SECONDE PARTIE
Traitement et casuel.
L y a dans la brochure, dans le réquisitoire du citoyen de Genève : La vérité sur Calviti^ un résumé complet de ce que nous avons appelé la question morale.
a II ne manque pas de gens à Genève qui, ne pouvant défendre la mémoire de Calvin en ce qui concerne son ambition, sa froide cruauté, son absolutisme, se retranchent derrière le prétendu désintéressement du réformateur, et le représentent comme un pauvre hère qui manquait de tout et donnait le peu qu'il possédait *. »
Voilà bien l'attaque directe et violente contre le caractère de Calvin. C'est toute sa vie, toute sa conduite qui sont rendues plus que suspectes, en se plaçant à un point de vue particulier. — Malheureusement si les accusations et les calomnies se sont répandues depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours, il faut constater que, en fait de réfutation, nous ne possédons rien, ou presque rien. Nous allons donc être obligé de procéder avec beaucoup de circonspection, sans espérer arriver, du premier coup, à quelque chose de délinitivement complet.
D'après les adversaires de Calvin, son traitement se composait dune série d'éléments les uns fixes, les autres "ariables.
1° Numéraire. Nous venons de nous expliquer lù-dcssus. Les 5oo H. représentaient non pas 6000 francs comme on a dit, mais plutôt 35oo.
2° Dou^e coupes de froment. Heyer estime que ces douze coupes de froment devaient donner un peu moins de 1200 livres de pain (la coupe donnait environ ii5 livres, de 18 onces); que cette quantité était suffisante pour la consommation d'un ménage pas trop considérable; et il évalue à i^o francs la valeur des
1. P. 19 etss., § IV. « Prétendu désintéressement de Calvin, > — On lit dans Galiffe, Xotices généalogiques, III (1836), p. III, n. I : < On a beaucoup vanté le désintéressement de Calvin : le fait est qu'il était bien largement payé, pour ce temps-là, et qu'on ne cessait de lui faire des présens et de gratifier son frire de tout ce que la seigneurie pouvait avoir à réclamer de lui, pour lods et autres choses, de sorte qu'ils en tiraient annuellement plus que nu consommaient alors plusieurs ménages réunis. »
LA MAISON DE CALVIN
douze coupes de froment. — Rappelons que le Conseil (6 déc. i558) remplaça les douze coupes de blé qu'il servait aux pasteurs par une somme de 5o fl. Etait-ce l'équivalent ? Ktait-ce une augmentation de traitement ' ?
A propos du blé, nous trouvons dans les Registres du Conseil une mention qu'il faut noter. En i558 (3 janvier), demandant que le traitement des pasteurs soit élevé, Calvin dit: «Quant à luy, il requiert sans feintise, comme desja autreffois il se restreignit en ses gages du bled, qu'on luy voloit donner, oultre ce qu'il reçoit, que, encores de présent il se restreigne, et soit égalé aux aultres, pour éviter totes murmures -. »
3° Deux bossots de vin. D'après Heyer « le mot de bosset, et ceux de bossot et bossau ne désignaient pas une mesure fixe. Un bosset était un tonneau de contenance quelconque. » Un texte parle plus loin de bossot contenant 7 à 8 setiers, soit de 378 à 432 litres, d'après le calcul de Borel ^ Le « citoyen de Genève » dit qu'un bossot contenait 365 bouteilles'*, et Galiffe affirme qu'il en contenait le double, soit 730 bouteilles ^ ; —Th. Heyer estime les deux bossots à 25o francs.
4" Une maison. La difficulté est extrême d'évaluer en monnaie actuelle un logement du seizième siècle.
Nous savons que la maison, dans laquelle le Réformateur logea pendant presque tout son second séjour à Genève, avait été achetée, en i53g, 200 écus; qu'elle fut revendue, en i543, lôo écus; et que le loyer, payé par le Conseil, fut de 14 fi., puis, sur les réclamations du propriétaire, de 3o fl. « un gracieux prix, » est-il dit, lequel fut accepté. Or 3o fl. faisaient (selon Heyer) 3oo fr. ou plus probablement 210 francs. — Nous savons aussi qu'à la fin du quinzième siècle, le château des Tavel, à quelques pas de la maison de Calvin, était taxé 5oo fl., soit moins de 5ooo francs, prix qui, à 5 "/„, représenterait un loyer de 25o francs. — Nous savons enfin, ce qui est le plus précis, que Calvin lui-même chercha une maison pour son ami, M. de Palais, un noble, et que le loyer en fut fixé à 12 écus, environ ()o fl., (selon Heyer, 600 francs, plus probablement 420 francs;.
Le loyer de la maison de Calvin représentait donc moins de 5oo francs. Si l'on réfléchit que, en tout cas, une maison de chanoine devait être une bonne maison, qu'elle était meublée et avait un jardin, on estimera qu'un pareil logement représenterait aujourd'hui, à Genève, un loyer non pas de 5oo francs mais de 2 à 3ooo francs, ce qui donnerait comme pouvoir du florin, non pas 7 ou 10 francs, mais 3o ou 5o. A tel point le pouvoir de l'argent varie, aux mêmes époques, selon les objets!
