‹ Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (volume 2)Chapitre 86 sur 116 · LA PRETENDUE SŒUR DE CALVIN · texte numérisé non relu

LA PRETENDUE SŒUR DE CALVIN

savait plus le nom de la mère de Calvin : tout ce qu'il savait, c'est qu'elle était de Cambrai, et il confondait le petit-tils de la seconde sœur de Calvin avec son fils. « L'autre (fille de Gérard Cauvin) a laissé un fils qui vit aujourd'huy à Noyon et y exerce le mestierxle fourbisseur. » Or, Le Vasseur nous dit que c'était le petit-fils et qu'il mourut en 1614. L'Information est donc antérieure; elle est de la fin du seizième siècle. Et elle dit : « Gérard Cauvin et sa femme ont en quatre fils et deux filles. » — L'Information fiiit de la fille, celle que nous avons vu s'appeler Marie, une catholique, « mariée en l'église catholique, » mais « morte sans enfans. » — Elle avait disparu de la ville, et la tradition catholique avait ainsi arrangé son histoire. (Ch. Drelincourt, La défense de Calvin, 1667, p. 32-34.)

Et que disent les biographes de Genève, les amis intimes du Réformateur, Bèze et Colladon ?

La Vie française (dite de Colladon) rapporte : « Il a eu quatre frères, assavoir Charles son aisné, lequel mourut en aage d'homme après la mort du père ; Antoine son puisnay, qui est encores aujourd'huy vivant,... et deux autres, dont l'un se nommoit aussi Antoine ', l'autre François, lesquels moururent jeunes -. »

Et à propos du départ définitif de Noyon, en 153e : « Calvin print avec soy son frère Antoine, duquel il a esté parlé ^. »

Le texte latin de Bèze ne donne pas le premier passage que nous avons cité de la \'ie française, et quant au second, il dit que Calvin (( quitta la France, emmenant {abdncio cjneni uuicnni superstiteni babchat Antonio Calvino fralre) le seul frère qui survécût, Antoine*. »

Cinq fils '•", et pas un mot des soeurs.

Sur les trois fils qui vécurent, Charles, Jean et Antoine, je n'ai rien à ajouter ici.

Mais les deux sœurs? Sur l'une, celle dont on ignore le nom, on est fixé. Le V^iss^ur {Annales, p. II 52) raconte qu'elle se maria à Noyon, qu'elle eut une fille, mariée avec Luc de Molle, fourbisseur, demeurant à Compiègne, et il n'y a pas lieu de douter de renseignements si précis ".

Quant à Marie Cauvin, elle suivit son frère à Genève, avec Antoine, en 1536, toujours d'après Le Vasseur, que tous les auteurs ont copié. Drelincourt : « l'un de ses frères et l'une de ses soeurs... le suivirent à Genève''; » Lefranc : « Marie, qui suivit plus tard son frère à Genève",... » etc., etc.

Mais ici je trouve un texte dont on a, ce me semble, oublié de faire un usage suffisant. Dans son testament, Calvin dit : Je lègue « à Jeanne, fille de Charles Costan et de ma demi-stvur, assavoir du costé paternel, la somme de dix escus '••. »

La traduction latine de Bèze, dans sa Vie de Calvin, dit : " loannx Caroli Costani et affinis '" mex fili.r. »

Et à propos de cette demi-sœur, les éditeurs citent en note Jules Bonnet : « Marie, fille, du second lit, de Gérard Cauvin. Elle avait quitté Noyon, en 1536, pour suivre ses frères, Jean et Antoine Calvin, en Suisse". » — Il semble donc qu'il n'y a pas lieu d'hésiter, que la sœur de

1. Sans doute mort avant la naissance de l'autre Antoine. — â. Opéra, XXI, p. 53. — .1. Ibid., p. 58. — 4. Ibiil., p. 125 — •"). On comprend très bien, si le quatrième fils de Gérard est mort tout de suite, qu'on n'en ait pas tenu compte plus tard. Mais pourquoi Bczc, Colladon lauraicnt-ils inventé? — 0 o L'information faite à Noyon par M* Antoine de Meslc, en juin 15S8, donne quelques détails sur sa descendance. Le Vasseur (Aimâtes, p. 1152) les complète et suit la généalogie jusqu'en 1633. Ce l'ut sûrement un fils de cette seconde sœur qui alla voir plus tard Calvin à Genève et fil auprès de lui, d'après Desmay, un séjour assez prolongé. Ce détail montre que la partie de la famille du Réformateur, qui resta à Noyon, conserva avec lui des rapports suivis, môme après sa retraite à Genève. " Lefranc, p. 8, n. J. — /. La défense de Calvin, p. 47. — 8. Lefranc, p. 8, 125, n. 2. — !•. Ofiern, XX, p. 300. — 10. A/finis pour demi-sœur. Iliid., XXI, p 163. — 11. J. Bonnet, Lettres françaises. H, p. 565, n. 2.

