‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 2)Chapitre 61 sur 116 · I. M. D. G., IX, p · texte numérisé non relu

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dépenses d'un malade perpétuel comme Calvin ? Et de ce chef unique n'y avait-il pas là pour lui une cause de misère ?

Il y a plus. Un homme bien portant, qui aurait fourni avant cinquante-cinq ans un labeur comparable à celui de Calvin, mériterait d'être cité au nombre des plus grands travailleurs que l'humanité a jamais possédés. Mais quand on constate que ce travailleur était un misérable valétudinaire, qui, à partir du milieu de sa carrière, fut constamment tourmenté par les douleurs les plus pénibles, et par les maladies les plus dangereuses, que doit-on penser? On est stupéfait.

Ht, enfin, et surtout, si le corps et l'àme sont inséparables, si le physique et le moral sont inextricablement entrelacés, ne trouvons-nous pas dans les accès incessants de ces maladies perpétuelles l'explication et presque l'excuse des défauts que l'on reproche le plus à notre Réformateur? — Il fut parfois acerbe, violent, nerveux, énervé, cassant, colérique! — Certes! Ce qu'on peut se demander, c'est par quel prodige impossible il ne Teùt pas été. Quand un adversaire plus ou moins fâcheux l'attaquait, quand cette attaque tombait juste à un moment (et il y avait toutes les chances pour qu'il en fût toujours ainsi) où Calvin avait mal à l'estomac, était en proie à la migraine, souffrait de la graveile était épuisé par des crachements de sang, est-il bien étonnant que sa langue ait été vive, que sa plume ait été mordante ? et que telle page, écrite entre deux crises de douleurs intolérables, ait manifesté quelque mauvaise humeur?

La tourbe des calomniateurs, encore plus inepte si possible que méchante, s'étonne des accès d'impatience de ce corps débilité.... Et moi je m'étonne, au milieu de ces accès, de cet esprit de modération et de conciliation. Trop souvent il perdit la pleine possession de ses nerfs. Combien souvent il posséda son âme par une patience manifestant d'autant plus la grâce divine qu'elle pouvait être moins attribuée à la nature matérielle.

Et en définitive, de tous ces détails de clinique, de toutes ces questions de rhume, de toux, d'hémorroïdes, de clystères, d'ulcère, de goutte, de coliques, de pierre, de ce corps ridé, émacié, flétri, brisé, avili, une âme se dégage d'autant plus noble par le contraste, plus apitoyante par sa souflfrance, plus étonnante par son labeur. Il me semble que ce qui souille son corps précisément purifie son âme, comme le feu qui noircit le bois et donne à l'or, qu'il réduit en fusion, tout son éclat vainqueur. Et c'était bien un morceau de cet or céleste, destiné à briller au milieu des pierreries mystiques de la Jérusalem entrevue par le voyant, que, dans le creuset d'une épreuve incomparable, le souverain fondeur dégageait de la gangue repoussante, pour le service de son Eglise et pour son honneur à lui : Deo glnria ' .'

I. Voir aux Corrcclioiis et additions la dcfcnsc de la mc^dccine par Calvin.

TROISIKMK PAUril':

Attrait.

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A maison de Calvin avait deux façades : l'une au Nord, à la bise, au vent froid et rude, l'autre au Midi, aux doux rayons du soleil. Et il en est de toutes les choses du monde comme des maisons. Tout a deux faces : ombre et lumière.

Or c'est en ceci précisément que consiste l'erreur — inconsciente ou volontaire, en tout cas perpétuelle — des adversaires

du Réformateur; ils ne considèrent jamais qu'un côté de sa maison, de sa vie, de son oeuvre, le coté sombre, qu'ils ont encore le soin de noircir de leur mieux. Aiidiatur et altéra pars! Que l'on regarde aussi l'autre côté! — Après avoir indiqué ce que la vie domestique, à la rue des Chanoines, pouvait avoir d'austère, essayons de voir ce qu'elle pouvait avoir de séduisant.