I. La coupe contenait 88i<, 1104, de blé, et valait environ 119 litres, 1123, d'après Borel, Lts Foires, p. 248, 249. — La coupe ou octane contenait quatre quarts ou 7 décal. 69952, d'après Mallet, M. D. G., Vn, p. 329. — Pour Thévenaz (p. 68, n. i, 69), la coupe équivalait à 79 litres, 325 de nos mesures et valait 9 H., en 1545; ce qui ferait, d'après son évaluation du florin à i fr. 48, 13 fr. 32. — 2. Registres du Conseil, Vol. 54, f. 32^. Annales:, p. 683. — .3. Fr. Borel dit; « La bossette valait 6 setiers. » Les Foires, p. 243, 246, 332. — Le selicr valait 54 litres d'après la loi du !"=■■ octobre 1816. M. D. G., B", p. 140, n. S, VII, p. 330. — "i. La vérité sur Calvin, p. 21. — r>. Nouvelles pages d'histoire exacte, p. 31.
5° Ici, de son propre chef, et contrairement au texte officiel, GaliflTe, pour arriver plus facilement aux 9 ou 10000 francs du traitement qu'il attribue à Calvin, ajoute une cinquième rubrique : Sa provision de bois. Naturellement il n'y a pas lieu de tenir compte d'une addition aussi arbitraire. Bornons-nous à noter le cadeau du -iiS décembre i556. On lui a envoyé du bois. Calvin remercie a du soing- qu'on a heu. » Toutefois « d'autant qu'il a assez de la Seign"^'', sans qu'elle soit plus chargie, il supplie recevoir l'argent et prix du d' boys, et qu'il en rembource ce qu'il a délivré, remerciant bien fort de tel bon voloir, et que il en s'est ^sait] autant de gré, comme si on le lui donnoit'. »
Ainsi le traitement fixe de Calvin, numéraire et nature, était, selon Heyer, de 5ooo francs + 25o + 25o + 5oo = 6000 francs, et selon nous de 4000 francs l35oo + 25o + 25o) et une maison (au lieu des 9 à 10000 francs de Galiffe et son école) -.
Après la partie fixe, la partie variable, dite casuel, laquelle peut se ranger sous quatre rubriques :
1° « Consultations en matière civile et criminelle qui seules auraient sufti pour le faire vivre à son aise ^ « — Et encore : « Consultations si bien payées, qu'elles suffisaient largement à l'entretien (el au delà) des jurisconsultes français et de leurs familles *. »
Il s'agirait donc d'un second traitement et « large, suffisant et au delà » aux besoins d'une famille de Jurisconsulte, de telle sorte que Calvin aurait cumulé deux beaux traitements, dont le second était peut-être supérieur au premier! Mais Galifi^e ne cite aucun texte.
Il y en a cependant au moins deux. 11 est vrai qu'ils disent le contraire de ce qu'on affirme. Les trois jurisconsultes, ou avocats officiels du Conseil, auraient été les trois ministres docteurs en droit, Jean Calvin, Nicolas des Gallars et Mathieu de Geneston : ils auraient reçu « une paie à part en sus de leurs honoraires de pasteurs, pour ces consultations''. » Or le texte du 22 juillet 1542 nous dit que le traitement de Geneston fut fixé à 200 fl. (60 fl. de plus qu'à son collègue Treppereau) « voyant qu'il pourra consellié les affères de la ville®. » Ces
t. Registres du Conseil, Vol. 52, f. lôg^'. Annales, p. 656. — 2. C'est ce traitement que Kampschultc trouve ansehnlich, et qu'il s'étonne de voir Calvin traiter de stipeitdium médiocre. (Kampschultc, I, p. 402, 403.) — Voici le passage auquel Kampschulte fait allusion : « L'expérience a monstre que pour ce que nostre poureté et petite condition {tenuiias) ne luy venoit pas à gré, il se mtitoit à en cerchcr ailleurs de plus grasses et magnifiques... Me contentant de ma petite condition (/f«M//wi,l, j'ay tellement aimé la frugalité et m'y suis entretenu, que je n'ay chargé personne ; je demeure coy et paisible en la charge où le Seigneur m'a establi. Des gages, qui m'avoycnt esté ordonnez moyens (qiiod iiiiiti médiocre coiisliltitiim eral), encores en ay-je rclasché quelque chose : tant s'en faut que j'en ave parlé pour en avoir augmentation. > {/iespoiisio ad lialdtiini convicia. Opéra, IX, p. 573, 579. Opuscules, p. 1983, 1990.) — 3. Nouvelles pages d'histoire exacte, p. 48, n. i. — i. Quelques pages d'histoire exacte, p. 88-90, n. 2. — K. Nouvelles pages d'histoire exacte, p. 103, n. 7. — 6. Registres du Conseil. Vol. 36, f. 76. Annales, p. 300.
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honoraires pour consultations étaient donc non pas en dehors mais en dedans du traitement, qui n'atteignait pas même le taux ordinaire, 240 fl. '.