APPENDICE VI

Cilvin, qui avait épousé Ciiarles Costan ', dont elle avait eu une fille, Jeanne, était seulement la demi-sœur de Calvin. En conséquence le chanoine Le Vasseur se trompe en disant que Gérard Cauvin n'eut pas d'enfants de son second mariages Certes, le chanoine a beaucoup d'autorité sur un point pareil; cependant, elle ne saurait contre-balancer celle du testament de Calvin lui-même, lequel testament dit : demi-sœur.

Mais cette conclusion en provoque deux autres, moins certaines, seulement fort probables.

Dans sa lettre du 18 janvier (1532), envoyée de Paris à François Daniel, à Orléans, Calvin écrit : « Literas meas sorori meœ Marix- Paludana; reddendas curabis, » tu auras soin que ma lettre soit remise à ma sœur, Maria Paliidana, nom que J. Bonnet francise en Marie Du Marais, et Herminjard en Marie de la Palnd 3. Celui-ci dit : « Calvin avait une sœur nommée Marie. 5/ c'est d'elle qu'il est ici question, elle est désignée par le nom de son mari*. » — Le doute du prudent Herminjard me paraît de plus en plus fondé. Si Maria Paludana est la sœur de Calvin, il s'agit de Marie Cauvin, la demi-sœur. Or, nous ne savons à quelle époque mourut Jeanne le Franc, ni à quelle époque Gérard Cauvin se remaria. Et nous ne savons pas sur quel document se fonde M. A. Lefranc pour dire de cette seconde union que « d'ailleurs elle fut de courte durée, puisque Gérard mourut lui-même en 153 1 •'"'. » — Tout ce que nous savons, c'est que Calvin (il nous le raconte lui-même), dans son enfance, était allé à Ourscamp baiser une « partie » de la tête de sainte Anne". Et la tradition dit que le jeune Calvin était conduit dans ces pèlerinages par sa pieuse mère. C'est plus que probable '. Or, pour qu'il se rappelle son acte, il faut bien qu'il ait eu environ six ans. Et encore ! Ce n'est donc pas avant 1 5 1 5 que Jeanne mourut. Supposons qu'elle soit morte un an après, que Gérard Cauvin se soit marié un an après, que Marie soit née un an après. Cela nous mène au moins vers 1518, — de telle sorte qu'en 1532, Marie, la demi-sœur de Calvin, avait environ quatorze ans au plus. C'est un peu jeune pour être déjcà allée à Orléans et pour y être déjà mariée avec M. Du Marais ou M. De la Palud.

Je suis donc porté à croire que la Maria Paludana d'Orléans (sorori nuce) n'était ni une sœur, ni même une demi-sœur de Calvin, mais une dame à peu près de son âge et qu'il appelait ainsi par respectueuse affection, comme plus tard il appellera « matrein ineaiii » une tante de Viret, qui n'était en aucune fliçon sa parente, ni sa tante, ni sa mère. Calvin avait de ces délicatesses de langage et de sentiment ^.

Et ma dernière conclusion, c'est que non seulement Marie, mais aussi l'autre sœur restée à Noyon n'étaient que des demi-sœurs du Réformateur.

Ce qui me confirme dans cette hypothèse, ce sont les deux actes qui ont été publiés, l'un par le chanoine Le Vasseur, l'autre par M. Couard-Luys, et qui ont été reproduits par M. Lefranc.

Par acte du 14 février 1532, Jean et Antoine donnent procuration à Charles de vendre

i. Que la femme de Charles CosUn s'appelât Marie, et que les époux Costan habitassent Genève, c'est ce dont il n'y a pai heu, acmble-t-il, de douter. On n'a cependant aucune preuve documentaire. « Dans les minutes des notaires et dans Ici registres de baptêmes, de mariages, de décès, ni elle, ni son mari, ni sa fille ne sont mentionnés. » (Note de M. Th. Uufour.) â. On dirait presque que Le Vasseur indique le grand âge de Gérard comme pour fortifier son affirmation qu'il n'eut pas d'enfants de sa seconde femme. Il mourut âgé de plus de quatre-vingts ans, dit Herminjard (11, p. 486), calculant d'après les indications du chanoine. (Lefranc, p. 2, n. 3.) De 1481 (époque où Gérard apparaît pour la première fois et 011 il cal déjà greffier) jusqu'à .531, date de sa mort, il y a bien cinquante ans. Mais avait-il nécessairement trente »ni pa.M*3 en 1481 ? Et du reste, à quelle époque eut lieu le second mariage? ; D'après ce que nous avons dit, il ne put Kiière avoir lieu avant 1516. A ce moment Gérard pouvait bien avoir moins de soi.-cante-quatre ans, c'est-à-dire soixante an, environ. - :i. Ufitni, \\ p. ,6, n. 7 : « Bonnet l'appelle Marie Du Marais, et Herminjard De la Palud, du nom de son mur,. q„i.p,ruU avoir été à Orléans. » 4. Herminjard, H, p. 398, et n. 7- - 3. Lefranc, p. 7. - 6. Opéra, VI, •* "■' ' ' " ' "" '^- Herminjard, VI, p. aag (lettre de Calvin à Viret, du 19 mai 1540) et n. 12 : « C'est par

"" "' - af'^c'ion qu'il dit « ma mère », en parlant de la tante de Viret. »

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