De la maison de Calvin il ne reste, avons-nous dit, que l'emplacement (sauf une partie des caves et une porte du XV' siècle par laquelle on se rend au jardin). Cette maison, toutefois, avait un jardin, et des fenêtres, d'où l'on apercevait un panorama particulier.

Le jardin a été un peu réduit, sans doute, par le bâtiment nouveau qui a dépassé les limites de l'ancien; et, au bout du jardin, au parapet supporté par l'énorme muraille Burgonde, on a adossé de bien vilaines baraques en bois. Malgré tout, il est là, le jardin dans lequel Calvin put se promener avec Farel, avec Viret, avec ses amis genevois, de Trie, de Normandie, Cop, son frère, le jardin où Idelette alla, sans doute plus d'une fois, chercher quelques légumes. Kt la vue qui s'étend devant les fenêtres? Elle aussi a bien été un peu enlaidie par des constructions plus hautes, rétrécie par des quais, qui ont repoussé les eaux. Cependant c'est bien la même vue : à gauche, le Jura et ses prolongements; à droite, les Voirons et les Alpes; au milieu, le lac qui brille et étincelle au soleil. {Page 492.)

Seulement la question est celle-ci. Calvin s'est-il jamais servi de son jardin ? Savait-il seulement qu'il en avait un ? Et, quant à la vue, tout le monde n'c8t-ij pas tenté de dire comme cet historien de Calvin auquel je parlais du beau spcc-

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tacle que l'on découvre des fenêtres de la rue des Chanoines : « Calvin ne doit pas l'avoir souvent regardé » ?

Consultons les textes. Nous en avons un précisément fait comme à souhait.

Un ami du Réformateur, Jacques de Bourgogne, sieur de Falais, l'avait prié de lui chercher un logement. Le 25 février 1547, Calvin lui écrit : « Pour vostre personne, suivant la charge que vouz m'aviez donnée [lors de leur récente entrevue à Bâle], j'ay regardé, depuis mon retour, où il y auroit logis commode. Quant à celluy de Cleberge', vous seriez trop loing des voisins que vous cherchez.... Auprès de nous* je n'en ay peu trouver ayant jardin, qui vous fust plus propre que une que je vous ay louée. Non pas que le logis me contente : mais il me l'a fallu faire par faulte d'aultre. Vous aurez au devant moien jardin et court assez spacieuse. Derrière aultre jardin encore. Une grant salle d'aussi belle veue que vous en scauriei soiihaitter pour l'esté. Les chambres n'ont pas si plaisant regard, que je vouldroye bien. Mais quant vous serez arrivé, possible qu'on trouvera moien d'y donner ordre. Excepté la salle, on pouvoit trouver maisons de meilleure estnffe et mieulx bâties pour la commodité. Mais \e jardin n'y eust pas esté, et je voy que c'est un membre que vous désirez principallement. Quoy qu'il en soit, elle est louée à douze escus.... Je me suis hasté d'en faire marché à cause du jardin seulement. Si le temps vous targoit [tardoit] par de là, il me semble que la saison vous sera aussi propre d'icy à un mois que plus tard, moyennant que l'air fust gracieux selon que la saison le doit porter.... Et je croy qu'il vous souvient que mon advis seroit que vous fissiez une partie du chemin ^ par eaue pour vous rafraischir . En attendant que vous me mandiez vostre pleine résolution, nous sèmerons sans faire bruict, et ferons tailler les treilles \ »

Il serait difficile de trouver plus de renseignements sur le sujet qui nous occupe. On dirait que Calvin parle de sa propre maison, ou de l'une de celles qui l'avoisinent (elle est « auprès de nous, » dit-il) et qui lui ressemblent. En tout cas, Calvin a des yeux qui voient fort bien. Il voit la « belle vue pour l'été et les chambres moins plaisantes, mais qu'on pourra arranger. » Il voit que la maison n'est pas de la « meilleure estoflfe ni des mieux bâties pour la commodité. » Il voit le jardin, et veut s'occuper des semences et de la taille des treilles. Il conseille de voyager, en partie par eau, de façon à avoir l'air plus frais, plus « gracieux. » Comment ce Calvin qui voit si bien pour les autres n'aurait-il rien regardé, rien aperçu chez lui, pour lui, ni la vue, ni le jardin ?

