I.A VILLE HAUTK
eut lieu la principale modification ou amélioration de la place. « Icy, dit le procès-verbal du 19 novembre i565, Messieurs sont entres e-n propos d'accomoder en quelque fasson le Bourg-de-four, affin qu'il ne soyt entièrement dégarny de gens '. » ■ Seulement, Messieurs et leurs propos n'aboutirent pas du premier coup. On eut l'idée de faire une halle pour vendre les fromages et le sel. Mais on objecta « l'incommodité qu'aporteroient les halles tant aux maisons qu'à la place, joingt que cela n'avanceroit guerres-. » Il fallut cheichti quelque autre « commodité. » La conversation reprit le 1 1 décembre « sur les moyens d'accomoder le Bourg-de-four. » Et après plusieurs discours on décida que, « pour le présent, on y loge les frippiers, oij bon leur semblera; » les « salatiers estrangiers» seront logés « vers chez Rigotti ; » le marché du blé se tiendra tout le long de la rue, « et pour ce fayre qu'on y remue les mesures qui sont icy devant , et que de cela se fassent cries '*. »
Aujourd'hui, pour embellir et animer une place, nous ne penserions peut-être pas tout d'abord à y établir le plus de fripiers possible. En tout cas, même au seizième siècle, cela ne suffisait pas, et il fallait encore que la circulation fut, sinon aisée, au moins pas trop difficultueuse et dangereuse. On décide donc de « mettre les mesures devant la maison de Messieurs,» c'est-à-dire devant la Maison de ville, et on ordonne aux propriétaires « de oster les bancs de dessus les caves et les couvrir de portes^. » Aussitôt les réclamations se produisent. Plusieurs ne veulent pas enlever leurs bancs, leurs galeries, « et quelques degrés qui tiennent dans la rue; » ils prétendent « qu'ils n'empeschent en rien la place. » Le Conseil consent à laisser « encores les loges; » mais il ordonne d'enlever « les bancs partout le bourg, » de fermer les caves avec des couvercles, « affin d'agrandir la place. » Quant aux « degrés vieux, qu'ils soient redressés aux despens de la seigneurie ''. »
Le liourg-de-Four et les trappons. (p. 354.)
\. Ref^istres liii Conseil, V<jL 50, f. iig^'. — i. 6 décembre. Ibid., f. MV- " 3. Débitants de sel. i. Ibid., f. 130. — 5. 13 dcccmbre. Ibid., f, 13p. — •>. 7 et 15 janvier 1560. Ibid.. f. i.iu^ 144.
LA VILLE
On ne fait exception que pour les hauts bancs de ceux « ayant leurs maisons tirant du costé de S' Pierre, contre l'hospital. » On ne les contraint point « à oster leurs arches joignans à leurs maisons, attendu qu'elles leurs sont nécessaires pour la commodité de leurs boutiques. » On se borne a leur ordonner de « se retrencher'. »
Pour nous représenter le Bourg-de-Four du temps de Calvin, il ne suffit donc pas de supprimer le grand mur de soutènement du milieu ; il faut ajouter, tout autour, des caves béantes, des bancs, des échoppes, des escaliers en luine, et puis, au milieu, il faut creuser ou dresser des pentes plus ou moins ravinées. Ce devait être extrêmement pittoresque. Mais l'on comprend que, si un aquarelliste moderne y eût trouvé beaucoup de charme, les habitants de l'époque aient pris le parti de fuir des parages si peu il hospitaliers.
Et nous ferons bien de ne pas pousser nos investiga-