De même pour Calvin. A peine les Ordonnances ecclésiastiques eurent-elles paru que le Conseil songea à préparer des « Ordonnances sus le régime du peuple » c'est-à-dire des Ordonnances civiles et politiques. Et, pour ce faire, il « députa en première ligne Mon" Calvin, et puis les secrétaires, Roset et Porral, et le S"" Jean Balard (21 nov. i54i)-. Le travail « des esdygts sus la république» durait encore en 1542 (i5 mai)-'. Le 11 septembre, on décida que «Calvin doybge estre exempt de prescher, synon une foys les dimenches *. » Mais il n'est pas question de traitement spécial pour les « conseils ». Et, précisément parce qu'il n'y avait point de traitement spécial, le Conseil (17 nov. 1542) décide qu'on fera un cadeau au Réformateur a lequelt journellement prend plusieurs poienes pour la ville », soit « ung bossot de vin vieulx de celluy de l'hospitaF. »
Un tonneau de vin pour avoir préparé une législation ecclésiastique et politique " : étaient-ce des honoraires exagérés ? En tout cas, l'histoire du second traitement de Calvin, suffisant à lui seul pour faire vivre à son aise toute une famille, est une pure invention.
2° Les pasteurs, ajoute-t-on, avaient « des jetons de présence au Consistoire (alors payés à raison de 2 francs par séance), souvent aussi au Conseil (3 francs par séance), et le produit de certaines amendes disciplinaires qu'il ne tenait qu'à eux de multiplier beaucoup. » — Galiffe spécifie pour Calvin: «ces jetons de présence au Consistoire, où il ne manquait jamais, et au Conseil où il venait souvent. ' »
Le texte de GaliflFe renferme une calomnie et deux inventions.
Voici en effet ce que nous lisons dans les Registres du Conseil, à la date du 12 décembre 1541 : « Gages sur les S*"' assistans aut Consistoire. » Ceux-ci ont fait demander « quelt gage il doybge havoyer pour leur poienne de leur assistance. )) Il est décidé que le trésorier recouvrera les amendes infligées par le Consistoire, les mettra dans une boîte, et sur cette somme paiera à chaque assistant « 2 solz pour jour qu'ils assistent. » En outre on prélèvera les frais des écritures du secrétaire **. — Galiffe, qui ne cite pas ce texte, l'exploite. Il dédouble ce qui est une seule et même chose, les jetons de présence et les produits des amendes, et tandis que le te.xte indique un jeton de présence fixe, pris
i. Plus tard, i juillet 1544, Gcneston, qui mourait de faim malgré ses deux prétendus traitements, bien qu'un seul eût dû le faire vivre à son aise, demanda que pour ses consultations on lui donnât du vin. C'eût été, si l'on veut, une paie régulière, mais qui évidemment n'aurait pas suffi à le faire vivre largement, ni à son aise, ni au delà, avec toute sa famile. Le Conseil refusa, le renvoya aux vendanges, et dit qu'il lui donnerait de l'argent quand il conseillerait. (Voir plus haut, p. 469.) — 2. Registres du Conseil, Vol. 35, f. 408. Annales, p. 287. — ;î. Ibid.,\o\. 36, f. 14V. Annales,^. 296. — 4. Ibid., Vol. 36, 117^. Annales, -p. 302. — .•;. Ibid., Vol. 36, 172V. Annales, p. 305. — C. Opéra, X», p. 124, n. i. — 7. Nouvelles pages d'histoire exacte, p. 48, n. i. — 8. Registres du Conseil, Vol. 35, f. 430'. Annales, p. 28g. — Le 12 février 1543, une décision analogue est prise de nouveau: < Ordonné que Mons^ le trésorier aye a poyé ordinayrement tous les judy le Consistoire, assavoyer 2 solz pour comparissant et que les délinquans soycnt chastiés et l'argent que l'o.n aura d'iceulx soyt réduict pour poyé l'assistance du dit Consistoire. Vol. 37, f. 14. Annales, p. 307.
sur les amendes, mais indépendant de celles-ci, GaliflFe invente un « produit » des amendes, qui s'ajoutait au jeton, et qui était proportionnel aux amendes ellesmêmes et à la cupidité de ceux qui les infligeaient *. — Voilà pour la calomnie.
Voici une première invention : c'est que les pasteurs touchaient ces jetons de présence. Les «Seigneurs assistans au Consistoire» étaient les laïques, membres des Conseils, désignés chaque année pour ces fonctions. Ainsi le procès-verbal de la première séance du Consistoire qui nous a été conservée (c'était la dixième séance, celle du jeudi i6 fév. 042) porte: « Les assistants... » Suivent les noms de cinq pasteurs. Et puis viennent : « les seigneurs Darloz*, etc. » — Et quand il est question du paiement des jetons, ce ne sont jamais que les membres laïques qui sont nommés. Aussi Cramer intitule son extrait : « Paiement de vacations aux membres laies du Consistoire. » Et voici le texte même du procès-verbal : « Du 3o août 1542 ; ceux auxquieulx on est débiteurs de tout le temps passé jusqu'à présent du Consistoire, depuis le 10 mai 1542. » On lit ensuite les noms des membres laïques, les seigneurs Porral ^ etc.