I. Celui-là mCme, comme nous l'avons noté (voir plus haut, p. 42, n. 5), dont Calvin avait eu envie pour lui-mCme, < affin, ajoutait-il, de m'y dérober quant je cherche d'avoir loysir. » — 2. Les Opéra ayant accepté de J. Bonnet la tradition erronée d'après laquelle Calvin logeait alors (y avait-il logé lors de son premier séjour?) au iiourg-de-Four, à l'angle formé par la rue des Chaudronniers et les bâtiments voisins de l'hôpital, pensent que la maison louée par Calvin devait i>tre aux environs de l'ancienne porte de Saint-Antoine. Opéra, Xll, p. 490, n. 4, 5. — ;i. De Bâle à Genève. — Calvin conseillait ici aux autres ce qu'il avait le regret de ne pouvoir faire lui-même : < J'ai une fois éprouvé que la navigation ne m'était pas favorable (»//■/;/■ iitcuiiimo(lam). > Avait-il le mal de mer sur le lac? Opéra, XII, p. 390. A Farel, 2 octobre 1540. — 4. 25 février 1547. Ihid., p. 490, 491.

■ Du reste, nous n'en sommes pas réduits à un texte, même à deux, ni à ces déductions même si plausibles. Nous avons des déclarations nombreuses et expresses de notre Réformateur, et Ton peut s'étonner que l'on n'ait pas encore consenti à en tenir compte.

Ah! sans doute, Calvin ne fit partie d'aucun club alpin. C'eût été difficile, car une des plus grandes différences, peut-être, entre le Genevois actuel et le Genevois du seizième siècle, était précisément le peu de goût de ce dernier pour la montagne. En 1623, Jacques Goulart raconte « qu'à une lieue de Genève est un mont, le Salève, dont quelques personnes font l'ascension, non sans frémir, au moyen de degrés taillés dans le roc par un art plus qu'humain, roides et presque innombrables. Il en est qui, arrivés à la dernière marche, sont tellement saisis par la vue de l'horrible précipice qu'ils s'en retournent aussitôt '. » En fait de nature, on se contentait des jardins qui disparaissaient de plus en plus, des petites places, des bastions.... Calvin ne considéra même pas la nature avec les yeux de Jean-Jacques Rousseau. Toutefois, non content de la voir-, il l'observa et très bien, soit pour l'admirer, soit pour en jouir.

Pour l'admirer d'abord. En effet, Calvin voit dans la nature Dieu lui-même; la nature lui est un « miroir » de Dieu, dans lequel le plus ignorant peut reconnaître le créateur. Dieu, dit-il à ce propos, « nous masche les morceaux et nous appatelle comme des petis enfans''. »

« Quand nous voyons les vignes, et les arbres, et la terre qui fructifie, et bien, c'est Dieu qui nous monstre qu'il a le soin de ceste vie, combien qu'elle soit mortelle et caduque : mais c'est comme s'il nous prenoit par la main pour nous eslever là-haut au ciel à soy.... Et si nous ne le faisons, nostre ingratitude est trop vilaine et n'aura nulle excuse. Car les vignes ne nous devroyent-elles pas crever les yeux? et les rivières et les champs, et toutes choses semblables, où Dieu se déclare, et se présente à nous* ? ».... « Exemple : je verray la terre fructifier : voilà, je suis adverti de la bonté et vertu de nostre Dieu. Quand nous voyons au printemps que la terre ouvre ses entrailles, qu'elle desploye ses richesses : voilà Dieu qui se monstre, il passe. Et puis, il y aura maintenant un beau soleil, maintenant pluye : voilà Dieu qui marche d'un costé et d'autre. II fait des tours çà et là, selon la variété qui se monstre; c'est autant comme si Dieu alloit d'un lieu à l'autre, afin qu'on le comprenne tant mieux'. » Zwingle,

