, p. 11. — .'1. Ibid., p. 15. — i. Ibid., p. 57.
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femme est cecy! Dame vicaire avez-vous le diable? ou estes-vous enragée? retournez en vostre place. — Non feray, dit-elle, que ces gens ne soyent ostez d'auprès de mes sœurs. »
Et sœur de Jussie prétend que le « chctif prédicant » — c'est ainsi qu'elle désigne toujours l'orateur populaire à la voix terrible comme le tonnerre — était si courroucé « ou, par le vouloir de Dieu, si espouvanté, qu'il ne sçavoit tenir propos, mais trembloit en parlant et n'avoit aucune contenance. » — C'est bien peu vraisemblable.
Les syndics firent sortir dame vicaire et fermer la porte derrière elle. Un prédicant commence à parler « du bien de mariage et liberté. » Les sœurs se mettent à crier : « c'est menterie. )i Pelles crachent sur lui, surtout les jeunes sœurs qui étaient devant lui. — Lt pendant ce temps dame vicaire « frappoit de ses deux poings contre la parroy, de grande force, criant : hé! chctif et maudit homme »
Finalement, syndics et prédicants prirent le parti de s'en aller. « Et ce maudit Faret commença le premier, et s'alla laver les mains hastivement pour se rafraischir, croyant qu'il brusloit de rage, et en descendant les degrez ce meschant Cordclier, tout chargez de rongne, estant hydeux à voir ne pouvoit dévaler, et demeura derrière, et une sœur, allant après, le frappoit de ces deux poings sur les espaules, disant : Chétif apostat, haste-toy et t'oste de devant moy '. »
Peu de temps après, les Clarisses abandonnèrent leur couvent. Elles sortirent, ne prenant « que leur bréviaire soubz leur bras, et le plus léger vestement que pouvoient, » du reste bien gardées par le syndic qui, « dune voix hirieuse et horrible jura le sang de Dieu, disant : S'il y a un homme qui bouge, il aura tout à l'heure la teste tranchée sans mercy. » Avec le syndic étaient trois cents archers. Si bien protégées, elles arrivèrent sans encombre au Pont d'Arve. Elles le traversèrent seules, et se trouvèrent en terre de Savoie. — Telle fut la conduite des « chiens » (les évangéliques) vis-à-vis des sœurs. Ah! si les «bons chrétiens » des catholiques) avaient toujours été animés de pareils sentiments!
2. A côté des Clarisses, et séparé d'elles seulement par deux maisons, était l'hôpital du Bourg-de-Four, ou de Saint-Jeoire, ou de Bolomier.
Un acte de 1289 parle de Rodolphe, recteur de l'hôpital du Vieux Marché (d')imis hospitalis de Joro vctcri) : donc l'hôpital existait à cette époque, et avant. — Un autre document de iSSg parle d'une maison au Rourg-de-Four, vers l'hôpilal de Saint-Jenire, et près de la chapelle thi dit hôpital : donc cet hôpital s appelait Saint-Jeoire. Il faut en conclure «qu'un individu, du nom de Saint- Jeoire, avait déjà été le protecteur ou le bienfaiteur de cet établissement, qu'une chapelle y avait été jointe, .. et que l'hôpital porta le nom de Saint-Jeoire