Et la seconde invention, c'est que les pasteurs touchaient des jetons de présence au Conseil. Ici il n'y a aucun texte, ni cité, ni pas cité, aucun texte, même torturé et faussé. Les pasteurs n'étaient pas membres du Conseil. Ils ne siégeaient pas; ils ne délibéraient pas. Ils y allaient, envoyés en général par leurs collègues, pour faire entendre des réclamations. Voilà tout.
3" Les frais de l'oyage. Ceci est plus exact. Nous trouvons dans les Registres plusieurs fois la mention que le Conseil a défrayé Calvin de ses frais de voyage.
En 1548, il y a de «grand troble » ecclésiastique à Berne. Viret est menacé de destitution. Calvin (7 mai) demande congé pour aller « assister au dit Viret. » On lui accorde sa requête, « et ly soit assistyr de cheval et argent pour fère le dit voyage *. »
Le 5 juin i553, Calvin va encore à Berne. Mais il restitue les deux écus soleils qu'on lui a alloués, se disant assez bien payé ^
En i556, il va à Francfort pour essayer de pacifier l'Eglise. On lui offre (20 août) « si luy plaist » l'assistance d'un Seigneur du Conseil et « d'ung héraud pour luy tenir compagnie en ce que sera expédient*. »
On le voit il s'agit de voyages faiis non dans un intérêt particulier, mais dans un intérêt public '.
I. Du reste, comme le sol valait non pas i franc, selon les (évaluations de GalifTe, mais 83 centimes selon Heycr, ou même probablement o fr. 58,5, les 2 sols faisaient i fr. 17 ou i fr. 66, et les trente ou quarante présences d'un membre du Consistoire pouvaient lui rapporter de 60 à So sols, de 35 à 70 francs. — 2. Cramer, Noies extraites, etc., p. i. — :t. Ibid., p. 6. — l. Registres du Comcit, 7 mai 1548, Vol. 43, f. 85. —Annales, p. 425. — 5. Annales, p. 542. — 6. Registres du Conseil, Vol. 51. f. 273^. — Annales, p. 645, 647. 7. Il est vrai qu'on dit : le Conseil payait tous les voyages de Calvin, mOme ceu.\ qu'il faisait pour son agr<;ment. Mais nous savons ce que valent les affirmations de l'école Galifte. Par hasard ici on cite un fait: le voyage de Calvin à Bâle, en 1548. Or le procès-verbal (2 fév.) dit que Calvin a demandé congé et offert SCS services, et que le Conseil, « pour aultant qu'ils ont affères, » décide « que l'on luy ayde tant de chevaulx que prestacion d'home ou de héraud. » Registres du Consed, Vol. 42, f. 418. — Le 23 février. Calvin de retour rapporte au Conseil « les novclles qui a peult appcrcepvoyr. > Jèid., Vol. 43, f. a». — Le
LA MAISON DE CALVIN
Et ceci nous amène à une considération générale et importante. Calvin n'était pas un simple pasteur de Genève : il était le directeur de l'Eglise genevoise, de l'Eglise réformée en Suisse et dans toute l'Europe. Il était plus encore : le chef de l'Etat chrétien et réformé.
Or une pareille situation ne va pas sans charges tout à fait exceptionnelles. Lorsque Calvin fut rappelé à Genève, le Conseil fixa son traitement à 5oo fl., parce qu'il avait, « grande charge de passants, » c'est-à-dire, comme nous l'avons indiqué (mais il faut y insister), de grands frais de représentation. Or, s'il en était déjà ainsi en 1541, que devait-il en être en i55[, en i56i ?
Que l'on veuille bien penser à un simple détail. Alors toute lettre devait être portée par un messager spécial. A combien devait revenir cette correspondance de plus en plus active avec toutes les Eglises et les pasteurs les plus éloignés ? A un moment, Sturm lui demande d'écrire tous les jours'. A la fin de la semaine que devait coûter une pareille correspondance : tous les jours un messager, de Genève à Strasbourg! Quand il s'agit de faire porter une lettre à Wittemberg, Calvin déclara qu'il n'avait point d'argent, même qu'il ne pouvait l'emprunter. — En fait de correspondance, il fallait, au seizième siècle, cent fois, mille fois plus d'argent que maintenant.
Vouloir que Calvin ait pu subvenir aux exigences d'une pareille situation avec son traitement ordinaire, payant réceptions, secrétaires, voyages, réfugiés, pauvres, etc., etc., c'est montrer une ignorance de la situation par trop grossière. A combien évaluerait-on aujourd'hui les frais de représentation d'un homme dans la situation de Calvin?