• . On trouve ce passage dans la Description chorographique dit lac Lénitiii cl des lieux adjacents, par Jacques Goulart. Et la description se trouve, en latin, dans Y Atlas de Mcrc.itor (Amsterdam, éd. de 1613). Elle a été traduite par M. Louis Dufour, dans Y Aliiianach de la Suisse roinandi-, de 1883. — 2. Rappelons que Calvin lors de son voyage à Ratisbonne avait très bien vu aussi la campagne autour de Tubinguc. Bien des années plus tard, lorsque Charles Du Moulin se fixe dans cette ville, Calvin le félicite et lui dit qu'à son passage le pays lui avait paru assez agréable {satis atiiœna regio). 18 janvier 1555. Opira, XV, p. 382. — 3. Sermon C.XLiii. Job, ch. xxxvi. Ibid., XXXV, p. 311. S. Sermon Lxvii. Job. ch. x\ ni. Ibid-. XXXIV, p. 69, 70. — 5. Sermon -xxxiv. Job, ch. ix. Ibid.. -XXXIII, p. 426.

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avec tout son panthéisme chrétien, n'a pas écrit sur les paysages suisses des paroles plus remarquables.

Et encore, n'est-on pas obligé de reconnaître que Calvin a su observer la terre et ses brins d'herbes, ou les cieux et leur « beau compassement, » celui qui a écrit les lignes que voici : « Aux plus petits anglets de la terre... mesmes jusques aux plus petits brins d'herbe (in minimis plantulis) » il n'y a rien de si commun, de si contemptible qui ne manifeste « quelque marque de la vertu et sagesse « de Dieu. A plus forte raison « la clairté et splendeur» des cieux. « Il est impossible que le beau compassement de la diversité merveilleuse qui apparoist là, semblablement l'ornement et la splendeur d'iceux ne nous rende un tesmoignage évident » de la providence divine. Et « incontinent que nous recognoissons Dieu estre le souverain ouvrier qui a fait ce beau bastiment du monde universel, il faut nécessairement que nos esprits soyent ravis en admiration de sa bonté, sagesse et puissance infinie ^ »

Et encore, n'est-on pas obligé de reconnaître qu'il a dû, plus d'une fois, par une splendide nuit, se mettre à la fenêtre de la rue des Chanoines, celui qui a écrit les lignes suivantes : « La gloire de Dieu se déclare par tout.... les cieux la racontent. Ce bel ordre que nous voyons entre le jour et la nuict, les estoilles que nous voyons au ciel, et tout le reste, cela nous est comme une peinture vive de la majesté de Dieu. Et de fait, combien que les estoilles ne parlent point, si est-ce qu'en se taisant elles crient si haut qu'il ne faudra point d'autres tesmoins contre nous au dernier jour ; d'autant que nous n'aurons point entendu ce qui nous estoit là monstre -. »

C'est ainsi que devant le brin d'herbe incliné par le vent, et devant l'étoile qui scmtille dans la profondeur des cieux, l'admiration du Réformateur se transformait en méditation et en adoration.

.Mais l'admiration est le fait de la connaissance ; c'est un phénomène surtout intellectuel. Calvin n'était pas l'intellectuel qu'on a dit. Il a joui de la nature au moins autant qu'il l'a admirée. Et non seulement il en a joui, mais il a déclaré que c'était un devoir d'en jouir.