4" Et nous arrivons ainsi aux cadeaux. C'est ici que GalifFe triomphe : « Entretien presque permanent, aux frais de l'Etat, de ses secrétaires, et dans certaines occasions de sa domesticité et de son ménage entier, notamment en cas de maladie, ou lorsqu'il recevait des visites de marque. »
Et encore : « Cadeaux continuels.... Gratifications continuelles et considérables, jamais au-dessous de la valeur de 10 écus, soit de 5 à 600 fr., que le Conseil lui faisait en numéraire et en provisions, surtout en vin, dont le réformateur usait, non pas par goût, cela va sans dire, mais comme excitant et comme compensation à l'extrême faiblesse de sa constitution '^ » — Et encore : « Les innombrables cadeaux et gracieusetés de moindre valeur, qu'il recevait
24 janvier 1548, Calvin avait écrit à M. de Falais : « S'il ne tient qua ma disposition, au plaisir de Dieu, je ne fauldray à ma promesse. Mais pour ce que je ne suis pas en ma liberté, il fauldra que j'attende comment les choses se porteront. Nous avons. Dieu mcrcy, aultre tranquillité que du temps du billet. Mais il n'y a jammais saison en l'année en laquelle je n'ayc oeuvre tailliée, et plus que je n'en sçauroye despescher, quand je seroye bien bon cousturier. » [Opéra, XII, p. 655.) Galiffe ne se contente pas d'affirmer que Calvin avait fait, en allant à Bâie, un voyage d'intérêt absolument particulier, il ajoute : « Le Conseil qui allait au devant de tous ses désirs.... > Or, à la page précédente, Galiffe lui-même a expliqué que sur quatre syndics, deux n'étaient que des calvinistes modérés. Un troisième était parent de Perrin, et le quatrième était Vandel en personne, « le membre le plus indépendant du Conseil calviniste, . d'après GalifTe. {Oiieltiiies /•aires d'hhloire exacte, p. 68, 69.) Un pareil Conseil était-il aveuglé par son fétichisme calviniste? !.• Voir Jean Calvin, II, p. 378 et n. 8. — 2. Nouvelles pages, etc., p. 48, n. i.
soit du gouvernement et des particuliers, soit surtout de l'étranger, tels que venaison, friandises de toute espèce, vins de choix, dîners d'apparat, dont nous possédons les notes détaillées ', etc. »
C'était évidemment le Pactole et plusieurs autres fleuves,' sortis de Tlle des Plaisirs ou du pays de cocagne, qui coulaient dans la maison de la rue des Chanoines : à chaque instant des 5oo et des 600 fr., des vins, du o-ibier, des friandises.... Et Galiffe de dire : « Nous trouvons tout cela très naturel. Il eut été indigne de Genève de lésiner avec le grand réformateur. » — Au lieu d'une réfle.vion de ce genre, qu'on ne peut lire sans un étonnement pénible, et dont GalifFe et son école ne sont malheureusement pas avares, nous aurions préféré la moindre preuve, le moindre texte. Toujours rien, et rien.
En revanche, à propos des présents des particuliers, nous connaissons cette affirmation formelle de Bèze : « Il a esté si convoiteux des biens de ce monde qu'estant prisé, voire mesmes honoré et de rois et de princes et de seigneurs de plusieurs nations, et mesmes leur ayant desdié ses ouvrages, je ne sçache (et le sçaurais à mon advis, s'il estoit autrement) que jamais il en ait rcceu à son profit la valeur de vingt escus -. »
Quant à l'entretien des secrétaires, voici ce que nous trouvons, le 3i août 1545 : « M. Calvin est ung peult malade, et desireroy avoyer quelcun qui escripvisse soub luy. Ordonné qui luy soit ballié ou M^ Trolliet, ou ung aultre, qui escript les sermons soub luy, celluy qui luy plairai »
Il ne faut pas oublier que Calvin (pas plus que les autres Réformateurs) n'a rien \ ou presque rien, retiré de cette activité littéraire qui, aujourd'hui, représenterait des centaines de milliers de francs (encore une diflférence qui modifie notre appréciation de la situation que Calvin avait et de celle qu'il aurait eue aujourd'hui avec le même traitement). Or, cette activité ne lui prenait pas moins une grande partie de ses jours et de ses nuits. Où aurait-il trouvé le temps et les forces d'écrire les sermons qu'il avait improvisés et dont la rédaction n'avait d'intérêt que pour les étrangers ? On lui paie un secrétaire. Où est le casuel ? Si le cas se répète, le casuel en est-il augmenté ?
Et pour l'entretien de son ménage? A la date du 27 octobre i558, nous trouvons : « M. Calvin est malade de fièvre quarte : est arresté qu'on dise aux médecins et apoticaires qu'il/, le traitent et ne luy espargnent rien : que Messieurs le poyeront ^. » — Nous sommes en i558. Calvin, usé au service de la Réformation et de l'Etat, approche de sa fin prématurée. L'Etat a le sentiment de ce qu'il lui doit. Il le fait soigner. Le 22 mai i559, Calvin remercie
I. Quelques pages, etc., p. 89, n. 2. — 2. Opéra, XXI. Vie de Calvin, p. 36. — .1. 31 août 1545. Registres du Conseil, Vol. 40, f. 227*'. Annales, p. 361. — C'est ce fait que Roget {Histoire du peuple de Genfve, II, P- 185) place le 10 octobre 1545 par erreur. Les Annales (p. 363) ont oMè Roget à la date du 10 octobre, mais n'ont pas donné le texte. Il y a non pas deux faits, mais un seul. — i. Bolsec, Histoire de ta vie, mceurs, etc., de Jean Calvin, 1582, p. 14. « Il prenoit des imprimeurs qui imprimoicnt ses œuvres à Genève deux soulz de celle monnoyc pour fueillct ou fueille entière. » — Aucun auteur, pas môme Galiffe, n'a fait allusion à cet impudent mensonge. — 3, Registres du Conseil, Vol. 54, f. 315». Annales, p. 707.
.j^ LA MAISON DE CALVIN
en ces termes : « M' Calvin a proposé que ayant esté longuement malade, comme il a pieu à nostre Seigneur de le visiter, il a esté secoru et a receuz de grandz bénéfices de Messieurs, dont il remercie ; mais il a entendu que, outre tout cela, on veult poyer l'apoticaire des médecines : susquoy il suplie ne faire pas cela, car il n'en sçauroit avoir plaisir, veu que c'est assez. » Le Conseil arrête « qu'on luy remonstre que il le reçoive en bonne part, car Messieurs le veulent faire, et plus si besoing estoit *. »
Le Conseil faisait pour Calvin ce qu'il faisait aussi pour Farel et pour Viret. C'était la coutume du temps, et si le Conseil essayait non pas de payer, mais de reconnaître sa dette de juste reconnaissance envers les trois Réformateurs, en vérité, comment en être scandalisé ?
A la date du 26 novembre i543, les Registres portent : « M' G. Farel [que le Conseil avait mandé à Genève, par décision du i3] est venuz en pourres habillementi, et que l'on az commandé de luy en faire une [robe] semblable à celle de Mons"" Calvin; ce qu'a esté bien faict, et commandé de la poyer ^ » — Mais Farci remercie et refuse. « Et quant à une robbe que luy avoyt esté donné, que remercie Messieurs, et qui n'en az point de besoings. » Le Conseil naturellement maintient son cadeau, et prie Farel « de prendre les choses à la bonne partz •'. » — Néanmoins Farel part sans sa robe , et environ un mois après (23 déc. 1543) Calvin lui écrit : « La robe est chez moi, attendant quelqu'un qui te l'apporte. Tu as bien fait de refuser. Mais maintenant tu pourras accepter honnêtement ''. »
l^n i552, Viret, venu à Genève pour les intérêts de l'Eglise, se retire (22 sept.). Le Conseil décide que « luy soyent présentés six escus pour une robe et que l'on présente tous plaisirs [assurances du plaisir que l'on a eu de le posséder?], et soit faict que les despens de son cheval soyent payés ^. » Et le 14 novembre: « A esté parlé des despens desd' S" Guillaume Farel et Viret, et arresté que l'on les paye, et leur soit baillé pour leur retour ce qu'il fouldra ''. »
Le 28 avril i556, nous lisons dans le Registre : « Farel et Viret ministres de Genève. Az esté mis en avant des grans paynes et labeurs qu'ilz pregnent jornellement pour nous.... Arresté que leurs soyent présentés et donnés aulcunes confitures et dragées à la discrétion des S^""^ sindicques '. «
Puis, en i556 (3i août), c'est la maladie qui force Viret à revenir à Genève « pour estre myeul.x pensé, à la consultation des médecins, estans icy. » Il logeait « en l'habitation de Mons'' Calvin. » Alors le Conseil fit appeler le trère de Calvin, et lui recommanda Viret, et qu'il « luy soit pourveu de médecins et appothicayres aux despens de la Seigneurie, d'aultant qu'il a bien servi, et est digne par la grâce de Dieu de grande rémunération**. » — Et le 29 septembre,
1. Rfffislres du Conseil, Vol. 55, f. 49. Annales, p. 716. — 2. Ibkl., Vol. 37, f. 280^'. Annalrs, p. 325. — 3. 27 novembre. Ibid., {, 281. Annales, p. 326. Herminjard, IX, p. 134, n. 5. — 4. Opéra, XI, p. 653. Hcrminjard, IX, p. 134, 135. — ."i. Registres du Conseil, Vol. 46, f. 275. Annales, p. 519. — 6. Ibid., f. 305. Annales, p. 527. — 7. Ibid., Vol. 51, f. ni. Annales, p. 635. — 8. Ibid., f. 289. Annales, p. 647. — Les « afflictions > de Viret se multipliaient. Et nous voyons le Conseil ne pas y être insensible. 9 nov. 1557
Viret, dont la santé s'est améliorée, grâce « à Tassistence de Dieu et diligence des médecins qui sont esté autour de luy, Mons' Fabry et Sarazin, » avant de rentrer à Lausanne, ayant appris d'Ant. Calvin que la « Sg'" ne voloit pas qu'il poyat » ses dépenses, remercie « ne sçachant bonnement s'il doibt reffuser, crenant craignant] que cela ne fut prys en maie part. » Il est « honteux de tant de biens,... toutefois il croit que Messieurs regardent non pas à luy, ny à son povoir, mais au maistre qu'il sert et au bon voloir qu'il a'. «
Le Conseil de Genève se le rappelait : c'est en venant prêcher l'Evangile à Genève que Viret avait été empoisonné, et avait ainsi contracté une maladie dont il ne s'était jamais complètement remis.