C'est dans son Institution eile-mcme. Il veut enseigner à ses lecteurs « comment il faut user de la vie présente et de ses aides. ,. Nous le retrouvons tout entier avec son tempérament si éloigné des extrêmes ou, comme il dit lui-même, des « extrémités, . avec son tempérament juste-milieu par excellence. A côté de la « nécessité, » nous devons dans la vie faire place au « plaisir « et à la « délectation - (uhicctatto, obL'ctamentum). Quelle délectation? La délectation « des

.M..', '".'"'"V-^'f '• - Commentaires de M. Jean Calvin sur le livre des Pseaumes. Conrad Badius.

iici cmÏ. ;ln,.".',u "";';'""7^' ."="'-■'"'-•"' ■■«^^^"'^ ^^^ ==- Wèlement conférée sur le latin qu'on la peut

/<•/.«, \N.\I, p. „j4, ,95. i Sermon .XLVI, Job, chap. xil. Il,id., XXXIII, p. 570.

biens terriens » et tout particulièrement de la nature. C'est un vrai devoir : « nous ne nous pouvons abstenir {non fu gère ea possumiis) des choses qui semblent plus servir à plaisir qu'à nécessité. »

« Il nous faut tenir cela, que l'usage des dons de Dieu n'est point desreiglé, quand il est réduit à la fin à laquelle Dieu nous les a créez et destinez : veu qu'il les a créez pour nostre bien, et non pas pour nostre dommage. Parquoy nul ne tiendra plus droite voye, que celuy qui regardera diligemment ceste fin. Or si nous réputons à quelle fin Dieu a créé les viandes, nous trouverons qu'il n'a pas seulement voulu pourvoir à nostre nécessité, mais aussi à nostre plaisir et récréation [oblectamenio ac hilaritati). Ainsi aux vestemens, outre la nécessité, il a regardé ce qui estoit honneste et décent. Aux herbes, arbres et fruits, outre les diverses utilitez qu'il nous en donne, il a voulu resjoidr la veue par leur beauté, et nous donner encore un antre plaisir en leur odeur [aspeclus graiia et jucunditas odoris). Car si cela n'estoit vray, le Prophète ne raconteroit point, entre les bénéfices de Dieu, que le vin resjouist le cœur de l'homme, et l'huyle fait reluire sa face. L'Kscriture ne feroit point mention çà et là, pour recommander la bénignité de Dieu, qu'il a fait tous ces biens à l'homme. Et mesmes les bonnes qualitez de toutes choses de nature, nous monstrent comment nous en devons jouir, et à quelle fin, et jusques à quel poinct. Pensons-nous que nostre Seigneur eust donné une telle beauté (pulchritudinem) aux fleurs, laquelle se représentast à l'œil {quœ ultra in oculos incurreret) qu'il ne fust licite d'estre touché de quelque plaisir en la voyant? Pensons-nous qu'il leur eust donné si bonne odeur [taniam odoris suavitatem), qu'il ne vousist bien que l'homme se delectast à Jlairer {odoris gratia affici)? D'avantage, n'a-t-il pas tellement distingué les couleurs, que les unes ont plus de grâce que les autres {ut alios aliis faceret gratiores) ? N'a-t-il pas donné quelque grâce à l'or, à l'argent, à l'yvoirre et au marbre, pour les rendre plus prétieux et nobles que les autres métaux et pierres? Finalement, ne nous a-il pas donné beaucoup de choses, lesquelles nous devons avoir en estime sans ce qu'elles nous soyent nécessaires ?

» Laissons là donc ceste philosophie inhumaine {inhumana illa philosophia), laquelle ne concédant à l'homme nul usage des créatures de Dieu, sinon pour sa nécessité, non seulement nous prive sans raison {maligne) du fruict licite de la bcnéficence divine, mais aussi ne peut avoir lieu, sinon qu'ayant despouillé l'homme de tout sentiment, elle le rende semblable à un tronc de bois. Mais aussi de l'autre costé, il ne faut pas moins diligemment aller au-devant de la concupiscence de nostre chair, laquelle se desborde sans mesure, si elle n'est tenue sous bride *. »

Tout ce que nous avons à noter, c'est ceci : cette philosophie que Calvin a repoussée avec tant d'énergie comme « inhumaine », cette philosophie qu'il a flétrie en disant qu'elle transformerait les hommes « en troncs », en » bûches de bois, » c'est la philosophie que la légende a baptisée du titre de calviniste!

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