C'est le môme sentiment qui se manifeste dans cette touchante délibération du 20 mai i56i : « Guillaume Farel. A esté rapporté qu'il est icy, et d'aultant que ça esté le premier qui nous a anuncé l'Evangile, et a souffert beaucoup pour nous en ceste ville, a esté arresté qu'on luy présente le vin, qu'on le festoie et deffraye et qu'on s'informe des ministres s'il seroit bon de le retirer en ceste ville, et luy bailler pencion, affin de n'estre reprins de ingratitude -. »
Plaignons les historiens qui lisent tous ces textes et sont incapables de les comprendre; qui, dans ces grands créateurs de Genève et de toute la civilisation calviniste, vêtus de « pouvres habillementz, » et auxquels Genève donne une robe, ou dont Genève soigne les maladies contractées à son service, ne voient que des ambitieux rapaces. — Casuel, dit Galiffe !
Mais ne nous occupons que de Calvin. Le premier cadeau, qu'il reçut du Conseil, fut une robe, 20 septembre 1541 ^. — Nous avons déjà signalé le bossot de vin du 17 novembre 1542. « M. J. Calvin, lequelt jornellement prend plusieurs poiennes pour la ville, sus quoy résoluz que il luy soyt donné ung bossot de vin vieulx de celluy de l'hospital '\ n — Deux ans plus tard, 3i juillet 1544: « Ordonné qu'il luy soyt ballié ung bossot de vin blanc de 7 à 8 sestiers ". »
Deux ans plus tard, 25 janvier 1546, Messieurs «ayant congneust la congnoissance de la neccessité et malladie en laquelle estoyt detenuz Mons'' Calvin, n'ayant de quoy seroyt ce secourir », advisent de luy faire « ung présentz de dix escus. » Mais Calvin les restitue. Puis Messieurs « allèrent soupper avec luy, et dépendièrent six florins et demys ; lequel Xalvin] a faict toutes les remarciations, priant luy perdonner et qui ne veult point prendre. » On décide qu'avec les dix écus restitués, le syndic Ami Perrin achètera un bossot de vin 0 pour luy faire présentz et qui le prenne a la bonne partz ^ » Le bossot de vin est amené chez Calvin. Le 4 mars, (Calvin « remercie la S»''"' du bien que l'on luy faict, » et pour
« Arresté que, pour secourrir à ses nécessitez, luy soit donné par nostre trésaurier, allant à Berne, passant par Lausanne, 25 escus d'or pour ung coupt. » (Regis/res du Conseil, Vol. S3. f- 395'- Amiales, p. 679.) — 9 octobre 1559 : « P. Viret ministre. Sus ce qu'on luy doibt deux chars de vin a esté arresté qu'on luy baille du vin de Bauge (?) qu'est à l'hospital, ung char de blanc et ung de roge. » {Ibid., Vol. 55, f. 124. Annales, p. 722.)
I. Registres du Conseil, Vol. 52, f. 25^'. Annales, p. 649- — 2- ll>i'^-< Vol. 56, f. 193- Annules, p. 749. 750. — .'t. Annales, p. 283. — 4. Registres du Conseil, Vol. 36, f. 172". Annules, p. 305. — :>. Ibid.. Vol. 38. f. 305". Annales, p. 341. — 6. Ibid., Vol. 40, f. 3S6''- Annales, p. 368.
LA MAISON DE CALVIN
le paiement du bossot, il présente lo écus, « et quy ne veult poient que cella tombe sus la Ss^■^ » On ordonne qu'il garde les lo écus « en déduction des despens du serviteur qui ha, lesqueulx la S^"^ veult poié '. » — Mais le lo mars, Calvin revient à la charge et obtient gain de cause : « M. Calvin a remis dix excus soley pour le bossot de vin que luy a esté ballié, requérant volloyer accepter les ditz dix escus, et luy rebastre de son gage affin d'en povoyer secoryr les aultres ministres que sont nécessiteux. » La seigneurie accepte les dix écus et les fait délivrer « es ditz ministres, que seront en povreté -. »
GalifFe estime que tout cela c'est de la comédie \ Calvin voulait flatter le Conseil pour obtenir la condamnation de l'un de ses ennemis \
A mesure que les années s'écoulent, le ton du Conseil devient plus affectueux. 7 octobre 1557: « Sur ce qu'il est parti de faire quelque recognoissance honeste de tant de services qu'il fait à la Seigneurie, et que ne se peut faire bonnement: parquoy arresté qu'on luy donne une bonne robbe pour cest hyver \ »
Trois ans après, le 14 mai i56o : « pour qu'il n'a point de vin blanc clair, et qu'on est beaucoup redevable pour les grandes peines qu'il prend pour la Seigneurie ; arresté qu'on luy en donne un bossot du meilleur qu'on pourra trouver '"'. «
l-]nfîn, en i562, la parcimonieuse Seigneurie fait son mea ciilpa. Elle reconnaît que ni pasteurs, ni professeurs, ni régents ne peuvent subsister au régime de misère qu'elle leur a imposé, et elle élève tous les traitements. 23 avril i562: «Gages des ministres, professeurs, régens. Icy a esté proposé que les professeurs du collège ne se contentent pas des gages qui leur sont establys, comme de fait il n'est pas suffisant, pour les entretenir, et, si on n'y pourveoit, il sera difficile de les retenir. Et pareillement d'autant que les ministres tant de la ville que des villages ne sont pas asses salariés, qu'il sera bon de leur augmenter leurs gages; et partant a esté advisé qu'il sera bon de baillié tant aux ministres de la ville que aux professeurs publiques, assavoir à chascun d'eux cent florins par quart temps [trimestre], qui sont quatre centz pour an. [Pour les pasteurs de la campagne le traitement varie de 75 fl. par trimestre, à 60 et 70 fl. Quelques-uns ne sont pas augmentés.] Et quant aux regens des classes qu'on leur baille à chascun
I. Registres du Conseil, Vol. 41, f. 34, 35. Annales, p. 371, 372. — 2. Ibid., f. 44^ et ^. Annales, p. 373. — 3. Il résulte de ces textes que Calvin refusa le 25 janvier 1546 un cadeau de 10 écus; que le Conseil, avec ces 10 écus, décida de lui acheter un bossot de vin; mais que, le 4 mars, Calvin restitua les 10 écus; et que, le lo mars, le Conseil, ne pouvant résister à l'insistance de Calvin, distribua ces 10 écus aux autres pasteurs. — GalifTe insinue qu'au lieu d'un bossot de vin, Calvin en reçut deux, et après avoir embrouillé l'affaire il conclut : « Ce qui ressort de plus clair de ce verbiage diffus du secrétaire calviniste Ruffi, c'est que Calvin, en voulant restituer les 10 écus qu'on lui avait donnés, se vit obligé de garder cette somme et d'accepter, en outre [c'est Galiffc qui souligne], un char de vin et un bon souper. > Puis il s'étonne que Calvin n'ait pas eu l'idée < de distribuer lui-mCme ces 10 écus à ses collègues. > « Mais, finit-il, on ne tardera pas à comprendre l'habileté de cette tactique. » Nouvelles pages d'histoire exacte, p. 30 et n. 1, p. 3't n. I. — 4. Le disciple de Galiffe, < un citoyen, > avoue qu'il y a bien là < une certaine modestie, » mais celte < affectation de désintéressement • était pure habileté de la part du Réformateur « vindicatif. » La vérité sur Calvin, p. 2\, 22. — o. Registres du Conseil, Vol. 53, f. 352^. Annales, p. 676. — 6. Ibid., Vol. 56, f. 38". Annales, p. 731.
scptante-cinq florins par quart temps, hormis aux deux inférieurs, qui au lieu de cinquante fl. en auront soixante*. »
On peut être assuré que cette augmentation était restée en deçà des limites du nécessaire. Aussi le 21 mai on augmente spécialement les «gages [de Calvin] de cent florins par chascun an, qui seront i5<) fl. par quartemps, et 600 fl. par an -. »
Malheureusement la tin approchait, la maladie s'aggravait; les mois, les jours de Calvin étaient comptés. Alors en voyant celui qui avait créé l'Eglise, la législation, l'Académie, et toute la vie, et toute l'influence de la cité, sur le point de disparaître, alors Genève tressaille. 22 juin i563. Parce qu'il est «dès longtemps détenu en maladie, tellement qu'il peut bien avoir nécessité de quelque chose, estant mesmes chargé de son frère, a esté arresté qu'on luy baille vingtcinq escus, pour les frais de la maladie ; » seulement on les donnera « à son frère '\ »
C'était un biais délicat. Mais Calvin rapporte immédiatement ces 25 écus qui ont été donnés « à son frère pour luy » dit-il, 0 les présentant pour les restituer, refusant de les retenir. » On le prie de les garder, et on ajoute « qu'il n'espargne rien, et aussi qu'il se solage tant qu'il pourra '\ »
Le mal fait des progrès de plus en plus effrayants ; c'est tout-à-fait la fin. 10 mars 1564. « J^n Calvin. Estant proposé que le d' S' Calvin est dès longtemps fort mal disposé de sa personne, et mesmes en danger de sa vie, a esté arresté que chascun prie Dieu pour sa prospérité, et que Mess'" les sindiques l'allient visiter souvent, et qu'on ly assiste à présent de vingt-cinq escuz ^. »
Encore une fois on veut faire passer ces 25 écus par les mains du frère de Calvin : mais cette fois-ci Calvin refuse. i3 mars 1564: « Jan Calvin. A este raporté que le d' J. Calvin ayant sceu qu'on avoye baillé 25 escuz à son frère pour luy, ne les a pas voulu accepter, disant qu'il fait conscience de recevoir ses gage ordinaire d'autant qu'il ne sert pas ''. » — Et le 26 mai i564, le Registre porte : « A esté icy proposé que le sire .Vntoine Calvin refusa hier de prendre le mandement de son frère [le mandat de son traitement] disant qu'il est prochain de la mort et qu'on ne le peust persuader à le recevoir ". »
I. Registres du Conseil, Vol. 57, f. 45. — "■. Ibid., f. 59*'. Aniia/es, p. 780. — ;t. Ibid., Vol. 58, f. 67. Anna/es, p. 804. — 4. Ibid., f. 68. Anna/es, p. 804. — S. Ibid., Vol. 59, f. 18^. Aiiitd/es, p. S13. — 0. Ibid., f. 20. Annales, p. 813. — 7. Ibid., f. 48". Annales, p. 815.